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09/09/2015

Ne galvaudons pas la citoyenneté !

C'est son côté Napoléon chez Philippe Saurel qui se révèle au travers de la désignation de ses têtes de listes départementales. Comme l'Empereur, il désigne un roi dans chaque territoire où il veut déployer son pouvoir.

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régionales,2015,le projet en commun

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Napoléon Bonaparte avait placé ses frères sur les trônes d'Espagne, de Hollande et de Westphalie. Il avait aussi placé quelques maréchaux de l'Empire à la tête des royaumes de Suède et de Norvège, de Naples et de Sicile. Toute l'Europe était ainsi conquise par ce monarque qui devait son parcours à ... la République :=(

Ce modèle politique ambitieux, visionnaire et conquérant a ses vertus, et surtout des défauts, mais rien n'interdit de s'en réclamer. D'ailleurs, Philippe Saurel marche ainsi dans les pas de Georges Frêche, et il y a un électorat qui plébiscite ce type de gouvernance. Mais alors pourquoi vouloir donner à cette démarche une étiquette « citoyenne » ? Parce que pour l'instant, les citoyens du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées n'ont pas du tout été associés aux projets que Philippe Saurel voudrait réaliser à la tête de la Région.

Notre nouvelle grande région a-t-elle besoin d'un empereur ? Non, certainement pas. C'est fini le temps des autocrates éclairés qui surfaient sur une croissance économique favorable, il faut désormais que tous les citoyens contribuent à l'élaboration de leur propre projet, pour eux et pour leurs enfants. Car même si la taille et les compétences de la région plaident pour une délégation de souveraineté à des élus qui maîtrisent les dossiers, il faut que les citoyens se réapproprient chaque élection pour peser sur les politiques publiques que mettent en œuvre les assemblées élues, de la commune à l'Europe.

Lundi dernier, en duplex entre Toulouse et Montpellier (via Skype tout simplement), des citoyens étaient réunis pour adopter le Projet en commun, issu de centaines de contributions thématiques déposées sur la plateforme Internet pendant l'été et ayant fait l'objet d'un rigoureux travail de consensus. Ce soir-là, nous n'avons pas adoubé de tête de liste départementale et personne n'a évoqué la constitution des listes. Seul le projet politique, démocratiquement élaboré par des citoyens occupaient toutes les discussions.

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Il reste quelques dizaines de jours pour que cette démarche contributive, citoyenne, irrigue tout le territoire régional, que les propositions ainsi formalisées alimentent des débats et que d'autres citoyens rejoignent ce processus en cours.

leprojetencommun.net

29/08/2015

Régionales : un projet citoyen pour une campagne contributive et un mandat éthique et démocratique

Les 6 et 13 décembre 2015, un peu plus de 4 millions de citoyens du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées seront appelés à renouveler l'assemblée régionale. Le contexte a radicalement changé depuis le dernier scrutin de 2010 : les deux régions n'en font plus qu'une seule, deux métropoles y ont désormais un rôle économique majeur (cf. loi MAPTAM), la loi NOTRe a fixé des compétences spécifiques pour cet échelon des "régions stratèges", et puis les deux anciens leaders régionaux qu'étaient George Frêche et Martin Malvy ne sont plus dans le jeu politique.

Un autre élément de contexte à retenir pour ces régionales, c'est le désamour croissant des citoyens pour ces rendez-vous électoraux. Aux dernières départementales de mars 2015, un citoyen sur deux dans nos régions du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées sont allé s'exprimer dans les urnes. Et c'était pareil aux européennes de 2014 ...

Les écologistes et d'autres formations de gauche ont perçu cet appel des citoyens à être entendus, à voir leurs attentes enfin prises en compte. Des appels citoyens, ainsi que des initiatives comme les " chantiers de l'espoir" sont nés un peu partout ; le but était de pouvoir y formaliser les valeurs, les principes et les principales orientations politiques revendiqués par le peuple. Il ne s'agit pas de nier la légitimité des représentants élus, mais simplement de faire émerger un socle de revendications qui fasse projet. Le 11 juillet à Narbonne, une rencontre des "convergences citoyennes" a permis de lancer le projet d'offrir à tous les citoyens l'opportunité de contribuer au projet régional pour le futur mandat 2015-2020. En parallèle, Europe Écologie Les Verts, le Parti de Gauche et le Parti Occitan avaient lancé une plateforme sur le Web pour recueillir les contributions citoyennes :

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Le Parti Communiste, la Nouvelle Gauche Socialiste et Ensemble ! ont rejoint cette démarche au cours du mois de juillet. Des centaines de contributions ont été déposées et leurs synthèses font désormais l'objet d'une relecture citoyenne (cf. pages de consensus). Le 07 septembre, depuis Montpellier et Toulouse (en duplex), ce projet en commun sera présenté et débattu publiquement.

