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28/08/2017

A une semaine de la rentrée, surtout ne parlez pas d'école !

A peine occupait-il son Palais de l’Élysée que notre nouveau monarque décidait « lui tout seul » d'autoriser les communes de France à revenir à la semaine de 4 jours. Car autant pour le passage à la semaine de 4,5 jours de très longues discussions ont eu lieu entre le ministre Peillon, les enseignants, les parents d'élèves et les maires, autant là c'est le « fait du prince ». En 2013, la réforme s'appuyait sur les avis d'experts, sur des rapports nombreux (et souvent contradictoires) ainsi que sur des comparaisons avec nos voisins d'Europe ; mais là Emmanuel Macron n'a besoin de personne pour savoir ce qui est bon pour nous ... Merci not'bon maître.

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Je reste néanmoins frustré qu'aucun bilan n'ait été préalablement tiré de ces deux ou trois années de semaine à 4,5 jours. L'un des arguments forts de l'époque, c'était que les enfants étaient plus réceptifs et avec une meilleure capacité d'apprentissage aux premières heures du jour ; d'où l'idée d'avoir 5 matinées par semaine au lieur de 4. On nous parlait alors de notre horloge biologique et de nos rythmes circadiens. Les familles et les enseignants ont-ils constaté des changements dans l'apprentissage des savoirs élémentaires ? Ça n'aurait pas été inutile de le savoir avant de changer, non ?

Et l'autre argument de la réforme de 2013 était d'apporter aux enfants un éveil sur d'autres apprentissage en milieu d'après-midi ; ce sont les temps d'activités périscolaires (TAP). Mais les activités n'étaient pas confiées à l’Éducation nationale mais aux communes, avec toutes les distorsions liées à la richesse des collectivités locales ainsi qu'à leur environnement local. La ville de Montpellier dispose de ressources sur son territoire, ainsi que d'une capacité financière qu'aucune autre commune de la région ne peut offrir. Néanmoins, les élus locaux ne sont pas restés les bras ballants et, avec les associations locales et avec toutes les bonnes volontés, ils ont présentés des projets éducatifs très honnêtes.

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Je regrette l'empressement des parents d'élèves comme des enseignants, voire même d'un tiers des communes de France à adopter sans délai la semaine de 4 jours. Les profs bosseront un jour de moins et les communes feront quelques économies, mais l'intérêt des enfants ne semble intéresser personne ...

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Et puis se pose la question de la garde du mercredi. Combien de gamins vont rester devant la télé tout le mercredi à grignoter des biscuits et à boire des sodas ? Pendant ce temps-là, dans les familles qui y sont sensibilisées et qui en ont les moyens, les enfants auront le mercredi matin des cours de musique ou bien des apprentissages ludiques, voire même des cours en ligne sous forme de jeux. D'ailleurs, les profs qui vont gagner un mercredi pourront mieux s'occuper de leurs bambins.

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Et puis à l'école on n'apprend pas qu'à lire, écrire et compter ; c'est surtout un espace de sociabilisation dans le cadre des valeurs de la République. Je pense que plus un enfant passe de temps à l'école et mieux c'est, reste à savoir les activités qui lui sont proposées. Les derniers attentats de Barcelone et Cambrils pointent le facteur « déscolarisation précoce » dans la fragilité de ces adolescents ou de ces jeunes adultes. Je cite parfois Montaigne : « Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine », car l'école ne doit pas remplir des têtes mais les rendre réceptives, critiques, créatives et bienveillantes. L'école d'aujourd'hui construit les citoyens de demain ; et Macron a sur notre société future une vision très conformiste, que d'un côté TF1 continue de « vendre à Coca-Cola du temps de cerveau disponible » (dixit Patrick Le Lay il y a déjà 30 ans) pour éduquer à un consumérisme addictif, et que de l'autre se reproduisent les classes privilégiées.

Post-scriptum : J'écoutais ce matin le nouveau rendez-vous de France Info Toussaint/Apathie qui recevait Anne Hidalgo. Et bien nos deux super-chroniqueurs ont réussi l'exploit de recevoir la maire de Paris près d'une demi-heure sans lui poser de question sur les rythmes scolaires (à une semaine de la rentrée), ou par exemple sur la réduction des contrats aidés. Mais le sieur Apathie a conclu l'émission par une question à Anne Hidalgo sur le PSG et sur Neymar, les valeurs du sport et l'argent. Toussaint est incompétent et Apathie est faux-cul, les duellistes n'ont posé que des questions qui ne ... dérangeaient pas leur invitée.

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Éteignez la lucarne !

15/01/2017

L’État doit reprendre la gestion complète du temps scolaire !

C'est en 2013 que le ministre de l’Éducation Vincent Peillon a réformé les rythmes éducatifs à l'école (cf. lettre envoyée à tous les maires de France). Deux changements majeurs dans cette réforme, d'une part la fin de la semaine des 4 jours, afin d'étaler le temps scolaire, et d'autre part la mise en place d'activités périscolaires. La réforme a été mise en place à la rentrée de 2013, avec la possibilité pour les maires de la retarder d'un an.

Et c'est sur ce temps d'activités périscolaires (TAP) que j'ai exprimé mes réserves, dont plusieurs notes à ce sujet sur mon blog. C'est l'inégalité de mise en œuvre qui me heurte le plus ; une métropole dispose par exemple de moyens et de ressources sur son territoire que n'ont pas des communes rurales. Et les entreprises commerciales ont pris la mesure de cette carence ...

