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20/01/2015

La grande distribution au régime ... elle aussi !

C'est la Lettre M du 13 janvier qui apporte ces deux informations complémentaires (cliquer sur l'image pour l'agrandir dans une autre fenêtre) :

Systeme_U.png

Mouton.png

Voilà de bonnes nouvelles pour les citoyens, car enfin ces enseignes comprennent que leurs magasins doivent s'intégrer dans la ville. Il est fini ce temps où les consommateurs allaient toute une demi-journée dans un parc commercial pour faire plusieurs magasins en famille (bricolage, jardin, vêtements, chaussures, alimentaire, ...). Une des principales causes de cette désaffection pour les zones commerciales, c'est la vente en ligne. Les soldes de cet hiver en témoignent, il y a un choix bien plus large sur la toile, les visites virtuelles ne nécessitent pas de prendre la voiture, tous les membres de la famille prennent le temps chacun de naviguer sur les sites correspondants à ses besoins, et on se fait livrer à domicile.

Pour survivre, la grande distribution a donc besoin d'être dans la proximité, de proposer une offre dans les quartiers et dans les villages. Et c'est intéressant pour l'urbanisation des communes, car ces implantations commerciales peuvent faire renaître des services complémentaires de proximité. C'est par contre dommage quand l'ambition devient de l'aveuglement :=(

Les collectivités locales ont à faire des choix cruciaux, soit continuer à financer des zones commerciales à 4 ou 5 km des centres villes, soit aider les communes à intégrer des espaces de commerces et de services au cœur des villes et des villages. Et si les galeries marchandes s'éloignent du coeur des villes, alors les usagers demanderont aux collectivités de mettre en place une desserte en transports collectifs ; c'est déjà le cas à Clermont l'Hérault avec le Transport à la demande (TAD) qui évoluera en 2015 vers un circuit de desserte pour couvrir le centre-ville et les Tanes Basses (cf. Midi Libre). Et puis il faudra des arrêts de bus, et un distributeur de billets, etc. En terme d'investissement, ce n'est pas neutre. La plate-forme de Système U à la Salamane rapportera 400 k€ de recettes fiscales à la Communauté de communes cette année, et c'est donc une recette qui vient compenser l'endettement [provisoire] lié aux difficultés de commercialisation des lots. Et si demain Système U décidait d'arrêter son activité à Clermont l'Hérault (comme à Miramas il y a 3 ans pour justement venir à Clermont l'Hérault) ? Car pour ces grands groupes, une plate-forme logistique n'est qu'un maillon dans une chaîne de distribution, et un maillon ça se change.

Alimentons d'abord des petits ruisseaux pour espérer voir couler de grande rivières ;-)

20/09/2014

Avec le Non en Ecosse, c'est le conformisme qui l'emporte en Europe !

Dès l'annonce du résultat du référendum écossais, l'Europe a avoué son soulagement. Que ce soit par la voix de l'actuel Président de la Commission José Manuel Barroso qui dans un communiqué "salue la décision du peuple écossais de maintenir l'unité du Royaume-Uni. Ce résultat est bon pour l'Europe unie, ouverte et plus forte que soutient la Commission européenne", ou par celle du Président du Parlement européen Martin Schulz : "J'avoue, le résultat me soulage, a-t-il concédé. Je suis content du résultat [...]", l'Europe est passée pas loin d'une petite révolution démocratique.

Car, pour les partisans du Oui, c'était un immense espoir pour l’Écosse au sein de l'Europe. Pour une fois que l'Europe faisait rêver des européens ... Et les catalans comme les corses pouvaient rêver d'indépendance, non pas dans une approche nationaliste, mais en l'inscrivant dans le processus de construction de l'Union Européenne. Nous sommes déjà 28, alors pourquoi pas 29, 30, etc ?

