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10/12/2017

Environnement : L’État sous Macron ne donne pas les gages espérés par Hulot ... mais faut-il être fataliste ?

J'ai récemment été interrogé par la presse (Midi Libre et la Marseillaise) à propos de la reprise d'activité sur la carrière de marbre rouge sur le mont Vissou. Il s'agit d'une exploitation qui existe depuis près d'un siècle, mais qui s'est interrompue en 2004 à cause de difficultés financières de l'exploitant.

Nous connaissons tous ce territoire, et ces paysages magnifiques qui surplombent les communes de Mourèze et de Cabrières, et c'est d'ailleurs le Pic de Vissou dont il s'agit et que l'on voit à l'horizon depuis des dizaines de kilomètres. Mais pour prendre position sur l'exploitation d'une carrière sur ce site patrimonial, je me suis appuyé sur le rapport de la DREAL, c'est à dire de l'Autorité Environnementale. Les impacts du projet sur les habitats naturels (faune et flore), sur les paysages ainsi que sur les nuisances vis à vis des riverains sont formellement identifiés ; ils sont souvent faibles, mais ils nécessitent de la part de l'exploitant des mesures compensatoires.

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Et c'est là où s'apprécie le rôle précieux que remplissent les services de l’État en région. Il s'agit ici de la DREAL, mais toutes les agences et toutes les directions décentralisées ont un rôle d'analyse et de contrôle qui doit être renforcé ! Car qui ira contrôler que l'exploitant à qui l'Autorité Environnementale a donné un avis favorable se conforme scrupuleusement à ses recommandations ?

J'ai suivi aussi l'enquête publique sur la création d'un parc photovoltaïque de près de 8 ha sur la commune de Gignac, sur des terrains en bord d'Hérault constitués de parcelles en friche dans l'emprise globale d'une ancienne carrière. Là encore, l'Autorité Environnementale a délivré un avis plutôt favorable, mais elle souligne que l'étude d'impact réalisée par l'exploitant nécessite d'être complétée pour se conformer aux contenus réglementaires attendus, essentiellement pour moi à propos de l'analyse du milieu naturel, de la faune et de la flore.

Les fonctionnaires des directions décentralisées de l’État (DREAL, DDTM, ...), mais aussi des agences comme l'ONEMA ou les Agences de l'Eau sont des professionnels très attachés à leurs missions. Sauf qu'année après année les budgets du ministère de l'écologie fondent comme la banquise ...

Bon, je laisse à Nicolas Hulot le temps long qui est nécessaire pour inverser la tendance, et après des décennies de prédation de la Terre, mais il faut qu'il marque des points ... Les rapports, c'est nécessaire, mais sans les contrôles et les sanctions pouvant s'imposer aux exploitants ce n'est que du papier :=(

03/11/2017

Prisonniers politiques en Espagne : l'Europe a-t-elle tant peur des peuples ?

Deux leaders indépendantistes ont été incarcérés depuis le 16 octobre, la juge espagnole Carmen Lamena sanctionnant là un délit de sédition pour les manifestations qu'ils ont organisé le 20 septembre en Catalogne.

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Jordi Sanchez et Jordi Cuixart dirigent les deux principales associations indépendantistes de Catalogne, Omnium Cultural et l'Assemblée nationale catalane (ANC). La juge Carmela Lamela a ordonné l’emprisonnement de ces deux personnalités indépendantistes, car elle les accuse d’avoir organisé des manifestations dans Barcelone entre le 20 et le 21 septembre et d’avoir empêché que la police espagnole puisse mener son travail. Le gouvernement espagnol avait salué la décision de la juge, soulignant que c’est une façon de montrer que personne n’est au-dessus de la loi.

La même juge madrilène a inculpé ce 2 novembre les ex-ministres de la Généralité de Catalogne pour rébellion, leurs crimes étant d'avoir organisé un référendum le 1er octobre et d'avoir engagé un processus d'indépendance qui a conduit le Parlement Catalan a déclarer l'indépendance le 27 octobre. Huit membres de ce gouvernement sont aujourd'hui en prison, un neuvième qui avait démissionné du gouvernement avant la déclaration d'indépendance a été laissé en liberté contre une caution de 50 000 €, et cinq autres sont actuellement à Bruxelles d'où ils focalisent l'attention des médias européens. Le procureur de l’État espagnol a requis un mandat d’arrêt européen contre eux cinq, la juge Carmela Lamela devrait le valider ce vendredi 3 novembre.

Ci-après les huit ministres incarcérés le 2 novembre (les textes descriptifs sont extraits du site Web Equinox Magazine, les photos sont extraites du site Web du journal catalan La Vanguardia) :

Junqueras.jpgL’ancien vice-président Oriol Junqueras est le leader de la gauche républicaine (ERC). Il est donné gagnant dans les sondages lors des élections qui doivent se tenir le 21 décembre. Junqueras était absolument contre la stratégie de Puigdemont de se réfugier à Bruxelles. Les deux hommes qui ne se saluent plus depuis des jours, ont failli en venir aux mains lors des réunions marathons précédant la déclaration d’indépendance. Titulaire de l’économie, Oriol Junqueras avait chapeauté une grande partie de l’organisation du référendum et avait affronté le ministre des Finances espagnol qui avait bloqué les comptes bancaires de la Generalitat.

