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25/04/2017

Faire barrage au FN à court terme et guérir la France à plus long terme

Ils s'appellent Arnaud, Loïc et Gilles ; ils sont aimables, souriants et prévenants, mais ils s'affirment aussi par une autorité naturelle dans leur relations aux autres. Ces trois personnes étaient les assesseurs (pour les deux premiers) et le délégué de Marine Le Pen dans les trois bureaux de vote de Paulhan ce dimanche 23 avril. Elle est bien loin cette image agressive du Front National, avec ses militants violents et ses propagandes racistes, xénophobes, identitaires et revendiquant la primauté de l'ordre sur toutes nos libertés. C'est ce travail de dédiabolisation engagée depuis quelques années par Marine Le Pen, mais derrière ces personnages très présentables se cache une idéologie liberticide et guerrière.

Ce dimanche à Paulhan, Arnaud, Loïc et Gilles étaient comme des poissons dans l'eau, alors que ce ne sont ni des habitants ni des familiers de la commune. Parmi les assesseurs et avec les autres délégués des candidats, il n'y avait aucune animosité. Ils étaient bien intégrés, autant pour les opérations de vote que pour les moments de repos autour d'un verre ou à l'heure de casser la croute. Tout ce petit monde n'en était pas encore à se taper sur le ventre, mais à l'issue de la journée ils faisaient totalement partie du décor, discutant assidument avec des élus et avec des paulhanais sur les résultats du scrutin. J'étais ce dimanche le délégué de Jean-Luc Mélenchon à Paulhan et ils ne m'inspiraient absolument aucune sympathie.

Racine-FN-caricature-charlie-hebdo-coco-le-pen.jpgEn Europe au siècle dernier, tous les régimes fascistes se sont développés de cette façon, démocratiquement et en affichant un visage bienveillant, paternaliste pour leur leader, mais avec derrière une organisation en ordre de marche pour prendre le pouvoir. Et il ne faut donc pas se laisser berner quand apparaissent les premières pousses, car les racines sont bien là,  profondes et tenaces. Et si je peux aujourd'hui m'en faire l'écho sur Internet, sur les réseaux sociaux, est-ce que ce sera encore possible demain quand ils seront plus nombreux, mieux organisés encore ? La chaîne parlementaire (LCP) diffusait récemment le film Farenheit 451, une adaptation réalisée par François Truffaut en 1966 du roman de Ray Bradbury ; c'était de la science-fiction à l'époque du maccarthysme, mais aujourd'hui cela devrait nous ouvrir les yeux.

Et alors qu'en 2002 la qualification de Jean-Marie Le Pen avait mobilisé des millions de personnes, avec par exemple 500 000 manifestants le 1er mai à Paris, la qualification de Marine Le Pen au second tour le 7 mai ainsi que la qualification des candidats du Front National au second tour de très nombreux scrutins n'étonne plus personne ; à cette montée des propagandes souverainistes et nationalistes, nous nous sommes habitués à ne plus lire entre les lignes :=(

Carte_Résultats_Herault.jpg

La carte politique de l'Hérault voit la tâche bleue marine s'étendre toujours plus, sur des territoires où la pauvreté, le chômage et le désespoir prédominent. Les politiques, les journalistes et les citoyens là aussi s'habituent, mais jusqu'à quand ? Alors comme à chaque scrutin désormais, les républicains appellent à faire barrage au Front National ; ces derniers appels se sont fait au détriment de la démocratie, puisqu'en PACA et dans les Hauts-de-France les listes de gauche se sont désistées du second tour pour empêcher le FN de l'emporter aux régionales de décembre 2015. De beaux discours et des postures honorables, mais n'avons-nous que ça pour faire reculer le vote FN ?

Ce vote FN n'est qu'un symptôme, mais c'est celui d'une pathologie qui peut devenir funeste. Il faut surtout s'attaquer aux causes du mal ! Et c'est vrai que le projet l'Avenir en commun de la France Insoumise, en même temps que la pédagogie distillée par Jean-Luc Mélenchon pendant plus d'un an ont posé des jalons, comme à Marseille où le FN recule dans les urnes. Mais nous avons encore tous en mémoire le meeting de Jean-Luc Mélenchon sur le Vieux-Port de Marseille ce 9 avril 2017. Évidemment, les discours ne suffisent pas, et il faut des politiques responsables pour l'emploi, pour le logement, pour la santé, pour l'environnement et pour le vivre-ensemble dans une République refondée pour être en harmonie avec les enjeux de l'époque.

