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13/09/2015

Crues et inondations récurrentes, les EPCI doivent relever le défi

Je l'ai déjà écrit sur ce blog, c'est au 1er janvier 2018 que les EPCI prendront la compétence de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations (Gemapi). C'est une compétence majeure, et les crues et inondations qui surviennent de plus en plus souvent sur notre territoire illustrent les carences en matière d'aménagement et d'entretien des cours d'eau, ainsi que la détresse de nos concitoyens qui payent très cher les conséquences des inondations.

Nos voisins du Lodévois-Larzac n'ont pas attendu cette échéance pour s'occuper des milieux aquatiques et des inondations, et la Communauté de communes est déjà compétente pour travailler sur les cours d'eau de son territoire. Mais cet article de Midi Libre qui relate une réunion du Conseil communautaire en juin 2014 aborde clairement la question du transfert, ou de la délégation de cette compétence au syndicat mixte de gestion du bassin du fleuve Hérault.

Sur le Clermontais, les élus n'ont pas encore pris les décisions nécessaires pour que la compétence devienne une réalité. L'assemblée communautaire a bien pris une compétence « restauration et entretien des cours d'eau » en novembre 2013 (cf. délibération), ce qui concerne sur le territoire de la Communauté de Communes l'Hérault, la Lergue, la Boyne, la Dourbie et le Salagou (à l’exclusion du lac, de son plan d’eau et de ses berges), mais ça ne permet pas encore à la CCC d'être opérationnelle sur le terrain. La dernière délibération sur le sujet date de février 2014 pour une étude d’élaboration d’un plan de gestion d’aménagement de la « Lergue aval », sur une section allant de Ceyras à Canet. Or, les inondations constatées sur Brignac, et avec des dégâts matériels très lourds qui touchent les populations concernées, justifient de passer très rapidement à la vitesse supérieure !

Je renvoie à cet article de Midi Libre sur les dégâts occasionnés à Brignac le 28 août, et Brignac est régulièrement touché par les crues de la Lergue.

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Les élus sont souvent déstabilisés par les tergiversations de l’État qui légifère à hue et à dia, mais maintenant que le cadre législatif et réglementaire est fixé, il ne faut plus tortiller ; il y a urgence. La question de ces transferts de compétences, car il s'y ajoute aussi l'eau potable et l'assainissement qui seront transférées aux EPCI en 2020, a été évoquée en commission des affaires générales de la CCC cette semaine, Christian Bilhac ne souhaitant pas attendre la saint glinglin pour avancer. Le Président Lacroix nous a répondu que nous n'évoquerons pas ces sujets en 2015 et que nous aurons l'an prochain une réflexion politique sur cette question (certainement dans le cénacle à huis-clos de la conférence des maires). Nous n'avancerons donc pas "techniquement" sur ces questions d'eau avant ... 2017, juste avant de prendre la compétence :=(

Concernant la prévention des inondations, ma crainte est que les EPCI transfèrent (ou délèguent) cette responsabilité au syndicat mixte de gestion du bassin du fleuve Hérault. Mais cet EPTB intervient sur un territoire qui va de l'Aigoual jusqu'à Agde. Et si c'est cet EPTB qui décidera demain de la programmation des travaux sur le bassin versant de l'Hérault, alors les EPCI perdront toute maîtrise sur les priorités qui concernent leur territoire.

Sur la commune de Lodève, Nathalie Lopez et son mari, apiculteurs, ont vu le fruit de leur travail de ces six dernières années disparaître dans le ruisseau qui a traversé leur maison dans la soirée du samedi 12 septembre. La récolte de miel de cinq tonnes a été détruite. Interview sur le site de Midi Libre.

En attendant, des citoyens subissent inondation sur inondation, perdant leurs biens et leurs outils de travail. Les indemnisations tardent, laissant les personnes seules face à leurs banques, et les montants sont loin de couvrir tous les investissements à entreprendre pour relancer une activité agricole, artisanale ou commerciale. Les communes font face elles aussi à des dégâts coûteux, mais elles sont parfois à l'origine des décisions qui produisent ces dégâts ...

L'urbanisation est évidemment en cause. L'artificialisation des sols, la déforestation et le non respect des zones rouges sont des facteurs aggravants pour les inondations. Et là, le SCOT du Cœur d'Hérault qui est en cours d'élaboration devra fixer des règles contraignantes pour éviter que des aménagements urbains continuent de produire ces dégâts récurrents ; j'y serai vigilant !

