Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

26/07/2018

Conseil municipal de Paulhan, la culture divise l'assemblée municipale

Quinze points étaient à l'ordre du jour du Conseil municipal de Paulhan ce 26 juillet, un point a été retiré à notre demande (concernant l'adhésion à Hérault Ingénierie qui mérite un peu de recul vis à vis des compétences de la commune et des prestations dispensées par ce service public administratif), et le point n°15 a suscité un débat ... intéressant. Et qui nous a conduit à nous abstenir tous les quatre, Aleksandra Djurovic, José Roig, Fabienne Heredia et moi-même.

Ce dernier point de l'ordre du jour portait sur la convention d'objectifs « Compagnonnage des festivals d'été 2018 » avec la Communauté de communes du Clermontais pour l'édition 2018 de l'Alhambra Festi de Paulhan (cf. convention en copie PDF). Le premier grief de notre groupe est que la commission Culture de la commune se soit vue dépossédée de la programmation de cet évènement, au profit du Théâtre du Sillon et de son conseil d'exploitation. Et puis il s'y est ajouté le coût. A l'époque où l'Alhambra Festi s'appelait les Récré'atrales, le budget d'une édition tournait autour de 3 500 €. Puis ces dernières années, l'Alhambra Festi coûtait autour de 5 000 €. Et là, le budget pour deux jours de festival (au lieu de trois auparavant) triple pour atteindre 14 340 € !

Premier argument du maire, le directeur du Théâtre le Sillon, Fabien Bergès, aurait trouvé au festival d'Avignon des compagnies pouvant se produire sur les festivals du Clermontais. C'est donc une source d'auto-réjouissance pour le maire Claude Valéro, et pour son adjointe à la culture, Christine Ricard, le festival de Paulhan aura cette année un petit goût d'Avignon. Il y a le Festival « Aniane en Scènes » les mêmes jours, et il faut sortir du lot ...

Le second argument du maire est purement comptable. La Communauté de communes apporte 7 340 € à ce budget et le maire venait de faire passer juste avant une demande de subvention auprès de la Région pour la compagnie « les chiennes nationales » dont le cachet est de 2 000 €, ce qui fait qu'au final le reste à charge pour la commune revient autour de 5 000 €, à peu près comme par le passé. C'est bien ce qu'on appelle ne pas voir plus loin que le bout de son nez, car cet argent qui vient de la Communauté de communes comme de la Région, c'est de l'argent public, ça vient de nos impôts ou des taxes que l'on nous prélève, et il convient d'en être tout autant économe qu'avec le budget municipal.

Et puis la convention qui nous était présentée n'avait que des engagements de moyens, et aucune obligation de résultat. Les articles de la convention évoquent des objectifs à atteindre puis à évaluer, mais ils ne sont pas écrits ... Alors s'agit-il du rayonnement de la commune, de la participation des spectateurs, de la sensibilisation des plus jeunes, d'une pérennisation au travers d'une association locale ... Pas de réponse de l'exécutif, mais notre maire (qui est aussi vice-président à la Culture de la Communauté de communes) s'est trouvé des excuses : une adjointe à la mairie totalement absorbée par le projet de la bibliothèque, une collaboratrice à la Communauté de communes partie en congé maternité, etc. Et puis Claude Valéro se met dans les pas de Denis Mallet, dont il ne faudrait retenir que son projet Paratge pour se convaincre du bien fondè de cette convention. Désolé monsieur le maire, mais un projet global de territoire (cf. schéma de développement culturel du Clermontais 2017-2020) voté en assemblée communautaire le 14 décembre 2016, cela doit se décliner festival par festival, action par action ; il faut le faire vivre.

Recréatrales_Juillet_2013.jpg

Alors la conseillère municipale de proposition Valérie Lotte a raison de ne pas se satisfaire que d'un comptage de participants, jugeant que de croiser le sourire des personnes présentes est déjà en soi un bel objectif qualitatif. Or, en juillet 2013, la dernière soirée des Récré'atrales était un spectacle de danse hip-hop, animée par la Cie C2, avec des jeunes de tout le territoire autour de Paulhan, et il y avait là dans les tribunes du parking de la mairie environ 200 personnes qui avaient la banane, les jeunes, leurs parents et les spectateurs. On peut réussir avec quelques bouts de chandelles, et un budget avignonesque n'est pas une garantie de satisfaction collective.