Deux moments-clés sont à réaliser désormais. Le premier, de très court terme, c'est de voter le dimanche 7 mai pour faire barrage à Marine Le Pen. Cela ne peut pas être un « vote mou », avec pour certains des calculs politiques supposant qu'un score serré pourrait empêcher Emmanuel Macron d'obtenir en juin une large majorité parlementaire ... Il faut en finir avec ces coups de billard à trois bandes ! Le message qui doit sortir des urnes ce 7 mai, c'est que nous ne voudrons jamais d'un pouvoir fasciste à la tête de nos collectivités et à la tête de l’État. Le second moment est de plus long terme, il relève de la convalescence et il demande à toutes celles et à tous ceux qui veulent porter et faire partager des projets positifs, enthousiasmants, fédérateurs et sources de réels progrès sociaux de reprendre la route. N'attendons pas les élections européennes de 2019 ou les élections locales de 2020, car c'est dès cet été qu'il faut se remonter les manches. Cela vaut pour tous les acteurs sociaux-économiques, pour tous les élus de la République mais aussi pour les associations de citoyens ; cet état d'esprit collectif qui conduit à voter FN peut changer si les réalités vécues changent. Nous savons déjà que le programme que va dérouler Emmanuel Macron sera un très lourd handicap, car ce sont ces politiques inégalitaires de la mondialisation qui font le lit de l'extrême-droite. C'est donc dans nos bassins de vie que cette transformation doit s'opérer, dans la proximité. Ne baissons pas la garde !

30/11/2014

Le Pen / Sarkozy, deux méthodes et deux messages opposés à l'occasion de leur prise de leadership interne

Ce week-end aura été marqué politiquement par l'élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP et par celle de Marine Le Pen à la tête du Front National. Mais sur le fond comme sur la forme, ces deux accès au leadership de leur formation politique diffèrent considérablement.

Pour l'UMP, la procédure suivie par les militants était un vote électronique en 24 heures qui a réuni 155.801 suffrages. Nicolas Sarkozy obtient 64,5% de ces suffrages, devant Bruno Le Maire avec 29,18% et Hervé Mariton avec 6,32%. Mais cette élection ne conforte pas Nicolas Sarkozy dans un rôle de patron incontesté de l'UMP, et les prochains mois lui imposeront de composer avec de nombreux cadres de sa famille politique.

Crédits photo : GONZALO FUENTES/REUTERS

Au FN, c'est par un vote par correspondance que les militants ont apporté leur suffrage à l'unique candidate au poste de président(e) du parti ; Marine Le Pen a recueilli 22.312 voix, et donc 100% des suffrages exprimés. Elle est donc reconduite dans son second mandat de présidente du FN, et elle incarne le rôle de patronne incontestée tout en poursuivant la mainmise du clan Le Pen sur cette formation.

Embrassade lors du congrès du FN, à Lyon.Crédits photo : © JEFF PACHOUD / AFP

Et si Nicolas Sarkozy a ponctué cette accession à la présidence de l'UMP par deux brèves apparitions (à son local de campagne samedi soir et au 20h de TF1 dimanche soir), celle de Marine Le Pen était inscrite à l'ordre du jour du XVème Congrès du Front National à Lyon ; et elle a enflammé une assistance galvanisée par un discours très politique, à la tribune avec tous les cadres de son parti.

