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03/05/2017

Les villes en transition n'échappent pas à la poussée du Front National. Pourquoi ?

Dans ce marasme politique qu'est le scrutin présidentiel, d'une Vème République au bout du rouleau et de partis politiques qui ne savent plus mobiliser les citoyens, je pensais trouver quelques oasis dans ces villes très écologiques que nous montrent les documentaires. Des villes comme Ungersheim (Haut-Rhin) et Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais) témoignent des efforts réalisés depuis de longues années par leur maire pour les énergies renouvelables, pour l'agriculture bio, pour les circuits courts, pour l'éco-construction, pour des transports les moins émetteurs possibles de gaz à effet de serre, pour une monnaie locale, etc.

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Dans ces deux communes, la transition écologique n'est pas une mode récente ; cela fait 20 ans au moins que leur maire mobilise toutes les ressources de sa commune pour rendre son territoire plus résilient. Cette dynamique vertueuse est souvent associée au bien vivre ensemble et donc à une forme d'harmonie collective.

Sauf qu'à regarder le résultat du premier tour de l'élection présidentielle dans ces deux communes, il y a comme un étrange décalage ... A Ungersheim, il y a 1905 électeurs ; Marine Le Pen y a réunit 585 suffrages, soit 37,6% des voix pour une participation de 81,7%. François Fillon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sont loin derrière avec respectivement 16,77%, 15,23% et 13,75% des suffrages exprimés. A Loos-en-Gohelle, il y a 5397 électeurs ; Marine Le Pen est là aussi arrivée largement en tête avec 39% des voix (soit 1591 suffrages) pour une participation de 75,6%. Jean-Luc Mélenchon (20%) et Emmanuel Macron (16%) sont distancés.

Dans ces deux communes au riche passé industriel, avec les mines de potasse pour l'une et de charbon pour l'autre, manger bio, s'éclairer au photovoltaïque ou covoiturer ne suffit pas à écarter les inquiétudes des habitants sur leur travail, sur l'emploi de leurs enfants et sur le pouvoir d'achat de leurs familles. Il y a là une culture ouvrière attachée au travail comme moyen de se sociabiliser, de pourvoir aux besoins du foyer et d'être intégré à la classe moyenne de la commune. Le vote Front National est le symptôme de cette crise sociale de la France périphérique, mais il est plus surprenant que la transition écologique dans laquelle ces communes s'installent depuis des années n'y change rien. Les résultats du 1er tour le la présidentielle à Loos-en-Gohelle sont à l'image de tout le département du Pas-de-Calais ; c'est un peu moins vrai pour Ungersheim.

Le magazine Reporterre a publié fin 2016 un article : "A Ungersheim, la transition est belle, mais ne règle pas tout", en écho au documentaire de Marie-Monique Robin « Qu'est-ce qu'on attend ». La question était déjà posée au lendemain des régionales, avec 52% des voix pour le Front National ... Je n'ai pas la réponse moi non plus, mais je suis convaincu qu'il ne faut pas baisser les bras et que l'on ne peut pas en quelques années revenir sur des décennies de désindustrialisation. La transition à l'échelle intercommunale me paraît aussi être une nécessité, autant pour bénéficier de la masse critique suffisante que pour sortir de l'isolement d'une commune.

Nous sommes à un moment charnière où le modèle de l'économie mondialisée jette les classes populaires dans un légitime déni vis à vis de la classe politique. Or, on ne peut pas faire marche arrière, et d'ailleurs aucune civilisation humaine n'a jamais fait le choix collectif conscient de régresser. On ne peut pas non plus continuer dans cette fuite en avant qui ne profite toujours qu'à quelques-uns. La voie qu'empruntent les villes et territoires en transition est plus exigeante, et moins « dans l'air du temps », mais il n'y en a pas d'autre. Et il ne faut pas se laisser démoraliser par quelques mauvais symptômes politiques ; il faut cibler le long terme.

26/04/2017

Pour ne jamais s'habituer, pour ne jamais oublier et surtout pour que notre esprit critique prédomine sur tout !

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D'une lutte ne nait pas que le chaos, peuvent germer aussi des réflexions collectives et des initiatives partagées

Le Collectif Oxygène organisait ce samedi 22 avril une réunion avec des ateliers et la projection d'un film sur le thème « Des Terres, Pas d'Hypers ! ».  Ce collectif s'est constitué à l'automne 2014 pour lutter contre le projet d'implantation d'un ensemble commercial Oxylane le long de la route départementale de Saint-Gély-du-Fesc (D986 - Route de Ganges), sur la commune de Saint-Clément-de-Rivière. Là, sur 24 hectares de terres agricoles, il est prévu d'en bétonner la moitié ! Car si au départ l'installation d'un magasin Décathlon s'inscrivait dans une complémentarité avec des activités de sport et de loisir sur le site, il s'est vite avéré que le projet était réellement celui de commerces qui profiteraient ainsi de leur situation aux portes de Montpellier.

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L'ordre du jour de l'après-midi était assez dense (cf. ordre du jour en version PDF), chaque intervenant ayant 10 à 15 minutes de présentation, mais les échanges avec la salle ont été nourris.

