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08/03/2018

Quel est l'état de l'Europe, et pour quelle Europe voterons-nous en 2019 ?

Les élections législatives dimanche en Italie ont marqué la victoire des anti-européens ; c'est ce qui revient dans tous les commentaires des journalistes. En Autriche, en Pologne ou encore en Hongrie, la nationalisme a pris les rênes du pouvoir ; et dans de nombreux autres pays européens, l'essor des partis souverainistes s'est désormais banalisé. Par ailleurs, la Pologne et la Hongrie sont les deux États les plus réfractaires à une construction de l'Europe transférant des compétences dites régaliennes, comme pour la protection des frontières de l'UE, ou vis à vis des valeurs de l'Europe en matière de droit.

Europe_Pigeons.jpgEt c'est dans ce contexte-là que la présidence bulgare de l’Union européenne s'est donnée comme priorité l’adhésion des six pays des Balkans occidentaux ; en plus de la Slovénie et la Croatie qui sont déjà membres de l’Union européenne, mais ce sont deux États qui demeurent fragiles. La Serbie est certainement le candidat le plus sérieux, quand le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, l'Albanie, la Macédoine et le Kosovo sont encore très loin des critères d'adhésion ; sans oublier le conflit des Balkans dans les années 90 qui est encore dans toutes les mémoires et dont les plaies ne sont pas encore cicatrisées.

La corruption gangrène aussi nombre de ces pays, comme en Slovaquie où le journaliste Jan Kuciak et sa compagne, Martina Kusnirova, ont été assassinés à leur domicile fin février 2018. La corruption, au plus haut niveau de l’État, est aussi à l'origine de l'assassinat de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia en octobre 2017 à Malte dans l'explosion de sa voiture, piégée, devant son domicile.

En ce début d'année 2018, c'est la Roumanie que la Commission européenne a mise en garde, suite à une réforme de la justice adoptée le mois dernier qui serait trop indulgente vis-à-vis des élus ou des dirigeants accusés de corruption. Plus d’un quart de siècle après la mort du tyran Ceaucescu, la Roumanie est encore minée par l’enrichissement personnel de ses dirigeants (cf. article du JDD). La Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE, est elle aussi toujours minée par un système de passes-droits hérité de l'époque communiste.

Et dans ce tumulte européen, il n'est pas possible de ne pas évoquer le Royaume-Uni, l'un des États les plus eurosceptiques de l'Union qui la quitte au début de l'été 2019, alors que le Royaume-Uni en est l'un des plus anciens membres (adhésion au 1er janvier 1973 avec l'Irlande et le Danemark pour rejoindre les six pays fondateurs de l'UE). Quant à l'Europe des régions qui permettrait à la Catalogne, à l’Écosse ou à la Flandre d'accéder à leur indépendance au sein d'une Europe fédérale, c'est le cauchemar de tous les nationalistes

europe-dechiree-24d2d.jpgAlors qu'est-ce que l'Europe aujourd'hui ? Pouvons-nous nous contenter de n'y voir qu'un marché, ou de n'y voir que la liberté de déplacement des personnes, des biens et des capitaux ? Existe-t-il un peuple européen ? Des valeurs européennes ? Portons-nous une identité européenne qui  soit véhiculée dans le monde entier ? Il devient donc très malhonnête de se déclarer pro ou anti-européen quand on ne sait pas définir l'objet que l'on soutient ou ce que l'on conteste.

Et comment promouvoir alors un projet politique pour l'Europe quand sa réalité varie tant d'un État à l'autre ? Car c'est l'expression du vote italien de ce dimanche ; l'Italie ne s'en sort pas, dix ans plus tard, des affres de la crise économique et financière. Et puis elle n'est pas épaulée par le reste des États membres face aux vagues migratoires de la méditerranée. Alors pourquoi un peuple qui se sent autant abandonné serait-il europhile ? Il en est de même pour la Grèce, étrillée par les institutions européennes et contrainte de dilapider des pans entiers de son patrimoine public. Qu'apporte donc l'Europe à ces pays-là ?

