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23/11/2015

La fuite en avant sécuritaire ... vue de Belgique ;-)

Le Parlement a voté la prolongation de 3 mois de l'état d'urgence. Je me suis déjà exprimé dans mes précédentes notes sur la situation de notre pays vis à vis des menaces terroristes, mais j'ai trouvé dans les analyses de deux journalistes de Mediapart une réflexion de fond qui me convient tout à fait. Thomas Cantaloube analyse très bien les postures politiques qui ont suivi les attentats du 11 septembre aux USA de celles que nous voyons s'exprimer en France après le 13 novembre (cf. texte au format PDF). Quant à Edwy Plenel, il refuse que la démocratie soit la guerre (cf. texte au format PDF).

Mais la séance de la commission des lois du 18 novembre est un épisode de la vie parlementaire à regarder avec soin, car elle illustre clairement le décalage qui existe entre notre classe politique dirigeante et la réalité de notre vie moderne. Face à des externalités qu'ils ne savent plus maîtriser, ou avec lesquelles ils ne savent plus composer, nos députés se lancent dans de redoutables digressions. Mais quand le gouvernement, par la voix du rapporteur Jean-Jacques Urvoas recadre les voix discordantes, alors tout le monde au PS a le doigt sur la couture du pantalon. Cf rapport écrit de la séance du 18 novembre sur la loi de prolongation de l'état d'urgence.

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Et l'amendement CL41 déposé par la député socialiste Sandrine Mazetier en est la caricature ; cet amendement ne proposait rien d'autre que de réintroduire un contrôle de la presse :

« Le décret déclarant ou la loi prorogeant l’état d’urgence peut, par une disposition expresse, habiliter les autorités administratives visées à l’article 8 à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales. »

Ce sont une trentaine de députés socialistes qui ont cosigné cet amendement, dont les députés de l'Hérault Stéphane Denaja et Christian Assaf ! Au motif que les réseaux sociaux et que les chaînes d'information en continu représentent un danger pour la sécurité nationale quand ils relatent en temps réel les opérations menées par les forces de l'ordre, ceux qui se prétendent être les héritiers de Jaurès sortaient la grosse artillerie. Mais ont-ils encore un grain de bon sens ? Souvenons-nous que l'état d'urgence avait été déclaré puis prolongé sous Jacques Chirac suite aux émeutes dans la banlieue parisienne, mais la loi votée par le Parlement et publiée le 20 novembre 2005 au Journal Officiel ne reprenait que l'article 11 de la loi du 3 avril 1955, article relatif aux procédures de perquisition. Mais imaginons que le contrôle de la presse ait été appliqué à l'époque, que n'aurions-nous pas entendus les députés socialistes crier à l'atteinte à nos libertés fondamentales ... Et une telle loi incluant le contrôle de la presse, dans un gouvernement de Marine Le Pen ?

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A noter que dans les propos qui sont souvent revenus dans la bouche de nos députés, c'est que la justice est trop procédurière, qu'elle freine les opérations de lutte contre le terrorisme. Alors qu'en substituant à de trop peu nombreux officiers de police judiciaire (corsetés par le code de procédure pénale) des militaires qui obéissent, on peut dire que la fin justifie les moyens. Et l'impétueux député de l'Hérault Denaja de publier sur son compte twitter que c'est grâce à l'état d'urgence que les forces de l'ordre ont pu prendre d'assaut l'appartement des terroristes en pleine nuit, et sans attendre 6h comme en temps normal. Sauf que l'assaut a eu lieu à 4h30, et il n'est pas certain qu'une heure et demi plus tard les policiers auraient été accueillis différemment. Mais surtout, le code de procédure pénale autorise (depuis la loi n° 203-2004 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité) les perquisitions de nuit pour des investigations relatives aux crimes et aux délits constituant des actes de terrorisme prévus par les articles 421-1 à 421-6 du code pénal (cf. article 706-73 du code de procédure pénale).

