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04/03/2016

Formation, chômage et ... abracadabra !

Les sondages de l’Élysée sous la présidence de Sarkozy vont être du petit lait à côté de l'ultime tentative de Hollande d'y rester après 2017 ; c'est le coup de la formation professionnelle pour faire baisser le chômage. Le coût pour les finances de l’État ? Un milliard d'euros ! Le délai est très court puisque François Hollande n'a plus que quelques mois pour que la courbe du chômage s'infléchisse significativement, condition sine qua non qu'il s'est imposé pour être à nouveau candidat.

Pôle Emploi recense autour de 200 000 chômeurs chaque année en formation ; l'équation de Hollande nécessite que ce quota passe à 500 000. La conséquence est que tous les chômeurs ainsi ciblés et inscrits à Pôle Emploi en catégorie A passeront en catégorie D. Or, ce sont ces demandeurs d'emploi qui n'ont aucune activité professionnelle qui sont visés par le gouvernement pour satisfaire son baromètre de ses politiques économiques et de l'emploi.

Pour rappel, la catégorie A compte tous les demandeurs d'emploi qui n'ont aucune activité professionnelle, la catégorie B ceux qui exercent une activité réduite de moins de 78 heures par mois, la catégorie C est pour ceux qui dépassent ce seuil. Les demandeurs d'emploi qui ne sont pas immédiatement disponibles, et c'est donc le cas pour ceux qui sont inscrits à un cycle de formation professionnelle, appartiennent à la catégorie D ; celle-ci n'est jamais comptabilisée. Le transfert espéré par le scénario Élyséen est donc un effet de vases communicants entre catégories A et D.

Cat_A_B_C.jpg   Cat_D.jpg

Cet objectif est-il atteignable ? Comptablement, oui, et en y mettant les moyens. Mais ceux qui vont pouvoir se frotter les mains, ce sont tous les professionnels de la formation. Ce fameux milliard d'euros est avant tout une manne qu'ils vont se partager, et qu'ils vont dépenser frugalement. Une nouvelle discipline explose ainsi depuis deux ans, ce sont les MOOCs (pour massive open online course) ; il s'agit de formations ouvertes et dispensées en ligne sur Internet, et elles viennent souvent en complément d'un cursus traditionnel afin de réduire les coûts pour les organismes de formation.

Les Régions sont aussi concernées par cet objectif électoral hollandais, et surtout celles qui sont restées à gauche comme pour la Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Carole Delga reprise dans Midi Libre s'y engage elle aussi :  « Dans le cadre du plan 500 000, nous allons travailler avec Pôle emploi et répondre aux attentes des entreprises, pour passer de 61 500 formations de chômeurs à près de 90 000 ».

DelgaTAF.jpg

Mais là encore nous sommes dans le monde de l’esbroufe. Les instituts et organismes de formations retenus par la Région ne sont pas contactés un matin pour doubler leur capacité d'accueil, ils sont choisis sur appel d'offres. Aussi, l'engagement de Carole Delga nécessite-t-il que ses services formalisent les besoins et qu'ils publient des appels d'offres. Or, quand on voit l'état de la Région aujourd'hui, je doute que ces services-là soient en mesure de relever un tel défi. Ainsi, deux mois après son élection comme présidente de Région, le site Web de sa collectivité territoriale témoigne du chantier dans lequel pataugent ses services entre Toulouse et Montpellier. On trouve par exemple sur la plateforme des marchés publics de la Région un appel d'offres pour une "prestation d'accompagnement des cadres dirigeants à une démarche de progrès et de changement" ; la lecture du cahier des charges est désarmante (télécharger le CCTP), car les présidents socialistes des deux anciennes Régions n'avaient absolument rien anticipé pour que la fusion soit opérationnelle rapidement et le plus efficacement possible.

Alors un administré qui veut consulter les délibérations de la Région, qui veut s'informer sur le contrat de plan État-Région(s) ou sur les aides européennes peut prendre son mal en patience. Et un(e) étudiant(e) qui doit produire un travail basé sur les chiffres et sur les documents de la Région peut choisir un autre sujet d'étude. Et même pour alimenter les notes de mon blog, je dois m'appuyer sur des archives constituées jusqu'aux dernières régionales ... L'économie numérique aurait-elle oublié de passer par la Région ?

C'est désolant, voire il n'y a pas de qualificatif adéquat pour caractériser l'incurie de ces élites politique, Delga comme Hollande, qui ne font que du marketing politique pour conserver leur siège. Ils ne produisent rien d'autres que des discours, des promesses et des bonnes intentions, mais les faits viennent constamment nous rappeler à de plus dures réalités.

Et c'est frustrant de constater que nous ne manquons pas de gens intelligents qui ont des idées et des projets pour redonner à notre pays des axes de développement fertiles, mais que les décisions sont prises par des politiciens égocentriques :=(

26/02/2014

La courbe asymptotique du chômage en France

Les chiffres du chômage publiés aujourd'hui par la DARES (direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques) témoignent de la persistance d'un nombre record de demandeurs d'emplois. Depuis l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, ce sont 400 000 demandeurs d'emploi de catégorie A supplémentaires qui sont à dénombrer. Ainsi, même le pacte de responsabilité proclamé comme le Graal de la politique économique du Gouvernement ne permettrait pas de revenir à la situation de mai 2012 ! En effet, des simulations demandées par le Gouvernement et réalisées par la Direction générale du Trésor, l'Insee et l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) montrent que l'allègement de 10 milliards d'euros des charges des entreprises permettrait de créer entre 220 000 et 300 000 emplois sur 5 ans.

