Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

29/09/2013

Pesticides, préférer l'eau au vin (surtout à Paulhan)

La France est le pays européen le plus consommateur de pesticides, se classant d'ailleurs au quatrième rang mondial derrière les USA, le Japon et le Brésil ; triste record qui a permis à notre agriculture d'augmenter le rendement de ses terres sans se préoccuper des dangers pour les êtres vivants. Il existe 300 à 400 substances actives qui donnent lieu à des milliers de préparations commerciales qui font la fortune de quelques firmes internationales bien connues.

Cette problématique est présente à Paulhan dont le captage d'eau potable figure parmi les 500 captages sensibles formellement pointés du doigt au Grenelle de l'Environnement, et ce captage fait l'objet d'un plan d'action en vue de reconquérir la qualité de l'eau ; cela passe par la sensibilisation des professionnels, par des stratégies foncières ainsi que par l'exemplarité des services techniques de la mairie.

Pour référence, les articles R. 1321-1 à R. 1321-66 du code de la santé publique présentent les exigences sanitaires à respecter au sujet de la qualité des eaux destinées à la consommation humaine. Les normes de qualité sont précisées dans un arrêté du 11 janvier 2007. Cet arrêté fixe des normes de qualité à respecter pour un certain nombre de substances dans l’eau potable dont le chlore, le calcaire, le plomb, les nitrates, les pesticides et les bactéries. La norme fixe donc à 0,1 μg/litre la quantité tolérée pour chaque pesticide dans l’eau potable, la concentration totale de pesticides ne devant pas dépasser 0,5 μg/litre.

Je rassure tout de suite les habitants de Paulhan, la mairie a mis en place début 2012 un système de filtrage de l'eau brute par des charbons actifs, et l'eau distribuée est donc désormais exempte de toute trace de pesticide.

Mais le magazine Que-Choisir de ce mois d'octobre 2013 nous apprend que les vins sont eux aussi contaminés par les pesticides ... Une étude réalisée sur 92 vins issus de toutes nos régions montre que tous révèlent des taux plus ou moins importants de pesticides, et des molécules se retrouvent même dans les vins bio ! Cerise sur le gâteau, deux molécules interdites en Europe et en France ont été retrouvées dans nos vins : le bromopropylate, un acaricide, et le carbendazyme, un fongicide qui n'a plus d'autorisation de mise sur le marché (AMM) en France.

1380093397_g1.png

Dans l'étude de Que-Choisir, la palme revient à un Graves blanc de 2011 avec 1682 μg par kilogramme ; je rappelle que pour l'eau du robinet, le maximum autorisé est de 0,5 μg ...  C'est dire si le vin conserve bien les molécules chimiques. De façon générale, les vins analysés contiennent quelques dizaines à quelques centaines de microns-grammes de pesticides ; la molécule de phtalamide est très présente dans ces vins, il s'agit d'un métabolite du Folpent, un fongicide. Mais les résidus chimiques dans le vin font l'objet d'études (cf. Etude 2010 du laboratoire Sarco).

Si notre alimentation fait l'objet de la détermination des limites maximales de résidus (LMR), et c'est vrai entre autres pour l'eau potable comme pour le raisin de table, il n'y a pas de LMR pour le vin. Et les vins les plus chers ne sont pas synonymes de pureté ; l'étude de Que-Choisir montre qu'un Margaux 2010 à 13,95 € contient 11 molécules pour 228 μg de pesticides au kilo, quand un Saint-Estèphe 2009 à 14,55 € contient 9 molécules pour 309 μg de pesticides.

Les vins en appellation AB (agriculture biologique) sont quand même de meilleure qualité. Sur les 10 vins AB testés par Que-Choisir, 6 ont zéro μg de pesticides, malgré quelques traces non significatives, les 4 autres contiennent 10 μg pour un Côtes-du-Rhône 2012 à 4,19 €, 31 μg pour un Bordeaux 2011 à 5,15 €, 37 μg pour un Minervois à 7,50 € et 51 μg pour un Bordeaux 2011 à 4,85 €. En comparaison, les 4 champagnes testés, des vins compris entre 10 et 15 €, contiennent de 197 à 328 μg de pesticides.

3546421984.jpg

Vu les doses de pesticides que l'on trouve dans les réserves d'eau potable, il était inévitable que ces molécules se retrouvent directement sur les plantes ciblées par ces traitements. Nous ne consommons pas autant de vin que d'eau potable, enfin ça dépend des régions, des publics et des âges, mais cette enquête tire un nouveau signal d'alarme sur la qualité du contenu de nos assiettes et de nos verres. La solution est maintenant connue, il faut acheter ses aliments chez des producteurs locaux dont on peut visiter les exploitations. Il faut recréer de la confiance entre les producteurs et les consommateurs, tout en réduisant le plus possible les intermédiaires.

Depuis 2007, est entré en vigueur en Europe le règlement REACH pour sécuriser la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne. D’ici 2018, plus de 30 000 substances chimiques seront connues et leurs risques potentiels doivent être établis ; l’Europe disposera ainsi des moyens juridiques et techniques pour garantir à tous un haut niveau de protection contre les risques liés aux substances chimiques.

En 2004, et justement dans la perspective de REACH, 39 députés européens avaient fait une prise de sang ; 76 produits chimiques toxiques ont été retrouvés dans leur sang, des molécules que nous ne trouvions pas dans le sang humain quelques décennies auparavant ... Le darwinisme nous enseigne que l'homme s'adaptera, mais à l'échelle de plusieurs siècles et en considérant les victimes de ces produits toxiques comme des effets conjoncturels indésirables :=(

Il ne faut pas se résigner, il faut s'indigner et il faut changer nos comportements collectifs !

16/02/2013

Les démarches qualité mises à mal par l'affaire du cheval utilisé pour du boeuf ...

L'affaire qui secoue toute l'Europe depuis une semaine pourrait ne s'appréhender que sous l'angle de la fraude cupide, de l'aspiration (très humaine quoique condamnable) de vouloir s'enrichir sur le dos des autres. Mais dans le domaine de l'industrie agro-alimentaire, on touche à la santé des personnes. Et ce secteur est depuis très longtemps soumis à des contrôles sanitaires exigeants qui ciblent principalement la qualité des aliments (température, durée de conservation, traçabilité, ...).

Mais concernant les processus de production, les secteurs de l'industrie et du service s'appuient aussi sur des référentiels qualité, avec des démarches, des labels, des évaluations et des certificats.

ISO 9001.JPG imagesHACCP.jpg  IFS.JPG 

Et c'est par exemple le cas de la société "A la table de Spanghero" qui appartient depuis cinq ans à la coopérative Lur Berri. Dans le rapport d'activité 2011/2012 de cette coopérative, il est écrit à propos de Spanghero que "la société a renforcé sa politique de sécurité alimentaire en investissant dans un laboratoire d'analyse interne et a obtenu le certicat IFS (International Featured Standards) pour l'ensemble de ses activités". L'IFS est un référentiel d'audit, créé en 2003, qui certifie les fournisseurs d'aliments des marques de distributeurs. Elle est basée sur la norme ISO 9001 et le système HACCP. Tous ces termes ne sont pas des termes marketing (en tous cas ils ne le devraient pas), et ils engagent les professionnels dans des pratiques très réglementées. Et faire passer du cheval pour du boeuf dans un circuit commercial où tous les acteurs affichent ostensiblement leurs agréments et leurs labels qualité, ça fait tâche :=(

Car trop souvent les démarches qualité se substituent à la qualité des professionnels. Ces démarches s'attachent aux processus de production, à la traçabilité, aux enregistrements, aux évaluations et elles finissent par prendre le pas sur les métiers eux-mêmes. Il y aura toujours des tricheurs, et plus les échanges commerciaux se feront dans l'anonymat ou via des ordinateurs, plus ils prospéreront. Un effet positif de cette affaire, c'est que les consommateurs seront désormais plus attentifs et plus enclins à aller dans les commerces de proximité.