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17/09/2018

Du photovoltaïque, oui, mais pas n'importe où ni n'importe comment ...

Le conseil municipal de Paulhan était convoqué en formation privée le jeudi 13 septembre, avec à l'ordre du jour la présentation, par deux commerciaux de la société Quadran, d'importants projets photovoltaïques sur le territoire communal.

Le premier projet se situe en secteur urbain, sur un terrain communal de 2 ha entre la voie de chemin de fer et la rue de Saint-Sébastien. Il s'agit d'ériger un parking de 8 334 m2 avec des ombrières photovoltaïques produisant 1,35 Gwh par an, de quoi fournir de l'électricité à 845 foyers ; il représente deux fois l'éco-parking des Corderliers à Pézenas. Présenté ainsi, hors contrainte urbaine, le projet est évidemment intéressant.

AB729_Ombrieres.jpg

Sauf qu'un tel projet qui dépasse le seuil de 250 kWc (i.e. puissance crête) nécessite une étude d'impact, une enquête publique et bien évidemment un permis de construire. Or, cette parcelle AB729 qui était inscrite dans le PLU en zone UD (et donc constructible), a changé de statut depuis l'adoption du PADD (Plan d'Aménagement et de Développement Durable) en janvier 2017.

Le premier axe du PADD est : « Envisager l'avenir dans une territorialité étendue et concertée », et cela se traduit par une anticipation à moyen terme de ce que pourraient devenir la voie ferrée et la plaine agricole à l'est de la voie ferrée.

Extrait_Axe_1.jpg

Le second axe du PADD, « Affirmer un caractère de bourg rural en maintenant la qualité de vie à travers la culture, l'agriculture et le vivre ensemble », formalise un Périmètre Actuellement Urbanisé (PAU) afin de densifier les constructions. La parcelle AB729 est ainsi rendue non constructible (à l'extérieur du trait rouge).

PAU.jpg

Et puis le conseil municipal du 16 novembre 2017 a approuvé les propositions des Bâtiments de France de périmètres de protection modificatif pour la Chapelle Notre-Dame-des-Vertus et pour la Cave coopérative (cf. plans ci-dessous). Et la parcelle AB729, sur lequel le projet d'ombrières photovoltaïques est projeté, est situé dans le périmètre de protection de la cave coopérative ...

Carte_PPM_Cave_Chapelle.jpg

Et, last but not least, le projet présenté par l'entreprise Quadran envisage que l'occupation de cette parcelle AB 729 se fasse au travers d'un bail emphytéotique de 30 ans, renouvelable une fois. Donc, outre que la réalisation de ce projet se heurte à la réglementation urbaine, elle bloquerait pour au moins 30 ans tout autre projet urbain sur ce secteur ! C'est là une contrainte majeure qui pèserait sur nombre d'équipes municipales à venir, obligées de respecter un contrat pensé pour le très court terme.

Le maire explique que ce secteur derrière la gare est devenu infréquentable, avec des courses de motos et d'autos, des incivilités permanentes et des occupations non autorisées. Aussi, ce projet de parking viendrait aussi apporter une réponse de sécurité, mais les problèmes dans ces cas-là ne font que se déplacer ...

Et un tel projet s'inscrit dans un cadre plus large encore, le Pays Cœur d'Hérault élaborant actuellement son Plan Climat Air-Energie Territorial (PCAET) ; il doit être arrêté, avec son programme d'action 2019-2024, d'ici le 31 décembre (cf. plateforme du plan climat du Cœur d'Hérault). Ce PCAET est un document d'urbanisme qui sera intégré au SCoT et qui s'imposera à tous les PLU des communes du Cœur d'Hérault. Sur les énergies renouvelables captées par des panneaux photovoltaïques, le PCAET distingue les installations en toiture sur les constructions bâties, les installations au sol et les ombrières. Sur le Cœur d'Hérault, le gisement potentiel des ombrières de parking est de 7,56 GWh par an, et l'objectif est d'en capter 20% d'ici 2050. Pour le gisement des installations au sol (sur des friches industrielles, des gravières, ...), le potentiel est de 475 GWh par an (hors prise en compte des contraintes de raccordement), et l'objectif est d'en capter 10%. Enfin, c'est le gisement de projets sur le bâti qui est le plus important, avec 660 Gwh par an, et là l'objectif est d'en capter 47% en toiture d'entreprises et 27% pour les toitures des particuliers. Et alors que la production d'énergie photovoltaïque est aujourd'hui de 16 GWh par an, l'objectif est d'atteindre 190 GWh par an d'ici 2050, soit 21 fois plus qu'en 2012 (année de référence).

