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05/03/2016

Quels usages de l'eau en Coeur d'Hérault ?

Se tenait hier en fin d'après-midi à Aumelas une réunion publique du collectif Lavagnac. Ce collectif animé par Jean-Claude Poncé, l'ancien maire d'Aumelas, a pour objet de faire partager de l'information sur les impacts du projet de golf à Lavagnac sur la ressource en eau. Il y avait dans la salle des élus locaux, des agriculteurs et des citoyens désireux d'en savoir plus, et soucieux d'un usage économe et responsable de l'eau.

Sur le projet de golf, avec son hôtel de luxe et son lotissement de pavillons pour résidents fortunés, il s'agit bien maintenant d'une réalité. Toutes les autorisations ont été données et plus rien ne s'oppose à la réalisation du projet tel qu'il a été conçu. Le représentant de la confédération paysanne, Thierry Arcier, a rappelé le déroulé de ce projet qui n'aura été finalement que peu combattu. René Moreno, nouvel élu régional et toujours président de la cave coopérative de Montagnac a informé l'assistance qu'il avait écrit noir sur blanc dans les registres des commissaires-enquêteurs son opposition au projet. Pour le Département, Christophe Morgo indiquait que sa collectivité n'avait pu émettre que des réserves, faute d'argument vraiment opposable.

Mais un préalable accompagnait ce projet de golf, c'est qu'il ne prendrait pas une goutte d'eau dans le fleuve Hérault. C'est du Bas-Rhône ou de Aqua Domitia que devait venir cette eau, mais les élus présents hier à Aumelas nous ont informé que Aqua Domitia était saturé et que le projet avait été largement sous-dimensionné au regard des besoins en irrigation agricole. Les 10 000 ha de terres agricoles prévues au départ sont en deçà des besoins nouveaux.

Sur Aqua Domitia, le projet décidé en 2012 se composait de maillons indépendants, depuis le maillon Nord-Ouest de Montpellier au maillon Minervois, et en passant par un maillon Val d'Hérault qui avait pour but "de répondre aux besoins agricoles, de sécuriser l'adduction en eau potable et de soulager le fleuve Hérault, tout en pointant l'utilisation accrue du Salagou".

 Télécharger la plaquette qui présente les décisions de la Région Languedoc-Roussillon et de BRL.

Mais il n'y a plus de maillon Val d'Hérault (cf. description) dans le projet en cours de réalisation ; il y a désormais un maillon Nord Gardiole qui pourra irriguer 500 ha de terres agricoles.

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Et pour pourvoir 4000 ha de terres irrigables supplémentaires, BRL a prévu d'autres ouvrages pour lesquels il n'existe aucune documentation en ligne. Juste une carte :

ouvrages_brl_2013_rhr_feader_04_950.jpg

Alors quelles ressources et quels partages possibles ? Pour le partage, c'est Christophe Vivier, directeur du syndicat mixte du bassin du fleuve Hérault qui a expliqué hier aux participants quel rôle majeur était celui de la commission locale de l'eau (CLE). Il s'agit là de ce qu'il appelle un "Parlement de l'eau", l’État ayant délégué à ces CLE la mission de décider comment devait se partager la ressource en eau à l'échelle d'un bassin versant, entre l'équilibre naturel des milieux et de la ressource, l'adduction en eau potable, les usages agricoles et tous les autres usages divers. Aujourd'hui, cette CLE pour le bassin versant du fleuve Hérault est inopérante car elle attend la désignation des délégués de la Région :=(

Pour la ressource, la question du Salagou a été abordée. Le Département a réalisé une étude sur la capacité du lac à pourvoir le fleuve Hérault en eau, sans trop nuire à sa nouvelle destination touristique, mais le rapport n'a toujours pas été rendu public. Le conseiller régional René Moreno a défendu lui la réalisation de retenues collinaires (comme à Sivens), mais il ne se rend pas compte du morcellement des terres cultivées et des difficultés qu'il y aurait à réaliser un réseau de distribution d'eau brute. Même si chaque village avait sa retenue collinaire, qui financerait la réalisation du réseau ? BRL ? La Région ?

