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16/10/2016

Mélenchon accélère la recomposition à gauche

Se tenait ce week-end à Lille la première convention nationale de la France Insoumise, le mouvement lancé par Jean-Luc Mélenchon pour les échéances de 2017. Décidée en février 2016, cette France Insoumise est le nouvel objet politique qui permettra à Jean-Luc Mélenchon de bâtir son projet et de dérouler sa campagne jusqu'à l'été 2017. Aujourd'hui, ce sont 135.000 personnes qui ont cliqué sur le site JLM2017 pour appuyer sa candidature à l'élection présidentielle. Dans toute la France, des groupes d'appui se constituent et ils ont contribué depuis l'été dernier à élaborer un programme pour «  l’avenir en commun  ». La démarche retenue par Jean-Luc Mélenchon est résolument démocratique, réfractaire à la constitution de bastions locaux ou à la suprématie des partis politiques ; pour cette convention, les participants ont été tirés au sort parmi tous les insoumis qui constituent ce mouvement.

Jean-Luc Mélenchon est un personnage captivant et il porte un message radicalement en rupture avec le modèle dominant ; il souhaite ainsi porter un mouvement de la révolution citoyenne. Néanmoins, il ne suffit pas de porter intelligemment des thématiques sociales, économiques et environnementales pour être en mesure de les traduire en résolutions concrètes, homogènes, réalistes et acceptables une fois arrivé au pouvoir. Jean-Luc Mélenchon s'enferme toujours plus dans une posture de leader post-marxiste. Et dans son discours de clôture ce dimanche, son évocation de la vertu faisait pour moi écho à celle que défendait Robespierre à la période de la Terreur. Chacun pense ce qu'il veut des autres partis politiques, mais leurs orientations sont incarnées par de nombreuses personnes. D'ailleurs, les primaires des écologistes, de la droite et du centre, ainsi que de la belle alliance populaire illustrent bien cette pluralité d'opinions. En 2012 avec le Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon a été obligé de composer avec divers partenaires politiques ; là, il s'affranchit de cette diversité pour être seul en scène.

Cette France Insoumise sera-t-elle à la France ce que Podemos et Syriza ont été à l'Espagne et à la Grèce ? Syriza est plus proche sur la forme de ce qu'était le Front de gauche, c'est à dire une fédération de partis et de mouvements politique ; et comme Die Linke en Allemagne. Quant à Podemos, le mouvement est né du mouvement des Indignés en mai 2011, sur fond d'austérité économique et de régressions sociales sans précédent ; la France Insoumise ne bénéficie pas d'un même terreau militant. Nous sommes donc là avec Jean-Luc Mélenchon dans une construction citoyenne, sans le contexte insurrectionnel de 1789 ou de 1968. Et ce n'est pas pour rien si François Hollande veut propager ce message du « Ça va mieux », pour éteindre l'incendie qui couve sur sa gauche.

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Mais depuis 1981, la gauche s'est au fil du temps plus investie sur le réel que sur l'idéal. Et je cite souvent cette phrase de Jean Jaurès : « Le courage en politique, [...] c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ». Jean-Luc Mélenchon a bien cerné ce vide idéologique qui assèche les programmes politiques, et là il propose un idéal citoyen et révolutionnaire ; la convention de la France Insoumise s'est achevée sur l'Internationale. Mais si à mon avis l'idéalisme peut exister en toile de fond, il ne peut jamais représenter une alternative politique pérenne.

Le calendrier et les objectifs à court terme que s'imposent le millier de participants à la convention de la France Insoumise vont précipiter la recomposition de la gauche, et cela bien avant le scrutin des 23 avril et 7 mai 2017. La France Insoumise va présenter 577 candidats aux législatives ; un appel à candidatures va prochainement être lancé, les groupes d'appui du mouvement sur tout le territoire vont susciter et canaliser ces candidatures qui seront à l'image de la société. D'ici la fin de l'année 2016, Jean-Luc Mélenchon aura à ses côtés 577 titulaires (autant de femmes que d'hommes) et 577 suppléants qui porteront sa campagne au premier semestre 2017. Mais ces candidats ne pourront plus s'inscrire en préfecture au titre d'un parti politique (Parti de gauche, Nouvelle Gauche Socialiste, Parti Communiste, Ensemble, ...), comme en 2012 au sein du Front de gauche ; ils seront tous candidats de la France Insoumise.