Les ombrières photovoltaïques sont le gisement le moins productif, mais ... elles se voient, et ce n'est pas un hasard si les municipalités s'en dotent un peu partout ; c'est politiquement important. Mais comme en témoignent les chiffres du PCAET, il faut surtout inciter les citoyens à équiper leur toiture de panneaux photovoltaïques. Car l'objectif du PCAET est très ambitieux ; il vise à produire 758 GWh/an d'énergies renouvelables en 2050 (hydraulique, photovoltaïque, biogaz, bois énergie, géothermie, solaire thermique, ...), pour une consommation estimée à 754 GWh/an. Le territoire du Cœur d'Hérault serait ainsi 100% indépendant !

Quadran_Paulhan_13_Sept_2018.jpg

Un second projet photovoltaïque nous a été présenté ce jeudi soir, avec des installations au sol sur 26 000 m2, et une production de 1,41 GWh par an, projet situé au sud de la commune, dans la continuité de la ZAC de la Barthe (sur le côté gauche en allant vers Pézenas), mais aussi le long de la route rejoignant le giratoire de l'A75. J'avoue que la présentation était assez imprécise, la commerciale de l'entreprise Quadran parlant d'un bassin de rétention sur le secteur IVAUd du PLU (mais ce bassin n'a de sens que si les terrains font l'objet d'un aménagement), et son schéma le long de la route qui mène au giratoire porte sur des terrains dont la commune n'est pas propriétaire ...

De toutes façons, le maire a déjà présenté ce projet-là lors d'une réunion avec les personnes publiques associées (PPA) à l'élaboration du PLU le 24 mai 2018. Le représentant de la DDTM34 et la représentante de la chambre d'agriculture ont rappelé qu'il s'agissait de consommations d'espaces agricoles qui devaient faire l'objet de compensations dans le PLU. Cela signifie que pour chaque hectare de photovoltaïque au sol il faudra retirer un hectare de constructions nouvelles, pour de l'habitat ou pour des entreprises ...

C'est difficile pour un écologiste de porter un jugement négatif sur ces deux projets-là, mais d'une part ils sont hors des clous vis à vis de la réglementation locale, et d'autre part c'est l'installation de panneaux photovoltaïques en toiture qui est à promouvoir. On regrette par exemple que les nouveaux ateliers municipaux ne montrent pas l'exemple ...

05/09/2018

Après Système U, la salamane va accueillir deux nouvelles ICPE ... poussiéreuses

Les deux délibérations présentées en assemblée communautaire le 30 mai étaient succinctes, la vente des lots 11-3 (cf. délibération) et 11-4 (cf. délibération) aux entreprises Astruc Matériaux et Baldare TP évoquant "une activité de revalorisation de déchet bois et agrégats ou inertes de chantier, couplé avec du négoce de TP et VRD". Le vice-président au développement économique, Olivier Brun, ne s'est pas plus exprimé sur ces activités, et j'étais intervenu en séance pour souligner l'importance d'une telle activité sur notre territoire où c'est actuellement le Syndicat Centre Hérault qui collecte ces déchets des professionnels du bâtiment. L'ADEME a produit une fiche technique très intéressante sur les déchets du bâtiments (cf. document au format PDF).

demolition.jpgEn effet, les déchets du bâtiment constituent en France un gisement de plus de 48 millions de tonnes par an. 65% de ces déchets proviennent de la démolition, 28% de la réhabilitation des ouvrages et 7% de la construction neuve. Nous sommes bien au-delà des déchets ménagers et ce gisement constitue une filière économique et écologique de premier ordre. Des installations de traitement des déchets du bâtiment existent dans l'Hérault (cf. http://www.dechets-chantier.ffbatiment.fr/), à La Tour-sur-Orb, à Lespignan, à Montpellier, à Villeneuve-les-Maguelone et à Lunel, mais ce sont des plateformes de regroupement de déchets qui n'assurent pas leur valorisation. Les projets portés par les entreprises Baldare TP et Astruc Matériaux sont donc à considérer dans ce contexte de vacance d'installation assurant un process global de collecte, de regroupement et de valorisation.

concassage.JPGMais je n'avais aucune idée du volume de déchets du bâtiment qui serait traité par ces deux entreprises. Or, les informations acquises aujourd'hui font état d'une activité d'échelle départementale, à savoir que sur ces deux sites de la Salamane seront accueillis les déchets de bâtiments démolis provenant de tout le département de l'Hérault. Du matériel de broyage, de concassage et de criblage industriel sera utilisé sur site, afin de réduire des déchets inertes (bétons, briques, tuiles, céramiques, verre, matériaux bitumineux sans goudron, terre et pierres), voire des déchets non dangereux non inertes (métaux et alliages, bois, cartons, plastiques, laines minérales, peintures, vernis, colles, ...) en granulats de béton, en matériaux tout venant et en déblais de terrassement. Les déchets inertes représentent 72% du gisement de déchets du bâtiment, les déchets non dangereux 26% et les 2% restant sont des déchets dangereux.

