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07/01/2017

Le germe de l'écologie est dans la recomposition politique en cours à gauche

La plupart des candidats à l'élection présidentielle fondent leur projet politique sur la relance des activités économiques, pour donner de l'emploi, pour que les entreprises aient des marges pour investir, pour financer les budgets publics, etc. Mais dans tous les cas, l'environnement est perçu comme un simple paramètre, et cela ne doit surtout pas handicaper le monde des affaires. Outre-Atlantique, Donald Trump donne le ton : il faut d'abord faire beaucoup d'argent, et puis l'intelligence humaine saura nous adapter comme elle a toujours su le faire. Marine Le Pen a elle aussi un préalable économique, mais en proposant de revenir à la situation d'il y a 20 ans ; la nostalgie est un très efficace moteur émotionnel, mais progresser est dans l'essence de l'homme.

Deux candidats sont souvent qualifiés d'écolo-compatibles. Je choisis de commencer par Benoît Hamon, car c'est vrai qu'il tient des propos comme je les entends au sein des Verts (et d'EELV) depuis toujours. L'interview qu'il donne aujourd'hui dans Midi Libre est à ce titre très révélatrice (cf. article Midi Libre). Mais alors en quoi se distingue-t-il du candidat écolo Yannick Jadot ?

Si sur les finalités ils convergent largement, ils partent de points de vue différents. Benoît Hamon a une approche sociale, insistant sur les inégalités et sur la raréfaction du travail. Il y intègre la dimension écologique parce qu'il analyse très bien que ce sont les plus démunis qui doivent prendre leur vielle voiture pour aller travailler, qui privilégient la grande distribution pour leurs achats alimentaires et qui vivent dans les endroits les plus exposés d'un point de vue sanitaire. Travailler ne suffit pas, il faut aussi bien vivre. Yannick Jadot part des indicateurs environnementaux : pollutions aux particules fines, consommation de viande carnée, artificialisation des sols, dérèglements climatiques, consommations d'énergies, etc. Et ce sont ceux qui ont le moins de ressources qui en sont la cause, en même temps que les victimes.

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Mais cette convergence de deux approches politiques symétriques figurait déjà dans l'accord programmatique signé par Martine Aubry et Cécile Duflot le 15 novembre 2011 ; un pacte de gouvernance pour la mandature 2012-2017 (cf. pacte en version PDF). Sauf que François Hollande s'est assis dessus dès son élection :=(

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Martine Aubry n'a pas encore apporté de soutien formel à Benoît Hamon pour la primaire socialiste, mais elle ne tarit pas d'éloges à son intention. Cela illustre que des passerelles ont existé, et qu'elles sont certainement à reconstruire. Mais il faudra attendre l'issue de cette séquence électorale pour poser les fondations d'une nouvelle offre politique.

Le second candidat à l'élection présidentielle qui est à mon avis le plus écolo-compatible, c'est Jean-Luc Mélenchon. La polémique entre lui avec Cécile Duflot en mai 2015 sur son livre « Le Hareng de Bismark », illustre la divergence méthodologique, et il est utile de relire leurs propos de l'époque (« L'Allemagne n'est pas notre ennemie », de Cécile Duflot dans Libération le 19 mai, et la réponse de Jean-Luc Mélenchon le 27 mai dans l'Humanité : « Chère Cécile la convergence se fera »). Et cette divergence, elle se fonde à mon avis sur leurs démarches politiques. Quand Cécile Duflot s'exprime ainsi, elle retranscrit une pensée qui est celle de son parti. Cette pensée-là est portée par les militants d'EELV et elle fait l'objet de travaux, de débats et de motions au sein des instances. Alors je ne cible pas spécifiquement son propos sur le livre de Jean-Luc Mélenchon, mais sur le contexte politique dans lequel elle l'écrit. De son côté, Jean-Luc Mélenchon est porteur de son propre message, ce message fédérant des sympathisants au sein aujourd'hui de la France Insoumise. Et c'est à mon sens ce qui distingue actuellement les formations politiques traditionnelles des mouvements dits "citoyens" dans cette campagne de la présidentielle, que ce soit avec Melenchon ou avec Macron. Nous l'avons vu avec la primaire écologiste ; Cécile Duflot n'a pas été choisie, mais d'autres candidats étaient sur les rangs, dont Yannick Jadot qui représentera les écologistes à la présidentielle. Mais si Macron ou Mélenchon devait se retirer, que deviendrait leur mouvement ?

