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20/04/2017

Victorieuse ou non, la campagne de Mélenchon peut changer durablement notre démocratie

Actuellement dans le quatuor de tête, nous saurons dimanche soir si Jean-Luc Mélenchon figurera au second tour le cette élection présidentielle. Je reste persuadé qu'il a encore de l'électorat à prendre chez Hamon (le vote utile à gauche), qu'il peut mobiliser des abstentionnistes hésitants, et puis qu'il est en mesure de convaincre l'électorat populaire égaré chez Le Pen qu'il incarne à la fois la rupture avec le modèle dominant tout en apportant un projet de société harmonieux.

JLM.pngIl y a évidemment le charisme du candidat, sa parole tribunitienne, sa culture littéraire et historique, son engouement et sa pratique des nouvelles technologies, et puis un projet politique totalement de gauche. Alors qu'en restera-t-il au lendemain de cette séquence électorale ?  Qu'il emporte ou non l'élection présidentielle et qu'il dispose ou non d'une majorité parlementaire avec sa France Insoumise, il en restera à mon avis une nouvelle pratique démocratique en dehors des formations politiques classiques. Je n'y vois pas la fin des partis politiques, mais ceux-ci ne peuvent plus se réduire à de simples écuries électorales pour placer les uns ou les autres.

La première victoire de Jean-Luc Mélechon à cette élection présidentielle se mesurera au soir du 23 avril si le vote en faveur du Front National baisse significativement (en nombre de voix). Si des citoyens qui sont désabusés par des gouvernements de gauche ou de droite, libérales toutes les deux, décident finalement de renouer avec une aspiration politique aussi ambitieuse qu'enthousiasmante, alors un premier pas aura été franchi vers une réappropriation populaire de notre destin collectif. La moitié des participants du meeting de Jean-Luc Mélenchon (en hologramme) à Montpellier le 18 avril avaient moins de 25 ans, et ils avaient la banane ! Rompre avec le modèle dominant n'est donc pas nécessairement synonyme de repli sur soi et de rabougrissement, comme le propose Mme Le Pen ; le candidat de la France Insoumise porte une alternative sérieuse, et le sentiment qui lui est principalement associé dans les études d'opinion est la joie. Et cet aspect-là n'est pas anodin dans une période morose ...

L'autre victoire, mais celle-ci ne pourra se mesurer que dans un an ou deux, ce serait que ce mouvement perdure, que les citoyens se structurent en groupes territoriaux pour suivre, pour accompagner et pour participer aux politiques conduites par les collectivités territoriales. Les intercommunalités sont par exemple épaulées par des Conseils de développement, qui sont des courroies de transmission entre l'exercice de leurs compétences et l'adhésion à leurs décisions par les citoyens des territoires concernés. Les outils de concertation sont là, prévus par la loi, et j'espère que les centaines de milliers de personnes qui suivent la campagne de Jean-Luc Mélenchon sur son site Web et sur sa chaîne Youtube poursuivront cet activisme citoyen au-delà de l'été 2017.

Pour les valeurs portées par la gauche socialiste historique, et pour celles de l'écologie politique, je pense qu'il y aura « un avant » et « un après JLM2017 ». Mais c'est comme pour la moisson ; il ne suffit pas de planter des graines, il faut aussi récolter. Et là, nous ne sommes qu'au milieu du gué.

00:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

16/04/2017

Dernière semaine électorale inédite sous la Vème République ! Mais passionnante ...

Dans sa dernière étude d'opinion de fin de semaine dernière pour le journal Le Monde, l'institut IPSOS apporte des éléments très intéressant sur l'électorat de Marine Le Pen. Déjà, 85% des personnes qui indiquent voter pour elle au premier tour déclarent que leur choix est définitif. Mais en même temps, quand on demande à tous les autres électorats quel serait leur second choix, elle ne récupère que 4% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 1% des électeurs de Benoît Hamon, 2% des électeurs d'Emmanuel Macron et 6% des électeurs de François Fillon. Elle est, parmi les quatre premiers dans les sondages la seule à bénéficier de si peu de seconds choix ! Elle a donc un solide électorat de premier tour, mais sans capacité d'aller très au-delà des projections actuelles.

François Fillon est quasiment dans la même situation que Marine Le Pen, avec seulement 12% des électeurs de premier tour d'Emmanuel Macron qui le placent en second choix, et puis 4% des électeurs de Marine Le Pen. Tout comme Marine Le Pen, François Fillon ne dispose plus que de son socle électoral actuel, étendu peut-être à de potentiels abstentionnistes pour accroître le nombre des suffrages de premier tour ...

