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30/11/2014

Le Pen / Sarkozy, deux méthodes et deux messages opposés à l'occasion de leur prise de leadership interne

Ce week-end aura été marqué politiquement par l'élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP et par celle de Marine Le Pen à la tête du Front National. Mais sur le fond comme sur la forme, ces deux accès au leadership de leur formation politique diffèrent considérablement.

Pour l'UMP, la procédure suivie par les militants était un vote électronique en 24 heures qui a réuni 155.801 suffrages. Nicolas Sarkozy obtient 64,5% de ces suffrages, devant Bruno Le Maire avec 29,18% et Hervé Mariton avec 6,32%. Mais cette élection ne conforte pas Nicolas Sarkozy dans un rôle de patron incontesté de l'UMP, et les prochains mois lui imposeront de composer avec de nombreux cadres de sa famille politique.

Crédits photo : GONZALO FUENTES/REUTERS

Au FN, c'est par un vote par correspondance que les militants ont apporté leur suffrage à l'unique candidate au poste de président(e) du parti ; Marine Le Pen a recueilli 22.312 voix, et donc 100% des suffrages exprimés. Elle est donc reconduite dans son second mandat de présidente du FN, et elle incarne le rôle de patronne incontestée tout en poursuivant la mainmise du clan Le Pen sur cette formation.

Embrassade lors du congrès du FN, à Lyon.Crédits photo : © JEFF PACHOUD / AFP

Et si Nicolas Sarkozy a ponctué cette accession à la présidence de l'UMP par deux brèves apparitions (à son local de campagne samedi soir et au 20h de TF1 dimanche soir), celle de Marine Le Pen était inscrite à l'ordre du jour du XVème Congrès du Front National à Lyon ; et elle a enflammé une assistance galvanisée par un discours très politique, à la tribune avec tous les cadres de son parti.

Personne ne connait aujourd'hui le programme de Nicolas Sarkozy ; il est revenu parce ce que c'était soi-disant son devoir et une nécessité pour la France, mais sa courte campagne à cette investiture interne n'a rien dévoilé de nouveau. Et pourtant, il dit qu'il a changé ... Cette élection a le goût de l'inachevé, de l'incertain et il y aura encore de nombreux épisodes à ce feuilleton. Et puis l'UMP ne semble faire écho qu'à des problématiques sociétales et urbaines, très loin de ce qui préoccupe les français qui vivent loin des métropoles. A l'inverse, Marine Le Pen a ressassé dimanche après-midi les thèmes stratégiques du Front National : la mondialisation, l'Europe, l'immigration, la République, la laïcité, le social et la démocratie. Elle dit représenter le peuple et elle attaque : « Messieurs Sarkozy et Hollande, vous avez tout raté ! Messieurs Sarkozy et Hollande, il vous a été confié un trésor, la France ; un diamant, son peuple ; et vous avez abîmé l’un et abandonné l’autre », dénonce-t-elle.

Bref, Marine Le Pen va dérouler tranquillement sa feuille de route pour la présidentielle de 2017 alors que Nicolas Sarkozy s'apprête à suivre un parcours semé d'embuches. Elle affirme qu'elle sera au second tour de cette présidentielle-là, et elle y sera très certainement. Elle rejette ce système qui divise, qui appauvrit et qui inquiète la majorité des français, et elle est pour cela en phase avec l'opinion. De son côté, Nicolas Sarkozy n'est que l'un des hérauts de ce modèle dominant.

La présidentielle de 2017 verra certainement s'affronter un représentant du système et un représentant de l'anti-système. En France, c'est Marine Le Pen qui incarne majoritairement cette opposition, alors qu'en Espagne par exemple c'est la formation Podemos qui représente l'alternative au système. Le Front National se cantonne dans une contestation nostalgique qui se nourrit de clivages opportunistes, Podemos ouvre des pistes nouvelles pour changer de modèle. C'est aussi ce que propose l'écologie politique, mais elle pâtit de l'attitude de ses représentants politiques qui peinent à échapper à l'arène nationale.

Personnellement, j'estime que les pouvoirs doivent se reprendre localement, à l'échelle des bassins de vie et en coordination avec les territoires voisins, le tintamarre parisien tient plus du spectacle que de la vie réelle ...

