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23/11/2013

Gaz de schiste, les scientifiques revendiquent leur droit d'expérimenter ...

Il tombe à pic ce rapport de l'Académie des Sciences, car on associe toujours l'image du progrès à la recherche scientifique. Et même sans avoir encore rien cherché, la parole scientifique reste écoutée. Pire, elle permet de légitimer la parole politique ... Rappelons-nous de l'accident de Tchernobyl fin avril 1986 et de ce fameux nuage radioactif. Nous savons aujourd'hui que les émanations radioactives ont traversé la France dans les premiers jours de mai 1986, les seules régions épargnées étant la Bretagne, le Languedoc et celles qui bordent les Pyrénées. Mais à l'époque, c'est le Professeur Pierre Pellerin, professeur à la faculté de médecine de Paris Descartes et patron du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), qui annonçait au journal télévisé que personne n'était menacé. Derrière ces propos, le ministre de l'Environnement Alain Carignon s'affranchit de prendre une quelconque mesure de prévention. Pire, le ministre de l'Agriculture François Guillaume déclare dans la foulée que le territoire français a été totalement épargné à cause de son éloignement, et donc que les produits agricoles français ne posaient aucun problème d'hygiène publique.

CNRS.gif

C'est dans le quotidien Les Echos que j'ai trouvé cet article sur l'avis formulé par le comité de prospective en énergie (CPE) de l'Académie des Sciences. Et si les experts scientifiques qui composent ce comité ou qui ont été audités répètent que la ressource est en abondance sous nos pieds mais qu'il faut trouver la technologie la plus propre possible pour l'extraire, l'article s'achève sur la notion de "risque raisonné", notion très largement argumentée dans l'avis du comité.

De leur point de vue de scientifique, on peut éviter l'apparition d'un risque en prenant toutes les précautions nécessaires ; mais le risque-zéro n'existe pas et il faut donc accepter de prendre des risques appréhendés ... Sauf que la vie ne se déroule pas en blouse blanche dans un laboratoire aseptisé, il faut aussi prendre en compte des défauts comme la cupidité, l'égoïsme et tout ce qui fait que des intérêts particuliers viennent parasiter la perfection d'un procédé scientifique.

Mais sachant que la France dispose d'importantes ressources en gaz de schiste, enfin imaginons que ce soit vrai, personne ne peut occulter de les exploiter un jour. Les énergies fossiles sont indispensables dans notre vie ; elles ne servent pas qu'à nous chauffer ou à nous déplacer, elles sont aussi utilisées dans l'industrie pour produire des médicaments comme des objets de tous les jours. Par contre, la technologie de fracturation hydraulique entre les mains de compagnies qui se fichent totalement des territoires exploités, c'est totalement irrecevable.

12 Juillet 2012 - Les principaux gisements.jpg

Dans le cadre du débat national sur la transition énergétique, en juillet 2013, une réunion s'est tenue sur le thème des gaz de schiste. Le rapport s'achève sur deux conclusions : une évaluation sérieuse de l'impact économique est nécessaire pour dissiper "le mirage" du gaz de schiste, et des prévisions avec hypothèses haute et basse permettront de fournir des éléments de réponse (création d'emplois minimum, nombre de puits minimum, impact sur les prix maximum, ...) sans avoir besoin d'explorer.

Alors n'en déplaise à tous les trop pressés qui estiment que "l'environnement, ça commence à bien faire", les Français ne sont pas prêts à sacrifier leur patrimoine naturel pour que quelques dirigeants de grandes sociétés pétrolières s'en mettent plein les poches.

04/02/2013

Une députée socialiste de l'Hérault se dit favorable aux gaz de schiste et à une fracturation hydraulique "propre" ...

