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18/11/2015

Est-ce d'un état d'urgence dont nous avons besoin ?

Les attaques de Paris du 13 novembre sont différentes de celles du mois de janvier. En janvier, des terroristes s'étaient attaqués à la presse, aux forces de l'ordre et à des juifs, c'est à dire à des symboles de ce qui constitue notre République. Ces cibles étaient aussi très clivantes, et nous l'avons constaté lors de la minute de silence dans certains établissements scolaires où des élèves trouvaient des circonstances atténuantes aux auteurs de ces assassinats odieux. Là, les attaques de vendredi ont touché la société elle-même, et la minute de silence dans les établissements scolaires a été vécue de façon très différente par les élèves. Déjà l'attaque dans le Thalys illustrait bien cette évolution dans les cibles des terroristes, et le but recherché est bien de diviser les Français, qu'ils se trouvent des boucs émissaires et que la France se "libanise".

La réaction des Français est remarquable, et plus ils sont attaqués plus ils revendiquent leur culture républicaine, laïque, humaniste et festive. Ce contexte les oblige à être plus vigilants, mais les Français refusent de changer leurs habitudes. Par ailleurs, des proches des victimes et des victimes survivantes ont pris la parole sans exprimer de haine ou de désir de vengeance ; ce sont beaucoup de témoignages poignants de personnes pour qui ce vendredi 13 novembre marquera leur vie à jamais. Celui du joueur international de football Lassana Diarra est l'un d'eux :

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Et dans ce contexte, il faut avouer que la séance des questions au gouvernement, ce mardi à l'Assemblée nationale, n'a pas du tout été à la hauteur ; les députés ont fait de la politique, bêtement, se discréditant une fois de plus vis à vis de la population.

La veille en Congrès à Versailles, et à l'issue du discours du Président de la République, M. François Hollande, chacun des groupes parlementaires du Sénat et de l'Assemblée nationale a pris la parole : M. Bruno Le Roux, M. Bruno Retailleau, M. Christian Jacob, M. Didier Guillaume, M. Philippe Vigier, M. François Zocchetto, Mme Cécile Duflot, Mme Éliane Assassi, M. Roger-Gérard Schwartzenberg, M. Jacques Mézard, M. André Chassaigne, Mme Corinne Bouchoux et M. Nicolas Dupont-Aignan. [cliquer sur le nom de l'intervenant pour accéder au texte de son discours en version PDF]. Le contexte de guerre contre l’État islamique est largement partagé, de même que le souci d'assurer la sécurité de tous nos compatriotes sur le territoire national.

Un regret néanmoins, c'est que notre classe politique dirigeante est très hermétique à la paix. Dans les discours du Congrès de Versailles, le Président n'a pas une seule fois prononcé le mot « paix » ; mais il a prononcé 15 fois le mot « guerre », 18 fois le mot « terrorisme » et 18 fois encore le mot « terroriste ». Répondre aux attaques, défendre les Français et assurer notre sécurité, oui bien sur, mais l'objectif final ne devrait-il pas être d'aller vers la paix ? Ne serait-ce que « vivre en paix », même cette expression est écartée du texte. C'est inquiétant que nos dirigeants soient à ce point imperméables à un idéal de paix, mais que la guerre les transcendent autant. Je précise quand même que si parmi les quatorze intervenants cités ci-dessus, trois ont cité une seule fois le mot « paix », l'intervention de la sénatrice communiste Elianne Assassi était vraiment dans l'esprit de Jean Jaurès (sept fois le mot « paix » pour la France et pour le Proche-Orient). Ce décompte peut sembler anecdotique, mais en réalité il reflète le climat dans lequel évolue la France aujourd'hui.

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Et c'est dans ce climat-là que le Président de la République propose au Parlement de prolonger l'état d'urgence pour trois mois ... Bien évidemment, très peu de monde conteste cette proposition, car contester la mise entre parenthèses de notre État de droit serait considéré comme une concession face au terrorisme. C'est un peu comme contester la vidéo-surveillance dans une commune, on a vite fait de vous taxer d'irresponsabilité face à la délinquance ...

