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19/07/2015

Le Coeur d'Hérault est-il structurellement voué à se paupériser ?

C'est le journal Les Echos qui a publié cette semaine une carte interactive des zones d'emploi où il fait bon vivre en France ; ces 304 zones sont celles définies par l'INSEE et les indicateurs agrégés par Les Echos reprennent des données statistiques récentes de l'INSEE. Le Cœur d'Hérault se situe en 253ème position, dans un Languedoc-Roussillon globalement très mal noté.

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Dans l'article des Echos, une interview du géographe Hervé Le Bras réitère ce concept de fracture sociale qu'a décrit Emmanuel Todd dans son dernier livre "Qui est Charlie ? Sociologie d'une crise religieuse" aux Éditions Seuil, mais qu'il avait déjà théorisé avec Hervé Le Bras en 2013 dans "Le mystère français" (Ed. La République des idées/La Découverte).

Que dit leur théorie ? Qu'il est des régions de France où la culture religieuse et/ou les structures familiales constituent des "couches protectrices" contre les aléas socio-économiques. Ce sont les régions en bleu sur la carte interactive des Echos, ces régions où il fait bon vivre : tout le Nord-Ouest jusqu'en Ile-de-France, le Sud-Ouest, le sud du massif central, l'Alsace et la région Rhône-Alpes. A l'inverse, tout le Nord-Est de la France ainsi que le pourtour méditerranéen sont des régions déstructurées : des régions jacobines, peu religieuses, aux structures familiales fragiles, politiquement dans l'esprit de la Révolution française et devenues orphelines du désengagement progressif de l’État.

Ces prérequis pourraient nous dissuader de vouloir changer le cours des choses. Hervé Le Bras nous explique dans son interview que le dernier décile des français les plus pauvres se franchit en deçà de 12.000 € par an dans le Grand Ouest, mais en deçà de 4.500 € par an dans le Languedoc. Ces fragilités sociales issues de l'histoire, religieuse ou républicaine, semble destiner notre région à vivre avec un fort taux de chômage qui touche des familles mono-parentales vivant de façon précaire sous le seuil de pauvreté.

Mais s'engager en politique ne consiste pas à commenter l'état de notre société, quand ce n'est pas de sur-réagir à des faits divers qui exploitent l'empathie populaire. Non, notre rôle est de promouvoir des orientations de développement qui améliorent la vie de nos concitoyens. Et très humainement parce que c'est l'avenir commun de tous nos descendants que nous construisons ; l'échelle de notre vie humaine est malheureusement le seul horizon qui préoccupe les politiques, mais notre responsabilité est de nous projeter deux ou trois générations plus loin !

J'ai une formation scientifique et j'aurai assez tendance à mettre tout ça en équations. Or, j'estime que l'équation présentée par Hervé Le Bras en démonstration de la carte des Echos ne suffit pas ; il faut un système d'équations plutôt qu'une seule équation, qui plus est démoralisante. En positif, un territoire comme le Cœur d'Hérault possède de nombreux atouts intrinsèques ; son histoire et ses témoignages, son patrimoine, ses sites naturels, sa vocation agricole, ses infrastructures de déplacement, son climat, sa dynamique démographique, etc. Par contre, nous savons que le réchauffement climatique va altérer certains de ses atouts. Ainsi, les touristes pouvant trouver des régions françaises au climat estival de plus en plus attractif commencent à se détourner des plages méditerranéennes, caniculaires. Idem pour l'agriculture qui devra de plus en plus se passer d'eau. Mais il y a des plantes méditerranéennes qui sont peu consommatrices d'eau et qui donnent d'excellents retours sur investissement ... plutôt que du maïs ou du blé.

C'est donc par-là que devra commencer la prochaine majorité régionale : faire un diagnostic exhaustif des atouts et des contraintes de chaque bassin de vie avant de produire des schémas de développement qui s'imposeront ensuite à tous les documents d'aménagement des territoires de la région. Et puis il faut sortir des bases de données de l'INSEE pour aller voir sur le terrain comment les citoyens voient l'avenir de leur territoire ; parce que c'est avec eux que l'avenir se construit, pas avec des lois et des décrets.

19/10/2014

La France, une République sociale ?

C'est à doses homéopathiques que le gouvernement de François Hollande détruit le pacte social que notre République avait mis près d'un siècle à construire, et les socialistes eux-mêmes semblent indifférents (ou alors hypnotisés) par les orientations libérales du locataire de l’Élysée. Peut-être a-t-il oublié que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » (article 1er de la constitution française).

Un pas significatif vient d'être franchi avec l'attribution des allocations familiales en fonction des ressources des familles.

Juste pour se remettre dans le contexte, rappelons qu'une famille perçoit aujourd'hui une allocation mensuelle pour chacun de ses enfants mineurs à partir du second enfant. Le barème du 1er avril 2014 au 31 mars 2015 attribue 129,35 € pour 2 enfants, 295,05 € pour 3 enfants, 460,77 € pour 4 enfants et 165,72 € par enfant de plus. Une majoration de 64,67 € s'applique pour chaque enfant qui atteint 14 ans. Le projet de loi du gouvernement propose déjà de relever l'âge de majoration à 16 ans, mais aussi de diviser les allocations par deux pour les foyers qui perçoivent plus de 6000 € par mois, et par quatre pour ceux qui perçoivent plus de 8000 € par mois. L'économie ainsi réalisée sur le budget de la sécurité sociale serait d'environ 800 millions d'euros.