L'hémicycle du Parlement européen pourrait se faire au kilt (ici porté par David Coburn d'Ukip), selon le président catalan.
David Coburn d'Ukip dans l'hémicycle du Parlement européen (Photo Frédéric Florin. AFP)

Mais si le Oui l'avait emporté, de multiples questions seraient venues sur la table, car le cadre européen justement ne prévoit rien. L’Écosse indépendante aurait-elle été membre de droit de l'Union Européenne ou aurait-elle du suivre le long processus d'adhésion ? Les statuts de l'UE ne prévoient rien en la matière. Idem pour la monnaie ; l’Écosse aurait-elle pu adopter l'Euro ? Et qu'allait donc devenir le Royaume-Uni ? Son démantèlement allait-il produire une onde de choc sur l'économie européenne déjà bien fiévreuse ?

Les institutions européennes et les marchés financiers n'étaient pas du tout favorable à cette émancipation nationale, trop de questions en suspend, trop d'incertitudes qui ne peuvent qu'inquiéter les grands de ce monde.

Et au final, c'est encore le conformisme qui l'emporte. On ne change rien, l'Europe demeure un grand marché économique où le commerce réunit distributeurs et consommateurs pour le meilleur du capitalisme mondialisé. Oublions donc les aspirations indépendantistes, les identités culturelles régionales ou encore la relocalisation de certaines activités humaines, les européens doivent se mettre à l'heure de l'iPhone 6, du numérique et de la prochaine coupe d'Europe de football.

Nous aurons demain l'accord de libre-échange avec le Canada (conclusions formelles rendues publiques au sommet UE-Canada à Ottawa le 26 septembre et vote par le Parlement à la mi-mai), puis celui avec les USA (cf. TTIP ou TAFTA) qui sanctuariseront le commerce mondial des biens et des services, le culte qui s'impose à l'ensemble de notre planète.

Le rêve européen ne s'est-il pas brisé en 2005 ? Ou plutôt après 2005 quand l'expression souveraine du peuple a été balayée d'un revers de main ... Le scénario du développement européen était déjà écrit, telle une bible secrète, et il doit se dérouler tranquillement. Comme la grenouille plongée dans une eau que l'on chauffe tout doucement ...

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09/05/2014

La liberté totale de commercer, jusqu'où ? Et dans quelle Europe ?

Les députés européens écologistes José Bové et Yannick Jadot ont diffusé le 6 mai dernier un communiqué de presse sur l'accord de libre-échange en cours de finalisation entre la commission européenne et le gouvernement canadien :

 

« Depuis six mois que le Premier Ministre Harper et le Président de la Commission Barroso annoncent la fin des négociations, on va peut-être bientôt savoir quel en est le contenu!

Mais nous savons malheureusement que l'opacité entretenue jusqu'ici n'annonce rien de très positif et que cet accord se veut un "brouillon" du traité transatlantique. Il semble que sur les marchés publics, la santé, les services publics, l’interdiction de l’importation de sables bitumineux ou encore l’agriculture, l’accord privilégie les intérêts des grands groupes à celui des citoyens.

De même, le droit des investisseurs est scandaleusement renforcé: ainsi, tout investisseur mécontent d’une nouvelle législation, locale, régionale, nationale ou européenne pourra-t-il attaquer devant un tribunal arbitral pour demander des compensations financières pour les bénéfices non réalisés.

Les députés Europe Écologie se sont battus contre cet accord de libre-échange avec le Canada, comme ils le font contre celui avec les États-Unis. Nous défendons des règles commerciales qui protègent la santé, l'environnement, les droits sociaux et les libertés, favorisent les PME au lieu de les conditionner aux intérêts privés. 

Dans quelques mois, le texte final de l’accord sera disponible et nous n’hésiterons pas à en informer les citoyens pour préparer avec eux la riposte.  Comme pour ACTA, le Parlement européen pourra le rejeter. Si ses nouveaux élus le décident! »

 

C'est en octobre 2013 que la commission européenne donnait les premiers contenus de cet accord de libre-échange entre l'Union Européenne et le Canada (cf. communiqué de presse). Car en dehors de quelques élites, comme ici sur la photographie le président de la commission José Manuel Barroso et le Premier ministre canadien Stephen Harper, ces accods se discutent dans le plus grand des secrets, dans une opacité qui annihile tout contrôle démocratique des engagements à venir.

Barroso_Harper_Accord_UE_Canada.JPG

Le commerce est un sujet qui suscite les réflexions politiques et philosophiques depuis des siècles, et Jean-Jacques Rousseau y a consacré de nombreux chapitres de son traité "De l'esprit des lois" au milieu du 18ème siècle ; encore aujourd'hui ils font référence !

