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07/07/2017

Le Coeur d'Hérault, territoire anti-macronite ?

Alors qu'une macronite aigüe est en train de s'abattre sur la France, avec des conséquences sociales qui devraient faire honte à tous ces marcheurs subjugués par leur gourou (j'ai hésité entre décervelés et excités), je suis de plus en plus convaincu que c'est à partir de nos territoires que nous saurons recréer du progrès social. Pas en augmentant le SMIC, le point d'indice des fonctionnaires  ou les aides familiales, mais en créant d'autres outils de « mieux social ». La coopération de salariés ou les collaborations en réseau d'entrepreneurs, les monnaies locales, le partage, ... sont des pistes à explorer. Et sur le Cœur d'Hérault, le secteur de l'économie sociale et solidaire n'est pas visible ; il y a des acteurs de l'ESS sur ce territoire, mais ils ne sont pas suffisamment relayés par les collectivités locales.

Le Cœur d'Hérault pâtit d'un autre problème, c'est qu'il est composé de trois établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) qui voient chacun midi à leur porte. Ils sont néanmoins réunis dans un syndicat de développement (le SYDEL du Pays Cœur d'Hérault), mais celui-ci est un géant aux pieds d'argile. Le Pays est par exemple l'interlocuteur de l'Agence Régionale de Santé (ARS) pour la mise en œuvre de son Contrat Local de Santé (CLS), mais les communes et les EPCI sont seuls opérationnels. Il est ainsi l'interlocuteur privilégié de la Région Occitanie / Pyrénée-Méditérannée, mais les maîtrises d'ouvrage pour la mise en place d'outils de développement économique reviennent aux EPCI.

Et c'est frustrant d'ailleurs de constater des intentions, voire même des réalisations ambitieuses du Pays (SCOT, PCAET, CLS, Contrat de ruralité, Coordination des aides européennes, ...), sans pour autant pouvoir être plus efficaces. Nos deux voisins que sont la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup et la Métropole Montpellier Méditerranée ont une unique assemblée délibérante, des commissions, des services et des moyens totalement dédiés aux politiques adoptées ; le Pays Cœur d'Hérault à côté semble vouloir concourir en avançant sur trois pieds, mais sans système nerveux central qui coordonne son cheminement :=(

BassinsdevieOccitanieCoeurHerault.jpgC'est d'ailleurs décevant de constater que dans l'Assemblée des territoires que la Région Occitanie/PM a mis en place en 2017, avec 73 bassins de vie (chacun disposant de deux sièges), le Cœur d'Hérault s'y retrouve avec deux composantes, à savoir le Lodévois et un improbable Val d'Hérault ... A côté de ça, le Montpelliérain englobe la Métropole de Montpellier avec le Grand Pic Saint-Loup et le Pays de l'Or. Vis à vis de la Région, mais aussi en terme de visibilité politique, le Cœur d'Hérault y gagnerait à plus d'unité ...

Je ne veux pas non plus tomber dans le défaitisme ou le procès d'intention, car le SYDEL du Pays Cœur d'Hérault a toujours été innovant ; je citais précédemment son Contrat Local de Santé, mais c'est le Cœur d'Hérault qui a lancé en 2003 le Prix de la TPE (Très Petite Entreprise), et l'initiative s'étend désormais à tout l'Hérault et à ses départements voisins, la CCI étant devenue depuis un partenaire-clé. La Maison des Entreprises du Cœur d'Hérault, située à Saint-André-de-Sangonis, porte un autre projet structurant pour l'économie locale, c'est la pépinière d'entreprises.

Le Conseil syndical du Pays Cœur d'Hérault délibérait ce 07 juillet sur le plan de financement de cette structure. Pour 2017, son budget a été adopté pour le montant de 175 749 €, les recettes venant de la Région, de l'Union européenne (FSE) et du SYDEL, c'est à dire de nos impôts (et taxes). Si on regarde ce placement d'argent public sous le prisme de la seule création d'emplois, le bilan est moyen ; les entreprises accompagnées par la pépinière créent en moyenne 15 emplois par an. Une analyse de premier abord pourrait conclure qu'un budget équivalent à 1000 €/emploi/mois pourrait être mieux réparti et ainsi contribuer à créer plus d'emplois. Mais la pépinière n'est pas un levier d'aide à l'emploi, elle permet surtout de pérenniser les entreprises, c'est à dire les aider à s'installer et à se développer. C'est un mécanisme qui s'oppose par exemple au CICE (Crédit d'impôt compétitivité-emploi), ce type d'outil aidant les entreprises à l'aveugle. Et pour le territoire, il ne faut pas mesurer les retombées uniquement en terme d'emplois créés, car ces entreprises vont payer de la fiscalité (CVAE, CFE, TF, TEOM, ...) qui bénéficient aux collectivités locales du territoire.

