Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

13/09/2015

En cette année 2015, l'Europe nous montre son plus mauvais visage :=(

Au premier semestre 2015, c'est le feuilleton grec qui a mis en scène les principaux États membres de l'union européenne, et plus particulièrement ceux de la zone Euro. Alexis Tsipras, qui devenait Premier ministre de la Grèce en début d'année sur un programme volontariste contre les politiques d'austérité et pour une réévaluation de la dette publique, est devenu dès le début le mouton noir de l’Eurogroupe. Les 18 autres États membres de l'Eurogroupe sont tous gouvernés par des partis ou par des coalitions favorables au social-libéralisme ; certains s'affichent plus sociaux et d'autres plus libéraux, mais le résultat est le même. Dans ces conditions, la volonté politique d'Alexis Tsipras était vouée à l'échec, et même si le combat qu'il a mené pendant 6 mois avec son ami Yanis Varoufakis a ravivé chez les Européens, je parle du peuple, une volonté de rupture avec ce modèle dominant qui profite toujours à cette minorité possédante.

grèce,tsipras,eurogroupe,pablo iglésias,jeremy corbyn,schengen,victor orban,jacques delors,migrants

Une bataille a été perdue, mais pas encore la guerre. La prochaine bataille se déroulera en Espagne à la fin de l'année. C'est Pablo Iglésias et son mouvement Podemos qui tenteront de convertir leurs concitoyens à un autre projet socio-économique, et j'espère que les électeurs espagnols sauront leur faire confiance. L'autre évènement qui est survenu cette semaine à propos de la gouvernance économique de l'Europe, c'est l'élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique. Ce virage à gauche du Labour Party n'est pas une surprise, car partout en Europe les partis sociaux-démocrates sont en échec, échec parce qu'ils ne se distinguent plus de la droite quand ils sont au pouvoir. En France, plus personne ne sait dire ce que Sarkozy et Juppé feraient de différent de ce que font Valls et Marcron s'ils revenaient au pouvoir ... François Hollande étant déjà plus à droite que Sarkozy ne l'a été ...

Désormais, les élections dans les divers pays d'Europe voient s'affronter trois forces politiques : celles qui soutiennent le système, qu'elles soient de droite comme de gauche, les nationalistes qui s'appuient sur le patriotisme pour que le peuple rejette les élites, et enfin ceux qui veulent rompre avec le système dominant pour lui préférer les valeurs d'humanisme, de laïcité et de solidarité. Nous sommes très loin du vieux clivage gauche-droite.

L'autre mauvais visage que renvoie l'Europe, c'est son attitude vis à vis des réfugiés qui viennent de Syrie, d'Irak et des pays d'Afrique où la guerre et le djihadisme ne permettent plus aux populations de vivre en sécurité. Comme pour la crise grecque, ce sont souvent les pays de l'est de l'Europe, les derniers ayant rejoint l'Union qui refusent d'accueillir des réfugiés. La Slovaquie a même restreint aux seuls réfugiés chrétiens l'accès à son territoire, prétextant ne pas avoir de mosquée pour que les musulmans pratiquent leur religion, et le Premier ministre hongrois, Victor Orban, se fait le porte-parole d'un groupe de pays comme la Pologne, la Hongrie ou encore la République Tchèque pour voir dans cet afflux de migrants une menace pour « l'identité chrétienne de l'Europe ».

Mais je ne voudrai pas assimiler les peuples de ces pays de l'espace Schengen à leurs leaders les plus sombres, car l'Europe voit aussi se propager une vague nationaliste qu'il faut combattre.

Alors pouvons-nous encore construire une Europe solidaire, responsable et humaniste dans le contexte actuel ? La volonté acharnée de la droite et de la social-démocratie européenne à vouloir développer un marché économique le plus large possible, avec des règles de libre-échange et une monnaie unique qui favorisent les flux de capitaux et de travailleurs, ne s'est-elle pas affranchie des valeurs fondamentales de l'Europe des Lumières ?

Il est utile de relire le discours de Pierre Mendès-France contre le Traité de Rome en janvier 1957. S'il était convaincu de la nécessité de s'unir pour affronter les défis du XXe siècle, il était plus circonspect vis à vis des règles de libre-échange. Aujourd'hui, c'est Jacques Delors qui évoque son pessimisme sur l'avenir de l'Europe. Dans une interview au Journal du Dimanche, il estime que l'Europe n'a pas – pas encore – explosé. « Dans la situation actuelle, on a évité le pire. Mais l'Europe n'est pas une puissance morale, je dis morale au bon sens du terme. Il faut reconstituer cette puissance morale qui a fait la force de l'Europe en d'autres périodes, comme au moment de la chute du mur de Berlin », soutient-il.

Il est évident que l'Europe des 28 que nous connaissons aujourd'hui n'a plus d'avenir commun, en tous cas sur les règles de l'Union européenne issues des traités de Maastricht et de Lisbonne. Une autre Europe est à construire.

11/07/2015

Tsipras révolutionne l'Europe

En quelques semaines, le Premier ministre Aléxis Tsipras a renversé la table. Finie la période pendant laquelle les institutions européennes ont tenu la Grèce dans une précarité financière et économique voulue, la presque totalité des capitales européennes souhaitant l'échec du gouvernement de gauche de Syriza. Le Premier ministre Grec a mis en lumière le corset de la BCE, l'épée de Damoclès du FMI et la volonté du gouvernement allemand de le voir échouer.

Faut-il s'étonner aujourd'hui que les détails de l'accord que Tsipras soumet ce week-end aux institutions européennes soient semblables aux mesures souhaitées par celles-ci jusqu'au 25 juin ? Sur le fond, non, mais sur la forme ce n'est plus le même joueur qui a la main. La Grèce n'est plus soumise à des mesures d'austérité imposées par Bruxelles, et sans autre retour, mais Athènes présente un plan de sortie de crise assorti d'un plan d'aide de plusieurs dizaines de milliards d'euros et d'une restructuration de la dette grecque.

PE_Tsipras.jpg

Entre temps, Aléxis Tsipras a consulté son peuple par référendum, il est allé défendre son projet politique devant le Parlement européen et il a fait valider les propositions faites aux institutions européennes par son Parlement. L'Europe n'a jamais été aussi politique que depuis l'arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce. Et ce fonctionnement opaque d'une Europe qui imposait un modèle de développement libéral à ses peuples va désormais se heurter à l'écueil Tsipras. Après les humiliations subies par les Grecs depuis quelques mois, il ne serait pas surprenant que le Parlement Grec retoque à l'avenir quelques traités européens. Je pense en l'occurrence au traité de libre-échange transatlantique (TAFTA) à qui le Parlement Européen vient de donner cette semaine son feu vert (cf. site de France Nature Environnement), mais qui nécessitera à la fin un vote unanime des 28 pays membres.

parlement_europeen.jpg

Mais cet épisode européen aura permis d'illustrer la collusion qui prédomine parmi les chefs d’État et de gouvernement. Parmi les 19 pays de la zone Euro, une douzaine sont gouvernés par des coalitions ; pour les autres, l'étiquette est trompeuse ; du parti travailliste maltais au parti social-démocrate slovaque, et en passant par le parti socialiste français, ce sont des ersatz de gauche qui s’accommodent fort bien de la marchandisation du monde. Et il n'y a peut-être que le parti populaire du Premier ministre espagnol Mariano Rajoy à gouverner seul un État de la zone Euro, élu sur un programme libéral ... Mais peut-être plus pour très longtemps. Car ce qu'a démontré Aléxis Tsipras, et ce dont il a besoin aussi pour ne plus subir seul la pression des autres États, c'est que propager cette réappropriation de l'idéal européen par les peuples eux-mêmes est la seule issue pour franchir le gué.

La zone Euro a en son sein quatre poids lourds : l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la France, qui pèsent pour trois-quart du PIB de la zone. Il est regrettable que ces quatre-là ne s'entendent pas pour être plus solidaires des autres États membres, préférant systématiquement se retrancher derrière des institutions et des règlements qui freinent toute dynamique de progrès européen. Ces quatre-là pourraient impulser un vrai projet européen, avec un budget commun, une harmonisation fiscale et une politique extérieure à l'unisson. Quant à l'expression de l'ensemble des 19 États membres de la zone euro, elle doit être démocratique et les représentants de ces États au Parlement Européen devraient pouvoir siéger dans une structure dédiée.

Euro_Zone_Eco.jpg

27/06/2015

La mondialisation fait payer cher les peuples qui y ont beaucoup cru ...

Le phénomène n'est pas nouveau, et c'est là le paradoxe : il continue de sévir ... A la fin du 20ème siècle, quelques institutions financières telles que le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM), sans oublier l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et quelques instances supra-nationales sont intervenues auprès de pays dont le développement se heurtait à un endettement public fatal. Ces interventions ont marqué les mémoires, en Amérique latine (Brésil, Chili, Argentine, Mexique, ...), en Asie (Malaisie, Indonésie, Corée du Sud, ...) mais aussi en Russie après l’éclatement du bloc soviétique.

Le mécanisme est simple ; il se déroule en cinq étapes.

Tout d'abord, des banques privées accompagnent les entreprises et les individus dans leurs projets de développement ; ces banques locales sont souvent des filiales de grandes banques occidentales. Le système financier lâche facilement des crédits privés pour satisfaire une demande légitime des peuples d'accéder aux bénéfices de la mondialisation : consommer des biens qui viennent de tous les pays du monde, exporter des produits manufacturés à des prix très en dessous de ceux des pays riches, attirer des investissements industriels, etc.

Mais la réussite économique n'est pas toujours au rendez-vous et des endettements de plus en plus importants fragilisent d'abord les clients des banques, et puis les banques elles mêmes. Et quand on cherche un responsable, le système financier se dédouane en repassant la patate chaude aux emprunteurs. Et le message que l'on entend depuis plusieurs mois avec la crise grecque, c'est qu'il faut toujours rembourser ses dettes.