Mais le principal questionnement porte sur l'urbanisation de nos territoires. Thierry Arcier (Conf. Pays.) a très justement indiqué que le projet de golf était un projet urbain sur des terres agricoles, prévu dans les documents d'urbanisme de la commune de Montagnac. Et il est paradoxal que nous ayons en chantier un Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) du Cœur d'Hérault pour lequel la question de l'eau est complètement occultée. Or, le territoire du Cœur d'Hérault coïncide pour une grande partie avec celui bassin du val d'Hérault :

BRL_Val_Herault.jpg

Alors que les trois intercommunalités du Cœur d'Hérault vont prendre au 1er janvier 2018 des compétences majeures sur l'eau (compétence sur la gestion des milieux aquatiques et sur la prévention des inondations GEMAPI, compétence sur l'eau potable, compétence sur l'assainissement des eaux usées) et qu'elles sont réunies dans l'élaboration d'un SCOT qui s'imposera à tous les projets d'urbanisation. Le SCOT doit être conforme au schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) pour le fleuve Hérault, lui même conforme au schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) de l'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse qui est lui même conforme à la directive cadre sur l'eau (DCE) de l'Europe :

ordre_regles_eau_plu.jpg

Alors pourquoi ne pas inscrire un chantier "usages de l'eau" dans le cadre de l'élaboration du SCOT du Cœur d'Hérault ? Surtout qu'en décalant à 2020 sa date de validation, nous avons un peu de marge pour nous consacrer à ce volet essentiel d'aménagement durable du territoire du Cœur d'Hérault.

Il y a des territoires "responsables" qui ont placé la gestion de l'eau au cœur de leur projet d'aménagement, car ils ont anticipé depuis longtemps que la pression démographique en même temps que la pollution des milieux naturels ainsi que le réchauffement climatique soient des paramètres incontournables pour prévoir un aménagement durable et responsable.

Pour beaucoup de monde, rien ne peut avancer sans une personnalité ayant une vision pour l'avenir d'un territoire ; c'est le syndrome Georges Frêche, Gérard Saumade ou encore Marcel Vidal. C'est d'ailleurs Marcel Vidal qui s'opposa obstinément à un projet de golf sur le Salagou (cf. question écrite au gouvernement). Je pense au contraire que les citoyens ont conscience de ces enjeux, mais qu'il leur manque les espaces de débats et de concertations pour formaliser leurs réflexions. Les élus doivent être leurs porte-parole.

14/08/2015

Mettons fin au dogme de la croissance économique !

Notre ministre des Finances, Michel Sapin, est venu nous apporter aujourd'hui un rayon d'optimisme dans une perspective économique mondiale des plus moroses. En effet, l'INSEE a publié les chiffres de la croissance du PIB pour ce second trimestre 2015, et cela semble conforter notre ministre dans la voie qu'il suit depuis 3 ans pour créer de la richesse et de l'emploi en France. Le CICE et le pacte de stabilité voient ici leurs effets ...

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Pour un écologiste, cet indicateur économique qui est un totem mondial, auquel la terre entière voue un culte sans faille, est à rapprocher de la prédation humaine sur les ressources de notre planète. Hier, le 13 août représentait la date approximative à laquelle notre consommation de ressources naturelles dépasse la capacité annuelle de la planète à les renouveler. En 2003, cette date était le 22 Septembre et en 1993, c'était le 21 octobre.… Cette échéance qui arrive chaque année de plus en plus tôt est un très mauvais signe ; il nous faudrait une seconde planète Terre pour reproduire les ressources naturelles que nous consommons et pour absorber le CO2 que nous émettons !

Si je plaide pour que la croissance économique ne soit plus un dogme, mais que nous soyons plus sobres, plus frugaux et surtout plus résilients, et ceci dans une démarche collective partagée qui se fixe des jalons à moyen terme, force est de constater que l'économie se contracte d'elle même.

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Les graphiques ci-dessus illustrent la décroissance régulière de la croissance du PIB. Ils ne signifient pas que l'activité économique décroît, mais simplement qu'elle croît de moins en moins. Or, en même temps, la population augmente, notre espérance de vie augmente et notre consommation globale reste le premier moteur de l'économie nationale.