Sur l'écologie, les diverses composantes de l'ex Front de Gauche ou de la France Insoumise ne sont pas à l’unisson ; les propos de Jean-Luc Mélenchon sur la question sont appréciables, mais on voit bien que son futur groupe parlementaire à l'Assemblée nationale sera pluriel. D'ailleurs, la charte qu'il impose à ses futurs parlementaires est très déconcertante, exigeant d'eux des votes conformes à l'expression de son mouvement.

Mais ce qui est très satisfaisant, c'est que sur le terrain des militants proches de Jean-Luc Mélenchon, de Benoît Hamon ou d'EELV ont des convergences réelles. Et c'est là que doit se construire la recomposition politique, dans les bassins de vie. Nos approches sociales et environnementales doivent se conjuguer pour devenir forces de propositions. Nul doute que cette séquence 2017 aura des impacts sur notre paysage politique, et après cet été nous pourrons tisser localement les réseaux nécessaires pour préparer les élections locales de 2020.

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03/09/2016

Participez à la désignation du (de la) candidat(e) de l'écologie politique à la présidentielle de 2017

Le parti Europe Écologie Les Verts a validé les candidatures de quatre candidats pour participer à la primaire de l'écologie politique pour la présidentielle de 2017. Karima Delli, Cécile Duflot, Yannick Jadot et Michèle Rivasi sont tous les quatre parlementaires écologistes, au Parlement européen pour trois d'entre eux et à l'Assemblée nationale pour Cécile Duflot. Leur engagement militant, leur participation active à de nombreux combats collectifs pour préserver la place de l'humanité sur une planète en danger et leur mandat d'élu(e) témoignent sans ambiguïté de leur capacité à représenter l'écologie à l'élection présidentielle de 2017.

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Alors pourquoi et comment ? Tout d'abord, l'alignement des élections présidentielle et législative rend inévitable la présence des écologistes à ces deux scrutins afin que nos propositions soient soumises à un processus de confrontation participative et qu'elles puissent peser pour le quinquennat à suivre. L'écologie sera portée dans le débat public, et incarné par une candidate ou un candidat à l’élection présidentielle et 577 binômes candidats aux élections législatives. C’est la responsabilité des écologistes de faire connaitre leurs propositions.

Deux étapes préalables sont dores et déjà ouvertes. La première est la co-élaboration du projet avec un site Web dédié où chacun(e) est invité(e) à faire des propositions, à argumenter (en pour comme en contre) sur les propositions en ligne, à voter pour les arguments publiés ainsi qu'à insérer des références qui alimenteront le projet. C'est une démarche qui avait été employée pour les régionales de 2015 en Occitanie, avec le Projet en commun qui avait reçu des milliers de contributions programmatiques.

L'autre étape est la désignation par tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de l'écologie de notre candidat(e) à l'élection présidentielle. Là encore, un site Web a été ouvert pour que tous ceux qui veulent participer à cette désignation puisse le faire ; une participation financière de 5 euros est demandée et il faut aussi adhérer à la charte des valeurs et des principes fondamentaux de la primaire écologiste.

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Personnellement, je voterai pour Cécile Duflot. Je crains en effet que, comme pour la primaire de 2011 entre Nicolas Hulot et Eva Joly, la notoriété soit dévalorisée. Or, le (la) candidat(e) retenu(e) devra aussi fédérer la campagne des candidats écologistes aux législatives. Il y aura 577 candidats écologistes en juin 2017, et sans aucun accord électoral national avec aucun autre parti politique ; ces candidats seront donc les premiers militants sur le terrain pour porter les propositions de l'écologie à l'élection présidentielle puis aux législatives. Nous avons donc besoin d'une personnalité connue pour ce porte-parolat de campagne.

14:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cécile duflot

25/04/2016

Une nouvelle réponse politique doit s'affirmer, plus collaborative que représentative, plus écologiste que productiviste !

Seulement un électeur sur cinq s'est exprimé dans les urnes ce dimanche dans la 3ème circonscription de Loire-Atlantique pour départager la candidate (PS) Karine Daniel de son concurrent (LR) Matthieu Annereau ! Ce même jour en Autriche, les deux partis politiques de gouvernement (de gauche et de droite) ont été sanctionnés par les électeurs ; avec 40% d'abstention, ces deux formations qui gouvernent le pays depuis l'après-guerre, souvent en coalition gouvernementale et parfois même avec le parti nationaliste autrichien qui s'est ainsi dédiabolisé, ont été évincées du second tour.

Le verdict des citoyens s'exprime de plus en plus par l'abstention (leur bulletin de vote n'a plus de valeur à leurs yeux) et par le rejet des représentants des formations dites de gouvernement. C'est l'échec des politiques menées par ces formations, en alternance, qui alimente cette attitude ; ces formations qui ont trop souvent compensé la vacuité de leurs programmes par une démarche pro-européenne s'avérant catastrophique.