01/08/2015

Le Clermontais économique, un oxymore ?

C'est le 31 juillet que la Communauté de communes du Clermontais (CCC) a mis en ligne sur son site Web une lettre d'information économique : L'info économique du Clermontais - n°1 de juillet 2015. C'est un premier numéro, mais il n'est pas indiqué la périodicité de cette publication ... tous les 31 juillet ? Ça a au moins l'avantage de passer totalement inaperçu dans la torpeur de l'été, mais au moins le job est fait ;-)

Info_Eco_CCC.pngOui, cette publication est décevante, mais pouvait-il en être autrement ? La communication devient de plus en plus la pochette surprise de politiques publiques improbables, et le Clermontais cache mal ici la vacuité de son action économique. Dans son édito, le Président Lacroix avance que cet outil de communication « affirme sa volonté de travailler en concertation avec les chefs d’entreprises, les commerçants, les artisans, les agriculteurs locaux... et en toute transparence ».

Ça fait un peu penser à Manuel Valls lors de l'université d'été du Medef en août 2014, affirmant « Moi, j'aime l'entreprise », et avec en sous-entendu « que puis-je faire pour vous ? ». Et c'est le sens que prend cette fameuse charte de développement économique qui n'est uniquement destinée qu'aux commerçants de Clermont l'Hérault avec qui il faut composer pour remplir la Salamane. Quelle charte ? Elle a été très brièvement présentée aux élus communautaires en commission "aménagement, environnement et développement durable" le 1er avril 2015, dans un ordre du jour bien rempli, et puis c'est tout ... J'avais demandé ce jour-là que nous recevions au moins une copie de cette charte, histoire de ne pas finir plus idiots, mais elle doit être classifiée "Secret Défense" car sa diffusion reste très discrète. Il est d'ailleurs étonnant de lire "A la une" de cette communication du 31 juillet que « A ce jour, les signataires de cette charte sont la Communauté de communes du Clermontais par la voix de son Président et de ses Vice-présidents, MM Brun et Ruiz ainsi que les associations de commerçants (Clermont à Plein Cœur, Zone vivante Tanes Basses Salamane et l’Association des commerçants et artisans de Paulhan) et les partenaires dans le domaine de l’emploi : Cap Emploi et la Mission Local Jeunes du Cœur d’Hérault ». Disons donc que cette charte est avant tout un engagement politique personnel du Président Lacroix qui n'engage en rien son assemblée communautaire.

Autre point faible de la politique économique du Clermontais, que cette communication illustre d'ailleurs très bien, c'est l'absence de synergie avec le Pays Cœur d'Hérault, voire même avec nos deux communautés voisines du Cœur d'Hérault. Le service de développement économique du Clermontais se concentre sur une seule chargée de mission, alors qu'il faudrait mettre en avant tous les partenaires qui sont à nos côtés : l'agence économique du Cœur d'Hérault, la maison de l'emploi du Cœur d'Hérault, le PLIE Cœur d'Hérault, la pépinière d'entreprises du Pays Cœur d'Hérault, la bourse immobilière et foncière du Pays Cœur d'Hérault, la plateforme d'initiative locale (PFIL), l'ARIAC, etc. Mais cela vaut aussi pour les déchets, pour la culture, pour le logement, pour le tourisme, ... nos trois intercos ne savent pas travailler ensemble.

