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20/02/2013

Développons de nouvelles activités plutôt que de soutenir des entreprises de façon articicielle

Des élus du Coeur d'Hérault distribuaient hier des éthylotests devant la Préfecture de l'Hérault ; ils manifestaient ainsi leur soutien à l'entreprise Contralco de Gignac qui voit son activité mise à mal par la décision de Manuel Valls de ne pas rendre obligatoire la possession d'éthylotests dans sa voiture. La société qui avait profité de la directive du précédent Ministre de l'Intérieur se voit ainsi obligée de réduire ses effectifs qui passent de 310 à 84 salariés.

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Mais ce soutien d'élus du Coeur d'Hérault est-il pertinent ? C'est la même démarche que celle d'Arnaud Montebourg chez Pétroplus, chez Arcelor Mittal à Florange ou chez PSA à Aulnay. Il faut éviter la casse, il faut mettre en place des "amortisseurs sociaux", mais il faut surtout trouver des alternatives économiques pérennes.

Mais je reprends le cas de Contralco ...

Bon, personne n'était dupe sous Sarkozy que cet éthylotest obligatoire était une mesure inefficace. Et il est heureux que Manuel Valls ait mis fin à cette fable. La lutte contre la délinquance routière liée à l'alcool passe avant tout par la prévention et par la répression. Et on imagine mal une personne fortement alcoolisée souffler dans un éthylotest avant de prendre la route ... Si cette personne a bu en sachant qu'elle allait conduire, c'est qu'elle est imperméable à tout message de prévention. D'où l'utilité de multiplier les contrôles routiers aux endroits et aux heures où circulent des conducteurs alcoolisés.

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Par contre, le Préfet de l'Hérault dans ses orientations contre l'insécurité routière a évoqué un amendement de la loi LOPPSI2 imposant la pose d'éthylotest antidémarrage. Et avec la clé une expérimentation intéressante dans notre département ; cela consiste à obliger les personnes déjà contrôlées en état alcoolémique grâve au volant à s'équiper d'un anti-démarreur couplé à un éthylotest électronique. Plutôt que d'avoir à payer une amende, la peine serait d'équiper sa voiture d'un tel dispositif. L'idée est intéressante car elle cible les conducteurs à risque, qu'elle dissuade efficacement la conduite en état d'ivresse et qu'elle offre aux industriels de ce secteur une perspective de développement.

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Et c'est là où les élus devraient se mobiliser, car Contralco distribue aussi des éthylotests électroniques. Si malheureusement son produit phare qu'est l'éthylotest à usage unique se vend moins bien que prévu, alors il faut aider Contralco à faire de la recherche et à développer son offre commerciale sur ces anti-démarreurs. L'entreprise Contralco a un savoir-faire industriel dans ce domaine, il faut donc en profiter pour conquérir ce marché.

La manifestation de quelques élus du Coeur d'Hérault est compréhensible, elle apporte un soutien aux salariés en danger de perdre leur emploi, mais elle devrait être plus prospective. Les entreprises doivent faire de la R&D (le crédit d'impôt recherche est destiné à cela), elles doivent investir (la Banque Publique d'Investissement vient d'être créée pour ça) et elles doivent saisir toutes les opportunités pour diversifier leurs marchés. Maintenir une activité industrielle avec des incitations de l'Etat, comme la prime à la casse dans l'automobile ou l'obligation de posséder un éthylotest dans toutes les voitures, c'est créer artificiellement un besoin, ça n'a qu'un temps et l'issue n'en est que plus difficile.

02/02/2013

L'emploi à tout prix, ça suffit !

L'actualité illustre une fois de plus ce dogme selon lequel la création ou le maintien des emplois prime sur toute autre chose.

Localement sur Gignac, c'est l'entreprise Contralco qui se sépare de 150 employés (intérimaires ou en contrat à durée déterminée) suite à l'annonce du Ministre de l'Intérieur de ne pas imposer la présence des éthylotests dans les véhicules. Contralco avait recruté ces 150 employés au cours des 12 derniers mois parce que le gouvernement précédent justifiait une diminution des accidents de la route liés à l'alcoolémie des conducteurs par la présence de ces éthylotests. Certains avaient critiqué à l'époque le travail de lobbying de Contralco, mais en réalité cette mesure était plus commerciale que sécuritaire.

Mais c'est la réaction du député Patrick Vignal qui est surprenante (cf. Midi Libre). Et le parlementaire Héraultais d'affirmer : "Le message du président de la République François Hollande, c'est 1 l'emploi, 2 l'emploi, 3 l'emploi. Manuel Valls aurait dû s'interroger sur les conséquences de sa décision. On ne peut pas prendre des décisions qui vont à l'encontre de cette priorité". Cela justifie-t-il d'imposer à 40 millions d'automobilistes et de routiers la possession de deux éthylotests, d'imposer aux forces de l'ordre de verbaliser les contrevenants et de créer ainsi une mesure de prévention routière exclusivement destinée à faire travailler quelques entreprises de ce secteur ?