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Il est évident que si les Français consommaient moins, mais mieux, alors les ressorts de l'économie française seraient à revoir complètement. Un exemple d'actualité sur la consommation, celui de la viande de porc. Un article de l'Obs du 30 juillet dernier portait sur l'élevage bio, l'éleveur interviewé vend sa viande de porc à 3,40 € le kg alors que les éleveurs conventionnels tentent de survivre à un prix inférieur à 1,40 € le kg. Pour gagner plus, cet éleveur a fait le choix il y a vingt ans de la qualité plutôt que de la quantité. Et il a fait le bon choix, la consommation de viande bio ayant augmenté de 10% en un an. Il ne roule pas sur l'or, mais il vit d'un métier qui est aussi sa passion.

S'orienter vers un tel modèle de développement économique nécessite que les acteurs économiques et politiques locaux fassent des choix audacieux, alors que notre jacobinisme nous place historiquement sous la dépendance de Paris. Et c'est d'ailleurs l'un de mes combats en Cœur d'Hérault, et qui rencontre malheureusement que peu d'échos au sein de la classe politique locale, celui d'engager des projets qui créent localement de la richesse et de l'emploi.

L'activité économique mondiale se contracte ; la Chine et les USA affichent des taux de croissance de leur PIB qui devraient alerter tous les décideurs mondiaux, bien en deçà de leurs meilleurs jours et donnant ainsi la tendance pour tous les pays de la planète. Nous avons la chance en France de ne pas manquer de ressources naturelles, et nous bénéficions aussi d'équipements publics, d'infrastructures et d'une organisation administrative locale qui sont des atouts majeurs dans la cinquième puissance économique mondiale (ex æquo désormais ou juste derrière le Royaume Uni qui a inclut dans le calcul du PIB la vente de drogue et la prostitution ; les activités illicites représentent 0,5 % du PIB outre-Manche, presque autant que l'agriculture). Engageons-nous donc sur la voie du développement économique local, ainsi que sur la résilience de nos territoires ruraux dans un monde qui verra de plus en plus se développer les tensions, les migrations et les conflits.

Enfin, je reviens brièvement sur le sieur Sapin qui est un étrange ministre des Finances. Il assurait ainsi sur les ondes de France Inter fin juin, à propos de la crise grecque, qu'au sein du FMI ce sont des pays comme le Brésil et l'Argentine qui avaient réclamé de Madame Lagarde plus d’intransigeance vis à vis de la Grèce. Ceci pour témoigner que la France restait l'un des rares « partenaires » d’Athènes. C'est le Monde diplomatique du 1er juillet qui dément la fourberie de Sapin ; les plus hautes autorités au Brésil et en Argentine ont démenti ces déclarations, ajoutant qu'elles s'étaient très tôt solidarisées de la Grèce soumise aux injonctions de la troïka. A la retraite la promotion Voltaire !

03/07/2015

Le Coeur d'Hérault face à sa COP21 ...

Démarré depuis deux ans, le Pays Coeur d'Hérault réunissait ce vendredi sa Commission « Aménagement durable du territoire-Agenda 21 » pour travailler sur son programme d'action du Plan Climat Énergie Territoire (PCET). Si seules les collectivités de plus de 50.000 habitants sont obligées de mettre en œuvre un PCET, le Pays Cœur d'Hérault (qui n'est pas une collectivité territoriale de plein exercice) avait quand même souhaité s'y engager volontairement à l'époque.

N'étant pas une collectivité et n'exerçant pas de compétence propre, on peut se demander en quoi le Pays Cœur d'Hérault à la capacité de s'engager sur des objectifs nationaux (réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre de 20% par rapport à 1990, améliorer de 20% l'efficacité énergétique et porter à 20% la part des énergies renouvelables). La Région Languedoc-Roussillon a son propre programme qui vise lui à réduire nos consommations d'énergie de 9% par rapport au scénario  tendanciel à l'horizon 2020 et de 44% à l'horizon 2050 ; la Région s'est aussi engagée à assurer une production d'énergies renouvelables représentant 29% de la consommation énergétique finale à l'horizon 2020 et de 71% à l'horizon 2050.

