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21/04/2017

Observatoire de l'Eau en Coeur d'Hérault, outil qui pourrait se mettre en place en 2017 ...

Ce vendredi matin en Conseil Syndicat du Pays Cœur d'Hérault, j'ai présenté une note à propos de la création d'un Observatoire de l'Eau (cf. texte en version PDF).

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Je ne vais redévelopper le contenu de ce document dont j'ai par ailleurs souvent publié des éléments sur ce blog, mais il est plus intéressant d'évoquer les échanges en Conseil syndical. De façon générale, tous les élus sont unanimes à souhaiter que les informations soient mieux collectées, mieux exploitées à l'échelle de notre territoire et mieux portées à la connaissance de nos concitoyens et de tous les usagers de l'eau sur ce tronçon du fleuve Hérault qui s'écoule de Saint-Guilhem-le-désert à Uscals-d'Hérault (et pour la rive gauche de Puéchabon à Campagnan).

Pour la gouvernance d'un tel outil, cet observatoire de l'eau, beaucoup trouvent opportun de s'appuyer sur les élus qui siègent déjà dans des structures supra (SMBFH, CLE, ASA, SIEVH, SYBLE, ...) ; c'est le gage d'un meilleur partage des informations, et sans ajouter d'interfaces compliquées. Pour d'autres, comme Louis Villaret, il ne faut pas s'interdire de demander à ces structures-là de mieux communiquer, car cela peut déjà répondre aux attentes des usagers. Pour Béatrice Négrier, les élus qui siègent dans ces structures externes ne sont que de passage ; et il est important de maintenir la mémoire de tous les travaux, de toutes les études et de toutes les délibérations qu'elles prennent.

Mais, comme l'évoquait Nicole Morère, faut-il encore que le SYDEL dispose des moyens humains et financiers pour faire vivre un tel observatoire, dont par ailleurs les tâches seront dévolues à l'élaboration du SCoT. En conclusion, le Président Villaret a chargé son Directeur d'étudier la faisabilité de mise en oeuvre d'un tel Observatoire de l'Eau, en collaboration avec les services des intercommunalités membres et avec nos partenaires habituels (AERMC, CD34, SMBFH, DDTM34, ...).

Nos voisins de la Métropole de Montpellier ont lancé le mois dernier un même outil de concertation et de gouvernance de l'eau sur leur territoire, l'Observatoire Montpellier Métropole de l'Eau (OMME). Il se compose de 45 membres répartis en quatre collèges, et il dispose d'un budget annuel de 10.000 €. La Métropole de Montpellier est elle aussi en révision générale de son SCoT, mais un Observatoire de l'Eau est structurant pour les prises de décisions politiques, et il va bien au-delà de ce besoin-là qui lui est conjoncturel.

09/04/2017

Ne sommes-nous pas tous en transhumance ?

C'est à Mèze samedi après-midi que j'ai rejoint le parcours de la transhumance conduite par le berger Michel Ibanez. Je ne pouvais pas être au départ de Villeveyrac le matin, et j'ai donc fait le parcours à l'envers pour retrouver au-delà de l'A9 une foule nombreuse derrière un troupeau de brebis et quelques chèvres.

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Après Montpeyroux la veille et Lodève le matin, cette escapade au bord du bassin de Thau était surtout l'occasion de saluer le travail remarquable effectué par des acteurs de terrains, citoyens, associatifs, élus locaux ou fonctionnaires territoriaux. Les discours anxiogènes et négatifs véhiculés par la campagne électorale de la présidentielle se heurtent à des réalités locales bien différentes ; et c'est heureux !

Michel Ibanez, thierry Baëza

Un bravo et des encouragements sincères pour Thierry Baëza, maire-adjoint à Mèze et militant d'une écologie concrète et de proximité. Je suis persuadé que c'est en mettant tous nos projets bout à bout, d'un bassin de vie à l'autre, que nous bâtirons la transformation écologique de notre société. Et c'est avec optimisme et combativité que nous devons envisager l'avenir.

06/01/2017

Agriculture, changeons nos habitudes alimentaires, nos modes de consommdation et les pratiques de production

La seconde épizootie de grippe aviaire, H5NI ce mois-ci et H5N8 au printemps 2016, déciment les élevages de palmipèdes et de gallinacées dans de nombreux départements du Sud-Ouest. Le virus se propage très facilement ; une plume ou une fiente d'un animal infecté peut se coller à un vêtement, à un outil ou à la roue d'un véhicule, et ainsi contaminer un élevage voisin. L'abatage de tous les volatiles des élevages, le nettoyage sanitaire des installations et la mise en place de procédures d'hygiène fort contraignantes devaient déjà venir à bout de l'épizootie de 2016, mais les oiseaux migrateurs transportent le virus, et les élevages des zones survolées sont particulièrement fragilisées. 

Et si aujourd'hui c'est la grippe aviaire qui fait l'actualité, il y a deux ans c'était la bactérie Xylella fastidiosa qui provoquait la maladie de Pierce, s'attaquant entre autres aux oliviers ; les régions méditerranéennes dont la production d'huile d'olive est prépondérante ont alors vécu un désastre économique. Les maladies ont un impact massif sur les cultures, et nous le savons bien ici dans une région viticole, mais l'impact est d'autant plus fort qu'un territoire et que des exploitations agricoles misent tout sur une seule culture dont les pratiques sont industrialisées. Le prix du lait qui chute, les coûts de production en Allemagne sur le prix du cochon ou un printemps trop arrosé, et voilà toute une région qui met ses ouvriers agricoles au chômage technique, qui met en péril les exploitations et qui décourage durablement des vocations.