La courbe ci-dessous est cruelle :

Chomage_janvier_2014.JPG

Et si on observe sa tendance, elle est asymptotique (cf. courbe en rouge) ; cela signifie que dans le système actuel le chômage va continuer à croître. Il va croître de plus en plus doucement, mais il va croître encore. C'est ça que le Gouvernement Ayrault-Sapin-Moscovici a expliqué en fin d'année 2013 par la "baisse de la hausse" ...

Une seule solution, il faut changer le système. Alors ça peut se traduire par une inversion de la démographie qui engendrerait automatiquement une décroissance d'arrivée de nouveaux actifs. Mais ça peut aussi se traduire par un meilleur partage du travail, avec par exemple la semaine des 4 jours. En tous cas, ce n'est pas en faisant des cadeaux aux entreprises ou en faisant de tous les acquis sociaux des privilèges qui handicapent le développement économique de notre pays que le chômage baissera.

De plus en plus de pays dans le monde qui évoluent dans le même système économique libéral, dérégulé et vassalisé aux oligarchies financières, mais qui ne partent pas avec le même niveau de richesse que la France s'enlisent dans le chaos. L'actualité en Ukraine en témoigne ; une insurrection populaire met fin à une pseudo-démocratie, mais ce pays est en situation de cessation de paiement. Les printemps arabes ont abattu des dictatures pour que le peuple puisse reprendre en main son destin, mais les populations constatent que la mondialisation économique ne leur fait aucun cadeau.

Continuons de manger notre pain blanc, en tous cas pour ceux qui en ont encore les moyens, mais l'issue en sera d'autant plus brutale que l'espoir d'une croissance économique salvatrice s'envolera ...

29/08/2012

A croissance nulle, il faut choisir le seuil des recettes publiques !

De 1950 à 1975, la croissance annuelle du PIB tournait autour de 5%. De 1975 à 2000, cette croissance annuelle du PIB était autour de 2,5%. Mais depuis douze ans, l'économie française peine à maintenir un point de croissance annuelle.

La première conséquence quasi arithmétique de cette décroissance subie, c'est que l'économie ne permet plus de créer de l'emploi. On pourrait d'ailleurs dire que la France pâtit d'une démographie trop dynamique (chaque année des milliers d'actifs entrent sur le marché du travail). L'INSEE a déjà évalué que d'ici 2060, il y aura près de 3 millions d'actifs en plus qu'aujourd'hui. En même temps, la qualité du système social permet aux français de vivre plus longtemps, mais pas toujours en bonne santé, et cela pèse dans les dépenses publiques.

L'entêtement des gouvernements successifs à aller chercher de la croissance pour créer de l'activité et ainsi pourvoir des emplois est vain. Il y a désormais 5 millions de français qui recherchent un emploi (il ne faut pas s'arrêter aux seuls inscrits en catégorie A qui sont quand même près de 3 millions). Le partage du temps de travail me semble vraiment être la seule issue envisageable ; chez Volkswagen, ils sont déjà aux 32 heures par semaine.

L'autre conséquence majeure de ce défaut de croissance, c'est la part des prélèvements publics. Le graphique ci-dessous montre que la croissance du PIB entre 1980 et 2009 a permis d'augmenter de facto les ressources publiques ainsi que la richesse privée. Et en passant son taux de prélèvement de 45% à 50%, l'Etat, les structures de sécurité sociale et les collectivités locales ont vu leurs ressources augmenter significativement. Et on en vient même à regretter que cette période n'ait pas été mise à profit pour réduire le déficit public ...

Progression_ressources_publiques.jpg

Mais qu'est-ce que cela signifie que la sphère publique prélève 50% de la richesse nationale ? Déjà que l'autre moitié reste dans la poche des particuliers et des entreprises pour leurs dépenses courantes et pour leurs investissements. Quant à la part qui va dans les caisses publiques, elle paye les services publics, les hôpitaux, les routes, les écoles, etc. Heureusement, avec presque 2.000 milliards d'euros de richesse nationale produite en 2012, la France n'en est pas encore à arbitrer s'il faut se nourrir ou s'il faut construire des écoles ... Mais n'oublions pas que bien des pays à travers le monde sont face à ce dilemme !

Aussi, et en admettant que notre richesse nationale annuelle stagne à 2.000 milliards d'euros, il va falloir se poser sérieusement la question de la destination de cette richesse. Du côté de la part publique, il faut aussi ajouter le remboursement de la dette publique (1 489 milliards d'euros en 2009) ... Et c'est donc un véritable débat de société de savoir si le prélèvement public sur le PIB annuel doit être de 50% (et alors il faut réduire fortement la dépense publique) ou de 56% (en ne se trompant pas sur les cibles fiscales). Car pour la part privé, il n'est plus besoin de répéter combien les revenus du capital ont progressé plus vite que les revenus du travail !

Il faut regretter que le débat politique soit aussi faussement technique et donc qu'il n'intéresse pas la majorité des français. Posons-nous des questions simples basées sur des données claires et précises. La gauche a su par le passé informer, expliquer, démontrer et ainsi mobiliser autour de réformes structurelles fortes (la CSG de Michel Rocard, les 35h de Martine Aubry, ...), alors pourquoi s'enfermer aujourd'hui dans des exposés d'énarques ? Et quand le message aura été clairement transmis, alors les français sauront décider ce qui est salutaire pour le pays et pour les générations futures.