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03/07/2015

Le Coeur d'Hérault face à sa COP21 ...

Démarré depuis deux ans, le Pays Coeur d'Hérault réunissait ce vendredi sa Commission « Aménagement durable du territoire-Agenda 21 » pour travailler sur son programme d'action du Plan Climat Énergie Territoire (PCET). Si seules les collectivités de plus de 50.000 habitants sont obligées de mettre en œuvre un PCET, le Pays Cœur d'Hérault (qui n'est pas une collectivité territoriale de plein exercice) avait quand même souhaité s'y engager volontairement à l'époque.

N'étant pas une collectivité et n'exerçant pas de compétence propre, on peut se demander en quoi le Pays Cœur d'Hérault à la capacité de s'engager sur des objectifs nationaux (réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre de 20% par rapport à 1990, améliorer de 20% l'efficacité énergétique et porter à 20% la part des énergies renouvelables). La Région Languedoc-Roussillon a son propre programme qui vise lui à réduire nos consommations d'énergie de 9% par rapport au scénario  tendanciel à l'horizon 2020 et de 44% à l'horizon 2050 ; la Région s'est aussi engagée à assurer une production d'énergies renouvelables représentant 29% de la consommation énergétique finale à l'horizon 2020 et de 71% à l'horizon 2050.

Mais le Cœur d'Hérault qui travaille actuellement à son Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) a obtenu une aide de l'ADEME pour passer au « SCoT Facteur 4 » ; ce SCoT qui devrait être validé en 2017 imposera aux documents d'urbanisme des communes du Cœur d'Hérault de contribuer à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, et par rapport à ce qu'elles étaient en 1990. Cela ferait ainsi passer le Cœur d'Hérault de 6,5 tonnes de CO2 par habitant en 1990 à un peu moins de 2 tonnes de CO2 par habitant à l'horizon 2050.

GES_2050.jpg

Ce volontarisme affiché par la commission réunie aujourd'hui est louable, mais comment peut-il susciter l'adhésion des citoyens et de leurs représentants ? Voilà pourquoi j'ai intitulé cette note par « Le Cœur d'Hérault face à sa COP21 ... , parce que le monde tout entier est confronté au même dilemme. Et ce dilemme est que les peuples ont aujourd'hui des attentes, voire des exigences vitales plus prioritaires que de diviser par 4 d'ici 2050 nos émissions de gaz à effet de serre.

Il y a une donnée factuelle qui nous est présentée dès qu'on aborde cette question, c'est la très étroite relation entre l'activité économique, la consommation d'énergie et l'émission de gaz à effet de serre.

Un_millénaire_de_croissance_mondiale.png      ges_evol.png

C'est au début du 19ème siècle, et après deux millénaires d'une vie mondiale stable, que la population, que l'activité économique et que les émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique ont connu une croissance exponentielle. Le lien entre ces indicateurs saute aux yeux.

Un autre exemple est significatif, c'est celui de la Grèce ces dernières années. Avec les fameuses politiques d'austérité imposées par ses créanciers, l'activité économique de la Grèce s'est contractée de 22% entre 2008 et 2013. Or, dans la même période, ses émissions de CO2 sont passées de 8,66 tonnes par habitant à 6,84 tonnes, soit une baisse de 21%.

Or, le Pays Cœur d'Hérault se caractérise par un taux de chômage très important, entre 15 et 20% de sa population active, et l'INSEE a publié récemment une carte interactive des taux de pauvreté qui fournit des données très préoccupantes pour le Cœur d'Hérault : 41,2% de la population de Lodève vit sous le seuil de pauvreté, c'est à dire avec moins de 60% du revenu médian national ; c'est entre 30% et 35% sur le Clermontais et c'est entre 22% et 25% sur le Gignacois. Il est donc évident que le Cœur d'Hérault doit augmenter son activité économique pour pourvoir plus d'emplois et plus de richesses pour ses habitants.

Il n'est ainsi pas possible d'aborder un PCET de façon angélique ; c'est le développement économique tant attendu par les habitants qui tend à consommer plus d'énergies et à émettre plus de gaz à effet de serre, et le PCET doit être perçu comme un prisme au travers duquel ce développement économique doit être le plus vertueux possible sur le plan environnemental. Mais nous focaliser sur un PCET à notre échelle avec un programme d'action sur 6 axes et avec 41 actions, est-ce bien le plus important ? Et si avant cela nous étions un peu plus prosélytes sur les programmes d'action de la France et de notre Région ? Nous pourrions mieux sensibiliser le public et mieux associer les citoyens si par exemple nous communiquions sur les actions pour lesquelles les prescriptions de la Région peuvent concerner le Cœur d'Hérault

La température augmente d'année en année, c'est un fait. Et cette évolution du climat va radicalement changer nos modes de vie et nos activités économiques, ne serait-ce que pour l'accès à l'eau ou pour l'agriculture locale.

temperature_montarnaud_le_caylar.jpg

Et si ces observations nous imposent de ne pas demeurer immobiles, les actions à entreprendre doivent s'organiser à la plus large échelle possible de façon à équilibrer les atouts et les faiblesses de chaque territoire, et avec une stratégie économique locale adaptée. Deux facteurs sont aussi à améliorer, c'est d'une part l'implication des élus locaux (trop peu nombreux par exemple lors de la réunion de la commission aujourd'hui), et d'autre part la communication vers le grand public.

