Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

04/06/2016

La COP21 est déjà loin ... mais n'a-t-elle jamais été un défi présidentiel ...

Pas un jour sans que Valls ou Hollande n'annonce un soutien financier à tel ou tel secteur ; une profession en détresse ou une météo capricieuse et l'obole ne vient réconforter toute complainte naissante. Eh oui, à moins d'un an de l'élection présidentielle, c'est la période où tous les électorats sont caressés dans le sens du poil. Le 2 juin devant le Congrès des maires, François Hollande y est allé de son exercice de câlinothérapie : « Alors, j'ai décidé de diminuer de moitié l'effort demandé aux communes et aux intercommunalités en 2017. La baisse prévue des dotations se fera [...]. Mais j'ai considéré, dans l'état actuel des finances publiques, que ce que je pouvais faire était ce que je pouvais honorer, ce que je pouvais financer, ce que je pouvais faire supporter, ...  ». Le bloc communal ne verra donc son effort de baisse des dotations limité qu'à 1 milliard d'euros au lieu des 2 milliards prévus initialement. Et je constate d'ailleurs dans cette intervention présidentielle, le « je » qui  décide de tout, tout seul depuis son grand Palais de l’Élysée ...

Hollande_AMF.jpg

Le gouvernement a les yeux rivés sur les indicateurs socio-économiques (croissance du PIB, pouvoir d'achat des ménages, taux de chômage, investissement des entreprises, commerce extérieur, ...) qui doivent tous passer au vert d'ici la fin de l'année. Et il s'est engagé auprès de Bruxelles à faire passer le déficit budgétaire sous la barre des 3% du PIB ; encore une promesse qui pèsera dans la popularité de François Hollande. Donc, le gouvernement ouvre les vannes pour relancer la consommation et les investissements !

Mais par rapport au projet de loi de finance 2016 que la représentation nationale a voté fin 2015, tous ces petits cadeaux financiers font dériver le budget de l’État de 4 milliards d'euros (sans compter la dernière annonce aux maires). Par exemple, et pour faire baisser le chômage, François Hollande a proposé en début d'année une prime à l'embauche de 500 € par trimestre (soit 4000 € sur 2 ans) et un plan massif de formation pour 500 000 demandeurs d'emploi ; le coût global de cette annonce est de deux milliards d'euros !

Et à ce titre, il est intéressant de lire le rapport de la commission des finances du 24 mai 2016 (cf. rapport), ainsi que le procès-verbal d'audition du ministre du budget le 18 mai 2016 (cf. rapport).

Le premier ministre a envoyé à ses ministres une lettre de cadrage pour leur fixer quelques objectifs d'économie. Ainsi, et en dehors de quelques ministères prioritaires (l’Éducation, la Défense et l’Intérieur), le décret d’avance présenté le 18 mai par le secrétaire d’État au budget, Christian Eckert, annule pour 1,1 milliard d’euros de crédits (une partie des engagements et des paiements autorisés par la loi de finances 2016), puis 1,9 milliard d’euros de mesures complémentaires devra être trouvé avant la fin de l’année afin de compenser ces dépenses nouvelles engagées. Pour 2017, l’effort des ministères devra encore être accru de 2 milliards d’euros ; ils vont ainsi devoir baisser de 2% leurs effectifs l’an prochain.

Ce qui ressort de ces décisions présidentielles et de ces ajustements ministériels, ce sont des "plus" et des "moins" ici et là. Ainsi, le décret de Christian Eckert gomme 17 millions d'euros initialement destinés au programme Patrimoines du ministère de la culture. Et en matière d'environnement, ce sont 136 millions d'euros qui passent à la trappe en 2016. En voici le détail : 23 millions d’euros consacrés à la recherche dans les domaines « de l’énergie, du développement et de la mobilité durables ». infrastructures et services de transport (72,1 millions d’euros), prévention des risques (10 millions d’euros), sécurité et affaires maritimes, pêche et aquaculture (7,7 millions d’euros), énergie, climat et après-mines (4,7 millions d’euros), météorologie (4,5 millions d’euros), paysages, eau et biodiversité (3,8 millions d’euros), informations géographiques et cartographiques (0,8 million d’euros) ; s'y ajoute 9,2 millions d’euros dans le programme conduite et pilotage des politiques de l’écologie, du développement et de la mobilité durable, c’est-à-dire la gestion des services du ministère.

De son côté, le secteur de la recherche devait subir 256 millions d'euros d'annulations de crédit, dont 134 millions d'euros concernaient les subventions allouées aux organismes de recherche. Mais les prix Nobel s'en sont alarmés dans une tribune dans le journal Le Monde, et cinq d'entre eux ont été reçus par François Hollande lui-même le 30 mai à l’Élysée ; ils ont été entendus et le Président a renoncé aux 134 millions de baisse de subvention pour la recherche, la ministre Vallaud-Belkacem y allant même de sa surenchère en renforçant les moyens de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Hollande_Nobel.JPG

Malheureusement pour la planète, la faune et la flore, la biodiversité naturelle et nos écosystèmes, il n'y a pas de Nobel ou de lobby suffisamment puissant pour infléchir la décision de réduire ainsi les moyens du ministère de l'environnement. François Hollande, très solennel devant tous les chefs d’État et de gouvernement réunis à Paris pour la COP21 s'était pourtant engagé à tout mettre en œuvre pour préserver notre planète, mais pas au prix de ses propres intérêts électoraux ...

cop-21-accord-historique-a-paris-pour-sauver-la-planete-d-un_662527_516x343.jpg

08/12/2012

Just Doha !

Le protocole de Kyoto est le traité international par lequel 168 pays se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et qui sont à l'origine du réchauffement climatique. Ce protocole prenait fin le 31 décembre 2012, et la conférence de Doha sur le climat devait permettre de lui donner une suite. Au bout de deux semaines de négociations, les pays participants sont arrivés à un accord de façace. La Russie, le Japon et le Canada s'en sont retirés ; ils rejoignent les Etats-Unis et d'autres pays qui refusent de se fixer des quotas d'émission de gaz à effet de serre. Et au final, les pays signataires de l'accord de cette 18ème conférence internationale sur le climat ne représentent que 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre !

Alors que signifie concrètement cet accord de Doha qui prolonge jusqu'en 2020 le protocole de Kyoto ? Déjà que le problème du réchauffement climatique n'est pas le souci prioritaire de nombreux pays du globe, et pas des moindres ...

L'autre problème non résolu à Doha est le soutien financier à apporter aux pays en développement et qui sont les premières victimes du réchauffement climatique. 100 milliards de dollars devaient être apportés chaque année aux pays du sud jusqu'en 2020. Les pays occidentaux (Union Européenne, Japon, Canada, Russie, ...) rechignent à abonder ce fond de solidarité ; la Chine, le Brésil, l'Afrique du Sud et l'Inde sont au contraire plus déterminés, mais le choix d'une solution collective a été reporté à 2013. Le représentant des Philippines n'aura pas réussi à convaincre tous les participants malgré l'émotion provoquée cette semaine par le passage du typhon Bopha qui a fait plus de 500 morts et des centaines de milliers de sans abri dans son pays.

Il ressort de cette conférence de Doha que les pays les plus riches vont continuer à émettre des gaz à effet de serre afin de conserver leur mode de vie d'enfants gâtés, mais qu'en plus ils se font prier pour aider les victimes de leur lâcheté.

La morale de cette histoire est très bien résumée par la célèbre réplique du film de Sergio Leone [Le bon, la brute et le truand] : "Tu vois, le monde se divise en deux : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses".