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22/10/2017

Les premiers de cordée votent à l'Assemblée Nationale pour nourrir la bulle financière, creusant plus encore les inégalités sociales

L'Assemblée Nationale est de moins en moins un espace de débats enthousiasmants, et nous vivons depuis quelques mois avec un rouleau compresseur en marche qui fait passer ses lois sans trop s'embarrasser des diatribes initiées par l'opposition. Les débats de fin de semaine dernière sont néanmoins très éclairants sur les enjeux de société sous-jacents, et j'invite à lire les quelques dizaines de pages de retranscription que publie le site Web de l'Assemblée Nationale ; et par exemple les débats de la matinée du vendredi 20 octobre sur des amendements complémentaires à l'article 11 et sur l'article 12 du projet de loi de financie pour l'année 2018 (PLF2018).

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Les médias ont réduit ces débats à un échange historique, philosophique ou littéraire entre l'insoumis François Ruffin et le ministre Bruno Le Maire. Mais c'est l'ensemble des propos échangés sur les différents bancs de l'Assemblée qui réveille nos neurones ; et j'avoue que la parole de François Ruffin est à la fois subversive au sein de cette représentation nationale si conformiste, et politiquement vitale dans le nivellement par le bas des idéologies portées par nos députés. Il faut lire les propos de certains députés défendre par exemple les « petits ou moyens riches » ou « les bas de laine constitués de pièces ou de lingots d'or » ...

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A l'occasion des débats sur l'article 11 du PLF2018 (sur le prélèvement forfaitaire unique - réduit à son acronyme PFU ou à son anglicisme de flat tax) et sur l'article 12 (pour la suppression de l'ISF et l'introduction de l'IFI), François Ruffin nous a ramené à la Commune de Paris et à Adolf Thiers, quand notre ministre est remonté aux Lumières et à Marx.

François Ruffin : Cela me fait penser à Adolphe Thiers – puisque ce débat sur l’impôt dure depuis plus d’un siècle – qui, immédiatement après avoir écrasé la Commune de Paris et avoir écrit à ce propos, dans une lettre, « le sol de Paris est jonché de cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon », immédiatement après ces actes criminels, déclarait au Parlement, lors d’une discussion sur l’impôt sur le revenu : « Ce serait un impôt de discorde. Le peuple n’a pas besoin, il faut bien le lui dire et le lui répéter, d’appauvrir le riche pour être heureux lui-même. »

Bruno Le Maire : Je considère que si une querelle politique est aussi vive, c’est évidemment qu’elle a des racines historiques. Au-delà d’un simple outil fiscal, le débat sur l’ISF oppose deux visions de la Nation, de la société et de l’économie, comme l’a souligné M. Mélenchon : d’un côté, Voltaire et son éloge de la prospérité, de l’autre, Rousseau et son éloge de la frugalité ; d’un côté, Tocqueville et son éloge de la société libre et du commerce, de l’autre, Marx et sa détermination à taxer le capital. Dans cette majorité, nous serons résolument du côté de Voltaire et de Tocqueville, du côté de la liberté, du commerce et de la prospérité.

Bon, ne cherchez pas des mots comme écologie, environnement, biodiversité ou climat dans tous ces échanges, il s'agit bien de fric, de blé, d'oseille, ... dont certains se gavent dans une obscénité sociale qui finira par un clash de classes. C'est toujours la même musique : moins taxer les entrepreneurs pour qu'ils utilisent ces gains dans l'investissement, dans leurs prix ou pour l'emploi. Sauf que j'ai le souvenir de la TVA dans la restauration, qui devrait faire baisser l'addition et créer des emplois (sic). Et plus récemment sur le CICE, l'organisme attaché au Premier ministre, France Stratégie, a compilé les données qui concluent à un flop en matière de lutte contre les défaillances d'entreprise et pour la création d'emplois ...


J'invite à télécharger ici le compte-rendu intégral de la première séance du vendredi 20 octobre ; ce sont 63 pages qui reflètent la pluralité des opinions de notre représentation nationale !   picto_pdf.jpg
Analyse du scrutin sur le vote de l'article 11 du PLF2018 en première lecture le 19/10/2017.   picto_pdf.jpg
Analyse du scrutin sur le vote de l'article 12 du PLF2018 en première lecture le 20/10/2017.   picto_pdf.jpg

02/11/2013

Nous ne pouvons plus seulement que nous indigner ...

Bon, ça ne justifie pas toujours le prix de la redevance audiovisuelle, mais il y a comme ça de temps en temps des soirées télé pas inintéressantes. Et c'était le cas ce vendredi 1er novembre avec deux émissions de la télévision publique, d'abord sur France2 avec Frédéric Taddeï et ensuite sur France 5 avec un triptyque intitulé « Dans le secret du Conseil des ministres ».

Ce n'est pas tant le débat sur l'écologie qui m'a étonné dans « Ce soir (ou jamais !) », l'émission hebdomadaire de Frédéric Taddeï, mais plutôt sa seconde partie avec l'historien Christophe Granger qui a publié « Le vase de Soissons n'existe pas » (avec Victoria Vanneau aux Editions Autrement).  Car ces quelques instants d'histoire m'ont appris que Vercingétorix n'avait jamais jeté son bouclier aux pieds de Jules César à l'issue du siège d'Alesia, qu'aucun vase (cadeau de l'église au roi des Francs) n'avait été cassé à Soisson, que l'arrestation de Louis XVI à Varennes avait été "romancée" pour quelques motifs révolutionnaires, que le chasse-mouches du Dey d'Alger était un ustensile grossièrement exploité pour justifier la colonisation puis l'indépendance, etc. Bref, les leçons d'Histoire apprises à l'école sont des ... histoires :=(

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Avec le feuilleton mis en images par France 5 à partir du livre de Bérangère Bonte, « Dans le secret du Conseil des ministres », aux Editions du Moment, c'est encore une autre histoire qui était contée ; c'est l'histoire d'une République dont les rituels pèsent lourdement sur l'action politique.