Ah si, à ce prix-là le maire de Paulh'an nous affirmait que l'affiche de l'Alhambra Festi 2018 n'avait rien à voir avec celle de 2017 ...

2017-Alhambra-festi-web.jpg    2018-Alhambra-festi-web.jpg

02/03/2018

Adieu à Denis Mallet

Denis a tiré sa révérence hier matin ... C'est bien une malédiction qui touche notre territoire, avec les disparitions ces derniers temps de personnalités qui lui ont tant apporté, et avec tant de capacités d'entraînement ; je pense ainsi à Marie-Christine Bousquet, à Josiane Ligonière.

A la Communauté de communes, Denis était un rayon de soleil dans cet environnement si terne. Et quand il présentait son budget debout au milieu de l'assemblée, ce n'était pas pour faire spectacle, mais bien pour animer son propos, pour lui donner plus de portée encore. Il était un messager, mais de cette tradition orale si captivante et si délicieuse quand la parole est si bien portée. Il y avait aussi chez Denis ce tempérament facétieux, une expression singulière du visage qui ponctuait sans cesse ses propos, d'un sourire amusé à un haussement de sourcils interrogatif, une gestuelle qui donnait la mesure de son verbe.

Denis était le seul élu à ne jamais se satisfaire de ses réussites, pourtant significatives, quand tant d'autres se réjouissent de petits riens ; cette soif de toujours faire mieux est une qualité qui se perd, et Denis l'exprimait avec une rare humilité, car il avait un vrai souci de l'intérêt général. Avec son « Paratge », terme occitan intraduisible et qui provient du langage des troubadours, évoquant la noblesse d'âme, Denis était à sa façon un chevalier portant haut ses projets culturels.

D_Mallet.jpg

Notre dernière rencontre était il y a une semaine à Paulhan pour la remise des lots de l'Auto de Noël ; le contexte correspondait bien peu à nos appétits, mais nous avons su nous nourrir d'autres mets. Il me disait qu'il ne serait candidat à rien en 2020, mais qu'il ne resterait pas inactif. Et nous avons alors évoqué le projet de territoire qu'il fallait construire à quelques-uns pour le prochain mandat ; il devait le rendre public dans les semaines à venir. L'approche intercommunale des enjeux du quotidien nous réunissait, et nous convenions que c'était là un terreau fertile pour nos communes.

Ce soir-là, nous avons aussi évoqué les tiers-lieux, dont celui du Cœur d'Hérault qui est à l'ordre du jour du comité syndical du 2 mars. Il était intarissable sur ces questions-là, évoquant un projet de tiers-lieu à Cabrières, et nous nous accordions sur le fait qu'avec l'arrivée du très haut débit d'ici 2022, il y avait tout un réseau de tiers-lieux à construire, irriguant le territoire du Cœur d'Hérault d'espaces de projets. Et de savoir que nous aurions cet échange-là lors de ce comité syndical exigeait que mes interventions ne soient pas décevantes, parce qu'il y avait là un propos à venir qui devait être riche et un partenaire de séance qui mettait toujours la barre très haut. Sans lui, je me suis tu.

Denis était le seul élu, dans les assemblées intercommunales ou syndicales, à se dire d'accord avec mes propos exprimés en séance ; je n'en tire aucune flagornerie, mais nous avions ces mêmes fulgurances pour l'avenir du territoire et sur l'impérative nécessité de multiplier les espaces d'échange, entre élus tout comme avec la société civile, cultivant l'esprit critique.

Je suis désormais comme un troubadour qui chemine et qui perd son ombre, ce qui n'arrive que quand le soleil se couche.

06/11/2016

Coopérer, voilà un joli verbe à cultiver !

J'ai glissé, hier en fin d'après-midi dans un agenda bien rempli actuellement, une visite au Sonambule à Gignac à la 3ème édition des rencontres « Nature et Culture » organisée par Demain la Terre.

Demain la Terre !, Sonanbule

Je suis passé samedi à 17h pour une table ronde «CoopérationS» : regards croisés sur culture et agriculture, avec la présentation d’exemples autour des valeurs partagées tels que gouvernances, modes de fonctionnement, structurations, etc. Y participaient des producteurs ancrés et engagés localement, dans une démarche  solidaire,  pour  la  culture  ou l’agriculture : Mathias Langlois et Dominique Soulier (Ô Champs), Florian Olivères (Le SILO), Stéphane Person (Terracoopa), Mathieu Siorat (OCVH) et Bernard Pallisé (Cave coopérative de Montpeyroux).