L'état d'urgence n'avait été utilisé que deux fois sous la Vème République. Le 21 avril 1961 un « quarteron de généraux en retraite » tentait un putsch à Alger ; le 23 avril, Charles de Gaulle, Président de la République prenait les pouvoirs de l’article 16 de la constitution, il les garda jusqu’au 29 septembre, 5 mois de dictature temporaire justifiée par le putsch des généraux. Le putsch lui s’était terminé 5 jours après avoir commencé, le mercredi 26 avril les derniers militaires putschistes s’étaient rendu ou étaient en fuite. Le 8 novembre 2005 le gouvernement Villepin décrétait l’état d’urgence, le 16 novembre le Sénat vote sa prolongation pour 3 mois à compter du 21 du mois, il y sera mis fin le 4 janvier 2006. Les émeutes elles s’étaient arrêtées le 17 novembre. Or, toutes les mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence pouvaient légalement être prises par d’autres moyens légaux.

Là, l'état d'urgence déclaré par décret le 14 novembre 2015 était justifié ; il a permis aux services de renseignement et de police de procéder très rapidement aux investigations requises par la situation, et nous en mesurons les effets depuis quelques jours avec des arrestations et des recherches très ciblées d'individus. Mais passé ce moment particulier où il faut aller très très vite, pourquoi poursuivre dans un tel cadre ? En quoi le gouvernement et son administration sont-ils plus aptes que le pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris à mener les investigations et à procéder aux opérations sur le terrain pour endiguer le terrorisme qui nous touche ? Je rappelle que notre État de droit repose sur trois pouvoirs séparés : exécutif, législatif et judiciaire.

Et le Président de la République veut aussi modifier la constitution (ses articles 16 et 36) pour « pouvoir disposer d’un outil approprié pour fonder la prise de mesures exceptionnelles, pour une certaine durée, sans passer par l’état de siège, ni renier les libertés publiques ». En clair, il s’agirait d’un état d’urgence un peu « allégé » sur le plan des pouvoirs octroyés à l’État, mais qui pourrait durer plus longtemps. Une proposition qui n’est pas sans rappeler le « Patriot Act » que l’administration Bush avait fait voter après le 11 septembre 2001. Après deux lois anti-terroristes et une loi sur le renseignement, et si cette modification constitutionnelle est adoptée, le mandat de François Hollande marquera l'histoire comme l'un des plus sécuritaires de la République.

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. Benjamin Franklin

J'ai entendu et lu que notre justice est complexe, lente et inefficace ; mais alors donnons à la justice les moyens qui lui manquent ! Ce lundi, le Syndicat de la magistrature (SM) a publié un communiqué s'inquiétant du « discours martial repris par l'exécutif et sa déclinaison juridique dans l'état d'urgence ». Il poursuivait ainsi : « Des interdictions et des restrictions aux libertés individuelles et collectives habituellement encadrées, examinées et justifiées une à une deviennent possibles par principe, sans autre motivation que celle, générale, de l'état d'urgence ». Cette position n'a pas plu au syndicat des commissaires de police qui répond : « Nous préférons – et l'écrasante majorité des habitants de nos quartiers et villages avec nous – un risque mesuré, encadré et temporaire d'“arbitraire administratif" à une dictature de juges aveugles ». Avant d'assurer « le Syndicat (sic) de la magistrature et tous ses inféodés » de leur mépris, ajoutant qu'ils « sont les alliés objectifs de tous les terrorismes ». Voilà le climat qui prévaut désormais, le « pacte de sécurité » du Président de la République devenant son leitmotiv.

Les Français sont lucides et exigeants, ils ne supporteront pas de posture purement politique ! Ils attendent des réponses claires à des questions précises, comme la façon de mettre fin aux exactions de l’État islamique sur les territoires qu'il occupe et dans le reste du monde, comme la nécessaire unité nationale des citoyens Français de toutes origines, de toutes cultures et de toutes confessions, comme l'urgence de ne plus laisser une partie de notre jeunesse se désespérer au point de choisir le terrorisme salafiste, etc. Même les enfants de nos écoles ont fait part d'une extraordinaire humanité, comme quoi malgré quelques addictions à la télé, aux tablettes et aux hamburgers, notre jeunesse constitue toujours notre meilleur atout pour l'avenir.

Demeurons fidèles à la devise de la République : Liberté, Égalité et Fraternité !

15/11/2015

Ne laissons pas le conflit en Irak et en Syrie s'enliser, il est urgent que la Russie, l'Iran, la Turquie et l'Arabie Saoudite collaborent à une résolution rapide de cette guerre !