2nd_choix_tableau.jpg

Jean-Luc Mélenchon est le second choix pour encore 53% des électeurs de premier tour de Benoît Hamon, pour 30% de ceux d'Emmanuel Macron et pour 26% de ceux de Marine Le Pen. Pour un candidat qui est en dynamique positive, ce sont des gisements de voix à gauche et dans l'électorat populaire très appréciables. Par ailleurs, cette étude IPSOS indique que 34% des électeurs n'envisagent pas encore d'aller voter le 23 avril ; ce taux monte à 42% chez les moins de 35 ans ! Ces abstentionnistes potentiels seront donc la cible principale de cette dernière semaine de campagne, avec à la fois un vote d'adhésion à un projet et à celui (celle) qui l'incarne, mais aussi un vote utile tactique pour éviter telle ou telle issue.

Je reste persuadé que le second tour verra s'affronter un candidat du système dominant (Macron ou Fillon) et un(e) candidat(e) alternatif (Mélenchon ou Le Pen), parce que ce serait à l'image du clivage politique qui prévaut aujourd'hui. Or, les électorats ne se sont pas encore cristallisés sur l'un(e) ou l'autre des candidats de chacun des deux cercles, et tout peut arriver. Mais un second tour Le Pen / Mélenchon ou Fillon / Macron se traduirait par une abstention massive et donc sur un défaut de légitimité démocratique du (de la) futur(e) locataire de l’Élysée.

Il reste une semaine de campagne qu'un évènement international ou que l'édition du 19 avril du Canard Enchaîné peut encore bouleverser ; restons zen et surtout restons fidèles à nos valeurs.

18:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ipsos, mélenchon

Le projet de Golf résidentiel à Lavagnac ranime les craintes sur les usages de l'eau ... Un Observatoire de l'Eau sur le Coeur d'Hérault est l'une des réponses.

La salle des fêtes de Paulhan était pleine ce vendredi 14 avril en fin d'après-midi, et c'est à l'initiative des filières agricoles que professionnels, citoyens et élus étaient réunis.

Lavagnac_SdF_Paulhan_1.jpgIci de dos à la tribune, étaient assis Nicolas Lienart (Hydrogéologue du Département de l'Hérault), Christophe Vivier (Directeur du Syndicat du Bassin du Fleuve Hérault), Louis Villaret (Président de la CC de la Vallée de l'Hérault et du Syndicat de développement du Pays Cœur d'Hérault), René Moréno (Président de la cave coopérative de Montagnac et Conseiller régional), Claude Valéro (Maire de Paulhan), Christophe Morgo (Président du Syndicat du Bassin du Fleuve Hérault, Maire de Villeveyrac et Conseiller départemental), Philippe Doutremepuich (Maire de Causse-de-la-Selle et Président de la Commission Locale de l'Eau du SAGE du Bassin du Fleuve Hérault), Jean-François Soto (Maire de Gignac et Conseiller départemental), Audrey Imbert (Conseillère départementale), Béatrice Négrier (Maire de Plaissan et Conseillère régionale), Jérôme Despey (Président de la Chambre d'agriculture de l'Hérault), Christian Ballester (Viticulteur et conseiller municipal à Paulhan). Je suis exhaustif dans cette énumération, car il est assez rare qu'autant d'élus et de responsables de structures publiques puissent répondre aussi promptement à l'urgence que suscite le projet de golf touristique sur le domaine de Lavagnac.

Dans la salle, de nombreuses filières agricoles étaient présentes, la viticulture principalement, mais aussi un représentant des producteurs d'oignons doux de Lézignan-la-Cèbe, des maraîchers, des semenciers, etc. Pour tous, la ressource en eau est vitale pour leur exploitation. Un participant évoquait par exemple qu'une interruption récente de l'adduction d'eau brute de BRL pendant 48 heures avait réduit à néant ses plantations de fraisiers. Le Président de l'ASA du Canal de Gignac, Jean-Claude Blanc, évoquait lui les efforts importants pour réduire les prélèvements et pour sensibiliser les agriculteurs aux usages de l'eau brute.

Tous les participants ont évoqué le réchauffement climatique, la croissance démographique, le niveau d'étiage du fleuve Hérault, les divers usages de l'eau, les restrictions estivales décidées par le préfet, et ce projet de golf à Lavagnac avec ses centaines de villas avec piscine est d'une évidente incongruité.

Alors qu'elle est la situation ? Déjà, les informations et les données chiffrées fournies par le Syndicat du Bas Languedoc, par le préfet ou par le promoteur France Pierre changent tout le temps. Ainsi, l'enquête publique menée en début d'année pour le captage d'eau potable à Lavagnac évoquait deux fois plus de villas et deux fois plus de besoins en eau que les données fournies récemment par le préfet. Or, comme l'indiquait un participant, ce qui va compter ce sont les conclusions du commissaire-enquêteur sur les données qu'il a soumis à enquête publique. Donc, si le préfet minimise aujourd'hui les besoins, d'autres après lui pourront s'appuyer sur cette enquête publique pour augmenter les prélèvements d'eau. Il est donc impératif de savoir de quoi on parle !