Il est important de noter qu'au travers des contributions citoyennes, des propositions très exigeantes ont été déposées à propos du mode de gouvernance. En effet, on peut avoir les plus belles idées du monde et le plus magnifique projet politique, mais ce ne serait que du marketing politique s'il n'y avait pas à côté de ça une implication réelle des citoyens. Vous trouverez sur le site une charte éthique et démocratique qui sera signée par tous les candidats ; il faut vraiment la lire complètement pour prendre la mesure de la rupture avec le fonctionnement actuel de la majorité des collectivités territoriales.

Début août, la tête de liste PS/PRG s'est inspirée de notre démarche pour ouvrir elle aussi un site Web qui permet aux citoyens de déposer leurs idées, leurs suggestions et leurs propositions. Il faut par contre regretter que ces contributions-là ne soient pas largement partagées et qu'elles fassent l'objet d'une co-construction d'un projet politique. En réalité, Carole Delga a habillé d'un voile de concertation une simple boîte à idées.

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Et puis en fin de semaine dernière, c'est Philippe Saurel qui ouvre un "site participatif" pour recueillir les "paroles de citoyens". Ces contributions sont mises en ligne, mais rien n'est dit sur la suite qui y sera donnée. Et comme cela apparaît un peu partout sur les pages de ce site, le nom et la photo de Philippe Saurel y sont omniprésents ; ses colistiers et ses électeurs devront donner de la voix pour se faire mieux entendre ...

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Rien à droite et au Front National où les codes des campagnes électorales restent inchangés, en plus de n'être souvent qu'un ersatz des grandes manœuvres nationales ...

Alors il reste une centaine de jours avant le premier tour des régionales, et j'invite tous mes lecteurs à visiter le site du projet en commun, et à contribuer au programme puis à la campagne qui va s'intensifier au fil des mois :

leprojetencommun.net

26/07/2015

Philippe Saurel, plus Bonaparte que Jaurès ?

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C'est à la fin du mois de juin que le maire de Montpellier, Philippe Saurel, a publié un essai intitulé « Réparer la République » (Éditeur Privat). Mais ce manifeste est aussi l'expression d'un projet politique que Philippe Saurel veut porter aux élections régionales après l'avoir validé aux municipales puis aux départementales.

Étant moi-même candidat aux régionales de décembre 2015, la lecture du livre de Philippe Saurel était un exercice obligé. J'avoue que j'ai abordé cette lecture avec un a priori plutôt positif, ayant suivi avec attention les initiatives de Philippe Saurel à la mairie de Montpellier, et son premier bilan d'étape lui est assez favorable (cf. note du 20 juin). Une première différence entre nous est notre relation aux partis politiques ; il a quitté un Parti Socialiste moribond en 2013 quand je continue de militer au sein d'EELV.

Dans son livre, Philippe Saurel consacre en effet de nombreuses pages aux partis politiques ; il les confronte à la « politique de projets » qu'il promeut et à laquelle ces derniers auraient renoncé pour des intérêts bien moins nobles. Nul doute que le divorce entre Philippe Saurel et le Parti Socialiste, dans le contexte pré-électoral des municipales de Montpellier en mars 2014, a été une séparation difficile dont il conserve de vifs griefs. Par ailleurs, son avis sur les partis politiques se fonde principalement sur son parcours au sein du Parti Socialiste, un parti qui ne produit plus de projet depuis fort longtemps et qui se contente d'exister dans le jeu stérile des alternances démocratiques.