Turull.jpgJordi Turull est une ancienne gloire de PdeCat, le parti d’Artur Mas. Démonétisé politiquement, le processus indépendantiste l’a remis sur le devant de la scène. D’abord président du groupe majoritaire indépendantiste au Parlement et ensuite porte-parole du gouvernement, il a géré toute la communication du référendum et la diffusion des publicités autour du référendum qui avait été interdites par la justice espagnole.

Romeva.jpgRaul Romeva est un ancien député européen des écologistes catalans. Il est devenu tête de liste des indépendantistes de Junts Pel Si en septembre 2015. Au ministère catalan des Affaires étrangères, il a été très présent dans toute l’Europe pour tenter de convaincre les États de soutenir l’indépendance de la Catalogne.

Forn.jpgJoaquim Forn est membre du Pdecat d’Artur Mas. Il était adjoint à la sécurité à la mairie de Barcelone durant le mandat de Xavier Trias. Il jouit à ce titre d’une bonne réputation au sein de la Guardia Urbana de Barcelone. Ministre de l’Intérieur, il avait plusieurs fois demandé à ce que les Mossos d’Esquadra désobéissent à l’État espagnol. Forn était présent lors de la conférence de presse de Carles Puigdemont mardi à Bruxelles et a tenu des propos très durs contre le gouvernement espagnol

Rull.jpgJosep Rull est un membre du PdeCat d’Artur Mas depuis sa jeunesse. Il a sans succès essayé de prendre la tête du parti en 2016. Certains lui prêtent l’intention de vouloir se porter candidat pour son mouvement lors du scrutin de décembre 2017.

Mundo.jpgCarles Mundó, homme discret, titulaire de la justice, a fait ses premières armes en politique au sein du parti ERC ou il était conseiller municipal à Gurb (Osona). Carles Mundó était un des ministres les plus septiques quant à la déclaration d’indépendance.

Bassa.jpgDolors Bassa vient du monde syndical de la ville de Gérone au sein de l’UGT (la CGT catalane). Elle s’est rapprochée d’ERC pour finalement devenir ministre du Travail en janvier 2016.

Borras.jpgMeritxell Borràs est une figure historique du Pdecat depuis 1995. Elle a réalisé une grande partie de sa carrière dans la ville de L’Hospitalet de Llobregat. Ministre depuis juin 2015, elle avait montré en privé une grande réticence face à la déclaration d’indépendance. Elle était au côté de Puigdemont à Bruxelles, mais est rentrée mardi soir à Barcelone avec Joaquim Forn.

Le seul ministre libre - Santi Vila, proche d’Artur Mas, est considéré comme l’unique membre modéré de l’ancien gouvernement de Puigdemont. Proche des entreprises et de la présidente du Congrès des députés de Madrid Ana Pastor, Vila a présenté sa candidature contestée pour conduire PDeCAT aux élections de décembre 2017. Il opte pour une collaboration directe avec Madrid. En cas de refus du PDeCAT de l’investir, il créera son propre parti et se présentera à ce titre. Il a été libéré sous caution de 50.000 euros

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Il reste quatre ministres qui sont avec Carles Puigdemont à Bruxelles sous le coup d'un mandat d'arrêt européen, Clara Ponsati, Meritxell Serret, Antoni Comin et Lluis Puig.

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Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, incarne une bien étrange démocratie en Europe, un État où l'on emprisonne des militants pacifistes d'une cause politique. Et qui plus est dans un État où la corruption reste impunie. Le parti du premier ministre, le Parti Populaire, enchaîne scandale sur scandale. Dans l'affaire Nóos, c'est l'infante Cristina d'Espagne qui est mise en examen en 2011, et c'est son époux, Inaki Urdangarin qui est condamné en février 2017 à 6 ans et 3 mois de prison, mais qui est laissé en liberté en attendant un second jugement en appel.

L'argument d'inconstitutionnalité du processus d'indépendance entrepris par la Catalogne depuis des années est absurde. Le Canada a été confronté au même problème à l'époque où le Québec revendiquait son indépendance. La Cour Suprême du Canada avait alors distingué la constitution elle-même des principes qui avaient dictés sa rédaction. Entre autres au Canada, l'un de ces principes est le fédéralisme, mais il y a aussi la démocratie, le constitutionnalisme, la primauté du droit et le respect des minorités. Et c'est sur la base de ces principes-là qu'un processus d'auto-détermination pouvait légalement se dérouler. L'exemple québécois est souvent cité dans des processus de sécession, et la Cour Internationale de Justice avait ainsi donné une suite favorable pour la sécession du Kosovo, ajoutant que c'était un cas d'espèce et qu'il ne saurait avoir une portée générale relative au « droit à l’autodétermination ou à l’existence d’un droit de sécession-remède ».

