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18/04/2018

Le préfet signe des arrêtés de DUP pour pomper de l'eau dans l'Hérault pendant que les instances représentatives locales se contentent ... de s'y adapter :=(

Je publiais en début d'année une nème note sur le partage et sur les usages des eaux, militant pour que soient diffusés les différents documents et les études actuellement débattues dans les instances représentatives (SMBFH, CLE, SMGS, ...). Car si ces instances ne sont pas avares de consultations ou de communications institutionnelles ou politiques, et j'avais produit un cahier d'acteur lors de la consultation H2030 de la Région Occitanie, elles sont à la limite du mutisme quand il s'agit d'informer. D'ailleurs, sur les 7 cahiers d'acteurs déposés pour l'Hérault, aucun n'émane du SMBFH, de la CLE, du SYDEL du Pays Cœur d'Hérault, du Syndicat mixte de gestion du Salagou, des EPCI du Cœur d'Hérault, ... Et oui, "communication" n'est pas synonyme d' "information" ...

Mais pendant ce temps-là, le préfet lui n'est pas avare de sa signature au bas des arrêtés d'exploitation de l'eau du fleuve Hérault. Le 02 mars 2018, il signait la DUP pour le captage de Lavagnac, autorisant une ponction maximale de 700 m3 par jour pour les besoins domestiques nécessaires au projet urbanistique du domaine de Lavagnac, et une ponction exceptionnelle maximale de 1400 m3 par jour en y ajoutant la sécurisation de Saint-Pons-de-Mauchiens et du bourg de Montagnac.

Hameau_Lavagnac.jpg

Et le 29 mars 2018, monsieur le préfet signait la DUP pour le captage du Moulain de la Plaine, situé au lieu-dit "Moulin de Roquemangarde". Là, le débit maximal sera de 300 m3 par jour pour l'alimentation en eau potable de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens, mais un fonctionnement exceptionnel autorisera un débit maximal de 1000 m3 par jour pour fournir 700 m3 au Domaine de Lavagnac et au bourg de Montagnac.

Mais ce qui est remarquable dans ces arrêtés, c'est qu'ils se fondent [évidemment] sur la loi (codes de la santé publique, de l'environnement, de l'expropriation, ...), sur une enquête publique, sur l'avis de l'hydrogéologue agréé en matière d'hygiène publique et in fine sur les avis du CODERST de l'Hérault et de l'ARS Occitanie, mais que jamais ne sont mentionnés des plans ou des schémas adoptés par les instances représentatives.

Alors que font les instances représentatives ? Un Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE) du fleuve Hérault devait être produit avant décembre 2017 ; il ne l'est toujours pas [et à ma connaissance ce serait plutôt pour l'été 2018]. Or, ce document est la clé de voute pour arbitrer les usages de l'eau sur le bassin versant du fleuve Hérault ! Mais en l'absence de volonté politique forte, ces instances s'apprêtent à s'adapter à la situation ... Eh oui, c'est comme pour le climat ; on cesse de lutter contre le réchauffement climatique, mais on commence à s'adapter au réchauffement. Bref, plutôt qu'un combat collectif pour l'intérêt général, on préfère sauver les meubles pour celles et ceux qui en ont les moyens :=(

Et pour apporter de l'eau aux ménages, aux agriculteurs, aux entreprises et au tourisme, c'est le Salagou qui va servir de réserve. Il y a là 102 millions de mètres-cubes ! Ce serait dommage que ça ne serve qu'aux activités nautiques et de plein air ... Donc, on envisage de lâcher, non plus 500 litres par seconde pour les seuls besoins du barrage hydro-électrique, et en même temps pour le milieu naturel sur la Lergue et l'Hérault, mais déjà 750 litres par seconde constitue un débit prévisible et un scénario à 1000 litres par seconde l'été, soit 6 Mm3 disponibles. La DREAL évalue que ce scénario conduirait, à une fréquence d'une année sur quatre, à un recul de 30 mètres de la plage de Clermont-l'Hérault, de 17,5 mètres de la plage des Vailhès, de 18 mètres au relais nautique d'Octon, de 14,5 mètres à la baie de Liausson et de 13 mètres au ponton handi-pêche d'Octon. Les collectivités locales qui investissent sur les rives du Salagou devront donc ... s'adapter.

Le Conseiller départemental Yvon Pellet et le président du Département Kléber Mesquida l'ont annoncé à Lodève le 29 mars lors d'une rencontre territoriale, et avec un schéma départemental de l'irrigation à l'horizon 2030 "pour sauver les vignes", et oui le Salagou sera sollicité. Ce soir-là à Lodève, un élu de la ville (Sébastien Rome) est intervenu pour dire l'attachement des habitants du Pays Cœur d'Hérault au Salagou, et Frédéric Roig est intervenu lui aussi pour rappeler les mobilisations de 2017 contre le golf de Lavagnac et pour insister sur un bon usage de l'eau.

Lavagnac_SdF_Paulhan_11.jpg

Je ré-interviendrai au prochain Conseil du Syndicat de Développement (SYDEL) du Pays Cœur d'Hérault pour que soit mis en place un Observatoire de l'Eau à l'échelle du Cœur d'Hérault, et avec un objectif de partager de l'information entre tous les élus qui  siègent dans des instances représentatives, de la rendre publique sur le site Web du Pays, mais aussi coordonner des actions d'échange et de concertation. Et avec le transfert des compétences sur l'eau aux EPCI, ce ne serait pas du luxe.