De nombreux chefs d’État ont présenté leurs condoléances à la France, s'associant à la douleur des familles de victimes et appelant à se dresser collectivement contre la barbarie qu'exporte l’État Islamique dans tous les pays en guerre contre lui. Mais les propos de certains sont plus attendus que d'autres.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan réclame « un consensus international contre le terrorisme », mais il vise autant le groupe EI en Syrie que les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis 1984 une guérilla contre ses forces de sécurité. Le président russe Vladimir Poutine a affirmé que « la menace terroriste ne pouvait être maîtrisée que si toute la communauté internationale unit ses efforts ». Le président iranien Hassan Rohani n'a fait aucune proposition particulière en vue d'une issue rapide à ce conflit et le roi Salmane d'Arabie Saoudite réaffirme sa solidarité pour combattre le terrorisme.

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Les pays membres du G20 sont réunis ce dimanche à Antalya, station balnéaire turque, et les attentats de Paris sont à l'ordre du jour. Qu'en sortira-t-il ? La France, qui est représentée par Laurent Fabius et par Michel Sapin, réclame « des décisions concrètes en matière de lutte contre le financement du terrorisme ». C'est bien peu ...

J'attends plutôt que François Hollande réussisse à convaincre messieurs Erdogan, Poutine, Rohani et Salmane de venir à Paris pour une réunion d'urgence sur la paix en Syrie et en Irak. Si cette paix doit en passer par une étape militaire, alors qu'elle soit commune à ces quatre États du Proche-Orient. Et que Vladimir Poutine anticipe le nécessaire départ de Bachar el-Assad.

A la différence des groupes terroristes qui ont par le passé ensanglantés notre pays, mais aussi le Royaume-Uni, l'Espagne, les États-Unis, ... et qui étaient des structures cachées réparties dans de nombreux pays arabes, l’État Islamique s'érige en proto-État auquel ne manque plus que la reconnaissance internationale.

Aujourd'hui, l’État Islamique affiche tous les attributs d’un État : l’existence d’une continuité territoriale qui s’étend sur la Syrie et l’Irak faisant grosso modo la superficie de la Grande-Bretagne, l’existence d’une population résidente sur ce territoire évaluée à plus de huit millions d’habitants, l’existence d’une forme de gouvernement au niveau local et régional qui gère depuis près d’un an des villes aussi importantes que Mossoul en Irak (deux millions d’habitants), Raqqa en Syrie et plus récemment Palmyre. Sur tous ces territoires, les « gouverneurs » de DAECH ne vivent pas clandestinement mais sont connus de la population et gèrent tous les services publics : administration, état civil, eau, gaz, électricité, internet, etc.

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Lutter contre l’État Islamique relève donc beaucoup plus d'une guerre classique, avec des attaques aériennes et terrestres sur un territoire. Et nous savons que tout le temps que cet État là existera, avec son discours religieux conquérant, il attirera des djihadistes internationaux qui de retour dans leur pays poursuivront leur combat. Alors ce G20 peut-il s'achever sans résolution précise, déterminée et unanime pour mettre fin aux nuisances de l’État Islamique ? Il y aurait alors un crime de non assistance à démocraties en danger ! Il n'est pas non plus nécessaire d'humilier ou d'exterminer des millions de sunnites qui vivent sur le territoire de l'EI, la reconnaissance de leur culture qui est minoritaire en Syrie comme en Irak est un facteur clé de sortie de crise.

Oui, les attentats de vendredi soir à Paris sont cruels, lâches et intolérables ; leurs auteurs et leurs commanditaires doivent être punis ! Mais pour ne plus revivre de telles scènes de guerre en France, pour que nous puissions reprendre le train ou aller à un spectacle sans craindre pour sa vie, alors c'est là bas au Proche-Orient que la solution doit être trouvée avec tous les acteurs internationaux qui pèsent localement. J'entends et je lis les propos de ceux qui exigent de notre État qu'il renforce la sécurité des citoyens ; pour Nicolas Sarkozy qui en fait sa priorité au lendemain des attentats, « il faut avoir le courage d’assumer les conséquences qu’appellent la sécurité de Français. Aujourd’hui, ils ne se sentent pas en sécurité. Et nous devons porter les changements qui permettront de garantir la sécurité ». Non, notre sécurité passe d'abord par un règlement du conflit, et par des mesures de prévention en France, mais il ne faut pas céder à la peur en instaurant un état d'urgence permanent.

14/11/2015

Quelle issue à la guerre qui oppose la France aux djihadistes du Proche-Orient ?