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Le fédéralisme est une option à étudier dans la cas de l'Espagne. Certains États européens ont déjà cette forme d'organisation comme l'Autriche, l'Allemagne ou encore la Belgique. Dans d'autres États, comme l'Espagne, les régions disposent d'une autonomie à géométrie variable. Le Royaume-Uni reconnait par exemple les « nations constitutives » que sont l'Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galle et l'Irlande du Nord.

29/10/2017

La République en marche (LREM) ambitionne de réseauter les territoires ...

Macron_Roi.jpgLe mouvement politique du Président de la République, la République en Marche ! (LREM), est une création encore récente, et il a surtout servi de label pour présenter des candidats aux élections législatives. A cette échelle, LREM déroule le programme d'Emmanuel Macron ; le gouvernement dépose des projets de loi qui réalisent le programme électoral, et les parlementaires les adoptent. Ce qui fait sens ici, et c'est aussi ce qui a mis en échec les anciens partis politiques, c'est que ce projet politique répond à une situation donnée et qu'il développe des propositions internationales, européennes et nationales ad hoc. Et dans cette logique-là, en 2022, Emmanuel Macron devrait présenter un nouveau projet replacé dans un contexte 2022-2026. C'est une forme de politique contractuelle avec les français ; nous sommes élus pour tel projet qui répond à tels besoins, et on se revoit dans cinq ans pour faire le bilan et pour présenter un nouveau contrat.

Ce schéma-là est aux antipodes des politiques de l'ancien monde où chaque formation campait sur un socle de valeurs, de principes et d'orientations, avec pour seul but de l'imposer à tous. Et tous les 5 ans un camp remporte l'élection présidentielle pour mettre en œuvre son projet, et l'autre camp qui vient au pouvoir détricote les lois des prédécesseurs pour mettre en œuvre son projet. Cette navigation au près, où chaque camp tire un bord chacun son tour, permet de faire avancer l'embarcation, mais celle-ci progresse néanmoins face au vent. Or, on ne choisit pas le sens du vent. Et cette navigation au près, c'est ce que Macron va faire pendant 5 ans, un coup à gauche et un coup à droite, une suppression de la taxe d'habitation pour sa gauche et une suppression de l'ISF pour sa droite, etc.

Macron_Partout.jpg

Alors comment, à partir de cette locomotive nationale, décliner le concept sur l'ensemble du territoire national dans la perspective des élections locales de 2020 ? Reproduire le concept à l'échelon local devrait conduire à présenter sur chaque territoire des projets qui répondent à des situations contextualisées, et ceci pour la durée du mandat local. Donc là aussi, c'est « à gauche et à droite en même temps » ; je caricature, mais ça pourrait ressembler à : « le matin au CCAS et l'après-midi avec la CCI ».

LREM a commencé à semer ses graines, et les réseaux sociaux témoignent d'appels à semer dans l'enthousiasme macronien. Évidemment, les nouveaux députés LREM sont à la manœuvre, car c'est aussi pour eux une façon de s'implanter localement. Non pas pour eux-mêmes, car ils savent bien que c'est l'élection présidentielle de 2022 qui décidera de leur avenir, mais justement pour leur patron ; il faut assurer le SAV pour fidéliser la clientèle. Mais les élections locales sont assez peu politisées, excepté dans les villes, et les citoyens votent d'abord pour des personnes qu'ils connaissent sur leur commune. Le drapeau LREM serait même repoussoir, comme l'ont été les étiquettes PS ou LR aux dernières élections nationales.

A gauche comme à droite, les élections locales de 2020 sont là aussi la prochaine escale électorale, et même l'escale du dernier espoir. Je serai taxé de parti pris, mais il me semble que ce sera plus simple pour la gauche, car Emmanuel Macron mère réellement des politiques de droite, libérales et ouvertes à une mondialisation sans tabou. Après Sarkozy et Hollande, il va planter l'estocade dans tous nos acquis sociaux pour livrer l’État et la République aux grandes entreprises internationales et aux élites financières. Autre avantage de la gauche sur la droite, c'est que les élections européennes de 2019 seront un premier round pour porter un autre projet plus humaniste, plus solidaire et plus sobre. Entre Macron et Le Pen, la droite de Wauquiez aura bien du mal, elle, à sortir la tête de l'eau.

Macron_Gagne.jpg

Finalement, le macronisme ne devrait pas avoir d'autre vocation à se généraliser qu'à véhiculer le message qu'il faut s'investir pour réussir, et y penser tout le temps ; mais ça ne vaut pas qu'en politique. Vouloir faire des petits LREM dans tous les territoires de France sur le même modèle que celui qui la conduit à Élysée serait une hérésie, Emmanuel Macron reviendrait alors aux pratiques politiques de l'ancien monde.

On va attendre que les graines commencent à germer pour voir à quoi ça ressemble ;-)