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29/05/2018

Populisme et pouvoir, sur le chemin de l'illibéralisme

C'est à un bien étrange jeu de dupes que les mouvements M5S et la Ligue s'adonnent en Italie ; ils prennent en otage les institutions de la République pour s'inscrire dans une interminable inflation populiste. Alors qu'ils étaient aux portes du pouvoir, que le président de la République Sergio Mattarella avait donné son feu vert pour que se constitue un gouvernement autour de Giuseppe Conte, les deux piliers de cette étonnante coalition ont voulu pousser le bouchon un peu plus loin en imposant Paolo Savona au poste de ministre de l'économie, un eurosceptique déclaré.

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Mais voulaient-ils vraiment ce pouvoir-là ? Et leurs programmes respectifs, déjà très antagonistes, étaient-ils même tenables ? Parce qu'il y a les discours qui peuvent galvaniser et  mobiliser le temps d'une campagne électorale, et puis il y a la réalité du pouvoir, avec ses obligations de résultats. Car il est bien plus confortable d'alimenter un climat radicalement contestataire que de se retrousser les manches et se mettre au charbon.

Quand on gouverne au centre, comme l'on fait successivement Sarkozy, Hollande puis Macron, le contre-pied est aisé parce que le couloir est très large. Une promesse sur son centre gauche et une passe sur la droite, une loi de centre droit et un discours de gauche, les gammes sont multiples et les partitions sans fin. Mais remonter le terrain le long de la ligne de touche est toujours plus risqué ...

En avril 2002, Jean-Marie Le Pen atteint le second tour de la présidentielle, mais il ne veut pas de l’Élysée. Quinze ans plus tard, c'est Marine Le Pen qui perd sa finale contre Emmanuel Macron, ne souhaitant pas vraiment la victoire, et préférant s'installer dans une posture de principale opposante du pouvoir. Mais elle ne réussit pas à constituer un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, et elle est éclipsée par Jean-Luc Mélenchon.

On me rétorquera que le Front National, mais aussi la Ligue et le M5S en Italie détiennent quelques pouvoirs locaux ; la théorie d'une incompatibilité entre démagogie populiste et l'exercice responsable du pouvoir serait donc erronée. Béziers, Fréjus et Beaucaire sont quelques-unes des municipalités prises par le FN en 2014, le M5S a pris les mairies de Rome et de Turin en 2016 ; la Ligue du Nord tient elle des provinces entières. Mais en réalité, les conquêtes locales et régionales font partie d'un processus de déconstruction des États, et plus encore de l'Europe. C'est le retour des baronnies, des duchés et de tous ces pouvoirs féodaux qui se sont sans cesse opposés à des pouvoirs centraux. Et c'est ce qu'ont fait Luigi Di Maio (chef de file du Mouvement 5 étoiles) et Matteo Salvini (leader du parti d'extrême droite la Ligue). Au XVIème siècle en France, les ducs de Bretagne et de Savoie, comme de bien d'autres provinces luttèrent de la même façon contre le pouvoir d'Henri IV. Et toute la construction du royaume de France, puis de l’État républicain, s'est opposée à des forces destructrices. En Belgique aujourd'hui, ce sont les nationalistes flamands qui militent pour la déconstruction du royaume.

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Ce sont tous les ordres établis qui sont la cible de ces populistes : la caste, les élites, voire même les francs-maçons qui étaient mis au ban du très éphémère gouvernement de Giuseppe Conte.  Et ces démarches qui se développent désormais partout en Europe n'ont rien à voir avec un idéal anarchiste, car derrière cette déstabilisation des institutions il y a toujours le projet d'imposer un pouvoir fort, seul rempart aux désordres sociaux. L'histoire trouve aujourd'hui plus de bénéfices au bonapartisme que ne le vécurent les contemporains de l'empereur, chantre du modèle illibéral, mais plus récemment Hitler est arrivé au pouvoir, d'abord par les urnes ...

18/04/2018

Le préfet signe des arrêtés de DUP pour pomper de l'eau dans l'Hérault pendant que les instances représentatives locales se contentent ... de s'y adapter :=(

Je publiais en début d'année une nème note sur le partage et sur les usages des eaux, militant pour que soient diffusés les différents documents et les études actuellement débattues dans les instances représentatives (SMBFH, CLE, SMGS, ...). Car si ces instances ne sont pas avares de consultations ou de communications institutionnelles ou politiques, et j'avais produit un cahier d'acteur lors de la consultation H2030 de la Région Occitanie, elles sont à la limite du mutisme quand il s'agit d'informer. D'ailleurs, sur les 7 cahiers d'acteurs déposés pour l'Hérault, aucun n'émane du SMBFH, de la CLE, du SYDEL du Pays Cœur d'Hérault, du Syndicat mixte de gestion du Salagou, des EPCI du Cœur d'Hérault, ... Et oui, "communication" n'est pas synonyme d' "information" ...

Mais pendant ce temps-là, le préfet lui n'est pas avare de sa signature au bas des arrêtés d'exploitation de l'eau du fleuve Hérault. Le 02 mars 2018, il signait la DUP pour le captage de Lavagnac, autorisant une ponction maximale de 700 m3 par jour pour les besoins domestiques nécessaires au projet urbanistique du domaine de Lavagnac, et une ponction exceptionnelle maximale de 1400 m3 par jour en y ajoutant la sécurisation de Saint-Pons-de-Mauchiens et du bourg de Montagnac.

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Et le 29 mars 2018, monsieur le préfet signait la DUP pour le captage du Moulain de la Plaine, situé au lieu-dit "Moulin de Roquemangarde". Là, le débit maximal sera de 300 m3 par jour pour l'alimentation en eau potable de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens, mais un fonctionnement exceptionnel autorisera un débit maximal de 1000 m3 par jour pour fournir 700 m3 au Domaine de Lavagnac et au bourg de Montagnac.