Sur l'enquête publique, elle prenait fin le 8 février 2017. Le commissaire-enquêteur avait ensuite un mois pour rédiger son rapport et le remettre au Syndicat du Bas Languedoc. Cela fait donc un peu plus d'un mois déjà que ses conclusions ont été transmises au maître d'ouvrage du projet de captage d'eau potable à Lavagnac ; et là le syndicat mixte est peu disert ... Idem pour la mairie de Montagnac qui avait délivré les autorisations d'urbanisme, et qui semble peu soucieuse de l'intérêt général tel qu'il s'est exprimé une nouvelle fois à Paulhan ce 14 avril.

Ce projet de captage mobilise ses détracteurs, nombreux à Usclas-d'Hérault le 23 janvier, plus encore à Cazouls-d'Hérault le 3 février, encore plus le 28 février à Saint-Pargoire et là ce 14 avril à Paulhan. Comme l'on indiqué de nombreux intervenants, il n'est pas question de poursuivre ce cycle de réunions inutiles ; il faut agir. Pour le charismatique viticulteur Jean Huillier, il faut engager un rapport de force citoyen. Pour le Conseiller régional de Montagnac René Moréno, il faut créer un collectif. Pour Louis Villaret, il faut mobiliser pour témoigner auprès du préfet que ce projet est rejeté. J'avoue que la réunion de Paulhan ne s'est pas clôturée sur un plan d'action très clair. Et l'intervention du Président de la chambre d'agriculture, Jérôme Despey, était à l'image de la réunion, c'est à dire plutôt « langue de bois ».

L'expérience de 2008 est dans la mémoire de tous ceux qui militent contre ce projet. A l'époque, la chambre d'agriculture, la commission locale de l'eau et de nombreuses structures publiques avaient délibéré contre le projet, mais le préfet était passé outre. Le préfet actuel a rappelé à la délégation qu'il a reçu que la commission locale de l'eau est le « parlement de l'eau » qui arbitre les conflits d'usage de l'eau dans le respect du schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) du fleuve Hérault, mais ces interlocuteurs en le quittant étaient loin d'en être convaincus. Pire, selon le maire de Paulhan qui faisait partie de cette délégation, des pressions ont été évoquées à l'encontre des maires qui s'opposent au projet et qui ont besoin en parallèle que le préfet les autorise à délivrer des permis de construire sur leur commune. Et c'est vrai que c'est le cas à Paulhan où les ressources en eau potable de la commune et les capacités de la station d'épuration interdisent tout nouvel aménagement urbain, sauf avis dérogatoire des services de l’État comme cela s'est passé à l'été 2015 pour un lotissement de 14 lots.

Il est par contre une échéance évoquée en début de réunion et qui est comme une alarme pour beaucoup, c'est la production du Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE). J'ai publié une note sur ce blog il y a un mois à propos de cet outil prospectif qui est mis à la disposition de l'Agence de l'Eau, et qui dans le cas présent devra être produit d'ici le mois de décembre 2017. Et c'est dans ce document-là que devront figurer les usages de l'eau du Fleuve Hérault, avec à la clé des financements publics.

Je n'oublie pas non plus que le Schéma d'Aménagement et de Gestion de l'Eau (SAGE) du Fleuve Hérault  date de 2010 (cf. avis préfectoral du 20 octobre 2010), et il a été approuvé en novembre 2011 (cf. site Web de Gest'Eau). Il s'agit-là du document de planification par excellence encadré par la loi (cf. infographie), et il mériterait certainement une révision au vu des évolutions rapides des contextes.

Enfin, le Syndicat mixte du Bassin du Fleuve Hérault a commandé à Cereg Ingénierie la réalisation d'une étude sur l'élaboration du schéma directeur de la ressource en eau sur le bassin de l'Hérault et sur la détermination des volumes maximums prélevables (cf. rapport d'étude) ; cette étude permettra d'élaborer le PRGE d'ici la fin de cette année. A la lecture du rapport, il est évident qu'à l'horizon 2030 les prélèvements vont croître alors que la ressource de l'Hérault va diminuer. Les solutions proposées misent sur des apports extérieurs (renforcement de la station de pompage Georges Debaille sur Fabrègues pour le Syndicat Bas Languedoc, les ressources Aquadomitia, la gestion du barrage du Salagou, ...).

J'ai une proposition que je ferai lors d'un prochain Conseil syndicat du Pays Cœur d'Hérault (en l'occurrence ce 21 avril), c'est la mise en place d'un Observatoire de l'Eau. La Métropole de Montpellier vient de le mettre en place (cf. OMME), et il me paraît opportun d'en faire de même sur notre territoire du Cœur d'Hérault. En effet, l'échelle d'un bassin versant est trop vaste pour informer, pour concerter et pour sensibiliser. Or, le Pays Cœur d'Hérault est en cours d'élaboration de son Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT), et un Observatoire de l'Eau est un outil tout à fait propice.