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18/10/2015

Aire de service sur l'A75 ; j'ai voté contre.

J'ai déjà publié une note fin août sur ce projet d'aménagement territorial et de développement économique que constitue cette hypothétique aire de service sur l'A75 à hauteur de Clermont l'Hérault. Midi Libre se fait l'écho du dernier Conseil communautaire où la vente d'une parcelle de 2 hectares doit permettre à la société immobilière SPM6 de porter ce "formidable" projet. En tous cas, c'est le sentiment un peu Bisounours qu'en donne l'article du correspondant local. Je sais que les correspondants disposent de peu de place pour publier un article, mais évoquer que ce 13ème point de l'ordre du jour a fait l'objet d'un débat animé et qu'un élu a voté contre quand son voisin s'est abstenu, et ce dernier n'est autre que le Président de l'association des maires de l'Hérault, ça pouvait se glisser dans ce texte.

Alors quels sont les arguments de l'exécutif intercommunal ? Bon, il faut déjà faire rentrer de l'argent pour boucler les budgets, mais il y a aussi l'affichage calamiteux de l'aménagement de la ZAE de la salamane qui ressemble plus à une friche qu'à un équipement de développement économique ; là, en bord d'autoroute.

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Avant de rentrer dans les enjeux de fond, et tel que je l'ai exprimé devant  mes collègues le 23 septembre dernier, on ne peut pas passer à côté de deux points techniques qui ne feraient que s'aggraver avec un tel projet.

Le premier point concerne le statut particulier de cette ZAE, car elle a en son cœur l'entrepôt de Système U qui est une installation classée pour l'environnement (ICPE), classée SEVESO "seuil bas". Pour ceux qui ont suivi les débats sur la construction de cet entrepôt, ses caractéristiques techniques ont suscité polémiques et recours judiciaires. Et le permis de construire de l'entrepôt est adossé à un rapport des installations classées très rigoureux, et très exigeant sur l'environnement du projet.

Or, implanter demain une station service au pied de la plateforme U et des îlots commerciaux tout autour, ça mériterait que la DREAL nous donne un avis éclairé. Bon, le Président Lacroix a rassuré tous les Clermontais : les retours qu'il a des services de l’État sont très favorables. Je note par ailleurs que la commune de Clermont l'Hérault n'est toujours pas dotée d'un plan communal de sauvegarde (PCS) ; or, un PCS est obligatoire dans les communes comprises dans le champ d'application d'un « Plan particulier d'intervention » (PPI), ce qui est le cas de Clermont l'Hérault. Et puis avec l'A75 qui borde la commune et une installation SEVESO, je ne comprends pas que les habitants de Clermont l'Hérault ne bénéficient pas d'une information plus précise sur les risques et sur l'attitude à avoir en cas de catastrophe. La nouvelle directive SEVESO III qui prenait effet au 1er juin 2015 impose, pour une installation comme celle de Système U, la mise en place d'une Politique de Prévention des Accidents Majeurs (PPAM) ainsi qu'une Etude de Danger (EDD) qui démontre la mise en œuvre de la PPAM. Bref, on ne doit pas jouer avec le feu :=(

Le second point technique porte sur le giratoire de la sortie n°57 de l'A75. Cet équipement est calibré pour les accès locaux, mais certainement pas pour équiper une aire de service où sont susceptibles de s'arrêter des centaines de véhicules chaque jour. Rebaptisons la Salamane en Odysseum et l'A75 en A9, et les bouchons que les conducteurs montpelliérains constatent quotidiennement se verront demain aux portes de Clermont l'Hérault.

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Mais là encore, Jean-Claude Lacroix s'est voulu rassurant ; les services de l’État ne lui ont fait part d'aucune inquiétude. L'Entrée-Nord de Clermont l'Hérault qui est encore dans les cartons d'Alain Vidaliès (secrétaire d’État aux transports) verra peut-être le jour à l'aune de ces projets qui accroissent sans cesse les flux d'automobiles ; le Président du Conseil départemental de l'Hérault, Kléber Mesquida, s'est engagé le 8 juillet dernier devant les élus intercommunaux à appuyer et à financer cette future Entrée-Nord (à lire dans l'édition de Midi Libre).

