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07/03/2016

Le travail mérite mieux que le spectacle Hollando-vallsien orchestré par le medef (m.à.j.)

Pour son émission du 4 mars 2015 consacrée à la « loi travail » soutenue par la ministre Myriam El Khomri, Frédéric Taddeï accueillait sur son plateau Philippe Aghion (économiste), Anne Debregeas (ingénieure et syndicaliste à Sud-Energie), Alain Deneault (philosophe), Diana Filippova (membre fondatrice du collectif OuiShare), Isaac Getz (professeur de leadership et d'innovation), Christine Kerdellant (directrice de la rédaction de « L'Usine nouvelle »), Julien Leclercq (chef d'entreprise) et Dominique Méda (philosophe et sociologue). Et c'était là une petite assemblée qui m'a régalé, qui a fait travailler mes neurones et qui élargit considérablement le débat sur le travail et sur l'emploi.

Et pour regarder quelques fois les débats parlementaires, en séance publique comme en commission, cette émission-là de Frédéric Taddeï était intellectuellement d'un tout autre niveau ! Mais j'avoue que Taddeï nous a habitués à ce niveau d'excellence. Malheureusement, nos politiques font preuve d'une fainéantise intellectuelle navrante, d'une paresse politique déconcertante et d'un conservatisme qui tue notre République. Je rappelle cette phrase de Régis Debray, « La démocratie est ce qui reste de la République quand on éteint les Lumières ». Et nous en sommes là !

Alors que s'est-il dit vendredi soir sur la chaine du service public de l'audiovisuel ? Ci-après les propos des invités regroupés par thèmes.

Le texte initial qui figurait en HTML dans cette note a été déplacé dans ce fichier PDF, plus simple à lire et à imprimer, et moins indigeste pour une note de blog :
        Ce_soir_ou_jamais_loi_travail_04_03_2016.pdf

La médiocratie

Tous les participants de cette émission ont donné envie de poursuivre le débat plus longtemps, d'explorer certaines pistes et d'avoir la vision la plus anticipatrice possible sur notre relation au travail dans ce 21ème siècle.

Mais si je devais poursuivre cette exploration avec un livre, ce serait sans doute avec celui d'Alain Deneault, " La médiocratie " qui nous rend tous si médiocres ...

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A noter que l'émission avec 577 000 spectateurs (4,2% de part d'audience) a été dépassée par Koh Lanta (sur TF1), ainsi que par une émission de W9 Enquête action (850 000 téléspectateurs) et la série Les experts sur TMC (675 000 téléspectateurs). L'émission de Frédéric Taddeï devrait disparaître de la grille à la rentrée prochaine, la dictature de l'audimat étant impitoyable.

10/05/2015

Qu'est devenue la France du 10 mai 1981 ?

Le 10 mai 1981 n'est pas que le second tour d'une élection présidentielle, le 10 mai 1981 est pour une majorité de Français une aspiration à plus de progrès sociaux, économiques et sociétaux, c'est une rupture avec la France conformiste et archaïque incarnée par Pompidou puis par Giscard. Libération titrait le lendemain « ENFIN L'AVENTURE », et la France avait fait la fête dans la soirée du 10 mai et il ne s'agissait pas que d'une simple alternance démocratique.

Je ne reviendrai pas ici sur les suites de l'aventure, les deux septennats de Tonton ont laissé une immense déception ; François Mitterrand a très opportunément présidé en monarche, lui qui avait tellement vilipendé le régime présidentiel instauré par le Général de Gaulle. Et toute une série d'épisodes sulfureux sont venus alimenter cette image de souverain absolu (René Bousquet, Mazarine, les écoutes de l’Élysée, la France-Afrique, le coup de pouce au Front National, ...), désespérant de plus en plus un peuple pourtant attaché aux valeurs de la République.

En ce 10 mai 2015, quel est l'héritage du 10 mai 1981 ? Que pourrions-nous fêter ? La peine de mort aurait été abrogée de toutes façons, depuis 34 ans, et François Mitterrand a simplement pris les devants. Et que reste-t-il par exemple de la libéralisation des fréquences radio ? Le terme de « radio libre » est un désuet souvenir d'une époque où la marchandisation n'était pas encore l'idéologie dominante. Comment expliquer aujourd'hui à des jeunes qu'il a pu exister à partir de 1981 un ministère du Temps libre ? La réduction du temps de travail, longtemps considérée comme un facteur de progrès social pour les populations ouvrières, est désormais assimilée à une externalité négative ...

En 1981, l'élan donné par l'élection présidentielle faisait écho au Front populaire, dont les projets et dont les promoteurs ont été stoppés par la guerre. Il y avait là un idéal interrompu que la gauche socialo-communiste rêvait de reconduire sous la Vème République.

Ce début de 21ème siècle en France recèle-t-il encore les mêmes aspirations idéologiques ? Pourrions-nous alors rêver d'une suite au 10 mai 1981 ? La réponse est malheureusement « Non ». Les Français boudent la politique, beaucoup trop incarnée et pas assez idéalisée, et ils fondent leurs espérances d'avenir sur des réflexes circonstanciés et à géométrie variable (le réflexe communautariste, le réflexe identitaire, le nationalisme, le consumérisme, le régionalisme, ...).

Or, une société faisant nation qui n'aurait plus un idéal partagé serait condamnée à la division, chacune de ses fractions aspirant à prendre le meilleur. Alors l'idéal consumériste peut-il répondre à l'urgence de notre époque ? Certains le croient, et jusqu'aux plus hauts sommets de l’État. Nous entendons ces appels à relancer la consommation, à doper la croissance, à faciliter les échanges commerciaux (cf. TAFTA), ... mais mon point de vue d'écologiste est que cet idéal-là n'a pas d'avenir. Notre planète ne suffira pas à satisfaire des milliards de consommateurs insatiables.

Le « mieux-vivre » a longtemps été mesuré et amélioré sur des critères relatifs au travail : l'aliénation à l'outil de travail, le temps de travail, les conditions de travail, la santé au travail, le code du travail, etc. A côté de ça, la qualité de vie était une variable d'ajustement, périphérique. Désormais, les Français veulent mieux vivre en bonne santé, dans un logement confortable, mieux formés et pourvoyant aux besoins du foyer. Car la France de 2015 et ses 66 millions de citoyens compte 43 millions de personnes en âge de travailler, au sein desquels seulement 25 millions ont un emploi. Cela signifie qu'environ 40 millions de Français vivent en dehors de la sphère « Travail », et que pour eux le « mieux-vivre » s'appréhende sur d'autres plans que ceux de la relation au travail. Il y a 12 millions d'enfants de moins de 15 ans pour qui ce « mieux-vivre » se situe à la maison et à l'école. Il y a 11 millions de retraités de plus de 65 ans pour qui le « mieux-vivre » porte sur des questions de santé, de mobilité, de logement et de loisirs. Il y a 13 millions de personnes en âge de travailler qui ont fait le choix de ne pas travailler ou qui ne sont pas aptes à travailler, le « mieux-vivre » revêt pour elles des considérations de vie au quotidien, du logement à l'alimentation en passant par la culture et les loisirs.

Le logiciel de l'ensemble de la classe politique est périmé, c'est un constat que l'on entend souvent de la bouche de responsables écologistes. Oui, il faut totalement revisiter notre idéal politique, et il faut aborder au premier plan ce qui intéresse les Français, pas ce qui profite uniquement à quelques élites.