Les attaques meurtrières qui ont fait plus de cent morts hier soir à Paris, ainsi que de très nombreux blessés dont certains sont encore entre la vie et la mort dans les services d'urgence des hôpitaux, sont un nouvel épisode de la guerre dans laquelle la France est opposée aux groupes islamistes du Proche-Orient. Trop souvent les médias et les politiques évoquent ces attaques comme étant des actes terroristes dont nous serions d'incompréhensibles victimes ... Mais sachons nous avouer que nous sommes en guerre, et qu'une guerre fait des victimes de tous côtés. En réalité, cette guerre où nous sommes engagés sur plusieurs théâtre d'opérations extérieures n'a jamais été réellement expliquée au Français ; nulle pédagogie et aucun véritable débat politique sur les enjeux, les moyens et les risques.

Prises au cas par cas, les attaques subies en 2015 sur le territoire national sont relatées et analysées comme des actes dramatiques (et ce qu'ils sont bien évidemment), mais sans jamais informer les Français de la logique de guerre dans lesquelles elles s'inscrivent. C'est tout à fait à l'opposé de la situation en Israël par exemple, où les populations connaissent très bien les risques engendrés par la guerre qui oppose leur État aux Palestiniens et à quelques autres Pays du Proche-Orient. La France en est-elle à ce point-là ? Les faits semblent le démontrer.

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Cet état de guerre est bien pris en compte par les services de l’État Français. Le juge Marc Trévidic le confiait en septembre dernier au journal Paris Match :

« [...] La menace est à un niveau maximal, jamais atteint jusqu'alors. D'abord, nous sommes devenus pour l’État islamique [EI] l'ennemi numéro un. La France est la cible principale d'une armée de terroristes aux moyens illimités. [...] Enfin, j'ai acquis la conviction que les hommes de Daech [acronyme de l’État islamique] ont l'ambition et les moyens de nous atteindre beaucoup plus durement en organisant des actions d'ampleur, incomparables à celles menées jusqu'ici. Je le dis en tant que technicien : les jours les plus sombres sont devant nous. La vraie guerre que l'EI entend porter sur notre sol n'a pas encore commencé. [...] L'idée que nous soyons un jour confrontés à une ou plusieurs campagnes d'attentats majeurs ne peut être écartée. Ceux qui nous attaquent veulent nous faire le plus de mal possible. Et le faire dans la durée. Ils s'y préparent. Les Français vont devoir ­s'habituer non à la menace des attentats, mais à la réalité des attentats, qui vont à mes yeux immanquablement survenir. Il ne faut pas se voiler la face. Nous sommes désormais dans l'œil du cyclone. Le pire est devant nous ».

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Tous les services de sécurité français s'attendaient à des attaques comme celles vécues hier soir, mais pas les Français. Cette guerre qui se déroule dans le ciel d'Irak ou dans le désert malien répond pour beaucoup de nos compatriotes à des obligations humanitaires, pour sauver des peuples d'exactions collectives commises par des fanatiques religieux. Et si cette politique étrangère conduite par le gouvernement français repose sur des motifs louables, la stratégie retenue nous met en guerre avec des ennemis qui veulent étendre le conflit chez nous.

A ce stade, et au vu des drames que les Français voient et verront encore survenir sur le sol du pays, il est urgent de mettre fin à cette guerre. Je ne comprends pas ces dirigeants politiques qui déclament que la France est forte, qu'elle n'a pas peur et que nos ennemis seront punis. Évidemment que les auteurs et que les commanditaires de ces actes atroces doivent être recherchés et condamnés, mais nous voyons bien que les investigations en cours relèvent d'un processus judiciaire. Or, il n'est pas possible d'occulter notre politique étrangère.

Quand un pays est engagé dans une guerre, il peut soit accroître son engagement en vue d'écraser son ennemi, soit tenter d'y mettre fin par la voie politique et diplomatique. Or, la France a-t-elle vocation à envahir la Syrie, l'Irak et d'autres pays voisins pour anéantir la menace qui pèse sur nos compatriotes en France ? Nous savons que le contexte géo-politique est très complexe au Proche-Orient : la Russie, l'Iran, l'Arabie Saoudite et la Turquie sont des acteurs clés et leurs intérêts divergents alimentent les conflits en Irak et en Syrie. Mais ces acteurs-là pourraient aussi mettre fin à ces conflits.

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Dans son édition du 15 novembre, l'Express appelle à constituer un gouvernement d'union nationale et à renforcer notre engagement militaire au Proche-Orient au sein de la coalition internationale. Ce scénario va-t-en guerre est-il celui des Français ? J'aurai préféré un titre comme « Comment gagner la paix ».

