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10/02/2017

Hamon et la pétanque présidentielle à gauche et chez les écologistes

L'étape qui se joue, ou qui pourrait se jouer dans cette séquence présidentielle si Yannick Jadot en venait à se désister pour Benoît Hamon, ressemble beaucoup à une partie de pétanque. Benoît Hamon est une sorte de « cochonnet », et deux équipes veulent se l'accaparer, mais deux équipes que tout oppose. Si demain Yannick Jadot fait valider par les électeurs de la primaire écolo qu'il se retire pour Benoît Hamon, et dans le cadre d'un projet partagé de mandature, nous aurons alors deux appareils politiques, EELV et le PS, et de chaque côté des centaines de candidats aux législatives des 11 et 18 juin qui s'affronteront dans les circonscriptions, mais autour d'un même et unique candidat à la présidentielle, leur « bouchon » (que l'on appelle officiellement le « but » dans le règlement de la pétanque).

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Du côté du PS, 400 candidats ont déjà été investis, et des dizaines de places sont restées libres pour des partenaires (PCF, PRG, EELV, Divers, ...). Mais sur ces 400 candidats investis par Solférino, près de 300 s'inscrivent dans la politique sociale-libérale de Hollande et Valls. Leur campagne législative, ils ne la feront pas sur le programme de Benoît Hamon, ils s'appuieront surtout sur le bilan du mandat écoulé ainsi que sur leurs réseaux territoriaux (cf. la République des Territoires). C'est ce que vient d'impulser Carole Delga à l'occasion de la réunion du 6 février, avec un « Appel de Carcassonne » signé par toute l'aristocratie socialiste d'Occitanie : 32 parlementaires, 15 candidats aux législatives, 10 maires, 10 conseillers départementaux ou régionaux et les 13 premiers fédéraux.

Pour EELV, il y aura 577 candidats aux législatives (dont seulement 6 sortants : Eva Sas, Sergio Coronado, Cécile Duflot, Laurence Abeille, Jean-Louis Roumégas et Brigitte Allain). Et dans cette démarche proposée par Yannick Jadot de « dépasser les égos et les appareils politiques » pour porter un « projet commun » axé sur « l'écologie, le social et l'Europe », les candidats EELV s'attacheront beaucoup plus à l'avenir qu'au présent (voire au passé).

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A la pétanque, ce n'est pas le « bouchon » qui l'emporte, mais c'est l'équipe qui se rapproche le plus du « but ». Pour les uns, il faut pointer pour se rapprocher de Hamon et mieux l'encercler, pour le rendre inaccessible ; pour les autres, il faut tenter de le pousser aux limites du terrain pour l'éloigner des tireurs de l'équipe concurrente. Les socialistes et les écologistes sont armés pour une telle partie, car ils ont suffisamment de joueurs (ou de boules à jouer) ; pour les uns ce sont des centaines d'élus socialistes qui tiennent à leur leadership et aux places qui vont avec, quand pour les autres ce sont des centaines de militants qui défendront le projet, des valeurs et une autre façon de faire de la politique. La France Insoumise pourrait aussi être de la partie, sauf qu'il y a Jean-Luc Mélenchon qui est lui-même son propre « but ». Le PCF aussi aurait pu être de la partie, mais il s'est choisi Jean-Luc Mélenchon comme « cochonnet ».

En se mettant en ordre de marche derrière Benoît Hamon, le Parti Socialiste a implicitement accepté la règle du jeu ; pousser leur « bouchon » assez loin pour sauver les meubles. Et ils s'y prêtent sans trop de défections dans leurs rangs. Mais accepteront-ils d'y jouer à deux, voire à trois ? Et si c'est Emmanuel Macron qui se retrouve au second tour le 7 mai, alors l'équipe PS saura aisément changer de « but » :=(

24/01/2017

Pour que l'écologie soit présente dans le débat présidentiel, Yannick Jadot a besoin de parrainages

A tous les maires, à tous les conseillers départementaux et régionaux, à tous les parlementaires,

Vous êtes 42 000 en France à pouvoir apporter votre parrainage à un(e) candidat(e) à l'élection présidentielle, et chaque candidat(e) doit réunir un minimum de 500 parrainages ; c'est dire si l'équation paraît facile ... Et pourtant, la recherche de parrainages par les candidats à l'élection présidentielle est un véritable chemin de croix.

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Je participe à cette "pêche aux parrainages" et je vous rencontre les uns et les autres. Outre celles et ceux d'entre vous qui ont déjà choisi un(e) candidat(e) à parrainer, la réponse qui m'est faite porte essentiellement sur la légitimité ou sur l'impact d'une telle décision. L'avis de votre assemblée et de vos collègues élus peut-il vraiment faire obstacle au parrainage d'un(e) candidat(e) à l'élection présidentielle ?

Et puis l'élu(e) que vous êtes doit-il(elle) inscrire cet acte républicain dans un calcul politique ? Parrainer l'un(e) ou l'autre des candidats, et donc participer à la désignation du cercle des candidats définitifs, influencerait l'issue du scrutin présidentiel ? Le principe du "vote utile" des citoyens s'oppose à la pluralité des courants de pensée, et notre démocratie s'honore d'assurer l'égalité d'accès des candidats au scrutin électoral.

Je joins ici la lettre que Yannick Jadot adresse à tous les élus en mesure de parrainer un(e) candidat(e) ; si vous souhaitez le parrainer, alors n'hésiter pas à me contacter.