L'une des premières vertus du commerce est d'apporter la paix, Jean-Jacques Rousseau l'explique fort bien et la construction européenne en est un formidable exemple. Mais le commerce qui bénéficie aux Etats ne profite pas toujours à leurs citoyens :

 

« Mais, si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particuliers. Nous voyons que, dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales : les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font, ou s’y donnent pour de l’argent.

L’esprit de commerce produit, dans les hommes, un certain sentiment de justice exacte, opposé d’un côté au brigandage, et de l’autre à ces vertus morales qui font qu’on ne discute pas toujours ses intérêts avec rigidité et qu’on peut les négliger pour ceux des autres. »

L'esprit des lois - Livre XX - Chapitre II - De l'esprit du commerce

 

Jean-Jacques Rousseau étend son propos aux monopoles d'Etat, aux droits de douane, aux conflits d'intérêts, au crédit bancaire, à la balance commerciale import/export et sur autant de sujets qui les rendent d'une actualité remarquable. Analyser les accords de libre-échange en cours de négociation avec le Canada comme avec les Etats-Unis à l'aune de l'Esprit des lois est un exercice enrichissant ; les pratiques n'ont pas changé depuis l'antiquité, mais le monde a changé ; il y a quelques siècles, un monarque pouvait imposer ses lois aux commerçants du monde entier, aujourd'hui ce sont des multinationales apatrides qui dictent leurs exigences à des Etats soumis.

OMC_Libre_Echange.jpg

Mais plus fondamentale est la question de nos libertés, et en l'occurrence ici de notre liberté démocratique de fixer des normes et des règles garantes de l'intérêt général. Car si le commerce au sein d'un même Etat profite souvent aux citoyens de cet Etat, et c'est l'objectif visé par le commerce en circuits courts ou par l'économie circulaire, le commerce international bénéficie à quelques firmes dont la croissance est consubstantielle à leur vie. 

 

« La liberté du commerce n’est pas une faculté accordée aux négociants de faire ce qu’ils veulent ; ce serait bien plutôt sa servitude. Ce qui gêne le commerçant ne gêne pas pour cela le commerce. C’est dans les pays de la liberté que le négociant trouve des contradictions sans nombre ; et il n’est jamais moins croisé par les lois, que dans les pays de la servitude.

L’Angleterre défend de faire sortir ses laines ; elle veut que le charbon soit transporté par mer dans la capitale ; elle ne permet point la sortie de ses chevaux, s’ils ne sont coupés ; les vaisseaux de ses colonies qui commercent en Europe doivent mouiller en Angleterre. Elle gêne le négociant ; mais c’est en faveur du commerce. »

L'esprit des lois - Livre XX - Chapitre XII - De la liberté du commerce

 

Dans ces accords de libre-échange, les firmes internationales voudront s'affranchir de toutes les contraintes locales pour étendre leur marché. Et le dogme de la croissance économique qui omnubile nos dirigeants les fait signer aveuglément des accords qui nous asserviront. Pour quelques points de PIB et pour quelques milliers d'emplois précaires, et donc pour des indicateurs que les gouvernants pourront épingler à leur boutonnière, notre qualité de vie et notre liberté sont abandonnés pour des discours officiels stériles.

Le 25 mai, à l'occasion de l'élection de nos députés au Parlement européen, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Je veux dire par-là que ce n'est pas l'Europe qu'il faut vilipender, mais l'usage que nous en faisons. Je suis partisan d'une Europe institutionnellement plus forte, pour qu'elle pèse dans les débats internationaux avec les USA, avec la Chine ou encore avec la Russie, et nous voyons dans la crise ukrainienne comme l'Europe est ridiculisée. Mais les peuples européens doivent pouvoir imposer leurs valeurs au travers de projets politiques respectueux de leur culture et de notre histoire commune. Le 25 mai, il faut dire Oui à l'Europe, mais Oui à une autre Europe, et en tous cas pas à celle des nationalistes, des populistes, des conservateurs ou des sociaux-libéraux qui n'ont en réalité aucune ambition pour l'Europe.