ICPE.jpgOr, les installations permanentes de broyage, concassage, criblage, ensachage,  nettoyage, tamisage, pulvérisation, mélange de pierres, cailloux, minerais et autres produits minéraux naturels ou artificiels ou de déchets non dangereux inertes sont soumises à la rubrique n° 2515 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Selon la puissance des installations (de 40 kW à 200 kW, de 200 kW à 550 kW et au-delà de 550 kW), l'exploitant est respectivement soumis à déclaration (D), à enregistrement (E) ou à autorisation (A)

Un fait surprenant est que deux entreprises pratiquant exactement la même activité se partagent à égale surface (juste un peu moins d'un hectare) du foncier sur la Salamane ; est-ce pour diviser par deux la puissance des installations à déclarer à l'autorité environnementale ? Et peut-être échapper à une demande d'autorisation ...

Mais les activités envisagées sur la Salamane ne seront pas sans conséquence sur le voisinage ! En effet, s'agissant d'activités de plein air, le vent va répandre de la poussière sur les parcelles voisines, qu'il s'agisse des entreprises installées à la Salamane comme des vignes qui bordent ces lots 11-3 et 11-4 ... le raisin sera tout blanc pour les vendanges :=(

Zonage_Plu_BW_71_72_73_74.jpgEt puis il s'y ajoute la présence de la ligne à haute-tension qui va survoler cette installation, les entreprises Baldare TP et Astruc Matériaux allant occuper les anciennes parcelles BW71, BW72, BW73 et BW74, c'est à dire pour la moitié de leur lot dans le couloir d'interdiction de construire du PLU de Clermont-l'Hérault. Mais même si ces entreprises n'envisagent pas d'y construire de bâtiments, la présence d'engins de chantier importants et le dégagement de poussières contenant des résidus métalliques n'est pas sans conséquence sur la sécurité de leur personnel.

A suivre peut-être un avis de la DREAL Occitanie ...


Suite à un complément d'information que m'a apporté le gérant de la société Astruc Matériaux après la publication de cette note, une nouvelle note complémentaire a été publiée : http://ecopol34.midiblogs.com/archive/2018/09/06/traiteme...

25/08/2018

Hulot, un rôle principal dans le casting de Macron, mais une catastrophe pour l'écologie ...

Foret_mutants.jpgEn 2001, Nicolas Hulot présente l'émission Ushuaia Nature, dont l'une qui s'intitule « La forêt des mutants » et qui passe à la télé en juin 2001. A cette occasion, l'animateur visite la réserve de Sépilok sur l'île de Bornéo, avec la vétérinaire Marie-Claude Bomsel, pointant un sérieux sujet d’inquiétude pour les orangs-outans. Nicolas Hulot lance un cri d'alarme sur la disparition accélérée de la forêt tropicale et de la faune qui la peuple, dressant un état des lieux accablant : à chaque seconde disparaît, en forêt tropicale humide, l'équivalent d'un stade de football, soit 40 hectares à la minute. Au XXe siècle, 60 % des jungles ont disparu et, à ce rythme, avant la fin de la moitié du XXIe siècle, l'ensemble de ces forêts aura disparu de la surface de la planète, et avec elles des milliers d'espèces végétales et animales. « C'est le sacrilège absolu. C'est notre avenir que nous sommes en train de torpiller » s'indignait alors Nicolas Hulot.

Hulot_Plan_Climat.jpgEn 2017, Nicolas Hulot est ministre de la transition écologique et des solidarités du gouvernement d'Emmanuel Macron. Le 6 juillet 2017, à l'occasion du lancement du Plan climat, il intervient justement sur l'huile de palme dont l'exploitation donne lieu à une déforestation massive et donc de l'habitat des grands singes que sont les orangs-outans, mais aussi de tout un écosystème : « Nous allons fermer une fenêtre qui donnait la possibilité pour les biocarburants d'y incorporer de l'huile de palme ». En préambule, Nicolas Hulot indiquait que son Plan climat « n’est pas une fin en soi », mais une « colonne vertébrale à laquelle on pourra ajouter des vertèbres », un « cap » appelé à être décliné en plan d’action tout au long du quinquennat. Et donc sur l'huile de palme on ne pouvait attendre que du mieux d'ici 2022 ...

