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26/02/2017

Plus d'écologiste en lice pour la présidentielle ; l'écologie est-elle sacrifiée ? Pas sur le long terme.

L'écologie s'est invitée dans le cercle très fermé des candidats à l'élection présidentielle en 1974 avec René Dumont ; malgré que cette élection-là ne soit pas du tout dans l'ADN des écologistes car elle induit une hyper-personnalisation du scrutin dans la perspective d'élire un monarque. Mais cette élection demeure, avec l'élection du maire de sa commune, le scrutin préféré des Français. Aussi, avec une population à l'écoute des programmes et des personnalités, l'écologie politique ne pouvait passer à côté de ce scrutin majeur de la Vème République. En effet, les urgences environnementales ne cessent de s'intensifier et nos propositions ne peuvent pas se restreindre à des publics avertis. Sur les sept précédents scrutins présidentiels, les candidats écologistes ont rassemblé un électorat exigeant qui ne trouvait pas dans l'offre politique du moment les réponses à ses attentes en matière environnementale.

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Désormais, l'addiction massive aux médias d'information politique (radios, magazines, télés, réseaux sociaux, ...) démultiplie l'impact d'une apparition ; et n'y paraître jamais est synonyme d'inexistence politique. Ainsi, depuis l'automne dernier que Yannick Jadot a été désigné par la primaire écologiste, sa présence dans les médias a accéléré sa visibilité ; et les qualités oratoires de Yannick en font un bon client.

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Il en va de même avec les enquêtes d'opinion, autant pour les intentions de vote que sur la popularité des femmes et des hommes politiques, il faut y figurer pour exister politiquement.

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A partir de ce lundi 27 février, l'écologie politique va sortir des écrans radar. Les autres candidats continueront certainement d'en parler, mais plutôt en « amateurs » (ce mot n'est pas péjoratif, il vient du verbe latin « amere » qui signifie « aimer ») ; aussi, pour beaucoup d'écologistes, c'est une grande frustration. Le seuil des 500 promesses de parrainage était pourtant atteint et EELV s'était préparé à une campagne économe, avec les 800.000 € de financement de l’État et au moins 200.000 € de dons. Alors pourquoi s'effacer ?

" Les pirouettes du Parti Socialiste "

Le discours dithyrambique et officiel de Yannick Jadot et des cadres d'EELV sur Benoît Hamon et sur sa récente conversion à l'écologie est un écran de fumée ; on se raconte une belle histoire en grossissant les enjeux afin de mieux faire passer des accords à l'ancienne. Je l'ai dit, écrit et répété, la dynamique de Benoît Hamon ne devait pas s'arrêter au soir du 29 janvier, et il avait une opportunité historique de rencontrer Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot sans délai pour poser les bases programmatiques et opérationnelles d'une nécessaire rupture politique. Car il y a bien en France deux gauches [pour l'instant] irréconciliables, et Benoît Hamon se rêve dans la position centrale du trait d'union. A part qu'il est marqué par 25 années au cœur de l'appareil socialiste, professionnel de la politique, et que là il joue le coup d'après.

Ni Jean-Luc Mélenchon ni Benoît Hamon ne se retirera de la campagne présidentielle au profit de l'autre. La défaite de la gauche à l'élection présidentielle est écrite depuis plus d'un an ; elle avait déjà conduit François Hollande à renoncer à sa candidature, et Manuel Valls trépignait de candidater pour lui aussi prendre le leadership au PS pour préparer 2022. La victoire de Benoît Hamon à la primaire de la BAP a suscité une vague d'euphorie, mais les primaires chez les écologistes, à droite puis à gauche ont témoigné du désaveu des citoyens pour les formations politiques classiques ; leurs leaders ont tous été sanctionnés. Jadot, Fillon puis Hamon sont des vainqueurs par défaut dans une consultation citoyenne qui dépasse le cadre de leur parti politique, et la soudaineté de leur victoire ne leur a pas donné le temps de fortifier leurs bases partidaires.

C'est un constat amère quand on milite dans un parti politique depuis une vingtaine d'années, mais les dynamiques politiques se trouvent aujourd'hui en dehors des partis, exception faite du Front National. Et il n'est pas possible de passer à côté de la réussite électorale du clan Le Pen, alimentée par des décennies de relégation d'une crise sociale croissante à un nationalisme exacerbé. Les enquêtes d'opinion écartent toute possibilité de voir Marine Le Pen remporter la présidentielle le 7 mai prochain, mais il faut cesser de « cacher la poussière sous le tapis ».