Ma réaction à cette publication provient du fait que le développement économique, il faut d'abord s'en occuper avant d'en parler. Or, que fait par exemple le Clermontais en matière agricole ? Quelles aides ? Que faisons-nous pour le tourisme ? Rien ! Des offices de tourisme ne promeuvent que ce qui existe, alors que nous devrions d'abord nous préoccuper de développer l'offre touristique (hôtels, campings, restaurants, circuits touristiques, guides, offres de loisir, un patrimoine valorisé, festivals, ...). Idem pour l'artisanat et le commerce de proximité qui sont le premier employeur de France. Subventionner la rénovation du patrimoine bâti est par exemple un moyen de donner de l'activité aux artisans locaux, mais la Communauté a décidé cette année de supprimer l'aide aux particuliers pour rénover leur façade et de ramener de 50.000 à 40.000 € l'aide aux communes pour rénover leurs bâtiments publics (pour la durée du mandat). Je regrette aussi que nous n’avancions plus du tout sur le programme local de l'habitat (PLH), totalement stoppé depuis deux ans, alors qu'un programme de construction de logements porté politiquement par des assemblées communautaires permettrait à des entrepreneurs locaux d'investir et d'embaucher. Il en est de même pour le désintérêt de la CCC pour l'aménagement de l'habitat existant. Alors que nos voisins de la Vallée de l'Hérault inscrivent à leur budget 21.235 € par an jusqu'en 2017 (sur 105.000 € au total en y ajoutant les concours de l'ANAH et du Département de l'Hérault) pour un programme de rénovation de l'habitant ancien (ou indigne ou nécessitant des travaux de rénovation thermique), dans le cadre d'un programme d'intérêt général (PIG) ambitieux (cf. aides proposées), et que le Lodévois-Larzac s'engage dans la même démarche, le Clermontais ne fait rien dans le domaine de la rénovation de l'habitat, au détriment des bailleurs, des propriétaires occupants et des entrepreneurs locaux.

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Quant à la logistique, secteur pour lequel la Communauté semble découvrir 4 ans après la création de la ZAC de la Salamane qu'il y a peut-être là une filière génératrice de richesses, il faudrait aussi investir dans la formation professionnelle sur notre territoire. D'accord pour participer à des salons et à des rencontres pour développer la logistique, mais à condition que ça permette de donner de l'emploi à des chômeurs du Clermontais. Ne renouvelons pas le mauvais coup de Système U qui a fait appel à ses salariés de Vendargue pour occuper les emplois à la Salamane, au prétexte que nos demandeurs d'emploi sur le Clermontais n'avaient pas « la culture de la logistique ».

Enfin, une lettre d'information économique pourrait afficher un tableau de bord de l'activité économique locale (solde des créations/fermetures d'entreprises, nombre de demandeurs d'emploi, population vivant sous le seuil de pauvreté, nombre de touristes ayant passé X jours sur le Clermontais, nombre de chantiers privés et publics, nombre de jeunes diplômés ou formés sur le territoire, ...). Nous savons que ces chiffres ne sont pas bons aujourd'hui, et il n'est pas question de les rendre plus positifs en un coup de baguette magique, mais il est indispensable de démontrer comment les politiques publiques engagées améliorent la situation socio-économique sur le Clermontais.

Et que l'on cesse de mettre en avant un « Projet de territoire » derrière l'Agenda 21 local du Clermontais ! Un projet de territoire, et on peut prendre par exemple celui du Pays Cœur d'Hérault signé en décembre 2013 au Caylar (mais le Pays Cœur d'Hérault n'en parle plus du tout, aucune trace sur son site Web qui reste planté sur l'ancien projet 2008-2013). C'est cette démarche là qui fixe des orientations stratégiques dans les grandes compétences de l'EPCI (petite enfance, jeunesse, culture, sport et loisirs, développement économique, offices de tourisme, gestion des déchets, accueil des gens du voyage, entretien des berges des rivières, assainissement non collectif, ...). Là, l'Agenda 21 se contente de préciser dans quelles contraintes de telles politiques pourraient être engagées, et essentiellement des contraintes environnementales. N'oublions pas que les Agendas 21 sont nés au sommet de la Terre à Rio en 1992 ; ce sont des plans d'actions pour le 21ème siècle ayant pour but la mise en place d'un développement durable, qui garantit à chaque être humain, bien être et dignité, tout en préservant la planète pour les générations futures.

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21/06/2015

Irrifrance : l'empathie des élus locaux occulte les enjeux globaux de long terme

Une entreprise est un corps social dont tous les membres vivent en harmonie avec les succès et les difficultés quotidiennes ; de l'ouvrier au directeur, chacun participe à la vie de l'entreprise avec tous ses sentiments humains : joie, peur, craintes, espoirs, etc. Je ne suis pas salarié de l'entreprise Irrifrance, à Paulhan, mais je lis dans la presse et sur le Web toutes les informations qui peuvent susciter de la joie (des récompenses, de nouveaux marchés, ...) comme des craintes (réduction d'effectif, blocages financiers, ...).