L'ingénierie économique est une discipline peut promue en France ; nos dirigeants ont été biberonnés à la planification économique (cf. Commissariat général du Plan créé par Jean Monnet en 1945), alors que les pays anglo-saxons ont toujours privilégié le contrat à la loi. Mais à l'échelle de territoires comme le notre, le Cœur d'Hérault, il est crucial d'investir dans un Observatoire économique, de s'associer les contributions des chercheurs, de s'appuyer sur les expériences d'autres territoires, et même au delà des frontières de l'hexagone, d'être à l'écoute des nouvelles formes d'activité économique (Coworking, Factory Labs, ...), de négocier avec la Région pour créer des filières de formation professionnelle adaptées aux exigences locales, etc. C'est le modèle des « Territoires en transition » qui doit nous inspirer ; des territoires chacun plus résilient, mais qui mis en réseau constituent un ensemble plus pérenne sur les axes économiques, sociaux et environnementaux.

19/06/2017

La France Insoumise, simple relooking politique ou ambryon d'un nouveau souffle démocratique ?

Melenchon.jpgL'élection de députés de la France Insoumise ce dimanche 18 juin a dépassé [un peu] les pronostics d'après premier tour, mais nous restons quand même très loin de la vague d'avant le 23 avril. A 10 ou à 20, dans un groupe politique ou en non inscrits, des élus d'opposition en si petit nombre ne seront qu'un grain de sable dans la chaussure de Macron ... Jean-Luc Mélenchon peut discourir, et l’hémicycle lui donnera l'occasion d'exercer ses talents de tribun, mais je crains fort qu'il ne se cantonne dans le rôle de Rodrigue.

Je passe rapidement sur Mélenchon pour m'attarder sur les seconds rôles ; d'ailleurs, le cinéma nous a appris à nous attacher à ces seconds rôles, constants et attachants. Et là, en politique aussi, ils donnent la réplique sur le terrain, au plus près des citoyens. Leur tâche est même la plus difficile, car ils sont confrontés quotidiennement au réel sans renoncer à l'idéal.

Ressiguier.jpgJ'ai d'abord des félicitations pour Muriel Ressiguier, car elle ne s'est appuyée sur aucune vague pour être élue ce dimanche. Au soir du premier tour, le retard qu'elle avait sur la protégée de Philippe Saurel ne lui donnait pas la meilleure cote, mais avec les militants qui l'entouraient elle a su mobiliser dans les quartiers et faire revenir dans les bureaux de vote les abstentionnistes du premier tour. Et c'est là un long chemin de 5 ans qui l'attend, car elle ne pourra pas revenir devant ses électeurs pour leur annoncer demain l'abrogation de la loi Travail, plus tard la convocation d'une constituante ni même la sortie du nucléaire d'ici 2030 ; c'est donc un cheminement de résistance qui se profile, et elle devra s'appuyer sur les syndicats de salariés, sur des partenaires politiques, sur des collectifs, sur des associations et sur tous les citoyens qui pacifiquement lutteront contre le détricotage de notre contrat social.

Ruffin.jpgEt puis ce matin sur le chemin du boulot j'ai zappé sur RTL, et j'ai écouté François Ruffin. Il serait, selon tous les médias, l'un des 17 députés de la France Insoumise. Sauf que lorsque l'on reprend son acte de candidature et sa campagne, il a plutôt été soutenu par la France Insoumise, comme par le PCF et par EELV. Et quand Mélenchon revendique un groupe parlementaire discipliné, François Ruffin réaffirme sa totale liberté ; il ne suivra pas aveuglément les consignes d'un groupe politique. Et mieux que cela, François Ruffin a remis son mandat entre les mains de ses électeurs, qui pourront le révoquer s'ils le décident par un référendum révocatoire réunissant plus de 25% des inscrits. De même, il s'inscrit dans la charte des élus de Podemos en réduisant drastiquement ses indemnités, au niveau du SMIC.

Si on mélange un peu de Mélenchon, un extrait de Ressiguier et un zeste de Ruffin, et cela pour tous les députés de la France Insoumise, cela peut produire un élixir de très profond renouveau démocratique ; mais attention, ça peut aussi tourner vinaigre. Quand on regarde le pédigrée de ces 17 nouveaux députés de la France Insoumise, nous sommes loin de certificats de virginité politique comme s'en réclament bien des députés Macronistes, et il ne faudrait pas que la FI ne soit qu'un relooking du PG. Néanmoins, ces 17 députés insoumis ne sont pas des béni-oui-oui, et il y a donc du potentiel pour semer et pour moissonner demain.