Or, les élections législatives sont le sésame pour bénéficier du financement public des partis politiques. Ne pas avoir de candidat(e) portant l'étiquette d'un parti conduit à son asphyxie financière et donc à sa fin. Et c'est le dilemme que rencontre par exemple le Parti Communiste. Les militants communistes sont très divisés sur la stratégie électorale de 2017 ; il y a ceux qui veulent négocier avec le PS pour sauver quelques sièges à l'Assemblée nationale, il y a ceux qui par souci d'efficacité politique veulent rejoindre cette France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, et puis il y a ceux qui veulent y aller sous leurs couleurs.

Je ne porte pas de jugement sur ce mouvement naissant, et je n'ai aucune certitude sur son issue. Je trouve que la démarche est positive, et nous avions d'ailleurs emprunté ce même cheminement aux  régionales avec le "Projet en commun", sans pour autant que la liste "Nouveau monde en commun" échappe à l'hégémonie des formations politiques. Mais je suis aussi convaincu que l'écologie politique a son propre cheminement autonome ; Alexander Van der Bellen en Autriche, Marina Silva au Brésil ou encore les Grünen en Allemagne nous encouragent à poursuivre dans nos engagement écologistes. Chaque année, le jour du dépassement qui illustre la consommation irresponsable de nos ressources naturelles intervient de plus en plus tôt, le réchauffement du climat bouleverse les activités humaines, la biodiversité se réduit irrémédiablement au fil du temps, notre alimentation nous empoisonne désormais plus qu'elle ne nous nourrit, ... ; ce sont autant de combats qui méritent qu'un idéal écologiste figure en filigrane de nos campagnes électorales et qu'ensuite des lois et des directives soient prises par des gouvernements au sein desquels nous saurons prendre nos responsabilités. Et la « République écologique » à laquelle aspire Cécile Duflot est une belle perspective.

08/11/2015

Ne parlons plus jamais de la gauche ...

Daniel Cohn-Bendit était l'invité de la matinale de France Inter jeudi dernier. Et face à Patrick Cohen, l'ex député européen écologiste a affirmé que « le grand clivage, c'est plus gauche/droite, oui il existe un clivage gauche/droite un peu sur le social, le grand clivage c'est souverainisme ou ouverture au monde et ouverture à l'Europe, c'est ça le grand clivage politique aujourd'hui ».

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Alors il faut remettre cette phrase dans son contexte, car tout le débat avait porté sur les réfugiés et sur la position d'intellectuels de gauche sur cette question. Cette ouverture au monde qu'appelle DCB de ses vœux est surtout un appel à ne pas se refermer sur nous-mêmes, à rester fermes sur nos valeurs héritées des Lumières qui fondent la République.

Néanmoins, il a tort sur le clivage politique dans notre pays. Oui, il n'y a plus de clivage gauche/droite. Et d'ailleurs quand on distribue des tracts sur un marché en présentant une liste Nouveau Monde comme étant de gauche et écologiste, il nous est très souvent rétorqué ... quelle gauche ? Et les mêmes frontières sont tombées à droite.

Non, le vrai clivage aujourd'hui en France, en Europe mais aussi dans le monde, c'est un clivage entre d'un côté des populations désabusées et désorientées, et de l'autre une classe dirigeante qui ne pense qu'à ses intérêts. On ne s'étonne plus qu'un tel clivage existe dans une majorité de pays de la planète, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient où c'est malheureusement une situation historique, mais pour la France et de nombreux pays d'Europe, c'est une régression idéologique.

Pourquoi le souverainisme s'affirme en France sur tout le spectre de l'échiquier politique ? Parce qu'à gauche comme à droite des responsables politiques veulent défendre les intérêts du plus grand nombre. Et d'autres responsables politiques de gauche comme de droite, de Hollande à Sarkozy, ont fait le choix d'inscrire la France dans la compétition mondiale pour satisfaire quelques lobbies. Quel point commun existe-t-il entre le pacifiste et humaniste Jean Jaurès et le chef de guerre marchand d'armes qu'est François Hollande ?

