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21/04/2018

ZAD de NDDL, l'esprit de Huckleberry Finn

De quoi la ZAD de Notre-Dame-des-Landes est-elle la représentation ? Longtemps elle n'a été qu'une mobilisation très hétérogène pour s'opposer à un projet d'aéroport, un projet pensé il y a très longtemps et auquel tous les notables de la région s'étaient attachés, comme ils n'accordent d'ailleurs d'intérêt qu'à ce qui brille ... pour eux.

Et il ne faut pas croire que Macron aurait été touché par l'écologie quand il a décidé de mettre fin à ce projet. Il voulait surtout réussir un coup politique, en rupture avec tous ses prédécesseurs, et puis il ne voulait pas débuter son mandat présidentiel avec des accidents mortels à l'occasion d'évacuations musclées, comme à Sivens. Le climat (cf. COP21), la modernité économique et le changement ont alors été ses arguments.

Assemblee_ZAD_2016.jpg

Mais aujourd'hui cette ZAD est une pièce à deux faces : pour les zadistes, elle demeure une opportunité pour expérimenter un autre monde, et pour les autorités locales et nationales, elle est une tâche dans le système uniforme qui doit s'imposer à tous. Et Nicolas Hulot a très bien résumé cette dualité dans cette phrase qui lui restera collée comme un sparadrap : « L'écologie n'est pas l'anarchie ». Pour le ministre de la transition écologique et solidaire, l'écologie est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les mains de doux rêveurs ... Non, une société écologique ne le deviendrait qu'avec le concours d'entreprises spécialisées, bref avec des gens très diplômés et très sérieux. Parce que la transition écologique ne serait qu'une activité économique comme une autre, et surtout une source de profits pour des industriels et des financiers.

Les témoignages de zadistes exacerbent le sentiment que la société enferme, écrase, uniformise, et surtout elle n'offre plus aucune possibilité de vivre autrement. Ainsi, il est reproché aux zadistes qui produisent leur lait, leurs œufs, leurs légumes, ... de ne pas respecter les règles sanitaires standard, alors que ceux-ci se contentent de reproduire des pratiques qui avaient cours il y a quelques décennies à peine.  Par contre, personne ne semble s'alarmer que toutes formes d'allergie touchent aujourd'hui 40% des français ; il y a maintenant 40 fois plus de consultations en urgence pour des personnes présentant des manifestations sévères qu'il y a 10 ans. Notre mode de vie moderne qui est maintenant la norme s'accompagne de pathologies toujours plus conséquentes ... et on pointe du doigt ceux qui voudraient vivre autrement ?

ZAD_Construct.jpg

André Gorz, Jacques Ellul, Ivan Illich, Bernard Charbonneau, ... autant d'intellectuels qui ont théorisé l'écologie politique dans le sens où elle doit inévitablement rompre avec la dictature d'une développement économique accumulateur de bien et prédateurs des ressources naturelles. Et on peut, sans les trahir, les qualifier d'anarchistes. Le mouvement des territoires en transition, qui vise à retrouver des formes de résilience locale, n'est-il pas lui aussi transgressif ? Et comme le disait le député François Ruffin sur France Info le 15 avril, « nous avons tous en nous quelque chose d'Huckleberry Finn ».

Ruffin_Hunck.jpg

La présidence Macron, c'est le triomphe du pragmatisme sur les valeurs, la primauté du réel sur l'idéal, et si son modèle de société désespère la jeunesse, alors il l'invitera à trouver d'autres chemins de foi ... Je ne sais pas s'ils étaient nombreux il y a un an à voir en Macron une sorte de Christophe Collomb du 21ème siècle, mais on a plutôt gagné un nouveau Bernard Gui :=(

02:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

18/04/2018

Le préfet signe des arrêtés de DUP pour pomper de l'eau dans l'Hérault pendant que les instances représentatives locales se contentent ... de s'y adapter :=(

Je publiais en début d'année une nème note sur le partage et sur les usages des eaux, militant pour que soient diffusés les différents documents et les études actuellement débattues dans les instances représentatives (SMBFH, CLE, SMGS, ...). Car si ces instances ne sont pas avares de consultations ou de communications institutionnelles ou politiques, et j'avais produit un cahier d'acteur lors de la consultation H2030 de la Région Occitanie, elles sont à la limite du mutisme quand il s'agit d'informer. D'ailleurs, sur les 7 cahiers d'acteurs déposés pour l'Hérault, aucun n'émane du SMBFH, de la CLE, du SYDEL du Pays Cœur d'Hérault, du Syndicat mixte de gestion du Salagou, des EPCI du Cœur d'Hérault, ... Et oui, "communication" n'est pas synonyme d' "information" ...

Mais pendant ce temps-là, le préfet lui n'est pas avare de sa signature au bas des arrêtés d'exploitation de l'eau du fleuve Hérault. Le 02 mars 2018, il signait la DUP pour le captage de Lavagnac, autorisant une ponction maximale de 700 m3 par jour pour les besoins domestiques nécessaires au projet urbanistique du domaine de Lavagnac, et une ponction exceptionnelle maximale de 1400 m3 par jour en y ajoutant la sécurisation de Saint-Pons-de-Mauchiens et du bourg de Montagnac.

Hameau_Lavagnac.jpg

Et le 29 mars 2018, monsieur le préfet signait la DUP pour le captage du Moulain de la Plaine, situé au lieu-dit "Moulin de Roquemangarde". Là, le débit maximal sera de 300 m3 par jour pour l'alimentation en eau potable de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens, mais un fonctionnement exceptionnel autorisera un débit maximal de 1000 m3 par jour pour fournir 700 m3 au Domaine de Lavagnac et au bourg de Montagnac.