Mais l'obsolescence d'un système justifie-t-elle de le condamner définitivement ? Est-ce qu'au contraire il ne faut pas essayer de moderniser et d'améliorer ce système ? Et d'ailleurs, Syriza comme Podemos que Philippe Saurel cite fréquemment dans son essai ne sont-ils pas une réponse à ce constat négatif sur le fonctionnement des partis politiques traditionnels ? La contestation citoyenne des indignés espagnols n'a-t-elle pas finalement pris la forme d'un parti politique ? Ce même parti, Podemos, qui vient de remporter les municipales à Madrid, à Barcelone et dans d'autres villes d'Espagne.

Et qu'aurait été le parcours politique d'un Jean Jaurès sans les partis politiques, lui qui participe à la création du Parti Socialiste en 1902 puis à la création de la SFIO en 1905 ? Philippe Saurel reproche aux partis politiques d'être dogmatiques, mais l'opposition dogmatique entre Jean Jaurès et Jules Guesdes dans l'affaire Dreyfus est loin d'être futile, elle révèle au contraire l'humanisme que Jean Jaurès plaçait avant la lutte des classes.

 

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N'est-ce pas le pacifisme dogmatique de Jean Jaurès qui lui a coûté la vie ? Aurait-il du occulter ce volet-là de son militantisme politique pour être beaucoup plus un homme politique « de projets » ?

Et c'est par un sophisme que Philippe Saurel rebondit : « les citoyens rejettent de plus en plus les partis politiques aux élections » et « sa démarche a rencontré du succès aux élections municipales puis aux départementales », il en découle donc que « Philippe Saurel propose une alternative qui elle seule pallie les carences d'un système politique sclérosé ». Mais ce qui manque dans cette démonstration, ainsi que dans le livre, c'est la présentation d'orientations politiques ; ou ne serait-ce que d'indiquer qu'elles sont essentielles. Car le Président de la Métropole explique que dans l'exercice de son mandat il « prend » des projets du Front de gauche, qu'il « prend » des bonnes propositions de l'UMP et du centre, et qu'il « prend » aussi les propositions pertinentes du PS ; ça fait un peu " cocktail de circonstance ", mais ça ne structure pas un projet politique sur la durée d'un mandat.

La liberté qu'il revendique aujourd'hui, en dehors des partis politiques, mais avec les partis politiques qui vont dans le sens de l'intérêt général, n'est pas un argument suffisant. Et en citant Étienne de la Boétie dans son Discours de la servitude volontaire, Philippe Saurel reprend à son compte la revendication d'une liberté qui s'oppose à la soumission, d'une volonté qui provoque la tyrannie. Mais La Boétie a écrit cet essai au 16ème siècle, dans un monde où la servitude était un héritage. Aujourd'hui, et vis à vis de la République, peut-on parler de servitude ?

Mais ce qui ressort principalement dans l'essai de Philippe Saurel, c'est l'amalgame entre une bonne gouvernance et une orientation politique pour laquelle le peuple délègue sa souveraineté. J'adhère au triptyque transparence, proximité et modernité ; je suis favorable au tirage au sort des délégués des Conseils de quartier, pour « éviter le copinage », et j'ai un regard très positif sur les 18 premiers mois des mandats de Philippe Saurel, mais il manque dans son ouvrage un chapitre sur la légitimité démocratique des orientations stratégiques du mandat. Parce que se contenter d'un discours de la méthode et de la bonne tête de l'édile conduit plus souvent à la démagogie qu'à la démocratie.

En réalité, Philippe Saurel porte seul son projet. Et s'il est entouré de nombreux émules qui promeuvent sa démarche, le système formalisé dans ce livre ne constitue toujours qu'une démarche personnelle. Et quand il répond à la critique « Saurel est isolé », c'est par un : « comptez le nombre de personnes qui ont voté pour moi, quelle que soit leur appartenance politique ... ». Le chapitre consacré au territoire trahit la portée de cette démarche, « son parti politique, c'est le territoire », mais qui reste très localisé sur Montpellier. Car il est très insuffisant de vouloir « revenir à une pratique simple de la politique, organisée en fonction des hommes et des territoires et non en fonction des intérêts politiques des uns ou des autres, en un mot ne pas être inféodé aux chapelles politiques ». Cela suffit pour animer un Parlement des territoires, mais pas pour présenter aux citoyens à l'occasion d'une campagne électorale un projet de mandat.