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Mais ce sont nos voisins belges qui m'ont finalement redonné confiance dans l'aspiration démocratique d'un peuple. Dans le contexte stressant de ces derniers jours, où le risque d'attentat est maximum et que les forces de l'ordre procèdent régulièrement à des interpellations, il n'est pas besoin d'une loi pour contrôler la presse ; le souci de l'intérêt général prévaut, et il peut même se décliner avec humour. Les internautes et les médias ont mis en scène des chats pour passer le temps :

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Et la police a remercié internautes et médias avec le même ton humoristique :

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Que nos ministres et parlementaires Français abandonnent leurs discours anxiogènes, qui n'ont pour but que de légitimer des politiques sécuritaires qui flattent les opinions les plus conservatrices. Qu'ils donnent plutôt de l'espoir, qu'ils fassent passer des messages positifs et qu'ils opposent notre culture festive, laïque et éclairée à l'obscurantisme des salafistes et autre wahhabites.

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19/01/2013

Au Sahel, il faut combattre ... l'injustice !

L'une des régions les plus pauvres du monde dispose de ressources naturelles très convoitées : pétrole, gaz, or, phosphates, diamants, cuivre, fer, charbon, nickel, zinc, bauxite, uranium, plutonium, manganèse, cobalt, argent, chrome, étain, sels minéraux, bois précieux, etc. Je parle ici du Sahel, cette longue bande qui sépare le Maghreb et l'Afrique sub-saharienne, et qui traverse le Sénagal, la Mauritanie, l'Algérie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigéria, le Tchad, le Soudan et le Cap-Vert.

Le journal Le Monde consacre une infographie du Sahel qui donne toutes les clés pour mieux comprendre les enjeux humains, historiques et économiques de cette région qui fait aujourd'hui notre actualité (cf. vidéo).

C'est essentiellement la question des Touaregs qui est sous-jacente au conflit actuel au Mali. Voilà un peuple dont la zone de peuplement se situe au nord du Mali et du Niger, ainsi qu'au sud de l'Algérie et de la Lybie ; elle se situe en plein centre du Sahel dans une zone historiquement traversée de couloirs d'échanges commerciaux. Mais aux commerces du sel, d'épices, d'étoffes et de nourritures, ce carrefour commercial voit désormais s'échanger des armes, de la drogue et d'autres produits de contrebande. On parle de zones de non-droit pour évoquer ces zones sahéliennes de la même façon que l'on pointe du doigt les quartiers de nos banlieues où les trafics de drogues sont les seuls ressorts économiques.

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Dans cette zone, la France a des accords de coopération militaire avec la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, elle dispose de bases militaires à Abidjan et à N'Djamena, mais elle s'appuie aussi sur Aréva pour exploiter les mines d'uranium d'Arlit (Niger) pour approvisionner les centrales nucléaires de l'hexagone. La France coloniale a occupé ces territoires toute la première moitié du 20ème siècle, et son implication militaire au Mali depuis quelques jours rappelle cette période ...

10% de la population du Mali se trouve au nord, dans cet espace que les Touaregs du MNLA ont appelé l'Azawad. Mais c'est toute l'Afrique qui est ainsi découpée par des frontières héritées des guerres tribales et des conquêtes coloniales du 19ème siècle.

Alors faut-il laisser les groupes islamistes croître sur un terrain qui leur est si propice ? Des occidentaux diabolisés parce qu'ils exploitent indûment les ressources de pays pauvres et des États corrompus ne laissent pas d'autre choix aux populations démunies que de rallier la loi islamique et ses leaders. Cela fait des décenies que les États exploiteurs laissent la situation se pourrir, et ils interviennent ici comme une brigade de CRS intervient dans un quartier de banlieue après quelques violences. Mais sans jamais essayer de résoudre les problèmes en amont, en s'attaquant aux causes et non aux conséquences.

Pour l'Afrique, il faut que les Nations-Unies lancent une concertation avec les pays concernés pour rendre aux peuples leur identité et leurs biens. Il n'est plus supportable que cette colonisation économique de quelques grands groupes industriels internationaux génère autant de souffrances. Ce n'est pas le terrorisme qu'il faut combattre, c'est l'injustice !