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La photographie ci-dessus présente le maire de Paulhan, Claude Valéro, et le directeur régional de GrDF, André Sautet, à l'occasion d'une réunion de présentation de la mallette pédagogique sur les énergies que distribue gratuitement l'opérateur. J'étais présent à cette rencontre en octobre 2016 à la mairie, et le kit pédagogique qui sera utilisé pendant les heures d'activités périscolaires est un outil pédagogique intéressant ; il n'est pas idéal, avec en l'occurrence aucune référence sur le climat ou sur la raréfaction des ressources d'hydrocarbures, mais il permet quand même d'engager une réflexion.

Mais ce n'est pas anodin que des entreprises commerciales comme GrDF (EDF a aussi son kit pédagogique) s'adressent aux collectivités locales qui ont la compétence pour gérer le temps d'activités périscolaires ; à Paulhan, c'est la Communauté de communes qui assure cette compétence. En effet, l’Éducation nationale s'applique un principe de neutralité qui restreint énormément de tels partenariats, et il est donc plus simple de démarcher des collectivités locales moins sourcilleuses. GrDF n'est pas le seul industriel à vouloir investir les bancs des écoles, le constructeur automobile Renault assure des présentations sur la sécurité routière, Microsoft livre gratuitement et depuis longtemps ses suites bureautiques aux élèves, le pétrolier Total sponsorise Planète Énergies pour diffuser ses kits pédagogiques et ses ouvrages, etc.

Nous savons où conduit cette perméabilité, il suffit de voir comment ça se passe Outre-Atlantique. Des écoles mettent de la publicité commerciale jusque sur les bulletins de note, et Apple, McDo, Coca-Cola, ... font partie du quotidien des élèves. L’État en France a la responsabilité d'instruire nos enfants, de leur transmettre des savoirs et surtout de les rendre capables d'exercer leur esprit critique. Nous n'élevons pas des moutons, nous formons des citoyens en devenir. Il est donc nécessaire que l’État reprenne la gestion complète du temps scolaire, et de la même façon dans tous les établissements scolaires du pays.

12:49 Publié dans CCC, Education | Lien permanent | Commentaires (0)

31/08/2016

Sécurité des établissements scolaire - Tous les territoires ne sont pas égaux !

J'ai évoqué récemment dans une note les mesures sécuritaires que le gouvernement allait mettre en place dans les écoles, les collèges et les lycées, le gouvernement n'ayant dévoilé que le 24 août le détail de ces mesures. Mais ce que j'en retiens surtout, c'est que le gouvernement se défausse une fois de plus sur les collectivités territoriales pour assurer la sécurité des populations, alors qu'en même temps il réduit drastiquement leurs dotations de fonctionnement. Le pire, c'est que les élus locaux y répondent très favorablement, se voyant alors chargés d'une mission de la plus haute importance :=(

C'est la ville de Cannes qui a la première alimenté l'actualité de cette fin août en faisant visiter à la presse tous les équipements mis en œuvre : 37 caméras de vidéosurveillance aux abords des établissements scolaires, une présence policière renforcée avec 60 policiers municipaux affectés à la sécurité des établissement scolaires, des boutons d'alerte anti-intrusion installés dans toutes les écoles et crèches d'ici fin septembre, sécurisation des bâtiments et des enceintes des établissements scolaires, etc. Mais tout cela coûte très cher, et c'est ce dont témoigne à la veille de la rentrée scolaire l'adjoint à la sécurité de la ville de Nîmes, Richard Tibérino, dans les colonnes de Midi Libre ; 8% du budget de la ville est consacré à la sécurité, et un effort croissant est porté sur les abords des bâtiments scolaires. Toujours dans Midi Libre, c'est le maire de Montpellier Philippe Saurel qui tire le signal d'alarme, car les investissements recommandés par l’État dans les établissements scolaires de sa ville vont coûter 5 M€, plus 10 M€ par an pour les charges de fonctionnement de tout ce dispositif. Et Philippe Saurel de menacer d'augmenter les impôts locaux tout en pointant la responsabilité du gouvernement ; il estime que : « On ne peut pas confier l'avenir du pays à des amateurs. On demande encore aux maires de palier les manquements de l’État ».

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Mais comme dans bien d'autres domaines, il y a des collectivités qui ont les moyens et d'autres qui ont du mal à boucler leur budget annuel ou à mobiliser des moyens extraordinaires. A Paulhan, où nous avons une crèche, deux écoles et un collège, les directives imposées par le gouvernement seront difficiles à mettre en œuvre ; et il en est de même dans tous nos bourgs ruraux ! Quels personnels feront le contrôle visuel des sacs à l'entrée des établissements scolaires ? Le personnel de l’Éducation nationale en est déchargé et cela incombera donc aux municipalités ...

Alors des terroristes préfèreront-ils s'attaquer à une école ou à un collège dans une grande ville, où tous les moyens humains de sécurisation sont concentrés, ou bien dans une ville de moindre importance ? Nous l'avons vu avec l'assassinat du Père Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray ; les terroristes auraient pu choisir une église plus symbolique que celle de cette ville d'un peu moins de 30 000 habitants en Seine-Maritime, à Chartres, Lourdes, au Sacré-cœur ou à Reims, ... une église plus symbolique.

Donc si oui la sécurité de nos enfants est une priorité, elle ne peut pas être à géométrie variable. Et là, l’État n'applique pas un principe constitutionnel d'égalité territoriale, car c'est à l’État d'assurer notre sécurité en tout endroit où nous nous trouvons sur le territoire national.