Ce qui m'a interpellé à l'occasion de cette table ronde, c'est le dynamisme très militant qui émane de ce territoire du Coeur d'Hérault, et particulièrement pour ce secteur autour de Gignac et d'Aniane. Coopérer est réellement le verbe qui convient aux formes d'entreprise qui se développent ici. Tout d'abord avec le Silo, cette structure qui n'a pas de forme juridique formelle mais qui se veut être un Réservoir coopératif où on donne le temps aux artistes et aux projets artistiques de se développer pour à la fois semer et récolter. Et c'est enthousiasmant de voir que cette structure agit en permaculture, c'est à dire au sein d'un écosystème coopératif et durable.

Demain la Terre !, Sonanbule

Terracoopa est une coopérative d'activités de l'agriculture biologique et des métiers de l'environnement, et son représentant présent samedi à Gignac a témoigné de la fragilité de leur mission. Sur Clapiers, Vias, Neffiès, Alignan du Vent, ... la coopérative dispose d'illustrations significatives de ses missions, et Stéphane Person a clairement décrit la période de trois années qui permet aux projets d'éclore. Au-delà, les agriculteurs de Terracoopa sont des entrepreneurs à part entière, hors statut d'entrepreneur-salarié de la coopérative. Mais ces derniers restent majoritairement associés de la coopérative et ils accompagnent à leur tour de nouveaux porteurs de projet.

Je connaissais déjà les boutiques paysannes, boutiques où les producteurs vendent eux-mêmes leurs produits sur Lodève (A travers champs), Clermont l'Hérault (La Boutique), La Boissière (Ô Champs) et bientôt à Gignac, mais les témoignages de Dominique Soulier et de Mathias Langlois décrivent cet engouement croissant pour une alimentation locale et de qualité, et où la convivialité l'emporte sur le consumérisme. Une idée venant de la salle m'a intéressée, c'est celle d'associer à la qualité des produits le savoir cuisiner. C'est un concept qui se concrétise dans les habitats partagés ou dans des quartiers (ou villages) solidaires, mais cela reste encore trop marginal. Nous pourrions imaginer que les communes mettent à la disposition de leurs habitants des lieux pour de la consommation collaborative et de la cuisine collective.

Enfin, j'ai été très emballé par le partenariat entre l'office culturel de la Vallée de l'Hérault (OCVH) et la cave coopérative de Montpeyroux. Les deux structures ont des projets à l'international et elles ont donc décidé de coopérer. Le Sonanbule est partenaire du festival international de la chanson de Grandby au Québec, et ses lauréats figurent dans sa programmation, et non pas dans sa salle gignacoise mais à la cave CastelBarry de Montpeyroux. Car cette cave coopérative exporte son vin, mais aussi sa convivialité et s'ouvre aux autres. Comme le disait hier soir Bernard Palilsé, le directeur de la cave, « Montpeyroux aurait pu se contenter d'une fête du rosé avec un spectacle de Paul Selmer ». Non, la cave artisanale CastelBarry de Montpeyroux organisait fin juillet 2015 le Music Festival CastelBarry, avec le Conservatoire de Musique de Sarasota en Floride et des musiciens internationaux.

demain la terre !,sonanbule

La chaîne ARTE a diffusé en octobre un remarquable documentaire, L'urgence de ralentir. Il ressort de tous les témoignages relevés à travers le Monde que ce sont des expériences locales qu'il faut réussir à relier pour peut-être réussir à promouvoir un autre monde. Nous vivons sous le dogme de deux concepts humains, à savoir le temps et l'argent, mais plus personne ne sait leur donner de valeur. Le système dominant n'a de cesse que d'accélérer le temps et d'accumuler de l'argent, mais sans faire le bonheur de personne. Là, avec ces expériences locales que nous pouvons accompagner sur le Cœur d'Hérault, nous touchons du doigt ce qui peut nous conduire à un territoire en transition dans une société "post-croissance", avec une économie relocalisée plus solide devenant ainsi plus résiliente. Dans ce documentaire, la coopération est omniprésente, avec cette coopérative alimentaire d'Ithaca (État de New-York) qui réunit un tiers de la population (près de 8000 personnes), les monnaies locales "La Mesure" à Romans-sur-Isère ou le "Bristol Pound" à Bristol, la Park Slope Food Coop à Broklyn (New-Yok City), etc.

demain la terre !,sonanbule