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L'agriculture française n'a plus la physionomie qu'elle avait jusque dans les années 70, et elle n'a plus non plus des hommes d’État comme Jules Méline [1883-1916] ou comme Edgar Pisani [1961-1966]. Il y a un siècle, Méline estimait que l'agriculture était le tronc et les racines d'une économie française dont les filières industrielles étaient les branches et les feuilles ; tout l'inverse aujourd'hui.  Il avait d'ailleurs mis en place des droits de douane significatifs pour restreindre l'arrivée des produits américains (plus de 100 ans avant le CETA et le TAFTA). Et jusqu'en 1992, date de la réforme de la politique agricole européenne, il existait même un modèle français. Cela a été le renoncement, en 1992, à une politique de soutien des prix et d'organisation des marchés, au profit d'une commercialisation dans un marché mondialisé ouvert et où les agriculteurs perçoivent des aides personnalisées compensatoire. Le modèle américain (cf. Farm Bill) s'impose alors, les agriculteurs ne produisent plus pour répondre aux besoins des consommateurs mais ils se positionnent en fonction des primes de chaque filière. Aujourd'hui, un entrepreneur agricole ne fait plus que travailler pour des donneurs d'ordres, le piège bancaire toujours prêt à se refermer, et avec des partenaires (semences, chimie, ...) qui les contrôlent.

Je suis profondément convaincu que l'agriculture doit redevenir le socle de notre modèle économique, car elle est pourvoyeuse d'emplois locaux, qu'elle assure notre indépendance alimentaire, que nous pouvons lui appliquer des exigences de haute qualité alimentaire et qu'elle modèle nos paysages, protège notre environnement (quand elle est bio) et concoure à l'image de la France dans le monde. En même temps, le retour à une polyculture familiale ne répond pas aux besoins de la consommation actuelle.

En premier lieu, il est indispensable de changer nos habitudes alimentaires. Nous mangeons trop, et nous mangeons mal ! L’État a son rôle à jouer, et c'est ce que fit Pierre Mendès-France en 1954 avec le verre de lait distribué à tous les écoliers de France. Il s'agissait alors de lutter contre la malnutrition dont souffraient encore les enfants au lendemain de la guerre,  mais aussi de développer la filière laitière. Faire de l'éducation nutritionnelle, c'est une idée qui a été reprise, par exemple avec les récrées fruitées à l'école, un moment pour manger des fruits de saison tout en apprenant à mieux les connaître. Nous mangeons par ailleurs beaucoup trop la même chose, ce qui oriente la production agricole vers les céréales, l'élevage pour la viande et les oléagineux ; tout ce qu'il faut pour les hamburgers et autres dérivés.

En parallèle, si l'offre se diversifie et s'améliore, alors les consommateurs auront l'opportunité de goûter autre chose. Je ne plaide pas pour la disparition de l'alimentation carnée, mais on peut avoir des apports de protéines et de lipides avec un tas d'autres aliments que la viande.

Et puis il faut surtout redonner envie de choisir le métier d'agriculteur ou d'éleveur, de paysan en fait. Le sujet fait parler de lui en ce moment, mais les écologistes portent depuis longtemps le projet d'instaurer un revenu d'existence universel, voilà un facteur qui peut faciliter une reconversion dans l'agriculture. Il est alors possible de démarrer, "juste pour voir", et puis de se développer si la clientèle apprécie et en redemande. Le taux de suicides dans les professions agricoles témoigne des souffrances que subissent les paysans, et il faut absolument leur redonner de l'oxygène.

Par ailleurs, les progrès en agriculture ce ne sont pas que les engrais, les OGM et le suivi GPS des engins. Je considère par exemple que la permaculture ou que l'agroforesterie ouvrent des voies remarquables pour améliorer le rendement et la qualité des cultures. Et il en est de même pour la distribution ; c'est plus moderne aujourd'hui de faire vivre un marché de producteurs locaux que de livrer une centrale d'achats pour les grandes surfaces.

Jules Méline, Edgar Pisani, Pierre Mendès-France

Ensuite, les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer. J'évoquais hier dans une note le Contrat de ruralité que le ministre Baylet est venu signer à Lodève ; c'est un habillage politicien d'aides financières que sollicitent les collectivités pour leurs propres investissements, mais il n'y a par exemple pas un sou pour les filières agricoles en Cœur d'Hérault. Alors que Philippe Saurel portait 6 projets dans le domaine de la santé sur la métropole de Montpellier, projets pour lesquels le pacte métropolitain d'innovation apportera 7,1 milliards d'euros de l’État, nos territoires ruraux n'ont pas cette maturité-là.

Nous avons perdu cette perception d'une terre nourricière, alors que depuis l'antiquité les peuples ont toujours développé des pratiques protectrices, n'ayant que les produits de la terre pour survivre d'une saison à l'autre. La conscience collective n'établit plus de lien entre le produit acheté dans le commerce et les végétaux ou les animaux qui en sont la matière première ; mais ce lien est géré lucrativement par les industriels de l'agro-alimentaire. Je ne suis pas pessimiste, et je pense que nos concitoyens sauront apprendre et s'adapter aux changements environnementaux qui vont perturber leur mode de vie, mais les politiques ont le devoir de l'anticiper.