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06/05/2015

Hypocrisie, conformisme et fuite en avant d'une classe politique servile ; indignons-nous toujours !

En 2007, alors que j'étais responsable local et départemental de la FCPE, je m'étais joint au combat contre le logiciel Base Élèves. Ce logiciel devait être alimenté par les enseignants de primaire et il devait servir aux services du rectorat ainsi qu'à la mairie où se situe l'école. Le but était de rendre plus efficace une bonne administration de l'école, anticipant les évolutions d'effectifs et donnant aux autorités publiques locales des informations sur les « cas difficiles ». A l'époque à Paulhan, en novembre 2007, j'avais soutenu les enseignants en conseil d'école. Puis j'avais porté le débat au Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), et cela avait suscité une motion du Conseil municipal contre Base Élèves. A l'époque, je n'étais pas élu au Conseil municipal (cf. lien de la Ligue des Droits de l'Homme).

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Alors pourquoi j'évoque ce souvenir ? Parce que le maire de Béziers, Robert Ménard, est accusé aujourd'hui de faire du fichage ethnique des élèves de primaire dans sa ville. Il a indiqué dans l'émission Mots Croisés sur France 2 qu'il disposait de statistiques sur le nombre d'enfants musulmans inscrits dans ses écoles. Et depuis, il est la cible de tous les biens pensants qui le mettent au ban de la République. Or, ce n'est pas lui qui fait du fichage, il ne fait que du comptage sur des fichiers que les gouvernements successifs et que les administrations ont imposé. Ça ne retire rien au caractère intolérable de ces dénombrements, sur le critère de prénoms a consonance musulmane, et qui sont contraires aux valeurs de la République, mais c'est une vraie hypocrisie de la part de ceux qui promeuvent le fichage.

Ceci me permet de revenir sur la loi Renseignement que l'Assemblée Nationale a adopté ce mardi 5 mai, car là aussi il y a de multiples bonnes raisons pour adopter cette loi. Mais dans 10 ans, dans 15 ans ou dans 20 ans, qui sera le Premier ministre qui donnera son feu vert sur des dispositifs de renseignement, et après un simple avis consultatif d'une malheureuse Commission Nationale de Contrôle des Techniques de Renseignement (CNCTR) que les procédures d'urgence court-circuiteront sans complexe ?

Mais surtout, je suis très fâché aujourd'hui que 5 députés écologistes aient voté cette loi (cf. l'analyse du scrutin sur le site de l'Assemblée).

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Nous constatons que les militants écologistes sont de plus en plus dans la ligne de mire des pouvoirs financiers, économiques et politiques. Ils alertent ou ils s'opposent à des projets qui mettent en péril notre santé, notre environnement, la biodiversité et l'avenir de nos enfants, mais au passage ils égratignent quelques puissants intérêts privés. Je l'ai écrit dans une autre note, il y a des pays où les écologistes sont assimilés à des terroristes, et il est évident qu'ils seront des cibles privilégiées pour ces dispositifs de renseignement de masse. Et plutôt que de se battre au Parlement pour que l'on cesse de poursuivre des vignerons bio qui refusent de traiter préventivement leurs vignes avec des pesticides, plutôt que de légiférer sur l'enfouissement des déchets radioactifs du nucléaire civil et militaire, et en bref de peser sur la majorité gouvernementale pour imposer nos propositions, ces cinq-là tournent le dos aux militants pour caresser leurs électeurs et leur partenaire socialiste dans le sens du poil.

Dans l'édition gardoise de Midi Libre de ce lundi, le député EELV du Gard tente maladroitement de justifier son soutien à cette loi. Et il s'enlise définitivement quand il énonce : « Et, contrairement à tout ce que j'ai pu entendre, en protégeant la société, on protège nos libertés publiques. Donc notre liberté. Le problème, c'est que ces services souffrent de leur image ». Quels aveux de servilité ! Il était une époque pas si lointaine où la gauche et les écologistes portaient un projet d'émancipation individuelle ; c'est l'esprit critique, la liberté de penser et de s'exprimer, l'accès aux savoirs et aux connaissances, le droit de suivre son propre cheminement dans la vie, l'opposition intellectuelle et démocratique, ... C'est tout ça qui alimente nos libertés individuelles. Car depuis quand « protéger la société » garantit les libertés individuelles ? Tous les régimes fascistes fondent leur idéologie sur ce paradigme-là. Dans 1984, le roman de George Orwell, le Ministère de la Vérité, le parti et la police de la pensée sont des armes au service du maintien d'un ordre social, territorial et humain ; le tout sous le slogan d'un hypothétique « Big Brother vous regarde »

14/04/2015

Encore Charlie ? Mais à l'expression surveillée ...