Un autre point sur lequel nous étions à l'unisson avec Christian Bilhac, c'est le "chèque en blanc" qui est donné à l'investisseur. J'ai évoqué cet antagonisme entre sociétés foncières et enseignes, et en tant qu'élus nous devrions être plus attentifs. Une société foncière rentabilise du foncier, et peu importe ce qui s'y installe ou comment ça fonctionne ; c'est d'ailleurs comme cela qu'en pensant vendre un terrain à la Salamane pour un entrepôt nous nous sommes retrouvés avec un Leclerc Drive ...  Or, en vendant directement à une enseigne, nous avons alors un interlocuteur qui s'engage sur un projet bien précis. J'étais contre l'installation de Système U, mais au moins nous savions dès 2009 ce que nous aurions à la Salamane et c'est bien ce que nous avons. Pour une aire de service autoroutière, c'est avec une enseigne de vente de carburant qu'il fallait négocier, comme cela se fait sur toutes les autoroutes.

Là, une société foncière SPM6 promet une aire de covoiturage, des parkings, une aire de pique-nique, une salle avec une jauge de 400 places, un cabinet de vétérinaires, etc. Mais comme le demandait Ch. Bilhac, et si ce propriétaire impose un loyer exorbitant ou des conditions particulières, nous devrons les accepter ? Réponse évasive du Président Lacroix qui rappelle celle d'Alain Cazorla il y a 5 ans à propos du protocole d'accord avec Système U, « je signe d'abord et on discute ensuite » ...

Je rappelle que l'étude que la CCI de Montpellier vient de livrer au Pays Cœur d'Hérault prévoit que notre territoire aura besoin de 18 000 m2 de grandes et moyennes surfaces (GMS) pour répondre aux besoins des habitants, la démographie ne cessant de croître. Or, voilà 3 ha de terres artificialisées qui sont cédées à un investisseur pour des parkings et autres structures d'accueil autoroutier ; faudra-t-il alors artificialiser d'autres terres agricoles pour installer ces commerces ?

Mais je suis aussi revenu sur l'utilité d'une aire de service à Clermont l'Hérault. Sur 70 km d'autoroute entre Le Caylar et Béziers, le long de l'A75, il y a exactement 17 sorties. Ce sont 17 sorties qui permettent aux automobilistes de s'arrêter dans nos bourgs et dans nos villages, de trouver un restaurant ou un site naturel pour se reposer. Sur une autoroute concédée, il n'y a guère plus de deux sorties pour 70 kilomètres et cela réduit d'autant les opportunités de découvrir un territoire. Sur notre portion d'A75, ces sorties permettent d'irriguer tout le Pays Cœur d'Hérault, et donc de faire vivre des commerces de villages, des ventes à la ferme (ou à la cave), des sites touristiques, etc. Et c'était bien le but fixé à "La Méridienne" avec son obligation d'intégration paysagère ; je reprends ici un extrait du Guide méthodologique pour la Politique 1% Paysage et Développement - Les itinéraires de découverte : « Décidée en Conseil des ministres du 22 novembre 1989, la politique 1% Paysages et Développement a pour objet de favoriser la valorisation des paysages et le développement économique et touristique des régions du Massif-Central désenclavées par les autoroutes non concédées A75 Clermont-Ferrand - Béziers et A20 Vierzon - Brive-la-Gaillarde ». Dans une note du 20 mai 2010, j'évoquais déjà le Livre blanc de l'A75 (que je n'ai toujours pas trouvé), mais dont l'extrait que je donnais était sans équivoque sur les attendus originaux de cette démarche qualitative.