Elle s'appelle Anne-Yvonne Le Dain, elle est directrice d'un département de recherche à Agropolis à Montpellier. Au Conseil Régional du Languedoc-Roussillon où elle est élue depuis 2004, elle est en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche. Élue en juin dernier à l'Assemblée Nationale, elle se consacre là aussi à des thématiques scientifiques. Bref, cette élue socialiste croit dur comme fer dans la science comme axe de progrès économique et social. Dans le même profil, on trouve aussi l'Héraultais Claude Allègre ...

Dans Midi Libre, Madame la députée fait le choix des énergies carbonnées au lieu des énergies renouvelables. Elle ajoute qu'une technique de fracturation hydraulique "propre" est envisageable. Mais elle mise aussi sur la réforme du code minier, permettant ainsi de donner la propriété du sous-sol à celui qui possède la surface (particulier, société, collectivité locale, ...), et non plus à l'Etat comme c'est le cas en France aujourd'hui. L'idée peu glorieuse pour cette élue de gauche est que les propriétaires seraient ainsi "appâtés" par les profits à réaliser.

Un puits de gaz de schiste a un impact paysager néfaste, et il a une durée de vie très limitée.

anne-yvonne le dain,gaz de schiste,fracturation hydraulique propre,code minier

   Et la multiplicité des puits, inhérente à ce type de ressource, laissera aux générations futures d'innombrables conduites dans notre sous-sol ...

Mais c'est peut-être le projet régional Aqua Domitia qui amènera du Rhône les millions de mètres-cubes d'eau nécessaires pour fracturer la roche à très haute pression. Et quid des eaux usées polluées ?

  

anne-yvonne le dain,gaz de schiste,fracturation hydraulique propre,code minier

Non, madame Le Dain, tous nos efforts collectifs doivent d'abord se focaliser sur les économies d'énergie et sur les performances des équipements électriques. Thierry Salomon (cf. négaWatt), qui est déjà intervenu plusieurs fois dans des séminaires organisés par le Conseil Régional, vous expliquerait Madame la députée que nous pouvons ainsi réduire de 45% nos besoins en énergie, et à partir de là faire le choix de notre mix énergétique futur : moins de nucléaire, moins de ressources fossiles (pétrole, gaz et charbon), plus de renouvelables (hydroélectricité, éolien, solaire, biomasse, géothermie, ...), etc.

Plutôt que de rêver d'importer chez nous le modèle américain, la députée de l'Hérault devrait plutôt se mobiliser pour la transition énergétique. Mais sa prise de position "politiquement arriérée" me fait craindre le pire quand l'acte III de la décentralisation donnera prochainement aux Régions le leadership sur les compétences mises en oeuvre par les collectivités locales.

14/09/2012

Gaz de schiste, Montebourg est un précieux ridicule ...

Le ministre du redressement productif est tombé cet été sur le livre de Jeremy Rifkin, "La troisième révolution industrielle" ; ou alors l'un de ses collaborateurs lui a laissé une note sur le bouquin et sur la théorie portée par cet économiste américain. Et depuis sa tribune de Frangy-en-Bresse jusqu'aux plateaux de télévision, le ministre de la démondialisation était devenu le Don Quichotte de la 3ème révolution industrielle qui est fondée sur le développement des énergies renouvelables à l'ère d'Internet.

Et presque en même temps, jusqu'à sa déclaration de ce jour lors de la conférence environnementale, le ministre Montebourg affirme que le débat sur les gaz de schiste ne fait que commencer, qu'il ne faut rien s'interdire ... Cette posture est justement celle que décrie Jeremy Rifkin dans son ouvrage, celle des responsables politiques et économiques qui restent attachés à la seconde révolution industrielle du début du 20ème siècle.

Quelle triste fin pour ce Tartuffe qui est en place depuis seulement 4 mois et qui enchaîne les dossiers comme l'avocat qu'il est. Son art oratoire lui permet d'argumenter, de passer du plaidoyer au réquisitoire au grè des circonstances. Mais l'économie française n'a pas besoin d'un avocat ou d'un procureur, elle a besoin d'hommes d'Etat qui oeuvrent pour le présent autant que pour les générations futures.