La France reste encore sur un clivage caduc car la situation économique et sociale n'a pas suscité de révolte. Rien à voir avec nos voisins du sud où la crise économique a été comme un électrochoc social, et qui a vu naître Syriza en Grèce, Podemos en Espagne ou encore le mouvement 5 étoiles en Italie (M5S). Nous sommes en France comme dans d'autres pays européens et britanniques où l'exaspération s'exprime dans un vote nationaliste, la Nation prenant le pas sur l’État. Les élections générales en Grande-Bretagne le 7 mai dernier ont montré la percée du Parti Nationaliste Écossais qui a remporté la quasi-totalité des sièges de l’Écosse (56 sur 59), éclipsant presque totalement les politiques de gauche comme de droite.

Alors pour éviter ce terme de « gauche » qui ne signifie plus rien, nous employons « citoyen ». Et la liste Nouveau Monde pour les régionales n'est plus un rassemblement de partis de gauche et d'écologistes, mais un rassemblement citoyen et écologiste. Seul le Parti Communiste maintien dans cette campagne un crédo de gauche, mais en prenant le risque de toujours devoir se différencier de la gauche qui est aujourd'hui au gouvernement. Sarkozy l'a bien anticipé à droite en s'accaparant le terme « Républicain ».

J'espère qu'en 2016 la dynamique qui s'est constituée dans notre région se poursuivra. J'espère que le débat citoyen qui s'est formalisé au travers du projet en commun continuera. Il n'est plus possible de faire de la politique sur des schémas hérités du 20ème siècle et fondés sur une démocratie représentative qui ne représente plus du tout les citoyens. A suivre donc ...

20/06/2015

Citoyenneté, souveraineté déléguée ou démocratie contributive, quel sera demain le profil des élus de la République ?

En Grèce, en Italie ou encore récemment en Espagne, des élections locales ou nationales ont permis à de nouveaux élus d'accéder au pouvoir, souvent vierges de tout mandat ; ils sont nouveaux ! Et nous avons vécu la même expérience aux dernières élections municipales en France, avec des maires que le parcours humain, social ou professionnel ne prédestinait pas toujours à occuper cette fonction. Mais avec la petite différence qu'en France ces nouveaux élus avaient pour la plupart une expérience politique, et souvent au Parti Socialiste ; d'autres comme Robert Ménard à Béziers ont été élus avec le rassemblement bleu marine (RBM).

En France, le constat général reste néanmoins le rejet par les citoyens des partis politiques ; ils ne donnent plus confiance, ils ne produisent plus de résultats satisfaisants et leurs responsables semblent surtout là pour se servir eux-mêmes. C'est ce que nous enseigne un récent sondage de l'institut Odoxa sur "Les Français et les partis politiques" :

camembert.jpg

Et en contre-point de ce désamour des Français pour les "corps intermédiaires", dans lesquels les partis politiques n'ont rien à envier aux syndicats et aux associations, il est des personnalités qui suscitent une forte audience. Et s'il y a bien un homme politique qui occupe l'actualité régionale depuis deux ans, c'est Philippe Saurel, le maire de Montpellier et président de la Métropole Montpellier Méditerranée. Il fait durer le suspens sur sa candidature à l'élection régionale de décembre, il publie fin juin un livre qui lui servira de sondage personnel, mais il est surtout un élu très dynamique dans une métropole tout aussi dynamique.

Car ce qui m'intéresse ici, c'est le message politique qu'adresse quelqu'un comme Philippe Saurel. Il n'est pas un jeune premier de la politique, comme le sont de l'autre côté des Pyrénées Ada Colau, Manuela Carmena ou encore le leader de Podemos Pablo Iglesias ; Philippe Saurel serait plus proche d'un parcours à la Tsipras qui est conseiller municipal d'Athènes depuis 2006, qui prend la présidence de son parti à 33 ans avant de devenir député l'année suivante, en 2009. Mais c'est une alchimie qu'Europe Ecologie Les verts avait très bien réussie en 2009 pour les élections européennes en réunissant des "anciens" (Dany Cohn-Bendit et José Bové), et des "nouveaux" (Eva Joly, Yannick Jadot, Sandrine Bélier et Jean-Paul Besset). Depuis, EELV n'a plus réussi à agréger autant de nouvelles compétences et le parti de l'écologie politique a succombé aux ... politicailleries ;-)

Aussi, qu'ils aient été exclus de leur parti ou qu'ils en soient partis volontairement, ils sont de plus en plus à errer dans un entre-deux. C'est par exemple le cas de Liêm Hoang-Ngoc, économiste, ancien député européen et membre du bureau national du PS qui vient de rendre sa carte pour créer une nouvelle formation, la Nouvelle Gauche Socialiste. Je salue cette démarche-là, à l'opposé de celle des mercenaires politiques, car Liêm Hoang-Ngoc propose une alternative mobilisatrice.