L'Assemblée nationale a ouvert ce lundi le débat parlementaire sur la loi Renseignement, mais le gouvernement ouvre là une dangereuse boîte de Pandore. Au départ, cette loi prend sa source dans la lutte contre le terrorisme et elle vise à donner aux services intérieurs de renseignement les moyens nécessaires pour assurer leurs missions ; en fait, il s'agit surtout de légaliser des pratiques officieuses. Mais sous couvert de lutter contre le terrorisme, cette loi étend le périmètre du renseignement à des domaines comme « les intérêts économiques industriels et scientifiques majeurs de la France », « la prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions » ou encore « la prévention des violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale ».

Est-ce que des militants qui protestent contre les dangers du nucléaire civil ou des lanceurs d'alerte qui dévoilent des dérives sanitaires portent atteinte « aux intérêts industriels de la France » ? Est-ce que des manifestants qui protestent dans la rue contre un projet comme l'aéroport Notre-Dame des Landes ou le barrage de Sivens sont considérés comme vecteurs de « violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale » ? Est-ce qu'une association royaliste qui présente un candidat à l'élection présidentielle porte « atteinte à la forme républicaine des institutions » ? Voilà quelques exemples qui illustrent la frontière ténue entre l'esprit de cette loi et les réalités de la France de 2015. Et tout cela est très loin du terrorisme qui justifie ce projet de loi.

Pour arriver à ces fins, les services de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) disposeront de moyens allant bien au-delà des sources de danger. En voulant imposer aux fournisseurs d'accès à Internet un programme qui analyse toutes les communications sur le Web pour en extraire des suspicions de délits ou de crimes, l’État met en œuvre une surveillance de masse. La « valise IMSI-Catcher » a aussi fait du bruit ces derniers jours ; il s'agit d'un faux relais de téléphonie mobile qui intercepte toutes les communications dans un rayon de 500 mètres. Cet outil est employé pour surveiller un individu suspect ou un groupe d'individus, mais tous les téléphones mobiles qui se situent dans le cercle d'investigation seront néanmoins interceptés et les informations récoltées seront finalement exploitées.

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Évidemment, les promoteurs de cette loi nous expliquent qu'elle est conjoncturelle ; le terrorisme qui frappe violemment toutes les nations nécessite de prendre des mesures à la hauteur des risques encourus.

Mais revenons un siècle en arrière ... En France et en Europe, à la fin du XIXème siècle, des mouvements anarchistes sèment la terreur. Refusant la médiation des partis politiques et souhaitant agir directement contre le pouvoir exorbitant de la classe bourgeoise et de l'aristocratie, des anarchistes s'engagent dans des actions violentes. Des bombes sont posées et des attentats sont commis ; le 24 juin 1894, le Président de la République Sadi Carnot est assassiné à Lyon par un anarchiste italien. Le phénomène gagne toute l'Europe, et il conduira au début du XXème siècle à la révolution en Russie ou au spartakisme en Allemagne. La Chambre des députés adopte trois lois de 1893 à 1894 ; elles seront ensuite appelées les « lois scélérates », car sous couvert de lutter contre le terrorisme elles ont offert un cadre légal pour s'attaquer à tous les contestataires. Jean Jaurès comme Léon Blum dénonceront ces lois qui invitent à la délation, qui incitent les services de police à engager des agents provocateurs, qui interdisent certains journaux et qui alimentent déjà des fichiers de « sympathisants ».

Or, ces lois scélérates ont vécu près d'un siècle ; elles n'ont été abrogées qu'en 1992 à l'occasion de la publication d'un nouveau code pénal. Pendant le XXème siècle, ces lois ont servi les services de police sous Vichy, elles ont servi aussi pendant la période de décolonisation ou en 1968 quand la France était confrontée à des violences remarquables.

Il est donc prévisible que la loi Renseignement qui est actuellement soumise au vote de l'Assemblée nationale ne sera pas abrogée quand le danger terroriste nourri par les extrémistes islamistes cessera. Un autre exemple historique est à prendre outre-Atlantique ; après les attentats du 11 septembre 2001, le Congrès des États-Unis a voté le Patriot Act qui sert aujourd'hui à surveiller tous les Américains. Edward Snowden est à ce sujet très éloquent ...

N'oublions pas non plus que depuis quelques années, l’État incite fortement les collectivités locales à se doter de caméras de vidéosurveillance. Ces dispositifs censés servir aux services de police judiciaire pour élucider des délits et des crimes vont désormais être mis à la disposition des autorités administratives. Le préfet peut ainsi habiliter un agent public à consulter ces images ou ces fichiers dans un but de renseignement ... en dehors de tout cadre judiciaire. Or, ce sont bien les juges qui sont les garants de nos libertés !

Et le plus significatif de cette période nouvelle de surveillance de masse, c'est que la promotion 2015/2016 de l'ENA a choisi de s'appeler « George Orwell » à cause des attentats des 7, 8 et 9 janvier. Mais sachant que celui qui est à l'initiative de (ou qui promulguera) cette loi est issu de la promotion « Voltaire », ça n'a rien de plus réconfortant :=(