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Pour conclure, j'admets qu'un blog permet évidemment de donner plus de détails qu'un article en page locale de Midi Libre, et je ne crains pas d'être trop long car chacun y trouvera des informations particulières. Christian Bilhac s'est abstenu sur cette délibération et moi j'ai voté contre. Cette note est aussi une explication de vote, et je tenais à la publier.

20/01/2013

Salamane, la montagne accouche d'une souris ; et l'action judiciaire refait surface début février.

Dans les colonnes du quotidien l'Hérault du Jour, la journaliste Christine Guillaume a interviewé l'un des directeurs de Système U Sud, Monsieur Philippe Mery, à propos des emplois réellement créés sur le site de Clermont l'Hérault. L'article nous apprend qu'environ 60 salariés de la plate-forme de Clermont l'Hérault viennent de la plate-forme de Vendargues. Et le responsable de Système U de donner l'explication : "Au début, la population de la communauté de communes du Clermontais n'avait aucune vision de la culture de la logistique, nous avons du nous adresser à nos collaborateurs de Vendargues bien entendu prioritaires pour rejoindre ce site". Or, ce projet de plate-forme logistique est dans les cartons depuis 2009 et les promoteurs du projet avaient tout le temps nécessaire pour former des demandeurs d'emploi du Clermontais aux métiers de la logistique. Et puis, il ne faut pas non plus se gargariser de bons mots, les emplois sur la plate-forme sont principalement des magasiniers caristes et des préparateurs de commandes (cf. fiches métiers).

Et comme le précise Christine Guillaume qui révèle qu'environ 600 Clermontais ont déposé un CV, seulement 10% d'entre eux ont vu leur demande satisfaite pour compléter l'effectif. Et pour les périodes de pointe, par exemple l'été quand l'approvisionnement des magasins du Languedoc-Roussillon nécessite plus de rotations, Monsieur Méry précise que son enseigne fait appel à la société d'intérim Manpower. Système U ne sera donc pas l'Eldorado tant espéré par les demandeurs d'emploi du Clermontais, et tellement vanté par les élus locaux.

Ce pschitt de la "création d'emplois" autour de la plate-forme de Système U à la Salamane va certainement précéder une Bérézina de l'emploi sur ce secteur. Car souvenons-nous que 70 hectares de terres agricoles ont été sacrifiés sur l'autel de l'emploi, ce grand projet de la Communauté de Communes devait créer 500 à 600 emplois sur une échéance de 15 à 20 ans. Mais si toutes les entreprises qui viennent s'installer à la Salamane viennent de Clermont l'Hérault (SOCAH, Netto, Syndicats mixtes, magasins, ...), leurs employés ne feront que franchir l'A75 et la cible de 500 emplois ne sera jamais atteinte. C'est comme les 500 emplois sur la zone des Tanes Basses, ils sont pour la plupart issus de délocalisations depuis le centre ville de Clermont l'Hérault. Mais à l'échelle de la ville, la création nette d'emploi est loin d'être significative ...

Et c'est au moment où la montagne semble accoucher d'une souris que les actions judiciaires du collectif de la Salamane refont surface. En effet, le recours déposé par des habitants de Clermont l'Hérault contre la révision simplifiée du PLU sera jugé au Tribunal Administratif le 7 février prochain. La commune de Clermont l'Hérault avait en effet retenu la procédure de révision simplifiée de son Plan Local d'Urbanisme pour y ajouter la ZAC de la Salamane, alors que cette procédure n'est autorisée que pour des évolutions mineures qui ne changent pas le Plan d'Aménagement et de Développement Durable (PADD) qui est l'un des piliers du PLU. Mais la commune avait aussi modifié le PADD, en douce ... :=(

Par ailleurs, il ne faut pas croire que la construction puis l'ouverture de la plate-forme logistique de Système U puisse empêcher le juge de ne pas annuler la délibération de la commune de Clermont l'Hérault qui a approuvé le PLU. En 2010, le même Tribunal Administratif de Montpellier avait annulé la délibération de la commune de Fontès qui avait approuvé une révision de son PLU en juin 2007. Et les cas d'annulation par la justice ne manquent pas.

