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02/09/2012

Les socialistes Moscovici et Bricq promeuvent une "mondialisation solidaire" ...

Publiée fin août dans le journal Le Monde, les ministres Pierre Moscovici (à l'Economie) et Nicole Bricq (au Commerce Extérieur) ont signé ensemble une tribune sur la mondialisation solidaire (tribune disponible sur le site Web du Ministère de l'Economie ainsi qu'en téléchargement au format PDF). Voilà pourtant deux mots très opposés que nos deux ministres sociaux-démocrates n'hésitent pas à marier :-(

Les auteurs de cette bafouille inscrivent clairement le modèle économique de la France au sein de ce miasme qui a complètement dérégulé les mécanismes commerciaux depuis une vingtaine d'années. Au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les Etats n'ont jamais cessé de nous vendre de la coopération, de la réciprocité, de la négociation équilibrée, de la loyauté vis-à-vis des engagements internationaux, etc. Mais au final, ce sont les mots de dumping et de compétition [sauvage] qui illustrent le mieux ce qu'est devenu le commerce mondial ; et l'éthique comme la morale n'y ont pas leur place. Les débats autour de l'AGCS (Accord Général du le Commerce des Services - GATS en anglais) ou des accords bi-latéraux de libre-échange (ALE) ont émaillé l'actualité de ce début de 21ème siècle, avec la naissance antagoniste d'un alter-mondialisme essentiellement fondé sur la protection du commerce agricole de chaque nation. Ainsi, la construction européenne a été le laboratoire de cette mondialisation, l'OMC y expérimentant ses idées visionnaires ...

Honnêtement, qui aujourd'hui peut faire rymer mondialisation et solidarité ? A part dans l'esprit fossilisé d'un(e) social(e)-démocrate dont le dogme est de mettre coûte-que-coûte un peu de redistribution dans le capitalisme mondialisé, quand la mondialisation s'est-elle attachée à être morale ? Moralisatrice, oui, mais morale ?

Et nos deux ministres fraîchement investis d'écrire par exemple dans leur tribune que "l'Afrique a trouvé la voie d'une croissance forte" ... Mais de quelle Afrique parlent-ils ? Sont-ils déjà installés dans leur bulle dorée pour oublier les guerres, les famines et les maladies qui emportent les jeunes adultes par milliers ? Un récent documentaire sur Arte dévoilait les trafics de produits toxiques entre l'Italie et la Somalie, exemple type de ce que les pays riches échangent comme marchandises avec des pays livrés à la corruption d'Etat.

Car le leitmotiv de Bricq-Moscovici, c'est la croissance qu'ils mettent à toute les sauces ; elle doit être durable, mondiale, forte et au service de l'emploi. Cette croissance qu'en 2007 le candidat Sarkozy disait qu'il irait la chercher avec les dents et qu'en 2012 le candidat Hollande allait imposer à la chancelière allemande ... Ils osent néanmoins écrire que "Tous doivent rechercher la voie d’une économie plus économe des ressources non renouvelables pour lutter contre le réchauffement climatique", mais en réalite la finitude du monde et la limitation des ressources de la planète échappent évidemment à leur analyse, l'intelligence humaine n'a pas de borne et on sent que derrière leur discours pointent les OGM, les gaz de schiste, le nucléaire, les énergies fossiles et des transports pas chers.

Nous savions que la victoire de François Hollande était surtout fondée sur le rejet de Nicolas Sarkozy, mais nous ne pouvions imaginer que l'idéologie de ce gouvernement était celle des gouvernements de François Mittérand ... Les crises mondiales, économiques, financières et environnementales sont pourtant passées par là, mais les socialistes français semblent vouloir jouer une partition ancienne. Sans idée nouvelle pour affronter ce siècle où 7 milliards d'humains voudront tous accéder aux mêmes services et aux mêmes marchandises, cette tribune est un cauchemar !

23/06/2012

François Hollande me désenchante déjà ...