La troisième étape est un dilemme qui pèse sur les États, celui de sauver ou non ces banques ; banques qui ont opportunément mélangé les comptes de dépôt de certains clients et les comptes de prêts des autres. Et laisser une banque faire faillite, c'est risquer de priver des citoyens des économies déposées en banque. C'est donc évidemment le choix de racheter les dettes privées par leur banque centrale qui est fait par le chef du gouvernement. En septembre 2008, les USA ont fait le choix de ne pas soutenir la banque Lehman Brothers qui fit alors faillite. Mais c'était une banque d'investissement dont les activités (fonds d'investissement, courtage, ...) ont été reprises après cette faillite par d'autres établissements internationaux. Les USA ont surtout voulu faire un exemple, car au même moment la Bank of America rachetait la banque Merril Lynch, elle même renflouée par la Réserve fédérale américaine.

Des États ont alors vu leur dette souveraine exploser, dépassant le seuil de 100% de leur produit intérieur brut (PIB) ; des agences de notation publient ensuite des notes en baisse régulière, signe que les économies et les budgets de ces États sont défaillants, et les organismes prêteurs spéculent sur les taux de crédit pour asphyxier un peu plus ces États.

Et c'est là que le FMI et la BM arrivent pour sauver ces États en danger. Mais le remède prodigué est bien amer ... Ces institutions exigent des contre-parties sociales, économiques et donc idéologiques pour soulager ces États du piège de leurs dettes. Et le cas grec est exemplaire. La troïka qui est ici au chevet de l’État Grec joue le rôle du prêteur sur gages ; contre des gages sur la TVA, sur le système des retraites, sur les dépenses de l’État, ... la troïka se substitue à l’État grec vis à vis de ses créanciers, mais dans un subtil jeu de bonneteau : le FMI prête N millions pour que la Grèce paye son annuité à la BCE, et la BCE prête N millions pour que la Grèce paye son annuité au FMI. Pendant ce temps là, la dette elle continue de peser.

Mais si des chefs d’État ont adhéré à ce processus antidémocratique, et des scandales de corruption font florès, d'autres sont plus respectueux du mandat de leurs électeurs. C'est l'Amérique latine qui a vu naître ces opposants au système financier mondial : Hugo Chavez, Lula, Evo Morales, Rafael Correa.

Corea_Morales_Hollande.jpg
Crédits photo : JOHN THYS/AFP

Comme l'a rappelé le vice président bolivien Álvaro García Linera à la tribune du Festival de la résistance qui se tenait le week-end dernier à Athènes : « L'Europe du Sud est en train de vivre ce qui s'est passé en Amérique du Sud il y a 30 ans, si vous persistez à vous émanciper des banques et de leurs institutions européennes, vous n'aurez plus d'investissements, plus de développement, plus d'emplois ». Retraçant l'histoire de son pays au cours de ces dix dernières années, il concluait par un « Ne  les laissez pas dire qu'un autre chemin n'est pas possible, repoussez le mémorandum de cette nouvelle Rome ».

Et Aléxis Tsipras est l'épouvantail de la caste des dirigeants européens, et surtout pour les sociaux-libéraux. Pour le Premier ministre espagnol, le parcours d'Aléxis Tsipras pourrait inspirer une même issue en Espagne à l'occasion des élections de novembre 2017 ; le succès électoral de Podemos sera étroitement lié aux résultats obtenus par Syriza pendant l'année 2015.

Hollande_Tsipras.jpg
Crédits photo :EMMANUEL DUNAND / AFP

Mais pour le Président français, la vague Syriza/Podemos pourrait lui faire perdre son siège en 2017 si la gauche française réussit à se fédérer pour présenter un(e) unique candidat(e) à l'élection présidentielle.

Les peuples européens voient là une perspective de s'opposer au « monde de la finance », le fameux «adversaire » du candidat Hollande en 2012. Le traité de libre échange commercial entre l'Europe et les USA pourrait alors être débarrassé de ses atteintes à la démocratie. La taxe sur les transactions financières pourrait enfin être mise en place en Europe, alors que c'est la France aujourd'hui qui freine les négociations au sein d'un groupe de onze États membres.

Et c'est une décision courageuse et responsable qu'a prise Aléxis Tsipras en organisant pour le 5 juillet un référendum sur les exigences des créanciers de la Grèce. Les Grecs connaissent les enjeux, leur maintien dans la zone Euro contre un plan d'austérité qui continuerait de réduire l'activité économique de leur pays. A l'automne 2011, le Premier ministre grec socialiste Georges Papandréou avait lui aussi proposé l'organisation d'un référendum. Mais sous la pression d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy, il y avait renoncé. Souvenons-nous de ce G20 à Cannes le 2 novembre 2011 où Georges Papandréou a attendu toute une après-midi en coulisse avant de passer devant un véritable jury des puissants.

5565-merkel-papandreou-sarkozy.jpg

J'espère qu'Aléxis Tsipras saura tenir sa barre, même si la Grèce est un navire peu maniable sur une mer houleuse.