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25/08/2018

Hulot, un rôle principal dans le casting de Macron, mais une catastrophe pour l'écologie ...

Foret_mutants.jpgEn 2001, Nicolas Hulot présente l'émission Ushuaia Nature, dont l'une qui s'intitule « La forêt des mutants » et qui passe à la télé en juin 2001. A cette occasion, l'animateur visite la réserve de Sépilok sur l'île de Bornéo, avec la vétérinaire Marie-Claude Bomsel, pointant un sérieux sujet d’inquiétude pour les orangs-outans. Nicolas Hulot lance un cri d'alarme sur la disparition accélérée de la forêt tropicale et de la faune qui la peuple, dressant un état des lieux accablant : à chaque seconde disparaît, en forêt tropicale humide, l'équivalent d'un stade de football, soit 40 hectares à la minute. Au XXe siècle, 60 % des jungles ont disparu et, à ce rythme, avant la fin de la moitié du XXIe siècle, l'ensemble de ces forêts aura disparu de la surface de la planète, et avec elles des milliers d'espèces végétales et animales. « C'est le sacrilège absolu. C'est notre avenir que nous sommes en train de torpiller » s'indignait alors Nicolas Hulot.

Hulot_Plan_Climat.jpgEn 2017, Nicolas Hulot est ministre de la transition écologique et des solidarités du gouvernement d'Emmanuel Macron. Le 6 juillet 2017, à l'occasion du lancement du Plan climat, il intervient justement sur l'huile de palme dont l'exploitation donne lieu à une déforestation massive et donc de l'habitat des grands singes que sont les orangs-outans, mais aussi de tout un écosystème : « Nous allons fermer une fenêtre qui donnait la possibilité pour les biocarburants d'y incorporer de l'huile de palme ». En préambule, Nicolas Hulot indiquait que son Plan climat « n’est pas une fin en soi », mais une « colonne vertébrale à laquelle on pourra ajouter des vertèbres », un « cap » appelé à être décliné en plan d’action tout au long du quinquennat. Et donc sur l'huile de palme on ne pouvait attendre que du mieux d'ici 2022 ...

Parly_Malaisie.jpgMais voilà que les principaux producteurs d'huile de palme, la Malaisie et l'Indonésie, ne veulent pas tuer la poule aux œufs d'or. Et ils mettent dans la balance des exportations d'huile de palme vers la France l'achat d'avions Rafale à Dassault. Car le Parlement européen avait voté le 17 janvier 2018 à une large majorité en faveur d’une interdiction des importations d’huile de palme comme agrocarburant d’ici 2021. En visite en Malaisie fin janvier, Florence Parly, Ministre des Armées, déclarait alors que la France soutiendrait la Malaisie, dans le cadre de la décision européenne finale (i.e. trilogue), pour bloquer une interdiction de l’huile de palme dans les carburants. Cette pression commerciale de ces deux pays est très bien détaillée dans cet article du quotidien Libération : Huile de palme, des pressions en rafales sur l'UE.

Mais alors que Nicolas Hulot est depuis longtemps conscient des impacts de cette culture sur la biodiversité naturelle de ces pays, alors qu'en juillet 2017 il annonce fermer une fenêtre à l'huile de palme, il accepte en mai 2018 que Total importe 300 000 tonnes d'huile de palme pour sa raffinerie de La Mède !!!

Union-européenne.jpgDans le même temps, le gouvernement français a pesé à Bruxelles pour ne pas interdire l'huile de palme dans les termes adoptés par le Parlement européen en début d'année. Dans la nuit du 12 au 13 juin, le Parlement Européen, la Commission et les États membres se sont mis d’accord sur le texte final de la directive énergie renouvelable. L’Europe a décidé un gel, puis une baisse progressive de la part des “biocarburants” les plus fortement émetteurs jusqu’à une sortie en 2030. Mais en fixant au niveau de 2019, c’est-à-dire après l’entrée en fonctionnement de la raffinerie de La Mède, le gel des volumes d’huile de palme importés, l’Europe offre un sursis à ce projet. A lui seul, le projet de La Mède pourrait consommer entre 450 000 et 600 000 tonnes d’huile de palme et faire bondir les importations françaises d’environ 60%.

Hulot_SNDI.JPGDernier épisode des volte-faces de monsieur Hulot, il a présenté mi-juillet son Projet National de lutte contre la déforestation importée (SNDI), projet qui n'hésite pas à fixer dans ses objectifs « d’éliminer la déforestation des chaînes d’approvisionnement de matières premières agricoles et de soutenir l’approvisionnement en huile de palme durable à l’horizon 2020 ». Revoilà ce mot-valise de durable ...

Agrocarburants.jpgEt derrière tout ça viennent les agriculteurs français qui ont du colza pour les agrocarburants (biodiesel et bioéthanol), mais se pose alors la question de la finalité de l'agriculture : nourrir des êtres vivants ou faire rouler des voitures ? Nous sommes totalement aliénés à la voiture, et la population mondiale sans cesse croissante n'y échappe pas. Or, voilà un peu plus d'un siècle que les inventeurs et que les ingénieurs n'ont plus rien proposé d'autre pour la commercialisation des automobiles que le moteur à combustion (ou à explosion). Il y a bien les véhicules électriques, mais nous savons aussi que les ressources naturelles pour fabriquer les batteries sont très largement insuffisantes pour remplacer l'actuel parc automobile mondial. Mais le lobby des producteurs de carburants (carbonés ou végétaux) est assez puissant pour que restent dans des cartons tous les nouveaux projets de motorisation propre.

