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01/02/2015

A Paulhan aussi la laïcité est mise à mal

Comment interpréter l'accrochage d'une tête de cochon sur la devanture d'une épicerie tenue par un épicier de religion musulmane dans un village comme Paulhan ? Les faits se sont produits ce dimanche matin, le maire et la gendarmerie se sont rendus sur les lieux. Or, la vie dans le village ne connait aucun problème lié à la religion d'aucun de ses citoyens, quelque soit cette religion, et un tel acte n'a donc aucun lien avec d'autres faits sur le territoire de la commune.

Alors pourquoi ? Je doute qu'il s'agisse d'un acte politique, c'est à dire un acte ayant été anticipé par un groupe militant qui cherche à exister politiquement à partir de telles provocations contre nos concitoyens de confession musulmane. Je penche plutôt pour un acte spontané de quelques individus qui ne mesurent pas la portée de leur geste. Oui, je sais, ça semble vouloir minimiser l'acte, mais je ne veux pas croire que notre République soit tellement affaiblie qu'elle ait pu laisser se constituer des mouvements structurés qui privilégieraient la violence à la démocratie.

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Bien évidemment, notre groupe d'opposition au sein du Conseil municipal de Paulhan condamne cet acte. C'est un acte lâche et violent, mais Paulhan n'est malheureusement pas un cas isolé. Le journal Libération relayait la semaine dernière une dépêche AFP ; il y a eu en France pendant les deux semaines qui ont suivi les attentats des 7 au 9 janvier autant d'actes islamophobes que pour toute l'année 2014 (cf. article).

Comment mettre fin à cette surenchère ? Cela a déjà été dit et de gros efforts sont à faire à l'école qui a un rôle crucial dans la transmission des valeurs et des principes républicains. Et dans une société où Internet et les réseaux sociaux prennent une telle place dans la vie des jeunes, les enseignants doivent descendre de leur estrade pour éveiller leurs esprits. N'oublions pas qu'il y a un siècle déjà l'école de la République a réussi l'exploit de réduire l'emprise de la religion dans notre sphère publique. Et alors que la position ancestrale de l'église catholique irriguait toute la société !

Cependant, les auteurs des actes contre les lieux de culte musulman ou contre les biens et les personnes de confession musulmane ne sont pas le fait de jeunes élèves de l'école primaire ou du collège. Il s'agit d'adultes, et la publicité qui est faite sur leurs actes alimente le processus ... Il y a donc urgence à endiguer ce phénomène, et c'est là où la gendarmerie et la justice ont un rôle clé (encore des institutions de la République qu'il faut sanctuariser). Il faut arrêter les auteurs de ces actes stupides, il faut les condamner et il faut plus communiquer sur les sanctions infligées que sur les actes eux-mêmes.

Par contre, je tiens à indiquer ici qu'auditionner de jeunes enfants dans les locaux de la police est aussi dangereux qu'inutile ; dangereux pour les enfants qui vivent là une expérience traumatisante, et inutile dans la perspective d'une éventuelle prise de conscience individuelle. A Villers-Cotterêts (Aisne), c'est un enfant de 9 ans qui a été entendu par la police, parce qu'un autre enfant a rapporté à sa mère des propos qui n'ont été entendus par personne d'autre. Le procureur lui même évoque un « emballement inutile » pour des faits « totalement infondés ». A Nice, c'est un enfant de 8 ans qui a été entendu dans les locaux de la police pour des propos échangés dans une discussion de classe sur l'attentat à Charlie Hebdo. Là, c'est plutôt à l'enseignant d'avoir un peu plus de discernement, mais ce n'est pas à la police d'intervenir.

La religion prend désormais une place [trop] considérable dans notre quotidien, et c'est un phénomène qui accompagne ce 21ème siècle naissant. S'il y a encore 15 ou 20 ans l'actualité des religions se portait sur l'église de scientologie ou sur les églises évangéliques, cela restait limité à la sphère privée de leurs adeptes. Désormais, le judaïsme et l'islam sont constamment dans notre actualité, et ces deux religions occupent une part de plus en plus importante de notre activité publique. Il faudrait mesurer le nombre de fois que le Président Sarkozy ou que François Hollande ont reçu des délégations religieuses à l’Élysée, ou qu'ils se sont rendus dans des lieux de culte, et comparer à l'époque de Pompidou ou de Mitterrand. Et c'est Nicolas Sarkozy qui a changé la donne avec son concept de laïcité « active » : création du Conseil français du culte musulman (CFCM) en 2003 alors qu'il était ministre de l'intérieur, participation inédite comme Président de la République au diner annuel du CRIF à partir de 2008, etc.

Les gouvernements français successifs ont appliqué une laïcité trop molle, cédant trop facilement aux exigences religieuses particulières ; c'est cette laïcité « positive » qui veut séduire les religions plutôt que de les restreindre à la seule sphère privée. En même temps, nos institutions sont devenues plus paresseuses sur le front des valeurs, voire archaïques vis à vis des médias modernes. Aussi, avant même que l'école éveille les esprits et que la justice sanctionne les délits racistes, et pour que tout cela ne ressemble pas à un récipient percé que l'on continue de remplir, il est nécessaire que toutes les autorités publiques inscrivent leurs actes dans le respect de la laïcité républicaine.

05/03/2014

Le diner du CRIF et le caractère laïque de la République ...

Déjà fin 2013, François Hollande avait médiatisé son passage au diner annuel du CRIF et évoquant la présence "saine et sauve" de son ministre de l'intérieur revenu récemment d'Algérie. Et ce mardi soir, François Hollande s'exprime sur la situation en Ukraine depuis le 29ème diner du CRIF qui commémore cette année 70 ans d'actions depuis sa création en 1944.

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Mais que fait donc un Président d'une République dont le caractère laïque est l'une des valeurs fondamentales à ces diners du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France qui captivent toute la classe politique française depuis 1985 ? C'est Nicolas Sartkozy qui a le premier systématisé la présence du Président de la République au diner annuel du CRIF ; c'était en 2008.

Certains y verront une expression oecuménique moderne, une façon de gommer les tentations communautaristes, mais les discours présidentiels sont souvent l'occasion de rappeler les liens entre la France et Israël, de lutter contre l'antisémitisme ou contre Dieudonné, mais pas vraiment de jeter des passerelles entre toutes les religions pratiquées en France. Et le Président de la République assiste-t-il à autant de manifestations médiatiques auprès des communautés catholiques, protestantes, musulmanes et ... athées ?

Mais François n'était pas seul ce mardi soir au Pavillon d'Armenonville : Christiane Taubira, NKM, François Fillon, Charles Beigbeder, Michèle Alliot-Marie, Bertrand Delanoe, Anne Hidalgo, Jean-Pierre Bel, Harlem Désir, Vincent Peillon, ... faisaient partie de ce gotha mondain.

Or, n'y a-t-il pas en France d'autres lieux et d'autres causes où tous ces politiques seraient bien plus utiles ? Ne peuvent-ils donc pas sortir de leur bulle quelques fois pour aborder plus modestement le mandat que le peuple leur a confié ? La pauvreté touche de plus en plus de nos concitoyens ; 8,7 millions de français vivaient sous le seuil de pauvreté en 2011, et cette pauvreté augmente de façon préoccupante. Le nombre d'allocataires du RSA a augmenté très fortement depuis deux ans et les Restos du Coeur ont franchi le million de bénéficiaires en 2013.

Les jeunes et les chômeurs sont en première ligneA ces tables-là, l'aristocratie politique est plus discrète ...