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16/12/2009

Préservation des terres agricoles et indépendance alimentaire, le consensus est là, mais les faits sont têtus !

Ce matin, le Préfet de Région organisait un séminaire à Agropolis sur la préservation des terres agricoles. Là, des fonctionnaires de l'Etat, des chercheurs du Cemagref et de l'Inra, mais aussi des spécialistes du monde agricole comme la SAFER donnaient la restitution de leur travaux sur la question.

En réalité, tous ces experts sont comme des médecins au chevet d'un grand malade, le malade étant le territoire agricole que l'on mite, que l'on morcelle, que l'on artificialise, bref que l'on urbanise à grande vitesse. Ainsi, de 1997 à 2007, 50.000 hectares de terres agricoles ont été artificialisées en France, soit l'équivalent du département des Pyrénées Orientales. Mais ces experts font des diagnostics pertinents fondés sur des analyses cartographiques détaillées, et ils disposent aussi de remèdes (outils) efficaces pour soigner le malade.

Sauf que c'est l'accès aux soins qui pose problème ! Ce n'est pas le tout de savoir ce qu'on a et ce qu'il faudrait faire pour aller mieux, il faut encore pouvoir se payer la thérapie. Et là, tout le monde se renvoie la balle : les agriculteurs de plus de 50 ans qui rêvent à l'urbanisation de leurs parcelles pour prendre leur retraite, les chercheurs qui positionnent encore leurs satellites, les fonctionnaires de l'Etat qui ne restent jamais assez longtemps pour traiter les dossiers sur la durée, les opérateurs économiques du privé que l'on ne voit que comme des prédateurs et les collectivités locales qui ramènent toujours ces questions à des problèmes budgétaires.

Mais ce séminaire me rend optimiste pour un proche avenir, car les outils sont bien là pour mesurer la dégradation de l'état du patient. Demain, aucun Préfet, aucun élu et aucun acteur clé de ce secteur ne pourra dire qu'il ne savait pas. Au moment de l'autopsie, il y aura des rapports et des cartographies très précises à leur mettre sous les yeux, avec l'obligation morale de s'expliquer.

Par contre, sur le très court terme et en l'occurrence sur le dossier de la Salamane, chacun regarde le bout de ses souliers. Je suis intervenu ce matin pour aborder précisément ce sujet : une plaine agricole où 70 ha de vignes vont être remplacées par une Zone d'activité économique avec Système U comme locomotive, l'urbanisation de tout ce secteur entre Canet, Brignac et l'A75 allant donner naissance à une tâche grise sur la photo satellite des terres agricoles le long de l'Hérault. J'ai indiqué que tous les acteurs présents ce matin (Services de l'Etat, SAFER, Collectivités, ...) seraient (ou ont déjà été) consultées comme personnes publiques associées dans le cadre de la révision simplifiée du PLU de la commune de Clermont l'Hérault, et qu'il y avait une véritable contradiction à organiser un tel séminaire tout en laissant faire un tel projet ... La seule réponse du Préfet, dans un amphithéâtre silencieux, était qu'il y aurait toujours des contradictions ; lui-même devant par exemple intégrer le traçé de la future Ligne à Grande Vitesse (LGV).

Reste que les contradictions sont plus nombreuses que les bonnes actions. Le Président de la SAFER LR a cité l'exemple de Barcelonne, avec ses 4 millions d'habitants, qui s'appuie sur un parc agraire protégé de 2 700 ha décidé auparavant par 14 communes prévoyantes du sud de l'agglomération ; 2 000 personnes travaillent directement ou indirectement pour ce parc qui aliment Barcelonne en circuit court. Monsieur Granier a aussi cité Munich, Lille et même Nîmes où à chaque fois la ville et la campagne se marrient pour une certaine indépendance alimentaire de qualité, mais ces expériences devraient devenir la règle.