Le cas du ministre Hulot ne cesse de m'étonner, de m'interroger. Bon, il n'avait aucune appétence pour ce poste de ministre et il n'en avait pas besoin pour vivre. A côté de ça, je le crois sincèrement convaincu des enjeux environnementaux qui menacent la survie de l'Homme sur Terre. Alors il doit certainement se dire que s'il n'était pas dans ce gouvernement, le poids de l'écologie dans les politiques publiques serait réduit à rien. Sauf que Nicolas Hulot était bien plus influent quand il dirigeait sa fondation, qu'il était un meilleur passeur d'alertes et d'idées quand il animait Ushuaia Nature. Là, il ne rend pas service à l'écologie, laissant à penser que des petits pas suffisent ... ça donne bonne conscience à beaucoup de monde, mais la maison continue de brûler.

25/04/2015

Indonésie, de la carte postale de rêve aux réalités d'un archipel en danger

Pour beaucoup de monde, l'Indonésie est synonyme de voyage et les îles de Java, de Sumatra ou encore de Bali sont quelques-unes des destinations que propose cet immense archipel d'Asie du Sud-Est. Mais l'Indonésie, ce sont aussi ces images inoubliables du tsunami du 26 décembre 2004 dont l'épicentre se situait au nord de l'île de Sumatra et qui a fait dans ce pays plus de 150.000 morts, et plus de 200.000 morts en comptant les pays voisins du Sri Lanka, de Thaïlande, de Malaisie, etc. Mais nous savons aussi que les 17.000 îles de cet archipel sont gravement menacées par les conséquences du réchauffement climatique ; l'augmentation de la température réduit la saison des pluies, intensifie les précipitations et accroit les périodes de sécheresse, la montée du niveau de la mer est une réalité qui provoque des déplacements massifs de réfugiés climatiques et c'est l'indépendance alimentaire de l'Indonésie qui est menacée.

Mais l'actualité de l'Indonésie, vue de France et en dehors de la série noire aéronautique (mars 2014 avec le Boeing 777 sur le vol MH-370 et décembre 2014 avec l'A320 sur le vol QZ-8501), c'est depuis quelques temps la condamnation à mort du Français Serge Atlaoui. Quelle que soit son histoire, quels que soient les faits, condamner à mort et exécuter un homme heurte notre culture humaniste. Dans son discours du 17 septembre 1981 devant la représentation nationale, le garde des sceaux Robert Badinter qui y défendait l'abolition de la peine de mort expliquait le caractère assez peu dissuasif de cette sentence, et il réservait aux pays où la liberté est confisquée ce pouvoir de l’État de disposer jusqu'à la vie de ses citoyens. Robert Badinter reprenait aussi les propos de Jaurès, un abolitionniste militant : « La peine de mort est contraire à ce que l'humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêve de plus noble. Elle est contraire à la fois à l'esprit du christianisme et à l'esprit de la Révolution ». Et Robert Badinter concluait son discours par : « Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées ». Mais si en 1981 la France était l'une des dernières démocraties occidentales à encore condamner à mort, il reste aujourd'hui une quarantaine de pays qui appliquent la peine de mort. Les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Japon et l'Indonésie font tâche dans cette liste de 38 États où ils figurent à côté de dictatures d'un autre temps.

Dans le cas de Serge Atlaoui, c'est le décalage entre le crime qui lui est reproché et la peine à laquelle il est condamné qui suscite l'incompréhension. Chacun s'accorde sur son rôle dans le trafic dont il s'était rendu complice, un rôle très subalterne et très éphémère qui est bien loin d'en faire un baron de la drogue. Mais d'autres Français sont emprisonnés en Indonésie pour des délits relatifs au trafic de drogue : François Giuily, Thierry Vercheine, Vincent Roger Petrone et Gérard Debetz, ce qui fait cinq Français au total après que Michaël Blanc a été libéré l'an dernier après 14 ans d'emprisonnement. Or, le Président indonésien Joko Widodo reste sourd à tous les appels des gouvernements dont des ressortissants sont condamnés à mort et aux protestations des ONG qui démontrent que la peine de mort n'est pas du tout dissuasive.

muhammad_fadli_jokowi_ps_0001.jpg

Je ne sais pas si M. Joko Widodo compte venir à Paris en décembre pour la conférence internationale sur le climat, mais j'espère que le gouvernement Français lui refusera tout visa et toute autorisation de séjour. Et si notre diplomatie ne sait pas empêcher quelqu'un qui aurait décidé la mort d'un citoyen français de fouler le sol national, alors c'est la justice qui pourrait être invoquée par les familles de ses victimes pour l'entendre et le poursuivre. Mais cela n'exonèrerait nullement la communauté internationale de protéger, entre autres, les populations indonésiennes contre les conséquences du réchauffement climatique.