Parly_Malaisie.jpgMais voilà que les principaux producteurs d'huile de palme, la Malaisie et l'Indonésie, ne veulent pas tuer la poule aux œufs d'or. Et ils mettent dans la balance des exportations d'huile de palme vers la France l'achat d'avions Rafale à Dassault. Car le Parlement européen avait voté le 17 janvier 2018 à une large majorité en faveur d’une interdiction des importations d’huile de palme comme agrocarburant d’ici 2021. En visite en Malaisie fin janvier, Florence Parly, Ministre des Armées, déclarait alors que la France soutiendrait la Malaisie, dans le cadre de la décision européenne finale (i.e. trilogue), pour bloquer une interdiction de l’huile de palme dans les carburants. Cette pression commerciale de ces deux pays est très bien détaillée dans cet article du quotidien Libération : Huile de palme, des pressions en rafales sur l'UE.

Mais alors que Nicolas Hulot est depuis longtemps conscient des impacts de cette culture sur la biodiversité naturelle de ces pays, alors qu'en juillet 2017 il annonce fermer une fenêtre à l'huile de palme, il accepte en mai 2018 que Total importe 300 000 tonnes d'huile de palme pour sa raffinerie de La Mède !!!

Union-européenne.jpgDans le même temps, le gouvernement français a pesé à Bruxelles pour ne pas interdire l'huile de palme dans les termes adoptés par le Parlement européen en début d'année. Dans la nuit du 12 au 13 juin, le Parlement Européen, la Commission et les États membres se sont mis d’accord sur le texte final de la directive énergie renouvelable. L’Europe a décidé un gel, puis une baisse progressive de la part des “biocarburants” les plus fortement émetteurs jusqu’à une sortie en 2030. Mais en fixant au niveau de 2019, c’est-à-dire après l’entrée en fonctionnement de la raffinerie de La Mède, le gel des volumes d’huile de palme importés, l’Europe offre un sursis à ce projet. A lui seul, le projet de La Mède pourrait consommer entre 450 000 et 600 000 tonnes d’huile de palme et faire bondir les importations françaises d’environ 60%.

Hulot_SNDI.JPGDernier épisode des volte-faces de monsieur Hulot, il a présenté mi-juillet son Projet National de lutte contre la déforestation importée (SNDI), projet qui n'hésite pas à fixer dans ses objectifs « d’éliminer la déforestation des chaînes d’approvisionnement de matières premières agricoles et de soutenir l’approvisionnement en huile de palme durable à l’horizon 2020 ». Revoilà ce mot-valise de durable ...

Agrocarburants.jpgEt derrière tout ça viennent les agriculteurs français qui ont du colza pour les agrocarburants (biodiesel et bioéthanol), mais se pose alors la question de la finalité de l'agriculture : nourrir des êtres vivants ou faire rouler des voitures ? Nous sommes totalement aliénés à la voiture, et la population mondiale sans cesse croissante n'y échappe pas. Or, voilà un peu plus d'un siècle que les inventeurs et que les ingénieurs n'ont plus rien proposé d'autre pour la commercialisation des automobiles que le moteur à combustion (ou à explosion). Il y a bien les véhicules électriques, mais nous savons aussi que les ressources naturelles pour fabriquer les batteries sont très largement insuffisantes pour remplacer l'actuel parc automobile mondial. Mais le lobby des producteurs de carburants (carbonés ou végétaux) est assez puissant pour que restent dans des cartons tous les nouveaux projets de motorisation propre.

Le cas du ministre Hulot ne cesse de m'étonner, de m'interroger. Bon, il n'avait aucune appétence pour ce poste de ministre et il n'en avait pas besoin pour vivre. A côté de ça, je le crois sincèrement convaincu des enjeux environnementaux qui menacent la survie de l'Homme sur Terre. Alors il doit certainement se dire que s'il n'était pas dans ce gouvernement, le poids de l'écologie dans les politiques publiques serait réduit à rien. Sauf que Nicolas Hulot était bien plus influent quand il dirigeait sa fondation, qu'il était un meilleur passeur d'alertes et d'idées quand il animait Ushuaia Nature. Là, il ne rend pas service à l'écologie, laissant à penser que des petits pas suffisent ... ça donne bonne conscience à beaucoup de monde, mais la maison continue de brûler.