Mon message est ici celui de tous les électeurs français qui attendent que leurs élus les fassent sortir de cette léthargie dans laquelle les pouvoirs de gauche et de droite les ont plongé depuis bien des années. Alors certains ont misé sur Macron, espérant qu'en faisant sauter tous les verrous la France renouera avec son lustre d'antan. Nous savons déjà qui en récoltera les fruits, toujours les mêmes. Dans d'autres camps, les députés sont des sentinelles, voire des éclaireurs ; je compte sur celles et ceux de la France Insoumise pour mobiliser les citoyens attachés à leurs droits, à leur qualité de vie, à leur histoire et à leurs cultures, et qui veulent transmettre ce patrimoine-là plutôt que de se répandre en promesses illusoires.

17/06/2017

Comment voter blanc ?

A J-1 du second tour des élections législatives, tous les électeurs ont normalement reçu l'enveloppe du ministère de l'intérieur avec à l'intérieur les professions de foi et les bulletins de vote des candidats. Mais que faire si à la lecture de ces documents l'envie de déserter le bureau de vote demain est prédominante ?

Enveloppe_ministerielle.jpg

Un profond sens citoyen nous invite néanmoins à aller voter, mais pour qui ? Ah, et le vote blanc ... Mais comment on vote blanc ? Bon, là on va sur Google pour savoir ce qu'est un vote blanc, mais la vraie référence est le Code Électoral ; l'article L65 indique que « Les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Ils n'entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins. Une enveloppe ne contenant aucun bulletin est assimilée à un bulletin blanc ». Ça ne nous avance pas beaucoup ...

Car en plus, sur les tables qui présentent les bulletins dans un bureau de vote, il n'y a pas de bulletin blanc, au prétexte qu'une enveloppe vide suffit ; alors comment voter blanc ? Le code électoral nous indique qu'une enveloppe vide correspond à un bulletin blanc, oui mais c'est quand même frustrant de voter avec une enveloppe vide, et puis au moment de poser l'enveloppe dans l'urne, ça peut se voir que l'enveloppe est vide (surtout aux régionales avec un bulletin de vote d'un format A4 plié en 6), ce qui n'est pas très respectueux du secret de notre vote. Alors c'est quoi un bulletin blanc ? Ces bulletins ci-dessous sont-ils recevables ?

Bulletins_Blancs.jpg

Parce qu'ils sont tout blancs, qu'il n'y a rien d'écrit dessus et qu'ils sont aussi une façon inventive de voter blanc. Le sénateur Yves Détraigne a posé la question par écrit au ministre de l'intérieur en septembre 2014, mais la réponse ne nous avance pas plus, car aucune exigence de format n'y est exprimée (cf. question publiée au JO en version PDF). Mais en réalité, si les présidents de bureaux de vote n'ont rien pour apprécier la qualité du vote blanc, ils disposent de circulaires pour déterminer les bulletins nuls. Ainsi, l'une des exigences est qu'un bulletin doit respecter la taille et le grammage réglementaire auquel cas il est considéré comme nul. Alors le plus simple pour ne pas mettre toute une table de scrutateurs en ébullition et risquer de voir son bulletin blanc devenir nul, il faut au moins le fournir au même format que les autres bulletins.

Une feuille blanche, une paire de ciseaux et un stylo sont indispensables pour la confection de son vote blanc.

empreinte.jpg

En posant l'un des bulletins trouvé dans l'enveloppe ministérielle sur sa feuille blanche, on peut tracer des traits de contour qu'il suffit ensuite de suivre avec ses ciseaux.

Bulletin_predecoupe.jpg

Mais attention, après la découpe, de ne laisser apparaître aucun trait de stylo sur le bord, parce que sinon ça finit en "vote nul" ! Et voilà un bulletin blanc qui vient s'ajouter à la panoplie de l'électeur, prêt à aller voter avec son bulletin blanc en poche.

2_et_un_blanc.jpg

Et ce petit exercice pratique donne même un p'tit complément d’âme à son vote blanc, le sentiment de ne plus aller pour rien. Après, le jour J, il faut prendre les bulletins sur la table du bureau de vote, et c'est dans l'isoloir que le dernier acte se réalise. Mais là, chacun est dans le secret de son vote.

Personnellement, je plaide pour la reconnaissance du vote blanc comme suffrage exprimé. Et ce serait même, dans le contexte actuel d'abstention massive, une façon de susciter l'envie de venir voter.