Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

30/08/2014

Le capitalisme exploite sans complexe, les travailleurs au 20ème siècle et la planète au 21ème siècle

Au moment où les socialistes se réunissent ce week-end pour leur université d'été à La Rochelle, comment des figures historiques du socialisme comme Jules Guesde et Jean Jaurès interpréteraient tous les discours de François Hollande, de Manuel Valls ou même d'Arnaud Montebourg ? Ils seraient anéantis !

Je renvoie au débat historique entre Guesde et Jaurès à Lille en 1900, un débat où ces deux figures historiques du socialisme décrivaient leur méthode pour que la classe prolétarienne soumise au capitalisme fasse émerger un ordre nouveau de propriété sociale. Pour Jules Guesde, il ne faut jamais de compromettre avec la bourgeoisie, seule l'issue révolutionnaire prévalant, alors que pour Jean Jaurès une tactique de participation permet d'irriguer toute la société.

Jean_Jaurès,_1904,_by_Nadar.jpg Jules_Guesde,_by_Nadar.jpg

Et si Jules Guesde dans son discours faisait référence aux républicains du milieu du 19ème siècle qui avaient la même problématique de transformation politique à l'époque de l'empire de Napoléon III, je me permets d'en faire de même avec l'écologie. La participation d'écologistes aux gouvernements de François Hollande est du même ordre. La lutte des classes au 19ème siècle voyait les ouvriers se réunir dans les mouvements socialistes pour combattre le capitalisme et en se méfiant des manigances de la bourgeoisie au pouvoir. Aujourd'hui, les citoyens lucides de la finitude de notre planète sont conscients que nous en épuisons les ressources naturelles bien plus vite qu'elles ne se renouvellent et que nous la polluons avec une irresponsabilité collective totalement décomplexée.

Si au 19ème siècle la lutte des classes opposait des bourgeois détenteurs de tous les biens à des ouvriers aliénés à leur outil de production, les inégalités s'étalaient aux yeux de tous au quotidien. L'exploitation du prolétariat était évidente, les conditions de travail et de vie étaient injustes et cela s'exprimait par de violents conflits sociaux. Là, l'urgence environnementale ne se présente pas avec la même acuité, et il faut faire un travail minimal d'anticipation pour en percevoir les effets dévastateurs.

Le socialisme a été un idéal d'émancipation humaine dans le cadre des relations entre le travail et le capital, et c'est résolument une idéologie du passé ; l'emploi s'est substitué au travail et le droit à consommer est devenu le principal facteur d'épanouissement moderne. Cela conforte l'écologie comme l'idéologie politique du 21ème siècle, et pas seulement pour l'environnement mais aussi pour donner au progrès social des garanties pérennes et à l'économie sa juste place au service de l'intérêt général. A noter que le capitalisme demeure le modèle dominant depuis deux siècles et qu'après avoir exploité des hommes il exploite notre planète avec la même indifférence ...

07/06/2013

Avec la mort de Pierre Mauroy, c'est aussi une page qui se tourne dans la façon de faire de la politique.

Le parcours politique de Pierre Mauroy est exemplaire, tant sur sa longévité que sur l'engagement militant pour un idéal socaliste. Rien à voir avec ces femmes et ces hommes qui se présentent un jour à une primaire citoyenne parce qu'ils ont la notoriété suffisante pour briguer un mandat. Pierre Mauroy n'avait rien d'un "people", et d'ailleurs il fréquentait bien peu les plateaux de télé, même pendant son passage à Matignon de mai 1981 à juillet 1984.

Il n'était pas non plus de ces cercles de grands courtisans qui se renvoient toujours l'ascenseur jusqu'à ce que la justice ou la presse n'épingle leurs conflits d'intérêts. Président de l'Internationale socialiste de 1992 à 1999, il présidait encore la fondation Jean Jaurès depuis 1992. C'est sur ses terres du Nord et dans les milieux ouvriers que naissent ses convictions, à partir de là qu'il livrera ses batailles politiques dans le souci constant du progrès social.

Alors Pierre Mauroy n'était pas écologiste, et je ne sais pas quelles étaient ses positions sur les gaz de schiste, sur le nucléaire, sur l'aéroport de Notre-Dames-des-Landes, sur la croissance du PIB, sur le contexte européen et sur tous ces sujets qui sont au coeur d'une nécessaire transformation radicale de notre société, mais Pierre Mauroy était un militant engagé, humaniste et socialiste (au sens historique du terme), et il force le respect.