Si demain les femmes et les hommes qui gouvernent la France nous annoncent un renforcement des dispositifs de sécurité intérieure, de nouvelles lois aussi liberticides qu'inefficaces, arguant d'une nécessaire prévention de nouvelles attaques meurtrières, alors ça ne serait qu'une fuite en avant qui mettrait de côté les aspects géo-politiques. Longtemps la France eut une position singulière vis à vis du monde arabe ; il y a évidemment notre histoire coloniale, mais il y a aussi De Gaulle qui après la guerre des six jours en juin 1967 s'opposa vigoureusement à Israël en imposant un embargo sur les livraisons d’armes. Puis, il avait décrété un embargo total sur les ventes d’armes et de pièces de rechange à Israël après la destruction de 13 avions de ligne arabes sur l’aéroport de Beyrouth par un commando israélien en décembre 1968. Quel chef d’État occidental oserait en faire autant aujourd’hui ? Et je me souviens encore de Michel Jobert qui, plusieurs années plus tard, défendait une politique étrangère où la France ne devait surtout pas s'aligner sur une ligne occidentaliste, synonyme d'opposition systématique entre occidentaux et proche-orientaux.

Il y a 50 ans, voire même il y a 5 ans, le Proche-Orient était sous la coupe de chefs d’État tout puissants qui ne s'embarrassaient pas de la misère de leurs populations ; la Syrie en est encore un triste exemple. Or, depuis quelques années, ces populations revendiquent bien légitimement de vivre comme les Européens dont les richesses et le mode de vie s'exposent tous les jours à la télé. Mais cet inaccessible eldorado les conduisent à d'autres issues ... Car il ne faut pas croire que l’État Islamique ne se soit imposé que par la terreur aux populations des territoires qu'il occupe. En Irak, l’État Islamique trouve des soutiens dans la population, ses principaux responsables y disposent de larges connivences familiales, tribales ou claniques. L'état-major de l'EI compte environ 150 officiers de l'ex-armée irakienne de Saddam Hussein, dont quelques uns comme Fadel Abou Mutaz el-Hiyali, ancien général des moukhabarate (services de renseignements) de Saddam Hussein et Abou Ali el-Anbari, ancien général-major de l'armée irakienne, qui sont aux postes clés. Les sunnites d'Irak sont 20% de la population, mais ils ont été mis au ban de la société après la chute de Saddam Hussein, et c'est ainsi que l’État Islamique a pu conquérir d'immenses territoires où ils passaient aux yeux de la population pour des libérateurs.

Mais aujourd'hui, après ces attaques meurtrières effroyables qui écrivent l'une des pages les plus tragiques de notre histoire, d'une froide barbarie qui renforce notre adversité, il faut aussi chercher à gagner la paix. Ces jours de deuil national sont le moment de la compassion et notre État de droit requière que les auteurs et que leurs commanditaires soient condamnés, mais il faudra que rapidement le Président François Hollande engage des négociations internationales pour construire une paix durable. Le processus ne sera pas simple, car les chefs d’État n'ont pas toutes les cartes en main, surtout dans les pays où l’État est défaillant. L'aide au développement des pays du Proche-Orient ainsi que la fin du conflit entre israéliens et palestiniens sont des facteurs incontournables de stabilisation, or cela fait des décennies que la communauté internationale laisse ce foyer s'enflammer ...

La technologie surabondante des forces occidentales engagées en Syrie et en Irak montre son inefficacité face à des populations qui ont déjà tout perdu ; Israël est dans la même situation face à des palestiniens qui n'ont que des pierres ou un couteau. L’Afghanistan, où la France a participé à la force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS), a vu  l'OTAN tenue en échec depuis bientôt 15 ans. Oui, il est plus difficile de faire la paix que la guerre, et ça c'est un point de vue de dirigeant ou d'un état-major, mais demandons aux Français ce qu'ils en pensent !

Et il faut lire le "Discours à la jeunesse" que Jean Jaurès donna aux élèves du lycée d'Albi en 1903. Je retiens de ce long texte où alternent le fatalisme historique et l'idéal humaniste que : « Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ».

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« [...] L'humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd'hui, ce n'est pas de maintenir sur le monde la nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante dont on peut toujours se flatter qu'elle éclatera sur d'autres. Le courage, ce n'est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l'exaltation de l'homme, et ceci en est l'abdication [...] ».