Mais le Cœur d'Hérault qui travaille actuellement à son Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) a obtenu une aide de l'ADEME pour passer au « SCoT Facteur 4 » ; ce SCoT qui devrait être validé en 2017 imposera aux documents d'urbanisme des communes du Cœur d'Hérault de contribuer à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, et par rapport à ce qu'elles étaient en 1990. Cela ferait ainsi passer le Cœur d'Hérault de 6,5 tonnes de CO2 par habitant en 1990 à un peu moins de 2 tonnes de CO2 par habitant à l'horizon 2050.

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Ce volontarisme affiché par la commission réunie aujourd'hui est louable, mais comment peut-il susciter l'adhésion des citoyens et de leurs représentants ? Voilà pourquoi j'ai intitulé cette note par « Le Cœur d'Hérault face à sa COP21 ... , parce que le monde tout entier est confronté au même dilemme. Et ce dilemme est que les peuples ont aujourd'hui des attentes, voire des exigences vitales plus prioritaires que de diviser par 4 d'ici 2050 nos émissions de gaz à effet de serre.

Il y a une donnée factuelle qui nous est présentée dès qu'on aborde cette question, c'est la très étroite relation entre l'activité économique, la consommation d'énergie et l'émission de gaz à effet de serre.

Un_millénaire_de_croissance_mondiale.png      ges_evol.png

C'est au début du 19ème siècle, et après deux millénaires d'une vie mondiale stable, que la population, que l'activité économique et que les émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique ont connu une croissance exponentielle. Le lien entre ces indicateurs saute aux yeux.

Un autre exemple est significatif, c'est celui de la Grèce ces dernières années. Avec les fameuses politiques d'austérité imposées par ses créanciers, l'activité économique de la Grèce s'est contractée de 22% entre 2008 et 2013. Or, dans la même période, ses émissions de CO2 sont passées de 8,66 tonnes par habitant à 6,84 tonnes, soit une baisse de 21%.

Or, le Pays Cœur d'Hérault se caractérise par un taux de chômage très important, entre 15 et 20% de sa population active, et l'INSEE a publié récemment une carte interactive des taux de pauvreté qui fournit des données très préoccupantes pour le Cœur d'Hérault : 41,2% de la population de Lodève vit sous le seuil de pauvreté, c'est à dire avec moins de 60% du revenu médian national ; c'est entre 30% et 35% sur le Clermontais et c'est entre 22% et 25% sur le Gignacois. Il est donc évident que le Cœur d'Hérault doit augmenter son activité économique pour pourvoir plus d'emplois et plus de richesses pour ses habitants.

Il n'est ainsi pas possible d'aborder un PCET de façon angélique ; c'est le développement économique tant attendu par les habitants qui tend à consommer plus d'énergies et à émettre plus de gaz à effet de serre, et le PCET doit être perçu comme un prisme au travers duquel ce développement économique doit être le plus vertueux possible sur le plan environnemental. Mais nous focaliser sur un PCET à notre échelle avec un programme d'action sur 6 axes et avec 41 actions, est-ce bien le plus important ? Et si avant cela nous étions un peu plus prosélytes sur les programmes d'action de la France et de notre Région ? Nous pourrions mieux sensibiliser le public et mieux associer les citoyens si par exemple nous communiquions sur les actions pour lesquelles les prescriptions de la Région peuvent concerner le Cœur d'Hérault

La température augmente d'année en année, c'est un fait. Et cette évolution du climat va radicalement changer nos modes de vie et nos activités économiques, ne serait-ce que pour l'accès à l'eau ou pour l'agriculture locale.

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Et si ces observations nous imposent de ne pas demeurer immobiles, les actions à entreprendre doivent s'organiser à la plus large échelle possible de façon à équilibrer les atouts et les faiblesses de chaque territoire, et avec une stratégie économique locale adaptée. Deux facteurs sont aussi à améliorer, c'est d'une part l'implication des élus locaux (trop peu nombreux par exemple lors de la réunion de la commission aujourd'hui), et d'autre part la communication vers le grand public.