Or, voilà un différend que j'ai avec Philippe Saurel, dans ce qu'il appelle la « République des communes », et qu'il confronte à la « République d'en haut », celle du gouvernement. Oui, les élus locaux ont à la fois une légitimité démocratique et une proximité citoyenne qui permet d'en faire des relais adéquats pour une politique territoriale, mais on ne peut pas occulter la République, celle que des citoyens ont instaurée en 1792 et qui depuis deux siècles est un modèle unique au monde. Unique, oui, car aucun autre pays ne place la liberté d'expression et la laïcité au même niveau que nous. Il ne faudrait pas oublier la République des « Nous sommes tous Charlie ! ».

En parallèle, Philippe Saurel insiste sur la démocratie qui s'exprime au travers des réseaux sociaux, inscrivant le mandat des élus dans un schéma de démocratie directe. Mais on connait le travers de cette forme de démocratie, elle a été théorisée sous le mandat de Nicolas Sarkozy : " un fait divers, une émotion et donc une loi ! ". Il est là le risque d'une prise directe des élus sur les réseaux sociaux, celui d'exercer son mandat au rythme des émotions. Par ailleurs, d'écrire que « le nouvel outil de la démocratie est le numérique » ou que « la nouvelle citoyenneté est celle des réseaux sociaux », c'est en exclure tous ceux qui ne vivent pas dans le monde virtuel du Web ; il y a ceux qui ne sont pas de cette génération-là, ceux qui n'en ont pas le temps et tous ceux qui refusent cet asservissement-là. Et la loi Renseignement que vient de valider le Conseil constitutionnel devrait dissuader les citoyens les plus attachés à leurs libertés de s'y épancher sans limites. Car, si Internet est une formidable ouverture sur le monde, les réseaux sociaux n'ont-ils pas quelques défauts ? Ils sont par exemple le meilleur vecteur de propagande des mouvements djihadistes ... mais dans une dimension moins extrémiste, ils permettent à des petits malins de profiter des confessions des usagers pour en faire de mauvais usages.

La citation de Philippe Saurel que j'ai découverte dans la conclusion du livre : « en marchant, on fait le chemin » (de Antonio Machado) fait écho à une autre que je cite souvent : « je marche pour savoir où je vais » (de Goethe). Nous nous accordons-là sur le fait que les certitudes, que les projets, bref que les plans tirés sur la comète sont des projections très incertaines de l'avenir. Combien de Présidents de la République et de Premiers ministres ont affiché le projet de renverser la courbe du chômage ? Mais cela ne m'empêche pas, bien au contraire, d'affirmer des valeurs, des principes et des orientations politiques majeures pour faire ce cheminement politique ; et de s'en donner les moyens !

Je suis un élu militant écologiste, et je trouve dans l'écologie politique des orientations qui structurent ma façon d'aborder les politiques publiques des assemblées où je suis élu ; et ça alimente mon action militante. Je pâtis moi aussi de la mauvaise image que véhiculent quelques leaders d'EELV, alimentant comme le décrit longuement Philippe Saurel la « perversion de la vie politique en fonction d'intérêts propres », mais nous sommes des milliers de militants à partager un même projet politique, sans compter tous les sympathisants et tous les associatifs qui se mobilisent pour un autre monde. Sur le capitalisme, sur la démographie, sur le consumérisme, sur l'énergie, sur l'alimentation, sur le matérialisme, sur la biodiversité, sur les ressources naturelles, ... j'ai des convictions qui sont publiques, sur lesquelles je communique et qui étayent mes interventions publiques.

Voilà ce qu'il manque dans le livre de Philippe Saurel, mais peut-être est-ce l'objet d'un prochain livre du même auteur ... J'estime que les citoyens ont besoin de savoir sur quels fondamentaux se bâtira le mandat d'un futur élu. Et si dans mon cas je suis "interchangeable" avec d'autres élus écologistes, quel autre élu(e) pourrait porter un même projet que celui que porte Philippe Saurel dans les mandats qu'il occupe, ou qu'il veut occuper ?

En conclusion, si Philippe Saurel est bien un acteur politique remarquable ici en Languedoc, c'est dommage qu'il donne plus de lustre à son " tiers bonapartiste ", conquérant, plutôt qu'à son " tiers issu de Jaurès ". Plus fidèle à l'esprit de Jaurès, il pourrait alors s'investir dans l'unité des formations politiques qui satisfont son "tiers anarchiste ", c'est à dire anti-système.