Alors l'élection du Parlement européen à l'été 2019 sera-t-elle le couperet qui mettra fin à cette Europe-là, avec une assemblée majoritairement souverainiste et europhobe ? Dans ce cas-là, le Conseil européen serait incapable de faire élire son(sa) candidat(e) par le Parlement européen ... Une situation de blocage entre le Conseil et le Parlement ouvrirait alors la voie à la négociation de nouveaux traités, voire à de nouvelles formes de coopération européenne.

Aussi, avant de poursuivre cette fuite en avant aveugle et de se retrouver au pied du mur, il est nécessaire de redéfinir un projet européen, et voire l'Europe bien au-delà de simple traités.

02/03/2018

Adieu à Denis Mallet

Denis a tiré sa révérence hier matin ... C'est bien une malédiction qui touche notre territoire, avec les disparitions ces derniers temps de personnalités qui lui ont tant apporté, et avec tant de capacités d'entraînement ; je pense ainsi à Marie-Christine Bousquet, à Josiane Ligonière.

A la Communauté de communes, Denis était un rayon de soleil dans cet environnement si terne. Et quand il présentait son budget debout au milieu de l'assemblée, ce n'était pas pour faire spectacle, mais bien pour animer son propos, pour lui donner plus de portée encore. Il était un messager, mais de cette tradition orale si captivante et si délicieuse quand la parole est si bien portée. Il y avait aussi chez Denis ce tempérament facétieux, une expression singulière du visage qui ponctuait sans cesse ses propos, d'un sourire amusé à un haussement de sourcils interrogatif, une gestuelle qui donnait la mesure de son verbe.

Denis était le seul élu à ne jamais se satisfaire de ses réussites, pourtant significatives, quand tant d'autres se réjouissent de petits riens ; cette soif de toujours faire mieux est une qualité qui se perd, et Denis l'exprimait avec une rare humilité, car il avait un vrai souci de l'intérêt général. Avec son « Paratge », terme occitan intraduisible et qui provient du langage des troubadours, évoquant la noblesse d'âme, Denis était à sa façon un chevalier portant haut ses projets culturels.

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Notre dernière rencontre était il y a une semaine à Paulhan pour la remise des lots de l'Auto de Noël ; le contexte correspondait bien peu à nos appétits, mais nous avons su nous nourrir d'autres mets. Il me disait qu'il ne serait candidat à rien en 2020, mais qu'il ne resterait pas inactif. Et nous avons alors évoqué le projet de territoire qu'il fallait construire à quelques-uns pour le prochain mandat ; il devait le rendre public dans les semaines à venir. L'approche intercommunale des enjeux du quotidien nous réunissait, et nous convenions que c'était là un terreau fertile pour nos communes.

Ce soir-là, nous avons aussi évoqué les tiers-lieux, dont celui du Cœur d'Hérault qui est à l'ordre du jour du comité syndical du 2 mars. Il était intarissable sur ces questions-là, évoquant un projet de tiers-lieu à Cabrières, et nous nous accordions sur le fait qu'avec l'arrivée du très haut débit d'ici 2022, il y avait tout un réseau de tiers-lieux à construire, irriguant le territoire du Cœur d'Hérault d'espaces de projets. Et de savoir que nous aurions cet échange-là lors de ce comité syndical exigeait que mes interventions ne soient pas décevantes, parce qu'il y avait là un propos à venir qui devait être riche et un partenaire de séance qui mettait toujours la barre très haut. Sans lui, je me suis tu.

Denis était le seul élu, dans les assemblées intercommunales ou syndicales, à se dire d'accord avec mes propos exprimés en séance ; je n'en tire aucune flagornerie, mais nous avions ces mêmes fulgurances pour l'avenir du territoire et sur l'impérative nécessité de multiplier les espaces d'échange, entre élus tout comme avec la société civile, cultivant l'esprit critique.

Je suis désormais comme un troubadour qui chemine et qui perd son ombre, ce qui n'arrive que quand le soleil se couche.