 

Liêm Hoang-Ngoc.jpg

Mais je connais aussi beaucoup d'élus locaux qui sont dans cet entre-deux, c'est à dire qu'ils exercent leur mandat en conformité avec des valeurs politiques (de gauche, de droite ou d'ailleurs), mais à qui il manque une formation politique pour échanger, pour construire et pour gouverner. Car un(e) élu(e) qui se targue d'être "élue(e) citoyen(ne)" sans disposer d'une structure formelle, transparente et démocratique au sein de laquelle il(elle) puisse être évalué(e) tout au long de son mandat, et au sein de laquelle peuvent se co-élaborer des politiques publiques, alors cet(te) élu(e) ne ferait que du marketing politique.

L'indépendance affirmée des "élus citoyens" vis à vis des partis politiques est autant un label qu'un écho au désaveu populaire. Et beaucoup de socialistes ont été bien naïfs en pensant que Philippe Saurel accepterait un hochet en renoncement de sa candidature aux régionales ... Qui aurait pu croire qu'il accepte de succéder à Anne-Yvonne Le Dain comme député ? Et rien que pour deux ans, pour siéger avec les non inscrits comme Jean Lassalle, Thomas Thévenoud ou encore Marion Maréchal Le Pen en contradiction avec son message sur le non cumul ? Cela aurait été pour le maire de Montpellier son île de Sainte-Hélène, l'exil avant la mort.

Mais il ne suffira pas à Philippe Saurel de réunir son Parlement des territoires pour légitimer sa démarche citoyenne ; il n'y invite que des élus qui ont bien la légitimité des urnes, mais qui ne sont pas tous dans une démarche de démocratie contributive. Une question simple serait à poser à tous ces édiles : « comment jugerez-vous que votre mandat a été réussi ? ». Pour beaucoup, c'est leur propre réélection qui servira de réponse ... Mais un mandat n'est qu'une délégation de souveraineté donnée par les citoyens à des femmes et à des hommes qui les représentent ; la réussite d'un mandat s'évalue pour moi sur des bilans quantitatifs et qualitatifs, et en toute objectivité.

Parlement_territoires_2.jpg

Néanmoins, j'ai déjà relaté dans mes notes quelques "bons points" accordés au maire de Montpellier ; il est plutôt dans le bon mouvement et je lirai avec intérêt le manifeste qu'il publie le 27 juin " Réparer la République " (Éditions Privat). Dans cette période électorale, il est désormais blacklisté par l'UMP (Stephan Rossignol pour le Pays de l'Or, Max Roustan pour l'Agglomération d'Alès ou encore François Commeinhes pour Thau Agglo boycottent la réunion du 20 juin à Casties), mais aussi par le PS dont le Président socialiste du Conseil départemental de l'Hérault, Kleber Mesquida, aurait fait passer le message :=( La mise au ban constitue ici un réflexe de détresse de la part des formations politiques, et elle pousse les exclus à se rapprocher plus encore des citoyens. CQFD.

Les régionales de décembre 2015 seront la dernière opportunité électorale avant 2020 pour Philippe Saurel et pour beaucoup d'autres élus locaux ; les cinq prochaines années seront consacrées à 100% aux mandats locaux. Être élu(e) à la Région ou y avoir des relais de confiance est donc une priorité pour beaucoup de ces élus qui ont compris que les nouvelles compétences des Conseils régionaux allaient peser lourdement dans la réalisation de leurs projets. C'est ce qui a motivé Philippe Saurel et les Montpelliérains à l'occasion des élections départementales, nul doute que les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Mais les citoyens ne restent pas bouche bée à observer leurs élus choisir telle ou telle stratégie électorale, et ils sont en train de s'organiser. Des collectifs et des conférences se multiplient, synonymes d'un appétit politique qui rassemble plus de gourmets ; la mal-politique, c'est fini !