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Ce refuge frontiste illustre l'incapacité des politiques à faire partager et à co-décider avec les citoyens sur tous les enjeux de notre société. Les socialistes ont ainsi une énorme responsabilité avec ce fétide projet de révision constitutionnelle sur la perte de nationalité pour motif de crime terroriste. Les français d'origine étrangère récente ont été injustement stigmatisés, et cela nourrit les revendications du Front National. Le maintien de l'état d'urgence et l'inflation de lois sécuritaires alimentent une idéologie de « la force avant le droit ». Benoît Hamon arrive après tout ça pour recoller les morceaux, en quelques semaines, mais les dégâts sont trop grands ...

" Les motifs politiciens d'un effacement historique "

La décision de retrait annoncée au 20h de France 2 a été un choc pour de très nombreux écologistes. Dans un parti exigeant sur sa démocratie interne, cette annonce sonnait comme une trahison ; une annonce qui ne prenait même pas la précaution de la conditionner au résultat de la consultation à suivre. Par ailleurs, si une primaire a été organisée pour choisir le candidat de l'écologie politique à l'élection présidentielle, ce corps électoral-là n'avait pas vocation à décider de la stratégie électorale d'Europe Écologie Les Verts. Yannick Jadot a floué les militants d'EELV en affirmant : « j'ai reçu un mandat de 17 000 personnes inscrites à la primaire. Mon mandat c'est de porter un projet écologique. Il est normal que je m'en retourne vers mes mandants. Ça s'appelle donner confiance. ». Son seul mandat était d'être le candidat de l'écologie politique à l'élection présidentielle, et c'était uniquement au Conseil fédéral d'EELV d'en décider autrement. Sa décision unilatérale soutenue par les parlementaires d'EELV et par le Bureau Exécutif a déclenché un profond traumatisme en interne du parti ; les militants sont dépossédés de leurs droits statutaires, mais ils perdent aussi ce qui est l'essence d'un parti politique, de se présenter devant les électeurs pour faire avancer des idées et pour avoir des élus. Notre Conseil fédéral se réunit à Paris les 11 et 12 mars prochains, et il devrait être acté que EELV ne donne aucune consigne électorale pour la présidentielle, chaque militant et chaque instance disposant de la plus totale liberté d'expression politique (dans le respect de la motion de synthèse du Congrès de juin 2016).

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Pour les écologistes, l'effacement de Yannick Jadot signifie de façon très immédiate que jusqu'à mi-mai ils vont être moins visibles. C'est une situation que connaissent les communistes qui se sont effacés pour Jean-Luc Mélenchon et qui sont depuis dans la traversée du désert [médiatique]. Et comme pour les communistes, nous serons en concurrence aux législatives avec des candidats adoubés par leur candidat à la présidentielle. C'est une situation inédite sous la Vème République, avec cette élection présidentielle qui envenime la démocratie française.

Mais Benoît Hamon se présente sous un jour plus généreux vis à vis de son nouveau partenaire écologiste que Jean-Luc Mélenchon l'a été avec les communistes. En effet, 43 circonscriptions législatives sont réservées aux écologistes. Onze sont les circonscriptions où EELV a un(e) député sortant(e), douze autres étaient tenues par un(e) député socialiste qui ne se représente pas, et une vingtaine d'autres sont tenues par un député de droite (et sont donc ingagnables). Alors Yannick Jadot s'est-il retiré pour sauver quelques députés EELV sortants ? Et que pour ça ?

" L'écologie s'est-elle dissoute dans l'offre politique actuelle ? "

« En politique comme en amour, les déclarations ne suffisent pas, il faut en apporter des preuves », et jusqu'à présent les socialistes sont très loin du compte. Le mandat qui s'achève de François Hollande n'a pas répondu aux attentes, et l'organisation de la COP21 à Paris est un lot de consolation bien maigre (et qui est encore de l'ordre de la déclaration). La mort de Rémi Fraisse restera le tragique marqueur de l'autisme politique du gouvernement socialiste de Manuel Valls ; c'est la justice qui a mis fin au projet du barrage de Sivens en annulant les arrêtés à l'origine du projet, et en l'occurrence sa déclaration d'utilité publique (DUP), alors que les responsables politiques à tous les niveaux auraient du prendre en compte les questions environnementales sur cette zone humide. Le chantage à l'emploi reste un argument commun pour justifier que l'on s'assied sur la préservation de l'environnement, sur la qualité de nos eaux, de notre air et de notre alimentation, et ça nous le constatons au quotidien sur nos territoires.

A l'échelle nationale, je me réjouis des conversions de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon à l'écologie, et je ne mets pas en doute leur volonté de poursuivre sur cette voie-là au delà du mois de mai 2017. Et nous allons prendre le temps de faire converger nos mobilisations, par exemple pour présenter des projets de rupture sur les questions environnementales dans la perspective des élections locales de 2020.