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Les salariés d'Irrifrance mobilisés. © Irrifrance2014/Twitter

Une femme ou un homme politique, un(e) élu(e) local(e) ne peut pas prendre ses décisions sous le coup de l'émotion. Sans être imperméables aux difficultés rencontrées par les salariés d'une entreprise, les élus doivent prendre le recul suffisant pour ne pas tomber dans le syndrome du thérapeute au chevet d'un patient. Car les élus sont là pour mettre en œuvre des politiques publiques plus globales et à plus long terme. Ils doivent doter leur territoire des équipements, des infrastructures et des services qui vont faciliter le développement, la reprise et la création d'entreprises, et donc le maintien et la création d'emplois.

Le graphique ci-dessous indique le nombre de défaillances et de créations de sociétés dans l'Hérault depuis 2001 (les données sont disponibles sur le site Web de l'INSEE) :

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Parallèlement, il est intéressant de présenter le graphique des emplois salariés marchands dans l'Hérault sur la même période :

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Des entreprises se créent et d'autres meurent tous les jours, mais quand une entreprise cesse son activité, elle laisse beaucoup de salariés sur le carreau. En même temps, la création d'entreprise génère très peu d'emplois dans les premiers mois de son activité ... Un solde positif entre la création et la défaillance d'entreprises ne suffit pas, il faut aussi un solde positif d'emplois créés.

Irrifrance, ce sont 85 emplois au total (en production sur Paulhan et dans les activités commerciales). Le maintien de ces emplois est une priorité, surtout parce que le retour à l'emploi après un licenciement est en France très incertain. Le sénateur Robert Navarro était à Paulhan le mardi 16 juin pour une rencontre avec les élus locaux, mais il a aussi écouté le directeur ainsi que les représentants du comité d'entreprise d'Irrifrance. Robert Navarro s'était engagé à interpeller le gouvernement sur la situation d'Irrifrance au regard des soutiens de l’État, et c'est ce qu'il a fait en séance au Sénat le 18 juin. Ci-après le texte de l'intervention du sénateur Robert Navarro et la réponse de la secrétaire d’État au commerce, Martine Pinville (tout juste nommée le matin même dans cette fonction) :

Pinville_Navarro.jpg

Dans son questionnement, Robert Navarro a insisté sur la position hostile de la BPI, qu'il associe à la nationalité syrienne de l'actionnaire d'Irrifrance, et la ministre a précisé dans sa réponse que la BPI n'a pas vocation à se substituer à l'actionnaire. Les politiques peuvent-ils faire plus ? Et doivent-ils en faire plus ? La stratégie de l'entreprise, ses partenariats et ses accords stratégiques relèvent du management de la société, avec le soutien de l'actionnaire, et les parlementaires de l'Hérault comme les élus locaux ne sont pas partie prenante.

Aujourd'hui, la Communauté de communes du Clermontais, le Pays Cœur d'Hérault et la Région Languedoc-Roussillon ont la responsabilité de mettre en œuvre tout ce qui peut soutenir le développement économique et l'emploi. Pour le Clermontais, ça passe principalement par l'offre foncière, mais cela pourrait être une aide plus prospective en direction des filières d'avenir. Pour le Coeur d'Hérault, c'est principalement la coordination des politiques économiques en lien avec les aides européennes (FSE, FEDER, FEADER), mais il y a aussi de nombreux outils qui sont proposés pour la création d'entreprises. Pour la Région, c'est la formation professionnelle qui est le principal levier pour adapter l'offre de capacités professionnelles aux demandes de compétences opérationnelles, mais la Région propose d'autres outils comme par exemple la marque Sud de France qui fédère la production et la commercialisation des acteurs de l'agro-alimentaire régionale, ou encore le contrat de plan État-Région qui fixe pour cinq ans les engagements financiers respectifs sur des investissements très structurants.

Pour conclure, je n'ai pas d'avis particulier sur les orientations stratégiques de l'entreprise Irrifrance, mais je souhaite vivement que cette société innovante et pérenne puisse continuer à se développer à Paulhan. Par contre, j'ai un avis plus critique sur la mobilisation des politiques vis à vis du développement économique local, et dont je pourrai caricaturer les ambitions à la zone d'activités économiques de la Salamane et au Parc Régional d'activités économiques du Bosc :=(