20/10/2014

Départementales des 22 et 29 mars 2015 : le PS pourrait perdre l'Hérault ...

C'est peu dire que les solfériniens enchaînent les uppercuts qui laissent le Parti Socialiste groggy, et Jean-Christophe Cambadélis est bien impuissant à redresser la barre. Ce climat national se répercute localement, et les dernières élections européennes de mai 2014 ont témoigné du divorce entre les citoyens et leurs représentants politiques ; les trois quarts des électeurs ont préféré  ne pas aller voter ou voter pour Marine Le Pen.

Le principal responsable de cette Bérézina électorale est le Président de la République qui met à mal sa propre famille politique ; les frondeurs ne font pas florès et des leaders comme Martine Aubry sont contraints à une critique très diplomatique. Or, les français rejettent de plus en plus le système politique qui est au pouvoir depuis le début de la 5ème République. Il n'y a d'ailleurs plus de clivage gauche-droite, mais il y a un clivage entre ceux qui adhèrent (et profitent) du système et ceux qui veulent la rupture.

C'est dans ce contexte que vont se dérouler les élections départementales au printemps 2015. J'ai déjà rédigé une note sur la difficulté à faire campagne quand les compétences des départements ne seront connus qu'en janvier ou février 2015, et j'ai aussi rédigé une autre note sur l'émergence des représentants de l'anti-système.

Or, le maire de Montpellier Philippe Saurel annonçait officiellement ce week-end qu'il allait présenter des candidats dans tous les cantons de la métropole ; et il a présenté son quatuor pour le 3ème canton de Montpellier (Michèle Dray Fitoussi et Sauveur Tortorici comme titulaires, Valérie Barthas et Ghislain Balsan comme remplaçants). Si Philippe Saurel s'impliquera directement sur les 5 cantons de Montpellier, il aura une influence sur les 4 autres cantons extra-muros qui se situent dans l'agglomération (Castelnau-le-Lez, Castries, Lattes et Pignan).

Saurel_Vezhinet.JPG

  Au total, ce sont 18 conseillers départementaux "sauréliens" qui pourraient siéger dans la future assemblée départementale. Car un an après son élection comme Maire et comme Président de l'Agglomération, puis quelques mois après la création de la Métropole (au 1er janvier 2015), les électeurs de l'aire urbaine de Montpellier seront enclins à lui donner d'autres clés pour réussir dans ses projets, et pour leur intérêt général. Philippe Saurel sera là dans une dynamique conquérante, et avec le souci de peser dans le duo qu'il animera avec Toulouse.

Au delà de Montpellier, le redécoupage des cantons et le mode de scrutin qui fait élire deux conseillers départementaux avec un seul bulletin de vote est assez favorable à la droite. Sur le littoral et sur le bittérois, l'UMP peut faire élire plus de 10 conseillers départementaux. Et les candidats de Marine le Pen pourraient aussi faire leur entrée à l'Hôtel du Département.

Alors que reste-t-il à la majorité départementale sortante ? C'est indéniablement sur les cantons ruraux que le Parti Socialiste reste le mieux enraciné, mais là non plus il n'est pas à l'abri de candidatures "anti-partis". Par exemple sur le 6ème canton de Clermont l'Hérault (regroupé avec les cantons de  Bédarieux, Lunas et St-Gervais-sur-Mare), les maires des deux plus grosses communes évoquent un possible ticket. L'émergence de ces maires-candidats non encartés pose le problème de la cohérence du projet politique sous-jacent. Quand Europe Ecologie Les Verts présente des candidats dans l'Hérault, ils portent un projet commun, projet qui sera le fil conducteur de leur mandat. Mais avec des candidatures isolées qui s'agrègent au lendemain du scrutin pour former un groupe politique, quel sera alors leur projet commun ?

Pour un militant politique, cette élection à venir est vraiment déroutante. Nous savons qu'elle ne déplacera pas beaucoup d'électeurs, les programmes ne pourront pas s’appesantir sur des politiques publiques qui ne seront connues qu'un mois avant la date du scrutin, une nouvelle aristocratie politique (de premiers magistrats) supplante les partis et l'avenir même de l'institution concernée est incertain ... Et si on tirait au sort 25 femmes et 25 hommes issus des listes électorales des 343 communes du département ?