Mais ce qui est remarquable dans ces arrêtés, c'est qu'ils se fondent [évidemment] sur la loi (codes de la santé publique, de l'environnement, de l'expropriation, ...), sur une enquête publique, sur l'avis de l'hydrogéologue agréé en matière d'hygiène publique et in fine sur les avis du CODERST de l'Hérault et de l'ARS Occitanie, mais que jamais ne sont mentionnés des plans ou des schémas adoptés par les instances représentatives.

Alors que font les instances représentatives ? Un Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE) du fleuve Hérault devait être produit avant décembre 2017 ; il ne l'est toujours pas [et à ma connaissance ce serait plutôt pour l'été 2018]. Or, ce document est la clé de voute pour arbitrer les usages de l'eau sur le bassin versant du fleuve Hérault ! Mais en l'absence de volonté politique forte, ces instances s'apprêtent à s'adapter à la situation ... Eh oui, c'est comme pour le climat ; on cesse de lutter contre le réchauffement climatique, mais on commence à s'adapter au réchauffement. Bref, plutôt qu'un combat collectif pour l'intérêt général, on préfère sauver les meubles pour celles et ceux qui en ont les moyens :=(

Et pour apporter de l'eau aux ménages, aux agriculteurs, aux entreprises et au tourisme, c'est le Salagou qui va servir de réserve. Il y a là 102 millions de mètres-cubes ! Ce serait dommage que ça ne serve qu'aux activités nautiques et de plein air ... Donc, on envisage de lâcher, non plus 500 litres par seconde pour les seuls besoins du barrage hydro-électrique, et en même temps pour le milieu naturel sur la Lergue et l'Hérault, mais déjà 750 litres par seconde constitue un débit prévisible et un scénario à 1000 litres par seconde l'été, soit 6 Mm3 disponibles. La DREAL évalue que ce scénario conduirait, à une fréquence d'une année sur quatre, à un recul de 30 mètres de la plage de Clermont-l'Hérault, de 17,5 mètres de la plage des Vailhès, de 18 mètres au relais nautique d'Octon, de 14,5 mètres à la baie de Liausson et de 13 mètres au ponton handi-pêche d'Octon. Les collectivités locales qui investissent sur les rives du Salagou devront donc ... s'adapter.

Le Conseiller départemental Yvon Pellet et le président du Département Kléber Mesquida l'ont annoncé à Lodève le 29 mars lors d'une rencontre territoriale, et avec un schéma départemental de l'irrigation à l'horizon 2030 "pour sauver les vignes", et oui le Salagou sera sollicité. Ce soir-là à Lodève, un élu de la ville (Sébastien Rome) est intervenu pour dire l'attachement des habitants du Pays Cœur d'Hérault au Salagou, et Frédéric Roig est intervenu lui aussi pour rappeler les mobilisations de 2017 contre le golf de Lavagnac et pour insister sur un bon usage de l'eau.

Lavagnac_SdF_Paulhan_11.jpg

Je ré-interviendrai au prochain Conseil du Syndicat de Développement (SYDEL) du Pays Cœur d'Hérault pour que soit mis en place un Observatoire de l'Eau à l'échelle du Cœur d'Hérault, et avec un objectif de partager de l'information entre tous les élus qui  siègent dans des instances représentatives, de la rendre publique sur le site Web du Pays, mais aussi coordonner des actions d'échange et de concertation. Et avec le transfert des compétences sur l'eau aux EPCI, ce ne serait pas du luxe.

Accès à l'eau, un droit inaliénable.

Voilà une note que j'avais rédigé en début d'année, mais sans la publier ; peut-être pour y ajouter des éléments d'informations locaux. Mais l'actualité locale, et même l'actualité mondiale sur l'eau, par exemple avec la conquête des ressources en eau par Nestlé sur tous les continents, doit nous faire prendre conscience, collectivement, que l'accès à une eau de qualité est un droit humain inaliénable.

C'était un projet de loi constitutionnelle assez enthousiasmant qu'avaient déposés les députés de la France Insoumise en décembre dernier sur le bureau de l'Assemblée : un accès à l'eau, droit inaliénable. Il faut lire les 7 pages de l'exposé des motifs, car sont posés là des principes qui devrait faire l'unanimité (cf. texte de la loi). Le débat en commission des lois le 24 janvier 2018 a aussi été de qualité sur le fond, toutes les opinions ayant pu s'exprimer (cf. rapport de la commission).

Mais ce qui est regrettable, démocratiquement et humainement, c'est que cette loi n'aura pas l'opportunité d'être amendée par la représentation nationale, ni même votée. Le député Richard Ferrand, président du groupe La République en marche, avait déposé une motion de rejet qui a été adoptée par 57 voix contre 25 (cf. analyse du scrutin).

Motion_Rejet_Loi_Constitutionnelle_Eau.jpg

La ministre Jacqueline Gourault, et bien d'autres parlementaires des bancs de la majorité avaient reconnu partager ces mêmes valeurs autour de « l'Eau, un bien commun », mais très vite dans le débat de présentation sont revenus des arguments tels que le prix du service, la libre administration des collectivités territoriales, l'absence d'étude d'impact, le principe de responsabilité, etc.

A noter que les députés LREM de l'Hérault étaient tous absents au moment de ce scrutin ; il faudra le leur rappeler demain quand la question de l'eau sera abordée lors de leurs déplacements sur nos territoires. La députée Ménard a voté pour cette motion de rejet ; là encore ces fameux "députés du peuple" tombent le masque. Merci à Muriel Ressiguier d'avoir défendu ce texte ce jour-là avec les trois groupes politiques de gauche.