03/05/2013

Les écologistes divisés sur la croissance

La majorité des partis politiques vouent à la croissance un culte effréné, seule la croissance peut créer de la richesse et dans cette idéologie l'accumulation de biens est synonyme de progrès social. Et la croissance dont je parle ici est celle du fameux PIB. Je l'ai déjà détaillé dans de précédentes notes, le PIB (produit intérieur brut) donne la photographie sur un mois, sur un trimestre ou sur une année des productions de biens et de services commercialisées par un pays. Donc, plus un pays vend de biens matériels et de services et plus il s'enrichit et plus sa population gagne en pouvoir d'achat.

Mais je l'ai déjà expliqué, tout cela est très théorique. Ainsi, quand la croissance du PIB provient d'une amélioration de la productivité, alors cet enrichissement profite seulement à ceux qui sont dans le système, des employés aux patrons (et je n'oublie pas la question de la répartition). Les chômeurs et autres laissés pour compte continuent de s'appauvrir.

A noter d'ailleurs que les USA sont en train de changer le calcul du PIB afin d'y intégrer leurs investissements immatériels. Ainsi, les brevets issus de la recherche ou les films d'Hollywood vont pouvoir intégrer le calcul du PIB parce qu'ils constituent de la valeur ajoutée ... à venir ;-) Ca permet surtout de faire baisser arithmétiquement la dette d'un pays :=(

Mais revenons à la croissance. D'abord, ce qui unit tous les écologistes, c'est le constat que nous vivons sur une planète aux ressources finies et qu'il faut cesser d'en dépendre. Pire, la croissance économique du PIB coïncide avec l'augmentation des émissions de CO2 qui produisent le réchauffement climatique. Et même si tous les pays n'ont pas la même corrélation PIB/CO2 (cf. statistiques), chacun y prend sa part à l'échelle mondiale.

planete-temperature-moyenne-1.jpg

Ainsi, faire de la croissance du PIB une exigence pour le développement d'une économie signifie que l'on accepte sciemment que des pays voient leur littoral submergé, que des populations se déplacent massivement pour fuir les conséquences du changement climatique (ça vaut autant pour un village de pêcheurs sur une île de l'océan indien que pour un village d'agriculteurs au pied des Alpes que la fonte des glaciers condamne à des pénuries d'eau).

CO2_footprint.jpg

Or, ce qui divise les écologistes est de savoir si nous avons encore un peu de marge pour une croissance vertueuse, en gros une croissance économique qui réduirait graduellement sa dépendance vis à vis des ressources de la planète, ou s'il est déjà trop tard et que la décroissance que nous subissons n'exigerait pas que nous nous engagions sans attendre vers un autre modèle économique. Pour les premiers, espérer que nous avons encore un peu de marge fait aussi écho à la difficulté de faire admettre au plus grand nombre que la sobriété doit s'imposer ; il faut le temps de la pédagogie. Pour les seconds, le nucléaire "énergie d'avenir" et les gaz de schiste sont des fuites en avant, une forme de suicide collectif.

Bien évidemment, l'urgence n'est pas la même à Montpellier qu'à Pekin :

Pekin_pollution.jpg

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Alors, nous pourrions nous satisfaire des contraintes environnementales que nous nous imposons et qui placent la France sur le podium des pays développés pour le décrochage entre croissance du PIB et émissions de CO2 (0,20 Kg de C02 par dollar de PIB contre 0,63 aux États-Unis et 2,68 en Chine). Sauf que le climat ne s'arrête pas à la frontière de notre hexagone, ni même les crises sociétales qui poussent des populations dans le radicalisme politique ou religieux.

D'autres diront que les peuples ont aujourd'hui d'autres préoccupations : du travail, de la nourriture, de l'eau, un logement, etc. Mais l'un n'empêche pas l'autre. Et il est même tout à fait opportun de créer des emplois locaux, de générer des circuits-courts alimentaires, de préserver la ressource en eau et de construire des maisons économes en énergie.

Personnellement, je suis favorable à ce que nous soyons plus exigeants au regard des ressources naturelles. Qu'importe que nous soyons proches du pic ou qu'il soit déjà dépassé, ça concernera de toutes façons nos enfants ou nos petits-enfants ; alors montrons leur l'exemple.