24/01/2018

La France n'arrive toujours pas à définir sa stratégie agricole pour le 21ème siècle

L’Europe envisage de réduire les zones agricoles défavorisées bénéficiant des aides communautaires, c'est à dire des communes où les conditions pour le maintien ou pour le développement d'exploitations agricoles sont jugées difficiles à cause de la configuration du territoire. Et cela fait déjà plusieurs années que l'Europe souhaite réviser la carte des zones agricoles défavorisées qui donnent droit à des indemnités compensatoires de handicaps naturels (ICHN) ; les communes classées en zone montagne ne sont pas dans le périmètre de cette révision. Pour les exploitations concernées, l'aide tourne autour de 10 000 € par an.

Zones_defavorisees.jpg

En Cœur d'Hérault par exemple, les communes du Lodévois-Larzac sont presque toutes classées en zone Montagne. Par contre, sur le Clermontais, des communes classées en zone défavorisée simple (ZDS) sont menacées de perdre ces aides européennes (Cabrières, Liausson, Lieuran-Cabrières, Mérifons, Mourèze, Péret, Salasc, Valmascle et Villeneuvette).

Sollicité par l'Union Européenne depuis 2016, c'est le gouvernement qui a publié en décembre dernier de nouvelles cartes de zonage qui ont aussitôt fait réagir les filières agricoles. La France doit rendre sa copie à Bruxelles d'ici mars 2018. Les agriculteurs de la région Occitanie, fortement mobilisés, ont organisé une manifestation ce mercredi 24 janvier à Montauban (autour d'un millier de participants). Pour l'Hérault, les nouvelles données de zonage ne semblent pas encore avoir été publiées.

Agriculteurs_Ocitanie_Montauban.jpg

Pour l'élevage, les exploitations doivent avoir au moins 3 hectares de surfaces fourragères ou céréales auto-consommées pour bénéficier de l'aide ICHN-animal. Autour du Salagou où de jeunes exploitants tentent de relancer le pastoralisme, ce serait un message bien négatif que le gouvernement leur adresserait en les retirant des zonages actuels. Idem pour l'ICHN-végétal quand nos collectivités locales promeuvent les circuits courts ...

Rappelons quand même que le gouvernement avait annoncé à l'été 2017 un transfert des aides européennes du 1er vers le 2nd pilier de la PAC. Le 1er pilier de la Pac, consacré notamment aux aides à l'hectare, est réservé presque exclusivement aux céréaliers. Le 2nd pilier est consacré aux petites exploitations de zones défavorisées, à l'installation des jeunes agriculteurs et au développement du bio. Or, la révision de la carte des zones défavorisées simples s'en prend au second pilier, et les messages successifs envoyés par le ministère de l'agriculture génèrent de l'incompréhension et de la colère.

14/12/2017

H2030, l'eau en partage - Un Observatoire de l'eau sur le Coeur d'Hérault est nécessaire !

Comme toutes les Régions, celle d'Occitanie Pyrénées-Méditerranée n'a pas de compétence opérationnelle directe sur la thématique de l'eau, mais la loi NOTRe leur confère un rôle d'animation et de planification dans l'aménagement de leur territoire. Et c'est au travers du SRADDET (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires) que la Région intervient sur les cycles de l'eau. Le SRADDET a un caractère normatif (il est prescriptif pour tous les documents infra comme les SCoT, les PCAET, ...), et il est intégrateur au sens où il n'est plus la juxtaposition de schémas mais la formalisation d'une politique régionale d'aménagement.

Le SRADDET de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée est en cours d'élaboration, et l'exécutif régional jalonne sa démarche de concertations publiques. Sur l'eau, la Région déroule son projet H2O30 depuis maintenant un an, avec pour objectif de valider sa Stratégie régionale de gestion durable de la ressource en eau début 2018.

H2030.png

Cet automne, la Région a lancé une étape de concertation, tout le monde pouvant déposer un cahier d'acteur. Il y a 96 cahiers d'acteurs qui ont été remis, émanant de collectivités locales, d'établissements ou d'agences publiques, de chambres d'agriculture, de fédérations professionnelles, etc. Et c'est intéressant de les feuilleter (ils ont un format standard de 4 pages) pour appréhender les positions des uns et des autres sur l'eau.

Personnellement, j'ai déposé un cahier d'acteur pour le Cœur d'Hérault ; je l'ai fait au nom de mon parti politique parce qu'il fallait indiquer une structure porteuse, mais j'aurai préféré que ce soit en collaboration avec l'un des établissements où je siège (commune de Paulhan, communauté de communes du Clermontais, syndicat de développement du Pays Cœur d'Hérault). Je regrette d'ailleurs leur absence dans cette concertation. Et je suis même très étonné que le syndicat mixte du bassin du Fleuve Hérault  (SMBFH) n'ait pas contribué lui non plus ...

Tous les élus (et surtout les usagers) du territoire étaient pourtant mobilisés sur l'enquête publique autorisant le pompage du Syndicat du Bas Languedoc dans la nappe alluviale de l'Hérault à hauteur du complexe touristique de Lavagnac.  Et dans le même cadre local, la Commission Locale de l'Eau (CLE) du Fleuve Hérault devait produire d'ici la fin de l'année 2017 le Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE), un document avec des scénarios basés sur les débits d'objectifs d'étiage (DOE) pour partager et affecter les ressources disponibles entre les usages de l'eau et les secteurs géographiques.

Je ne dis pas ici que personne ne fait rien, mais ce sont souvent les mêmes qui sont au four et au moulin. Or, il faut partager les informations et concerter autant que possible. Et c'est pour cela que j'avais demandé au SYDEL du Pays Cœur d'Hérault de constituer un Observatoire de l'eau. Mais je suis têtu ;-)