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07/01/2017

Le germe de l'écologie est dans la recomposition politique en cours à gauche

La plupart des candidats à l'élection présidentielle fondent leur projet politique sur la relance des activités économiques, pour donner de l'emploi, pour que les entreprises aient des marges pour investir, pour financer les budgets publics, etc. Mais dans tous les cas, l'environnement est perçu comme un simple paramètre, et cela ne doit surtout pas handicaper le monde des affaires. Outre-Atlantique, Donald Trump donne le ton : il faut d'abord faire beaucoup d'argent, et puis l'intelligence humaine saura nous adapter comme elle a toujours su le faire. Marine Le Pen a elle aussi un préalable économique, mais en proposant de revenir à la situation d'il y a 20 ans ; la nostalgie est un très efficace moteur émotionnel, mais progresser est dans l'essence de l'homme.

Deux candidats sont souvent qualifiés d'écolo-compatibles. Je choisis de commencer par Benoît Hamon, car c'est vrai qu'il tient des propos comme je les entends au sein des Verts (et d'EELV) depuis toujours. L'interview qu'il donne aujourd'hui dans Midi Libre est à ce titre très révélatrice (cf. article Midi Libre). Mais alors en quoi se distingue-t-il du candidat écolo Yannick Jadot ?

Si sur les finalités ils convergent largement, ils partent de points de vue différents. Benoît Hamon a une approche sociale, insistant sur les inégalités et sur la raréfaction du travail. Il y intègre la dimension écologique parce qu'il analyse très bien que ce sont les plus démunis qui doivent prendre leur vielle voiture pour aller travailler, qui privilégient la grande distribution pour leurs achats alimentaires et qui vivent dans les endroits les plus exposés d'un point de vue sanitaire. Travailler ne suffit pas, il faut aussi bien vivre. Yannick Jadot part des indicateurs environnementaux : pollutions aux particules fines, consommation de viande carnée, artificialisation des sols, dérèglements climatiques, consommations d'énergies, etc. Et ce sont ceux qui ont le moins de ressources qui en sont la cause, en même temps que les victimes.

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Mais cette convergence de deux approches politiques symétriques figurait déjà dans l'accord programmatique signé par Martine Aubry et Cécile Duflot le 15 novembre 2011 ; un pacte de gouvernance pour la mandature 2012-2017 (cf. pacte en version PDF). Sauf que François Hollande s'est assis dessus dès son élection :=(

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Martine Aubry n'a pas encore apporté de soutien formel à Benoît Hamon pour la primaire socialiste, mais elle ne tarit pas d'éloges à son intention. Cela illustre que des passerelles ont existé, et qu'elles sont certainement à reconstruire. Mais il faudra attendre l'issue de cette séquence électorale pour poser les fondations d'une nouvelle offre politique.

Le second candidat à l'élection présidentielle qui est à mon avis le plus écolo-compatible, c'est Jean-Luc Mélenchon. La polémique entre lui avec Cécile Duflot en mai 2015 sur son livre « Le Hareng de Bismark », illustre la divergence méthodologique, et il est utile de relire leurs propos de l'époque (« L'Allemagne n'est pas notre ennemie », de Cécile Duflot dans Libération le 19 mai, et la réponse de Jean-Luc Mélenchon le 27 mai dans l'Humanité : « Chère Cécile la convergence se fera »). Et cette divergence, elle se fonde à mon avis sur leurs démarches politiques. Quand Cécile Duflot s'exprime ainsi, elle retranscrit une pensée qui est celle de son parti. Cette pensée-là est portée par les militants d'EELV et elle fait l'objet de travaux, de débats et de motions au sein des instances. Alors je ne cible pas spécifiquement son propos sur le livre de Jean-Luc Mélenchon, mais sur le contexte politique dans lequel elle l'écrit. De son côté, Jean-Luc Mélenchon est porteur de son propre message, ce message fédérant des sympathisants au sein aujourd'hui de la France Insoumise. Et c'est à mon sens ce qui distingue actuellement les formations politiques traditionnelles des mouvements dits "citoyens" dans cette campagne de la présidentielle, que ce soit avec Melenchon ou avec Macron. Nous l'avons vu avec la primaire écologiste ; Cécile Duflot n'a pas été choisie, mais d'autres candidats étaient sur les rangs, dont Yannick Jadot qui représentera les écologistes à la présidentielle. Mais si Macron ou Mélenchon devait se retirer, que deviendrait leur mouvement ?

Sur l'écologie, les diverses composantes de l'ex Front de Gauche ou de la France Insoumise ne sont pas à l’unisson ; les propos de Jean-Luc Mélenchon sur la question sont appréciables, mais on voit bien que son futur groupe parlementaire à l'Assemblée nationale sera pluriel. D'ailleurs, la charte qu'il impose à ses futurs parlementaires est très déconcertante, exigeant d'eux des votes conformes à l'expression de son mouvement.

Mais ce qui est très satisfaisant, c'est que sur le terrain des militants proches de Jean-Luc Mélenchon, de Benoît Hamon ou d'EELV ont des convergences réelles. Et c'est là que doit se construire la recomposition politique, dans les bassins de vie. Nos approches sociales et environnementales doivent se conjuguer pour devenir forces de propositions. Nul doute que cette séquence 2017 aura des impacts sur notre paysage politique, et après cet été nous pourrons tisser localement les réseaux nécessaires pour préparer les élections locales de 2020.

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