Dans l'immédiat, ce sont les élections législatives qui vont nous permettre de poursuivre nos engagements militants ; les écologistes seront présents dans toutes les circonscriptions pour faire des campagnes de terrain, écartées de la sur-exposition médiatique. J'ai débuté ma note sur le poids des médias dans une campagne présidentielle, mais là nous avons 3 mois pour investir d'autres formes d'échange de proximité. Le retrait de Yannick Jadot est préjudiciable à l'échelle nationale, mais il nous redonne en même temps de la liberté. De la liberté d'expression politique et de la liberté de militer comme il convient le mieux localement.

Et la bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a plus d'élection avant 2019 (européennes) puis 2020 (municipales). Deux à trois ans loin du théâtre de la politique nationale va nous permettre, localement, de promouvoir l'écologie politique dans d'autres formes de rassemblements, dans d'autres espaces de participation citoyenne. C'est dire si cela nécessite de l'enthousiasme, de la mobilisation et ... de l'humilité !

23/10/2015

La mort d'un jeune environnementaliste de 21 ans à Sivens, il y a un an, reste impunie

Il y a un an, la ZAD de Sivens occupait tous les médias. Les télés d'information en continu et les journaux tenaient là leur ligne éditoriale de tout l'automne 2014. Mais derrière cette effervescence médiatique, il y a la mort d'un jeune homme de 21 ans, Rémi Fraisse, tué par une grenade reçue dans le dos. Non, nous n'étions pas dans une banlieue de Damas ou dans la bande de Gaza, mais bien dans une campagne française, dans un paysage bucolique du Tarn où la vie s'épanouit au bord des mares et dans le moindre bosquet.

Quelques heures après le drame, le commandant de gendarmerie mobile avait assuré, spontanément : « Je tiens à préciser que le préfet du Tarn, par l’intermédiaire du commandant de groupement, nous avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté. » Le journal Le Monde publie aujourd'hui un état de l'enquête, et le constat est que rien n'a été fait depuis un an pour que les parents de Rémi Fraisse puissent connaître un jour les causes de la mort de leur fils, ses responsables. Les magistrats ont ainsi refusé aux avocats de la famille de Rémi Fraisse l'accès aux auditions du préfet et de son directeur de cabinet, pourtant responsables des opérations de maintien de l’ordre. « Pas, en l'état, utile à la manifestation de la vérité » et « que très indirectement lié aux faits », a estimé la juge d'instruction.

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Les amis de Rémi Fraisse et tous les mouvements qui continuent de défendre le site naturel où il est mort ont souhaité lui rendre hommage ce dimanche 25 octobre. La maire de Lisle sur Tarn, Maryline Lherm, a signé hier un arrêté municipal s'opposant à toute manifestation libre sur le territoire de sa commune. En préfecture, les organisateurs de la marche en hommage à Rémi Fraisse ont été stupéfaits d'entendre le responsable de la FDSEA, Philippe Jougla, informer qu'il « ne fallait pas exclure que soient menées des actions en dehors du cadre légal » ! Ces propos tenus devant le Préfet Thierry Gentilhomme et le Président du Conseil départemental et sénateur du Tarn Thierry Carcenac n'ont pas été repris ... C'est ce que révèle le journal le journal le Tarn Libre.

Mais c'est un usage assumé de la force par un gouvernement socialiste qui est aussi en cause. Pourquoi autant de forces de l'ordre, lourdement armées cet automne-là à Sivens alors qu'il n'y avait rien à protéger. Aucun bien et aucune personne n'étaient menacés dans leur intégrité, et c'était avant tout une posture de l’État de ne pas vouloir céder aux Zadistes. Alors que nous aurions pu attendre de ministres et de parlementaires socialistes une plus grande volonté de conciliation ...

Et cet usage de la force publique, nous le retrouvons de plus en plus souvent à l'occasion de manifestations pacifiques, comme ces avocats gazés et expulsés manu militari hier du tribunal de Toulouse ; leur dangerosité et la sécurité publique justifiaient-elles une telle issue ? Les images révélées par actus.cotetoulouse.fr en témoignent :=(

Quarante ans séparent les deux images ci-dessous, la première prise pendant les manifestations de mai 1968 à Paris et la seconde en 2009 à Strasbourg lors d'un sommet de l'Otan, et l'actualité est ponctuée d'opérations de dispersion ou de répression de manifestants qui pourtant ne sont pas systématiquement des émeutiers ou des casseurs. Les images d'infirmières repoussées par des canons à eau et par des gaz lacrymogènes en 1991 alors que leur manifestation s'approchait de l’Élysée illustrent cette préférence de l’État pour les démonstrations de force, preuve de son autorité régalienne, alors qu'au 21ème siècle nous pourrions envisager d'autres modes de confrontation, plus pacifiques.

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« Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

(Jean de LA FONTAINE, Fab. VII, 1)