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Cette adaptation pour la télé de cet ouvrage se décline en trois épisodes : Le fauteuil du roi, la cour du roi et les grandes heures. C'est le premier épisode qui était diffusé par France 5 la nuit dernière, et il décrivait, Président après Président, que le fonctionnement de notre Vème République était mis en scène de la même façon qu'au temps de la monarchie, le Palais de l'Elysée ayant simplement remplacé celui de Versailles.

Mais, me diriez-vous, qu'y a-t-il de très étonnant dans tout ça ? L'histoire manipulée et la République corsetée dans ses ors, une lecture même irrégulière du Canard Enchaîné en témoigne à chaque page. En réalité, c'est plutôt notre éducation qui est mise à mal. Pourquoi l'école de la République s'ingénie-t-elle ainsi à nous bourrer le crane de mythes soi-disant historiques ? Je ne sais pas si on apprend encore à l'école que nos ancêtres sont les Gaulois, mais ça doit crisper quelques bonnets rouges aujourd'hui en Bretagne ;-)

Et ce rouleau compresseur que constitue notre passage sur les bancs de l'école, de la maternelle jusqu'aux études supérieures, ça insère dans notre cerveau d'humain des préceptes qui vont nous guider toute notre vie. Ajoutons à ce terreau si fertile un dopage télévisuel (et maintenant Web), et nous avons des générations de moutons prêts à produire, à acheter et à consommer dans le respect des règles de la vie en société apprises dès le plus jeune âge.

Une autre émission intéressante est passée hier soir sur France 3, elle était intitulée « Pétain, un héros si populaire ». Quelle terrible illustration de mes propos précédents ... Les Français ont été trompés par leurs institutions, et Philippe Pétain en était l'incarnation. En 1944, Pétain était acclamé à Paris et à Nancy, la population entonnant même la Marseillaise pourtant interdite par l'occupant. Malgré les humiliations, les souffrances et les vagues d'épuration contre les juifs et contre les communistes, le peuple français gardait pour le chef de l'Etat une indulgence a posteriori bien douteuse.

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Et aujourd'hui encore, les Français ne font pas preuve de beaucoup d'esprit critique quand nos responsables ratifient des traités internationaux ou européens, qu'ils engagent nos troupes sur des terrains extérieurs, qu'ils accordent des facilités aux acteurs économiques et financiers, au détriment des acteurs sociaux que nous sommes tous, etc. « Panem et circenses», j'en reviens toujours à cette formule romaine qui a permis à bien des empereurs de maintenir leur autorité sur Rome et sur ses conquêtes territoriales. Ajouté aux principes inculqués par l'éducation, aux valeurs d'une nation dont l'histoire ressasse les faits d'arme et aux fondements de la République, le peuple peut s'occuper à ce que le marché lui propose, l'Etat s'occupe du reste.

En tous cas, merci à France Télévisions pour sa programmation de la soirée du 1er novembre 2013. A suivre des émissions sur les révolutions dans le monde ?

24/08/2013

Avec Jean-Claude Guillebaud, une note d'espérance avant la rentrée !

Le temps libre que nous accordent les congés me permet de lire, et je tenais à partager ici mes notes de lecture du dernier livre de Jean-Claude Guillebaud.

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Tout d'abord, j'apprécie depuis longtemps les articles de Jean-Claude Guillebaud ; journaliste, écrivain mais aussi éditeur, cet intellectuel me fournit souvent la satisfaction de trouver un écho à mes propres interrogations. Et avec cet ouvrage, c'est le sous-titre qui donne le fil conducteur : l'espérance. C'est ce moteur qu'il a croisé dans les années 80 au Liban quand les populations bombardées sortaient de leurs abris après les dernières salves pour réparer les dégâts. Et Guillebaud d'illustrer cette espérance sans cesse renouvelée par la remarque de Saint-Exupéry : "L'avenir, tu n'as pas à le prévoir mais à le permettre".

L'Europe occupe une place importante dans cet ouvrage. Et Guillebaud revient sur l'histoire de l'Europe, tout d'abord la grande guerre de 14-18 qui a fait tomber tout ce que l'Europe avait donné comme espoirs depuis le 18ème siècle, mais aussi la chute du mur de Berlin qui sonne le glas du communisme (sartro-marxiste dans la France des années 60) en même temps que Mme Tatcher impose le libéralisme anglo-saxon que des Denis Kessler et Alain Minc ne cesseront de théoriser.

La construction Européenne suscite aussi de vives critiques chez celui qui avait dit NON à Maastricht et NON au traité de constitution européenne (TCE) ; cela fait maintenant un demi-siècle que les pères de l'Europe demandent aux peuples d'approuver leurs projets, reconnaissant eux-mêmes qu'ils étaient imparfaits, mais que l'étape suivante saurait faire mieux ... Guillebaud revendique pour la France les deux valeurs qui fondent le patriotisme, à savoir l'attachement à son pays et la défense de valeurs humanistes universelles ; et le projet européen le permet.

C'est en Asie que Guillebaud trouve aujourd'hui une véritable espérance dans l'avenir, ces villes comme Shanghaï, à une douzaine d'heures de vol de Paris, qui sont devenues le centre du Monde. Nous savons depuis un siècle que l'Europe n'est plus au coeur de notre planète, mais avec les contre-sens qu'empruntent aveuglément les européens, ce déplacement s'accélère.

En tous cas, même après les congés on peut trouver un week-end pour se plonger dans ce livre. A lire pour se nourrir avant l'hiver !