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24/04/2017

Les législatives de juin peuvent-elles atténuer la dynamique Macron ? Ou simplement de semer pour l'avenir ?

Dans l'Hérault, Jean-Luc Mélenchon est arrivé en seconde position (22.97% des suffrages exprimés) derrière Marine Le Pen (25,7%) ; Emmanuel Macron est à 20,52%, François Fillon à 17,6% et Benoît Hamon à 5,77%. Comme à l'échelle nationale, nous regretterons longtemps qu'un accord à trois Jadot+Hamon+Mélenchon n'ait pu se concrétiser au lendemain du second tour de la primaire de la gauche, car là nous allons en prendre pour cinq ans de plus avec un pouvoir qui donne plus d'espoirs aux marchés financiers qu'à nos compatriotes dans la pluralité de nos territoires et de leurs conditions sociales. Nous pouvons nous rassurer en disant qu'il était le moins pire de Le Pen ou de Fillon, mais n'est-ce pas reculer pour mieux sauter ... en 2022 ?

Par ailleurs, ne nous berçons pas de faux espoirs en pensant contrecarrer le succès d'Emmanuel Macron en devenant majoritaires à l'Assemblée nationale ... Nous savons bien que le président nouvellement élu gagne dans la foulée la majorité parlementaire. En 2002, Jacques Chirac fait 19,88% au premier tour de l'élection présidentielle, puis 82% au second tour face à Jean-Marie Le Pen. Et malgré une adhésion bien maigre au premier tour de cette présidentielle, il réunira près de 400 députés dans la majorité parlementaire du 16 juin. Alors pourquoi Emmanuel Macron échapperait-il à cette règle ?

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Une fois posée cette règle, comment les candidats de gauche et de l'écologie pourraient néanmoins constituer un groupe parlementaire d'opposition qui pèse fortement dans l'élaboration des lois et des budgets de la France ? Dans l'Hérault par exemple, voici les résultats de dimanche dans chacune des 9 circonscriptions du département :

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Il y a trois formations politiques qui peuvent s'appuyer sur ces résultats-là pour projeter leurs scores aux législatives de juin de façon assez linéaire ; ce sont le mouvement En Marche, le Front National et les Républicains. C'est plus difficile pour la France Insoumise et pour le Parti Socialiste. Pour ces derniers, Benoît Hamon était soutenu par le PRG et par EELV qui auront en juin leurs propres candidats. Or, déjà que les résultats de Benoît Hamon sont assez calamiteux, alors s'il faut leur ôter les voix des électeurs radicaux de gauche et écologistes, ce sont des soustractions assez anxiogènes, mais peut-être atténuées par la notoriété des sortants. Ainsi, dans la 11ème circonscription des Yvelines dont il est le député sortant, Benoît Hamon n'arrive qu'en 4ème position avec 12,77% des suffrages exprimés, juste devant Marine Le Pen avec 12,09%, mais loin derrière Emmanuel Macron (26,59%), Jean-Luc Mélenchon (21,74%) puis François Fillon (18,98%). Je lui souhaite que son score le 11 juin 2017 sera plutôt voisin du score qu'il avait réalisé en 2012, à savoir 45,3%.

Et il en est de même pour France Insoumise, soutenue par le Parti de gauche, par le PCF, par Ensemble, par des écologistes et par d'autres mouvements unitaires à gauche. De plus, la stratégie électorale de France Insoumise est constante, et elle a été répétée ce lundi par quelques représentants de ce mouvement : des candidats dans les 577 circonscriptions législatives. Le principe retenu par Jean-Luc Mélenchon est simple ; une opposition parlementaire, quelque soit le nombre de ses députés, ne change pas grand chose sur sa capacité à entraver les politiques du Président et de son gouvernement, alors autant se présenter partout pour maximiser le financement public des cinq années à venir et se préparer au rendez-vous de 2022. Il y a un indéniable côté « rouleau compresseur » dans cette stratégie ; après avoir anéanti le PS, pourquoi s'arrêter-là ?

Personnellement, je ne mets pas sur un même plan les stratégies politiques établies par les instances nationales des formations politiques et la réalité militante sur les bassins de vie. J'ai ainsi regretté le choix de Yannick Jadot de se retirer de l'élection présidentielle, choix annoncé sur le plateau du 20h de France 2, mais qui n'a pas empêché les militants écologistes sur le terrain de faire campagne dans le contexte particulier de leur territoire. Parce que c'est sur le terrain, ensemble, qu'il faut faire reculer l'obscurantisme et un nationalisme exacerbé.

A Paulhan par exemple, Marine Le Pen était largement en tête ce dimanche avec 33,8% des suffrages, devant Jean-Luc Mélenchon à 24,7% et Emmanuel Macron à 15,6%. On ne peut pas s'y résigner, et en plus nous connaissons les causes de ces scores sans cesse croissants du FN : le départ des services publics, la réduction des équipements publics, les difficultés à trouver des emplois pérennes et suffisamment rémunérés, le repli sur soi, la raréfaction des évènements culturels, ludiques ou festifs collectifs, etc. Au delà du bien vivre ensemble, il y a la place des institutions de la République et les perspectives socio-économiques de nos territoires ruraux qui sont défaillantes. Les élus locaux et les associations d'éducation populaire ont eux aussi à prendre leur part, comme le colibri de Pierre Rabhi.

23:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

21/04/2017

A 48h du premier tour, Mélenchon peut encore se substituer à Le Pen dans le duel de second tour contre Macron

L'analyse des sondages publiés avant le premier tour des élections présidentielles de 1997, 2002, 2007 et 2012 nous enseigne que les tendances observées dans les derniers jours se concrétisent le jour du scrutin.