Car il y a une réalité économique dont nos gouvernants ne veulent pas entendre parler, celle d'une croissance économique mythifiée par les 30 glorieuses qui est révolue, et nous sommes contraints de réfléchir à une prospérité sans croissance. Mais une prospérité de quoi ? Une prospérité de la consommation, des nouvelles technologies et des loisirs, ce que j'appelle le toujours plus, ou alors une prospérité sociale avec les thématiques de l'éducation, de la santé, du logement et des savoirs qui elles seraient en croissance ; ce qui serait le toujours mieux. Or, depuis deux siècles, nous connaissons un développement qui conjugue le plus et le mieux en même temps, et il est difficile de déplacer le curseur dans un sens au détriment de l'autre. Des intellectuels comme Bernard Charbonneau, Jacques Ellul ou encore André Gorz avaient déjà anticipé cette issue au cours du 20ème siècle, de même que le Club de Rome dans les années 70 ; nous sommes désormais dos au mur. Et ce ne sont pas la « Belle Alliance Populaire » de Cambadélis ou le « Hé oh la gauche ! » de Le Foll qui feront illusion ...

Aujourd'hui, les citoyens s'expriment autrement qu'avec un bulletin de vote. Ils se mobilisent sur ces fameuses ZAD (zones à défendre) et ils se réunissent au cœur des villes dans le mouvement Nuit Debout, mais il y a plein d'autres mobilisations (générations futures, alternatiba, ...) qui se développent. Or, cette expression sur le terrain ne peut pas rester sans traduction politique, car il nous faut bien voter des lois et des budgets, et donc élire des représentants. Mais des représentants pour nous servir, et non plus pour se servir.

Jean-François Tallio, Alexandre Van der Bellen, Nicolas Hulot           Jean-François Tallio, Alexandre Van der Bellen, Nicolas Hulot

Il y a un point commun aux deux scrutins de ce dimanche, c'est la place du candidat écologiste. Le dimanche 17 avril, le candidat écologiste Jean-François Tallio arrivait en 3ème position, mais il était le seul candidat à augmenter le nombre des suffrages qui se sont portés sur lui ; il est passé de 3 144 voix en 2012 à 3 686 voix le 17 avril, alors que le PS passait de 28 589 à 6 573 voix et que le LR passait de 9 128 à 5 088 voix ; le FN est passé de 4 284 à 2 442 voix. Hier en Autriche, le candidat écologiste Alexandre Van der Bellen a obtenu près d'un million de suffrages, sur un peu plus de 4 millions de suffrages exprimés, se plaçant ainsi en seconde position et se qualifiant pour le second tour de l'élection présidentielle.

Aussi, dans la séquence électorale du printemps 2017, la présence d'un(e) candidat(e) écologiste s'avère incontournable. La député de Paris Cécile Duflot s'y prépare, plus par obligation pour que l'écologie politique ne soit pas absente de la campagne, mais elle préfèrerait une candidature de Nicolas Hulot. Personnellement, mon choix se porterait plutôt sur Noël Mamère qui a une connaissance encyclopédique des enjeux environnementaux et qui sait la transmettre (Noel Mamère à retrouver dans les récits de sa vie, une série de cinq émissions radiophoniques "A voix nue" sur France Culture). Mais il ne s'agit pas de présenter une femme ou un homme providentiel, la nécessité est plutôt d'avoir le meilleur ambassadeur de l'écologie, porteur d'un projet qui aura été largement co-élaboré avec tous ceux aspirent au progrès social sur une planète préservée et avec un développement économique au service de ces objectifs-là.

Ce qui se profile aussi pour l'été 2017, c'est que le(la) futur(e) Président(e) de la République n'aura pas de majorité à l'Assemblée Nationale ; les projections issues des dernières régionales voient se profiler de nombreuses triangulaires, voire des quadrangulaires, et le futur gouvernement devra se faire sur un contrat de gouvernance post-électoral. Ce ne sera pas un parcours de santé, et la situation actuelle en Espagne en témoigne où aucun gouvernement n'a réussi à se former depuis 4 mois, et les espagnols vont certainement retourner aux urnes cet été. Mais je préfère au machiavélique paradigme « la fin justifie les moyens » la parabole de Gandhi « La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine ». Et qu'importe d'avoir des élus tout se suite, comme les écologistes le souhaitèrent en 2012, si c'est pour assister à cette curée d'alimentaires ... En conclusion, le paysage politique est appelé à évoluer d'ici un an et il faut en être les acteurs !