Et Monsieur Vignal ne doit pas être loin de justifier l'exploitation des gaz de schiste pour dynamiser l'activité économique de l'Hérault. Et pourquoi pas une centrale nucléaire, une raffinerie, ... ?

A Amiens, le Groupe Goodyear (qui contient aussi Dunlop) vient d'annoncer la fermeture de son site où la CGT refuse depuis des années d'accepter des clauses sociales de compétitivité. A côté, l'usine Dunlop a accepté en 2007 de passer aux 4x8. Cela consiste à faire tourner 4 équipes selon le rythme suivant : 2 jours du matin, 2 jours de l'après-midi, 2 jours de nuit et 2 jours de repos avant de recommencer. Ce cycle tourne toute l’année, week-end et jours fériés inclus. L’équivalent hebdomadaire de ce cycle est de 42 heures par semaine pour des postes de 8h, et de 44,6 heures pour des postes de 8h30.

En contrepartie, l'usine Dunlop bénéficie d'un plan d'investissement de 50 millions d'euros pour moderniser le site et donc gagner des parts de marché sur les pneus de tourisme. Du côté de Goodyear, la position de la CGT à Amiens-Nord s'est enfermée au fil des années dans une opposition ferme vis-à-vis de la direction du groupe, conduisant à la fermeture du site et laissant près de 2000 salariés sur le carreau.

Mais quand on regarde ce cycle des 4x8, on se rend compte immédiatement qu'il entraîne un mode de vie complètement asocial. Plus de notion de journée ou de week-end qui rythme pourtant la vie de notre société, juste des "ouvriers-machines" qui sont employés aux horaires qui conviennent à la compétitivité du groupe Goodyear.

On rétorquera que le groupe Goodyear est en grande difficulté, qu'il ne verse plus de dividende à ses actionnaires depuis des années, et c'est donc aux salariés de faire des efforts pour maintenir leur emploi. Ca me rappelle le livre de Zola, "Germinal" ... L'état de notre société regresse au point de revenir à ce qu'il était à la fin du 19ème siècle.

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Avec Contralco et Goodyear, chacun à son échelle, voilà deux exemples du dogme de l'emploi à tout prix. Les patrons ne sont pas en cause, leur fonction étant naturellement de faire du profit, mais ce sont les politiques qui ne sont pas au rendez-vous. Ils doivent arrêter de nourrir de faux espoirs dans des secteurs en déclin, et le secteur de l'automobile en Europe n'aura plus jamais l'activité qu'il avait dans la seconde partie du 20ème siècle quand l'acquisition d'une première voiture par foyer était la règle.

Il faut donc anticiper les secteurs de demain, ceux que la recherche scientifique a déjà révélés et pour lesquels il faut intensifier la formation. Mais dans des secteurs de l'énergie, de la médecine, de l'éco-construction, des nano-technologies, de l'informatique, de l'eau, ... les emplois nécessitent de la qualification. La formation est donc une condition nécessaire pour créer de l'emploi, et il faut tout faire pour ne pas laisser des demandeurs d'emploi sans qualification. C'est ce modèle social des Etats du Nord de l'Europe, qui privilégie la formation tout au long de la vie, dont nous devons nous inspirer.

Le RSA et toutes les mesures qui s'identifient à une politique de l'assistanat ne devraient jamais durer. C'est comme les Restos du Coeur que Coluche ne pensait certainement pas voir perdurer, mais qui aujourd'hui s'étendent au logement et à l'insertion par l'emploi. Plus notre société maintiendra de personnes dans la non-qualification et plus nous connaîtrons des tensions sociales, voire des violences.

L'orientation prise par le gouvernement de François Hollande en faveur de l'éducation, avec le recrutement de 60.000 enseignants en 5 ans, va dans la bonne direction. Mais la formation initiale, très généraliste, n'y suffira pas. L'adéquation entre les besoins économiques à anticiper et les qualifications de la population active devrait être la priorité du gouvernement. Or, qui connaît Monsieur Thierry Repentin, actuel ministre délégué à la formation professionnelle et à l'apprentissage ? Il n'a par ailleurs aucune compétence particulière dans ce domaine (cf. biographie), son parcours politique étant plutôt ciblé sur le logement. Mais la très médiathique Nadine Morano qui occupait ce ministère jusqu'à l'an dernier a-t-elle fait quelque chose ?

Je reste donc sur mes dinosaures modernes qui s'éteignent les uns après les autres, laissant des salariés anéantis, et avec des femmes et des hommes politiques qui ne pensent qu'à leur prochaine élection ...