La situation économique internationale, la crise des dettes des banques et des Etats Européens ainsi que la précarisation inquiétante de nos sociétés constituaient autant de handicaps pour le nouveau Président de la République. Nous savions en le préférant à Nicolas Sarkozy que nous allions changer de mode de gouvernance et l'image de notre République, mais personne n'ignorait les écueils socio-économiques.

Sur le plan Européen, le bras de fer qu'il a entrepris avec Angela Merkel ne semble pas tourner à son avantage, et on s'oriente petit à petit vers un compromis pour sauver la face. Sur le plan social, on sait que le chômage va continuer à croître en 2012, et il s'accompagne de quelques défauts d'entreprise (PSA à Aulnay, Air France, le Groupe Doux, ...) qui permettront au chevalier Montebourg de pourfendre le modèle capitaliste. On attend par ailleurs une augmentation du SMIC et une augmentation du point d'indice des fonctionnaires (gelés depuis plusieurs années) ...

Il y a par contre un domaine que François Hollande et ses amis sacrifieront sans vergogne à l'intérêt des grands groupes industriels, c'est l'écologie !

La période électorale nous avait déjà permis de mesurer les ambitions du candidat Hollande dans le nucléaire. Un coup de téléphone d'AREVA avait déjà donné lieu à un affrontement avec le partenaire écologiste, la filière MOX ne devant pas disparaître de l'accord de gouvernement entre le PS et EELV. La fermeture d'une seule centrale en 5 ans témoigne aussi de la motivation du camarade Hollande. Outre-Rhin, l'Allemagne a très vite compris l'intérêt stratégique des énergies renouvelables ; à la clé, il y a des secteurs industriels nouveaux à promouvoir, de la richesse supplémentaire et de la création d'emploi. Au Japon, plus aucun réacteur ne fonctionne après le drame de Fukushima, et ce pays qui dépendait à 30% du nucléaire dans sa production électrique a engagé d'importants chantiers d'économie d'énergie.

C'est par ailleurs dans la plus grande discrétion médiatique que François Hollande recevait à l'Elysée le Président Nigérien Mahamadou Issoufou  à la mi-juin pour formaliser ensemble l'accélération de l'exploitation d'une mine d'uranium géante à Imouraren. Le principal bénéficiaire de cet accord avec cette ancienne colonnie Française n'est pas le peuple Nigérien, régulièrement touché par des famines au Sahel, mais AREVA, le fleuron de l'industrie nucléaire Française. Alors comment comprendre que le Président veuille diminuer la part du nucléaire dans la production d'électricité en France et qu'il veuille en même temps augmenter les importations d'uranium ?

Nous savions aussi qu'avec Jean-Marc Ayrault, le défenseur acharné de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes, le duo à la tête de l'Etat n'était pas préoccupé par l'écologie ... Et ils sont très rares au Parti Socialiste ceux qui ont une conscience aigüe de ces enjeux pour le 21ème siècle.

Nicole Bricq est la première victime socialiste du virus écologiste. Totalement inconnue du grand public avant le 16 mai, cette sénatrice de Seine-et-Marne connaît bien les dossiers environnementaux. Mais elle a fait le geste de trop : elle a voulu suspendre deux arrêtés préfectoraux autorisant la société Shell à explorer des gisements de pétrole au large de la Guyane. Et elle voulait surtout réviser le code minier dont l'ancienneté offre de multiples opportunités pour les groupes pétroliers en matière de gaz de schiste. Reléguée au commerce extérieure à Bercy à l'occasion du remaniement du 21 juin, elle aura peut-être l'occasion de mesurer d'ici quelques années les plus-values générées par les 300 millions de barils de pétrôle promis par Shell et leur poids dans la balance du commerce extérieur ...

Bricq_Hollande.jpg

 

Enfin, l'irone de l'histoire c'est que c'est aux côtés de Nicole Bricq que François Hollande assistait au sommet de Rio pour y défendre l'économie verte, cette économie verte pour laquelle Nicole Bricq souhaitait "apporter une dimension sociale" ...

Souhaitons néanmoins que les quelques ambitions que François Hollande porte pour l'écologie ne soient pas aussi étriquées que tout cela ; mais je suis très sceptique.