Même les hommages qui lui ont été rendu aujourd'hui par quelques caciques socialistes, de Harlem Désir à François Hollande en passant par Bruno Le Roux ne sont pas à la hauteur du personnage. Très peu d'entre eux mettent en avant qu'il ait été un grand socialiste ; il faut dire que le socialisme leur est tellement étranger ...

02/09/2012

Les socialistes Moscovici et Bricq promeuvent une "mondialisation solidaire" ...

Publiée fin août dans le journal Le Monde, les ministres Pierre Moscovici (à l'Economie) et Nicole Bricq (au Commerce Extérieur) ont signé ensemble une tribune sur la mondialisation solidaire (tribune disponible sur le site Web du Ministère de l'Economie ainsi qu'en téléchargement au format PDF). Voilà pourtant deux mots très opposés que nos deux ministres sociaux-démocrates n'hésitent pas à marier :-(

Les auteurs de cette bafouille inscrivent clairement le modèle économique de la France au sein de ce miasme qui a complètement dérégulé les mécanismes commerciaux depuis une vingtaine d'années. Au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les Etats n'ont jamais cessé de nous vendre de la coopération, de la réciprocité, de la négociation équilibrée, de la loyauté vis-à-vis des engagements internationaux, etc. Mais au final, ce sont les mots de dumping et de compétition [sauvage] qui illustrent le mieux ce qu'est devenu le commerce mondial ; et l'éthique comme la morale n'y ont pas leur place. Les débats autour de l'AGCS (Accord Général du le Commerce des Services - GATS en anglais) ou des accords bi-latéraux de libre-échange (ALE) ont émaillé l'actualité de ce début de 21ème siècle, avec la naissance antagoniste d'un alter-mondialisme essentiellement fondé sur la protection du commerce agricole de chaque nation. Ainsi, la construction européenne a été le laboratoire de cette mondialisation, l'OMC y expérimentant ses idées visionnaires ...

Honnêtement, qui aujourd'hui peut faire rymer mondialisation et solidarité ? A part dans l'esprit fossilisé d'un(e) social(e)-démocrate dont le dogme est de mettre coûte-que-coûte un peu de redistribution dans le capitalisme mondialisé, quand la mondialisation s'est-elle attachée à être morale ? Moralisatrice, oui, mais morale ?

Et nos deux ministres fraîchement investis d'écrire par exemple dans leur tribune que "l'Afrique a trouvé la voie d'une croissance forte" ... Mais de quelle Afrique parlent-ils ? Sont-ils déjà installés dans leur bulle dorée pour oublier les guerres, les famines et les maladies qui emportent les jeunes adultes par milliers ? Un récent documentaire sur Arte dévoilait les trafics de produits toxiques entre l'Italie et la Somalie, exemple type de ce que les pays riches échangent comme marchandises avec des pays livrés à la corruption d'Etat.

Car le leitmotiv de Bricq-Moscovici, c'est la croissance qu'ils mettent à toute les sauces ; elle doit être durable, mondiale, forte et au service de l'emploi. Cette croissance qu'en 2007 le candidat Sarkozy disait qu'il irait la chercher avec les dents et qu'en 2012 le candidat Hollande allait imposer à la chancelière allemande ... Ils osent néanmoins écrire que "Tous doivent rechercher la voie d’une économie plus économe des ressources non renouvelables pour lutter contre le réchauffement climatique", mais en réalite la finitude du monde et la limitation des ressources de la planète échappent évidemment à leur analyse, l'intelligence humaine n'a pas de borne et on sent que derrière leur discours pointent les OGM, les gaz de schiste, le nucléaire, les énergies fossiles et des transports pas chers.

Nous savions que la victoire de François Hollande était surtout fondée sur le rejet de Nicolas Sarkozy, mais nous ne pouvions imaginer que l'idéologie de ce gouvernement était celle des gouvernements de François Mittérand ... Les crises mondiales, économiques, financières et environnementales sont pourtant passées par là, mais les socialistes français semblent vouloir jouer une partition ancienne. Sans idée nouvelle pour affronter ce siècle où 7 milliards d'humains voudront tous accéder aux mêmes services et aux mêmes marchandises, cette tribune est un cauchemar !