Infographie_Sondages_1995_2002_2017_2012.jpg

Il ne fait plus aucun doute pour personne aujourd'hui que les deux candidats qui iront au second tour de cette élection présidentielle 2017 seront soit Emmanuel Macron, soit François Fillon, soit Marine Le Pen ou soit Jean-Luc Mélenchon. C'est ce que disent les sondages publiés depuis le mois de décembre 2016 (cf. détail des enquêtes d'opinion en version PDF).

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Près d'une centaine de sondages ont été publiés en quatre mois, et tous les instituts de sondage convergent sur les mêmes résultats. Emmanuel Macron est stable autour de 23%, autant sur la totalité des sondages que sur les tous derniers. Ce candidat est original pour les scrutins présidentiels de la 5ème République, hors parti politique, et les algorithmes des instituts de sondage sont peut-être erronés ; cela signifie qu'il peut être stable à 17% comme à 28% depuis le début de l'année. Néanmoins, le bond qu'il réalise en mars suite à l'accord avec François Bayrou semble valider les évaluations des instituts de sondage, le transfert des voix de François Bayrou confirmant le gain observé.

François Fillon est lui aussi très stable, autant sur une durée longue que sur la dernière semaine, autour de 19,5 %. Nous pouvons légitimement porter les mêmes interrogations sur le calibrage des redressements que pour Emmanuel Macron, mais le PenelopeGate est un évènement qui se traduit en chiffres dans les intentions de vote. François Fillon était quand même au dessus de 30% en fin d'année 2016.

Il reste Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, le premier en hausse depuis les débats télévisés et la seconde en baisse dans la même période. Le premier est autour de 19% quand la seconde est à 23% ; un transfert de 2% des suffrages de Le Pen vers Mélenchon peut ainsi inverser l'ordre d'arrivée ...

Mon pronostic pour l'annonce télévisée de 20h ce dimanche 23 avril, surtout avec des bureaux de vote qui ferment à 19h minimum et ce qui réduit le délai donné aux instituts de sondage pour consolider leurs évaluations, c'est que nous n'aurons pas deux mais trois visages à l'image.

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Alors d'ici dimanche, il ne faut pas ménager sa peine pour promouvoir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Il est la seule chance pour la gauche et pour l'écologie de ne pas passer sous le rouleau compresseur de la mondialisation financière dans les cinq prochaines années !

20/04/2017

Victorieuse ou non, la campagne de Mélenchon peut changer durablement notre démocratie

Actuellement dans le quatuor de tête, nous saurons dimanche soir si Jean-Luc Mélenchon figurera au second tour le cette élection présidentielle. Je reste persuadé qu'il a encore de l'électorat à prendre chez Hamon (le vote utile à gauche), qu'il peut mobiliser des abstentionnistes hésitants, et puis qu'il est en mesure de convaincre l'électorat populaire égaré chez Le Pen qu'il incarne à la fois la rupture avec le modèle dominant tout en apportant un projet de société harmonieux.

JLM.pngIl y a évidemment le charisme du candidat, sa parole tribunitienne, sa culture littéraire et historique, son engouement et sa pratique des nouvelles technologies, et puis un projet politique totalement de gauche. Alors qu'en restera-t-il au lendemain de cette séquence électorale ?  Qu'il emporte ou non l'élection présidentielle et qu'il dispose ou non d'une majorité parlementaire avec sa France Insoumise, il en restera à mon avis une nouvelle pratique démocratique en dehors des formations politiques classiques. Je n'y vois pas la fin des partis politiques, mais ceux-ci ne peuvent plus se réduire à de simples écuries électorales pour placer les uns ou les autres.

La première victoire de Jean-Luc Mélechon à cette élection présidentielle se mesurera au soir du 23 avril si le vote en faveur du Front National baisse significativement (en nombre de voix). Si des citoyens qui sont désabusés par des gouvernements de gauche ou de droite, libérales toutes les deux, décident finalement de renouer avec une aspiration politique aussi ambitieuse qu'enthousiasmante, alors un premier pas aura été franchi vers une réappropriation populaire de notre destin collectif. La moitié des participants du meeting de Jean-Luc Mélenchon (en hologramme) à Montpellier le 18 avril avaient moins de 25 ans, et ils avaient la banane ! Rompre avec le modèle dominant n'est donc pas nécessairement synonyme de repli sur soi et de rabougrissement, comme le propose Mme Le Pen ; le candidat de la France Insoumise porte une alternative sérieuse, et le sentiment qui lui est principalement associé dans les études d'opinion est la joie. Et cet aspect-là n'est pas anodin dans une période morose ...

L'autre victoire, mais celle-ci ne pourra se mesurer que dans un an ou deux, ce serait que ce mouvement perdure, que les citoyens se structurent en groupes territoriaux pour suivre, pour accompagner et pour participer aux politiques conduites par les collectivités territoriales. Les intercommunalités sont par exemple épaulées par des Conseils de développement, qui sont des courroies de transmission entre l'exercice de leurs compétences et l'adhésion à leurs décisions par les citoyens des territoires concernés. Les outils de concertation sont là, prévus par la loi, et j'espère que les centaines de milliers de personnes qui suivent la campagne de Jean-Luc Mélenchon sur son site Web et sur sa chaîne Youtube poursuivront cet activisme citoyen au-delà de l'été 2017.

Pour les valeurs portées par la gauche socialiste historique, et pour celles de l'écologie politique, je pense qu'il y aura « un avant » et « un après JLM2017 ». Mais c'est comme pour la moisson ; il ne suffit pas de planter des graines, il faut aussi récolter. Et là, nous ne sommes qu'au milieu du gué.

00:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)