Personne ne connait aujourd'hui le programme de Nicolas Sarkozy ; il est revenu parce ce que c'était soi-disant son devoir et une nécessité pour la France, mais sa courte campagne à cette investiture interne n'a rien dévoilé de nouveau. Et pourtant, il dit qu'il a changé ... Cette élection a le goût de l'inachevé, de l'incertain et il y aura encore de nombreux épisodes à ce feuilleton. Et puis l'UMP ne semble faire écho qu'à des problématiques sociétales et urbaines, très loin de ce qui préoccupe les français qui vivent loin des métropoles. A l'inverse, Marine Le Pen a ressassé dimanche après-midi les thèmes stratégiques du Front National : la mondialisation, l'Europe, l'immigration, la République, la laïcité, le social et la démocratie. Elle dit représenter le peuple et elle attaque : « Messieurs Sarkozy et Hollande, vous avez tout raté ! Messieurs Sarkozy et Hollande, il vous a été confié un trésor, la France ; un diamant, son peuple ; et vous avez abîmé l’un et abandonné l’autre », dénonce-t-elle.

Bref, Marine Le Pen va dérouler tranquillement sa feuille de route pour la présidentielle de 2017 alors que Nicolas Sarkozy s'apprête à suivre un parcours semé d'embuches. Elle affirme qu'elle sera au second tour de cette présidentielle-là, et elle y sera très certainement. Elle rejette ce système qui divise, qui appauvrit et qui inquiète la majorité des français, et elle est pour cela en phase avec l'opinion. De son côté, Nicolas Sarkozy n'est que l'un des hérauts de ce modèle dominant.

La présidentielle de 2017 verra certainement s'affronter un représentant du système et un représentant de l'anti-système. En France, c'est Marine Le Pen qui incarne majoritairement cette opposition, alors qu'en Espagne par exemple c'est la formation Podemos qui représente l'alternative au système. Le Front National se cantonne dans une contestation nostalgique qui se nourrit de clivages opportunistes, Podemos ouvre des pistes nouvelles pour changer de modèle. C'est aussi ce que propose l'écologie politique, mais elle pâtit de l'attitude de ses représentants politiques qui peinent à échapper à l'arène nationale.

Personnellement, j'estime que les pouvoirs doivent se reprendre localement, à l'échelle des bassins de vie et en coordination avec les territoires voisins, le tintamarre parisien tient plus du spectacle que de la vie réelle ...

15/04/2013

La République, un bien commun à préserver

Pour Marine Le Pen, Christiane Taubira serait "dangereuse pour la République" ... La Ministre de la Justice incarnerait pour la Présidente du Front National le gaucho-laxisme qu'elle n'a de cesse de dénoncer.

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Mais j'invite tous les lecteurs de cette note à regarder les vidéos de Christiane Taubira à l'Assemblée Nationale comme au Sénat (vidéos disponibles sur Youtube et sur Dailymotion) ; elle a au contraire très brillamment incarné la République. Une véritable Marianne !

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La République s'oppose au pouvoir d'un homme, d'une idéologie ou d'un clan, elle appartient au peuple et elle perpétue des valeurs universelles décrites dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Et c'est pour l'égalité, devise de la République, que Christiane Taubira a porté le projet de loi pour le mariage pour tous, en forçant le respect de tous les parlementaires.

Il est tellement rare aujourd'hui de prendre du plaisir à écouter une femme ou un homme politique, que la place de Christiane Taubira dans le gouvernement de la France est incontestable. Surtout quand nous constatons la vacuité des interventions de tous les ténors qui passent en boucle dans les médias (Copé, Sapin, Wauquiez, Moscovici, Dati, Fillion, Vals, Ayrault, Woerth, NKM, Rebsamen, Jacob, Longuet, Guaino, Désir, Vallaud-Belkacem, Montebourg, Touraine, Pécresse, ...). Sur le fond, ils nous assènent tous le même discours responsable qui légitimise le modèle dominant, et sur la forme ils se chamaillent comme des gamins orgueilleux ; mais ils ne font rêver personne.

Alors est-ce Marine Le Pen qui est dangereuse pour la République ? Oui, de la même façon que Philippe Pétain impose à l'Assemblée Nationale le 10 juillet 1940 de lui donner les pleins pouvoirs et de substituer l'Etat français à la République. Car la crainte d'un péril ou d'une catastrophe est un message qui se diffuse facilement, et le hold-up démocratique nous pend toujours au nez. La fin de la République romaine est aussi venue du pouvoir populaire croissant des tribuns de la plèbe face à un Sénat corrompu et lointain. D'où l'urgente nécessité de construire ensemble plutôt que de tout démolir. La VIème République est l'une des voies à explorer ...