A l'automne, c'est un recours contre la déclaration d'utilité publique (DUP) de la ZAC de la Salamane qui sera jugé par le Tribunal Administratif, et devrait suivre le recours contre le permis de construire de la plate-forme logistique. Les dirigeants de Système U ne sont donc pas à l'abri d'une annulation d'un acte administratif, ce qui les mettrait dans une position délicate.

Quant à la commune de Clermont l'Hérault, elle devra réaliser un Plan Communal de Sauvegarde (PCS), et le Préfet de l'Hérault devrait mettre en place une Commission de Suivi de Site (CSS). Et vu que ce site Seveso "seuil bas" est pleinement opérationnel depuis décembre 2012, il paraît urgent de mettre en place ces outils qui permettent aux populations de s'informer et ainsi de lever toutes les ambiguîtés sur l'exploitation de tels sites. A noter que les associations, les élus et les riverains peuvent aussi être à l'initiative de cette CSS.

Et quoiqu'il advienne, je maintiens un "plus jamais ça" déterminé ! Le SCoT du Pays Coeur d'Hérault qui va commencer à s'élaborer dans les prochains mois constituera un premier rempart contre l'artificialisation de nos terres fertiles au profit de projets urbains aussi opportunistes que stériles.

04/08/2011

Le risque sismique place notre région dans une situation dont les conséquences sont à revisiter

Un tremblement de terre suivi d'un tsunami, et la centrale de Fukushima devient le cadre d'une catastrophe nucléaire qui va durablement impacter tout le nord-est du Japon. Personne avant le 11 mars 2011 n'aurait imaginé qu'un tel scénario puisse se réaliser ...

Le 3 août 2011, la terre a tremblé dans le secteur de Barjac (30) et des secousses ont été ressenties dans toute la région :

Barjac_3_aout_2011.jpg

Mais si les conséquences ne sont pas très graves en surface, on n'en mesure pas encore l'impact sur le sous-sol, et le bureau central sismologique français (BCSF) lance un appel à témoin sur son site Web afin de mieux pouvoir évaluer les risques sismiques dans une région peu observée jusqu'à présent face à ce risque là.

Et sur le Coeur d'Hérault, ce risque sismique (qui n'est finalement plus si hypothétique que cela) doit nous interroger sur les risques que cela pourrait faire courir à des édifices tel que le barrage du Salagou. Alors que cet ouvrage construit il y a 40 ans devrait être inspecté tous les 10 ans après un vidage complet de sa réserve d'eau (102 millions de mètres-cubes), le gestionnaire se contente de visites "en plongée" pour ne pas avoir à vider le lac du Salagou qui constitue désormais un site naturel protégé et touristique (classement Grand Site en cours) de 700 ha.

Le risque de rupture du barrage du Salagou est un risque clairement identifié par les services de l'Etat (cf. Dossier Départemental des Risques Majeurs de l'Hérault) ainsi que par toutes les collectiités situées en aval (qui l'intègrent dans leur Plan de Prévention des Risques d'Inondation) ; il fait d'ailleurs l'objet d'un plan particulier d'intervention (PPI), car c'est une vague de 15 mètres qui pourrait déferler en cas de rupture (voir le document sur le site de la préfecture).

Les communes faisant l'objet d'un plan de prévention de risques naturels (PPRN) ou d'un plan particulier d'intervention (PPI) sont tenues de produire un plan communal de sauvegarde (PCS) ; il leur était fait obligation par décret de le mettre en place avant le 13 septembre 2007. Ce PCS informe les habitants des risques naturels et technologiques sur leur commune, mais il leur donne surtout toutes les directives à suivre en cas de survenance de l'un de ces risques. Des exercices de simulation sont attachés à ces outils de prévention et d'information, mais ceux-ci ne sont pas encore entrés dans notre culture collective. Il y a encore un sentiment que "ça ne nous arrivera pas" ...