De l'intervention de Mickaël Delafosse et des échanges qui suivirent, j'ai noté la concurrence des intercommunalités entre elles. Alors que la Métropole de Montpellier investit pour le logement social et sur des équipements et des infrastructures publiques, la Communauté du Grand Pic-Saint-Loup se contente de poser en périphérie une zone commerciale dont elle tirera de substantielles recettes fiscales. Et cette obsession de la prédation fiscale pour alimenter le budget de l'EPCI se soucie très peu des commerces de proximité au cœur des villages. Les conséquences négatives ne manquent pas, depuis la dégradation paysagère des entrées de village jusqu'à la montée d'un vote FN alimenté par l'abandon des services de proximité.

Pour certains, la responsabilité d'un EPCI comme la Communauté du Grand-Pic-Saint-Loup serait plutôt de créer un pôle commercial au cœur de son territoire, comme par exemple autour de Saint-Mathieu-de-Tréviers. Car les espaces agricoles, naturels ou boisés constituent des ceintures vertes, mais aussi des ruptures entre deux intercommunalités voisines. Si demain le projet Oxylane se réalise, il y aura alors une continuité urbaine entre d'un côté les communes voisines de la métropole de Montpellier, comme Grabels, Montferrier-sur-Lez et Prades-le-Lez, et de l'autre Saint-Clément-la-Rivière ; celle-ci serait donc naturellement éligible à rejoindre le périmètre de Montpellier Méditerranée Métropole ...

Dans l'aire urbaine de Montpellier, c'est la démographie qui est le paramètre le plus difficile à maîtriser, avec ce phénomène d'étalement urbain observé depuis un demi siècle. Car ce sont toujours les terres agricoles les plus fertiles qui sont urbanisées, en gros celles que l'on trouve en plaine ; alors que par le passé nos anciens avaient le bon sens de construire sur les hauteurs et de laisser la plaine pour les cultures et l'élevage. Certains élus en profitent pour eux-mêmes, mais Renaud Calvat, maire de Jacou, évoquait l'acquisition sur le territoire de sa commune du domaine de Viviers à la famille Pagezy par la Métropole ; ce sont 200 hectares d'espaces agricoles et naturels boisés sur lesquels sont pérennisés des projets agricoles depuis 2011. Renaud Calvat informait par ailleurs qu'il y a deux jours la SAFER venait de finaliser l'installation d'un agriculteur sur 5 hectares en agro-écologie, et cela à quelques centaines de mètres de l'arrêt de tramway.

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Les communes peuvent, si elles le souhaitent, jouer un rôle considérable pour assurer l'indépendance alimentaire sur leur territoire. L'exemple de Barjac a été immortalisé par le film de Jean-Paul Jaud, « Nos enfants nous accuseront », et il fait référence, mais c'est un autre village des Alpes-Maritimes qui était évoqué ce samedi ; la commune de Mouans-Sartout a créé une Régie Agricole Municipale (RAM) et embauché un agriculteur pour fournir en fruits et légumes bio la cantine de l'école du village. Et à la question que j'ai posé pour mieux cerner les outils dont disposaient les communes, souvent propriétaires de terrains en friche et sollicitées par des porteurs de projets sans pouvoir y répondre de façon efficiente, la maire de Murviel-les-Montpellier, Isabelle Touzard, a évoqué les associations foncières pastorales (AFP) qui permettent de sanctuariser des terrains agricoles pour faciliter l'accès au foncier de porteurs de projets. De plus, l'AFP est une personne morale qui peut obtenir des subvention et être maître d'ouvrage pour des travaux d'aménagement.

Pour sa part, le maire de Grabels, René Revol, a cité le cas de sa commune où le préalable est la démocratie alimentaire. En gros, il est vain d'imposer à des habitants tel ou tel comportement de consommation, et il est préférable de leur laisser se fixer leur propre cadre alimentaire. Le territoire de Grabels se compose de 16% de parcelles urbaines et de 84% de parcelles en espace agricole ou naturel ; le potentiel d'installation agricole n'est donc pas négligeable, mais la commune a tenu a mettre en place un marché de producteurs locaux afin de renforcer et de fidéliser le lien entre producteurs et consommateurs. Et par ailleurs, Grabels participe à un Périmètre de protection des espaces agricoles et naturels périurbains (PAEN) avec 5 communes voisines (Combaillaux, Clapiers et Vailhauquès) ; il s'agit là de graver dans le marbre la vocation agricole de terrains destinés à la production agricole, car seul un arrêté ministériel peut modifier ou annuler un PAEN.

J'ai jeté ici en vrac un ensemble de notes de cet après-midi-là, mais elles illustrent la richesse des échanges que nous pouvons avoir, et cela à partir de la contestation d'un projet inutile. Et non, refuser un aménagement n'est pas synonyme d'opposition systématique, butée et fermée ; cela peut se traduire en propositions et en opportunités partagées sur d'autres territoires. C'est d'ailleurs ce qui nous manque le plus aujourd'hui, cette capacité à échanger et à promouvoir des alternatives à tout ce qui entame la durabilité de notre planète. Donc un grand merci à toutes les personnes engagées dans le collectif Oxylane !

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