Mais ce qui est remarquable dans ces arrêtés, c'est qu'ils se fondent [évidemment] sur la loi (codes de la santé publique, de l'environnement, de l'expropriation, ...), sur une enquête publique, sur l'avis de l'hydrogéologue agréé en matière d'hygiène publique et in fine sur les avis du CODERST de l'Hérault et de l'ARS Occitanie, mais que jamais ne sont mentionnés des plans ou des schémas adoptés par les instances représentatives.

Alors que font les instances représentatives ? Un Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE) du fleuve Hérault devait être produit avant décembre 2017 ; il ne l'est toujours pas [et à ma connaissance ce serait plutôt pour l'été 2018]. Or, ce document est la clé de voute pour arbitrer les usages de l'eau sur le bassin versant du fleuve Hérault ! Mais en l'absence de volonté politique forte, ces instances s'apprêtent à s'adapter à la situation ... Eh oui, c'est comme pour le climat ; on cesse de lutter contre le réchauffement climatique, mais on commence à s'adapter au réchauffement. Bref, plutôt qu'un combat collectif pour l'intérêt général, on préfère sauver les meubles pour celles et ceux qui en ont les moyens :=(

Et pour apporter de l'eau aux ménages, aux agriculteurs, aux entreprises et au tourisme, c'est le Salagou qui va servir de réserve. Il y a là 102 millions de mètres-cubes ! Ce serait dommage que ça ne serve qu'aux activités nautiques et de plein air ... Donc, on envisage de lâcher, non plus 500 litres par seconde pour les seuls besoins du barrage hydro-électrique, et en même temps pour le milieu naturel sur la Lergue et l'Hérault, mais déjà 750 litres par seconde constitue un débit prévisible et un scénario à 1000 litres par seconde l'été, soit 6 Mm3 disponibles. La DREAL évalue que ce scénario conduirait, à une fréquence d'une année sur quatre, à un recul de 30 mètres de la plage de Clermont-l'Hérault, de 17,5 mètres de la plage des Vailhès, de 18 mètres au relais nautique d'Octon, de 14,5 mètres à la baie de Liausson et de 13 mètres au ponton handi-pêche d'Octon. Les collectivités locales qui investissent sur les rives du Salagou devront donc ... s'adapter.

Le Conseiller départemental Yvon Pellet et le président du Département Kléber Mesquida l'ont annoncé à Lodève le 29 mars lors d'une rencontre territoriale, et avec un schéma départemental de l'irrigation à l'horizon 2030 "pour sauver les vignes", et oui le Salagou sera sollicité. Ce soir-là à Lodève, un élu de la ville (Sébastien Rome) est intervenu pour dire l'attachement des habitants du Pays Cœur d'Hérault au Salagou, et Frédéric Roig est intervenu lui aussi pour rappeler les mobilisations de 2017 contre le golf de Lavagnac et pour insister sur un bon usage de l'eau.

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Je ré-interviendrai au prochain Conseil du Syndicat de Développement (SYDEL) du Pays Cœur d'Hérault pour que soit mis en place un Observatoire de l'Eau à l'échelle du Cœur d'Hérault, et avec un objectif de partager de l'information entre tous les élus qui  siègent dans des instances représentatives, de la rendre publique sur le site Web du Pays, mais aussi coordonner des actions d'échange et de concertation. Et avec le transfert des compétences sur l'eau aux EPCI, ce ne serait pas du luxe.

Accès à l'eau, un droit inaliénable.

Voilà une note que j'avais rédigé en début d'année, mais sans la publier ; peut-être pour y ajouter des éléments d'informations locaux. Mais l'actualité locale, et même l'actualité mondiale sur l'eau, par exemple avec la conquête des ressources en eau par Nestlé sur tous les continents, doit nous faire prendre conscience, collectivement, que l'accès à une eau de qualité est un droit humain inaliénable.

C'était un projet de loi constitutionnelle assez enthousiasmant qu'avaient déposés les députés de la France Insoumise en décembre dernier sur le bureau de l'Assemblée : un accès à l'eau, droit inaliénable. Il faut lire les 7 pages de l'exposé des motifs, car sont posés là des principes qui devrait faire l'unanimité (cf. texte de la loi). Le débat en commission des lois le 24 janvier 2018 a aussi été de qualité sur le fond, toutes les opinions ayant pu s'exprimer (cf. rapport de la commission).

Mais ce qui est regrettable, démocratiquement et humainement, c'est que cette loi n'aura pas l'opportunité d'être amendée par la représentation nationale, ni même votée. Le député Richard Ferrand, président du groupe La République en marche, avait déposé une motion de rejet qui a été adoptée par 57 voix contre 25 (cf. analyse du scrutin).

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La ministre Jacqueline Gourault, et bien d'autres parlementaires des bancs de la majorité avaient reconnu partager ces mêmes valeurs autour de « l'Eau, un bien commun », mais très vite dans le débat de présentation sont revenus des arguments tels que le prix du service, la libre administration des collectivités territoriales, l'absence d'étude d'impact, le principe de responsabilité, etc.

A noter que les députés LREM de l'Hérault étaient tous absents au moment de ce scrutin ; il faudra le leur rappeler demain quand la question de l'eau sera abordée lors de leurs déplacements sur nos territoires. La députée Ménard a voté pour cette motion de rejet ; là encore ces fameux "députés du peuple" tombent le masque. Merci à Muriel Ressiguier d'avoir défendu ce texte ce jour-là avec les trois groupes politiques de gauche.