25/02/2018

Centre-ville en mouvement pour députés en marche ;-)

C'est la balade très médiatisée des députés LREM Vignal et Huppé qui a attiré mon attention sur un dispositif dont je n'avais pas connaissance, le plan national « Action cœur de ville ». Késaco ?

Ce projet de priorité nationale est sorti en décembre 2017, et par ce biais le gouvernement souhaite donner des moyens aux villes moyennes, celles qui irriguent un bassin de vie sans être des métropoles (cf. dossier de presse). Mais à la lecture de la plaquette, et derrière des intentions tout à fait louables, on retrouve des dispositifs déjà bien connus : la dotation de soutien à l'investissement local pour les projets d'investissement (déjà sous-jacents aux contrats de ruralité), l'ANAH pour financer l'amélioration de l'habitat, le Fisac pour l'attractivité commerciale des cœurs de ville, le soutien des EPF pour le portage foncier des collectivités locales et le traditionnel soutien financier de la Caisse des dépôts.

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Sur l'éligibilité des projets, ce sont les préfets qui recueillent les expressions d'intérêt, qui coordonnent les services et qui mobilisent les moyens de l’État ; ils sont les animateurs locaux des partenariats signés. Il n'y a pas plus jacobin ! Macron et son gouvernement pilotent ce dispositif dans les territoires au travers des services préfectoraux, et les députés de sa majorité en profitent pour se faire connaître des concitoyens de leur circonscription.

Vignal_Huppe_Pezenas.jpg    Vignal_Huppe_Clermont.jpg

Sur le fond, l'objectif est d'un intérêt évident. J'ai lu par ailleurs que les collectivités et que les EPCI signataires s'engagent pour un moratoire d'un an sur l'extension de leurs zones commerciales ; ça permet effectivement d'échapper à l'appétit des aménageurs. Par contre, sur la forme, pourquoi ne pas confier cette mission aux EPCI ? Le gouvernement restreint les moyens des EPCI (pas plus de 1,2% d'augmentation de leurs dépenses de fonctionnement), et il se place comme interlocuteur privilégié des villes-centres ; mais pourquoi ne dote-t-il pas les EPCI pour qu'ils portent eux-mêmes leurs projets à leur rythme et selon leurs besoins ? L’État pourrait fixer des règles, définir un cadre, faire des préconisations, conditionner les dotations, mais laisser les acteurs locaux assumer leurs politiques locales en faveur du logement, du commerce, du patrimoine et des circulations dans leurs cœurs de villes.

La Région a justement retenu cette forme de délégation dans son appel à projets sur les bourgs-centres. Là, pas de préfet et pas de député, juste une relation contractuelle entre la Région et les collectivités locales concernées, et sur un cahier des charges sans ambiguïté. Voilà deux approches bien différentes des politiques territoriales de l’État et la Région ; j'avoue préférer la seconde, non pas par calcul politicien, mais comme promoteur d'une décentralisation plus responsabilisante.

Je ne fais d'ailleurs pas grief envers les parlementaires cités ici, ils sont dans leur rôle. Sauf qu'ils seront jugés sur leur bilan. Par exemple, Clermont-l'Hérault attend une entrée Nord sur l'A75, et nous comptons bien sur le député Huppé pour l'obtenir ; cela vaudra toutes les actions possibles pour le cœur de ville de Clermont-l'Hérault.

Une autre réflexion liée à cette note porte sur la relation des députés avec les habitants de leur circonscription. Longtemps, les députés et sénateurs étaient aussi maires de grande ville, président(e) de Région ou de Département ; ils avaient ainsi une visibilité locale et un mandat national. Mais avec la loi sur le non cumul des mandats, les parlementaires ne sont plus ... que parlementaires. Et si les parlementaires communistes, socialistes et républicains peuvent s'appuyer sur un réseau d'élus locaux ou de militants, les nouveaux députés LREM doivent construire un tel réseau. J'y souscris volontiers, et je respecte totalement les choix politiques des élus locaux, mais ça ressemble quand même pas mal à ... l'ancien monde =:(