A noter au passage que la CAF évalue les conditions de ressource d'un foyer sur ses revenus du travail, qu'elle compare d'ailleurs aux registres des impôts, mais les revenus du capital ou les revenus financiers y échappent. Outre que ce projet va alourdir les procédures d'instruction des allocations familiales, il va aussi inciter les foyers les plus riches à mieux ventiler leurs sources de revenus. D'ailleurs, les groupes d'assurance qui proposent déjà des contrats de complémentaire santé et de prévoyance vont peut-être inventer de nouveaux produits familiaux.

Depuis 1945, le pacte social français prévoit en effet, de façon humaniste, que la communauté nationale subvient de façon universelle et inconditionnelle à l'éducation et à la santé de tous les citoyens. L'idée est simple, on ne demande pas de déclaration de revenus ou de patrimoines pour se faire soigner à l'hôpital public ou pour aller à l'école de la République. Le système répond au principe d'égalité ; tous les enfants des écoles sont égaux comme tous les malades sont égaux, la République s'attache à dispenser la même instruction à tous ses enfants et à prodiguer les mêmes soins à tous ses membres. Cela contribue au progrès social de notre communauté, lui fournissant ainsi le potentiel pour son développement économique et technologique.

Ce principe rejoint le projet de revenu de base que j'ai abordé dans une précédente note, ce revenu de base permettant à chacun d'entre nous de disposer d'un logement, de moyens pour se déplacer, du minimum pour s'alimenter, pour s'informer et pour communiquer. Il s'agit là d'un idéal vers lequel notre société devrait vouloir tendre, mais le constat est que nous prenons le chemin inverse.

L'autre volet du pacte social issu du Conseil nationale de la résistance (CNR) relève lui de la solidarité entre tous les citoyens, chacun abonde les régimes de la sécurité sociale selon ses revenus, et chacun bénéficie de prestations sociales en fonction de ses besoins. C'est le principe de fraternité qui se traduit ici par la progressivité des cotisations sociales et de la fiscalité, puis de façon symétrique à leur redistribution.

L'ambiguïté est que la Caisse d'allocations familiales (CAF) présente ses prestations familiales sur le même plan que l'allocation de rentrée scolaire (ARS) ou que l'aide personnalisée au logement (APL) qui sont elles sous condition de ressource.

Si cette question de la modulation des allocations familiales est aussi clivante, ce n'est pas à cause des montants en jeu pour les familles concernées, mais c'est pour le modèle de société qui se cache derrière une telle initiative budgétaire. Et c'est d'ailleurs étonnant que ce soit la droite qui se révolte contre ce projet, sous couvert de défense de la politique familiale, alors qu'il constitue le premier pas vers une libéralisation du système. Si l'industrie financière a échoué sur les produits de retraite par capitalisation, elle a de beaux jours devant elle avec des produits "santé et famille". Car le risque pour notre système social n'est pas d'en exclure les plus aisés, mais d'en faire un régime de solidarité dont il ne restera plus que des miettes ...

La méthode employée par François Hollande est par ailleurs sournoise ; il n'y a jamais de grand débat public, sur l'Europe, sur le rôle de la France dans les conflits en Afrique et au Moyen-Orient, sur la fiscalité, sur le dialogue social à la française, sur les retraites, sur notre système social et sur tant d'autres sujets qui constituent notre culture républicaine mais dont les orientation stratégiques nous sont confisquées. Et on appelle réforme une mesurette dont la seule ambition est de consolider un système, alors que le système est à refonder en profondeur !

Hessel.jpg

Au 20ème siècle, avant comme après la seconde guerre mondiale, il y avait une aspiration collective au progrès social ; mais le programme du Conseil national de la résistance comme le Front populaire des années 30 se sont nourris de crises sociales et politiques radicales. Au 21ème siècle, la crise est permanente et sous lente perfusion ; elle ne suscite plus de résistance car elle est discrètement diluée dans la mondialisation, et il y a toujours quelque part dans le monde une communauté plus éprouvée que la notre.

28/04/2013

Une heure sur Radio Pays d'Hérault pour un exercice de transparence ;-)

A l'heure où la moralisation de la vie politique ne passe que par la publication du patrimoine des femmes et des hommes politiques, l'argent restant une grille de lecture sacralisée, j'ai répondu favorablement à l'invitation de Radio Pays d'Hérault pour participer à l'émission "Elu, mais pas trop". L'émission peut encore s'écouter depuis le site Web de RPH :

Elu_mais_pas_trop_1.JPG

Cette émission n'est pas banale et elle oblige les élus qui y participent à dévoiler une part de leur personnalité, de leur parcours personnel et politique, mais aussi à essayer de faire partager des émotions culturelles et sportives.

J'avoue être bien meilleur à l'écrit qu'à l'oral, mais de maîtriser le sujet me permet d'avoir de l'assurance. Et en ce qui me concerne, je crois assez bien me connaître pour répondre du tac au tac à un Patrick Delbac aussi vif que malicieux.