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08/06/2016

La Salamane, le veau d'or du Coeur d'Hérault

Je siégeais ce soir à la commission aménagement, environnement et développement durable de la Communauté de communes du Clermontais, avec pour unique ordre du jour la présentation par les représentants des sociétés Castellum de Clermont, Monteleone et SPM6 du projet d'aménagement de la façade commerciale de la ZAC de la Salamane.

Le Président Lacroix a insisté en début de réunion sur les impacts sur l'emploi, ainsi que les partenariats qui vont être noués avec Pôle Emploi et avec toutes les structures de formation pour répondre aux besoins des futurs commerces. De son côté, le représentant de SPM6 a donné quelques informations judiciaires. Les recours contre la construction du Leclerc Drive sont éteints, la cour de cassation n'ayant pas donné suite au recours des requérants ; le Leclerc Drive va désormais ester en justice pour tous ces recours estimés abusifs et dont il a assumé les coûts. De même pour les recours contre l'aire de service, recours déposés par Système U et par Intermarché, le représentant de SPM6 a une nouvelle fois annoncé qu'il irait lui aussi en justice pour ces recours abusifs qui retardent ses investissements. Le décor était planté, toute opposition n'avait qu'à bien se tenir !

Le projet qui a été présenté vient compléter le projet d'aire de service qui a déjà été adopté par la Communauté de communes ; il s'agit là de remplir toute la façade autoroutière de la Salamane avec des commerces.

Zone Commerciale Salamane.jpg
 Le projet figure en rouge sur la façade autoroutière de la ZAC

Et c'est un florilège d'enseignes qui nous ont été présentées pour ce nouveau temple du consumérisme en Cœur d'Hérault ; la zone de chalandise est évaluée à 80 000 habitants et la Salamane est appelée à devenir LE pôle commercial du Cœur d'Hérault. Les enseignes Buffalo Grill, InterSport, Darty, Brico Dépôt, Feu Vert, VillaVerde jardinerie ... sont sur les rangs, et avec des lettres d'intention aussi exigeantes qu'engageantes. Un McDo est aussi attendu sur la Salamane, et c'est directement la maison mère qui est impliquée de façon à contourner le propriétaire du McDo de Clermont l'Hérault, farouche opposant aux aménagements commerciaux sur la Salamane. J'ai appris au passage que Burger King a acquis des parts dans McDo France, et avec une volonté de maillage très étroit du territoire ; il n'y aurait donc pas d'obstacle à avoir deux magasins de cette enseigne à 1 km l'un de l'autre.

Les représentants des sociétés d'aménagement ont bien évidemment mis l'accent sur le côté "vitrine territoriale" du projet. Plusieurs domaines viticoles privés sont intéressés pour avoir un espace de vente dans l'ilot de l'aire de service, et l'hôtel qui sera à l'entrée de la zone mettra en valeur les richesses de notre territoire. C'est dommage pour les communes du Clermontais que les touristes n'auront plus besoin de visiter, on leur mettra tout ça dans un carton pour la route.

Il y a aussi des enseignes qui vont quitter les Tanes Basses pour la Salamane : Chauss34, Bureau Vallée, les Cuisines Schmidt, Couleur de Tollens, Flash Enseignes, le magasin de vélos et quelques autres. Le service économique de la Communauté de communes reste très attentif sur le maintien d'activités commerciales sur les Tanes Basses, mais il est confronté à des loyers très élevés et à une spéculation foncière qui freine la reprise des locaux laissés vacants.

Tous les élus présents étaient conquis par ce projet d'aménagement ; je me suis tu pour ne pas étaler mes haut-le-cœur. Et ce projet faisait même consensus parmi les élus de Clermont l'Hérault (je ne sais d'ailleurs plus qui est dans la majorité ou dans l'opposition). Le maire Salavador Ruiz a salué un projet porteur d'espoirs pour Clermont l'Hérault ; Laure Robert était sur la même longueur d'onde tout en pointant avec ferveur les efforts environnementaux des aménageurs.

Car sur les espaces verts et autres aménagements paysagers, les représentants des sociétés porteuses du projet ne manquaient pas d'ambition. Il y aura 20% de la surface du projet en espaces verts et seront associés le lycée agricole de Gignac, des associations et des agriculteurs locaux ; il y aura des pieds de vigne et des oliviers ! Si si ! Par ailleurs, tous les toits seront couverts de panneaux photovoltaïques dont la vente de l'électricité à EDF sera utilisée par le GIE des commerçants pour entretenir les parkings, les communs et les espaces verts.

Denis Mallet a posé des questions opportunes. Tout d'abord sur les déchets, pour savoir s'ils pouvaient être collectés dans des containers enterrés comme cela se fait de plus en plus à l'étranger. Fin de non recevoir de la part des aménageurs et du directeur des services techniques de la CCC, chaque commerçant ayant à placer des containers externes pour ses déchets. Pour l'architecture des bâtiments, il lui a été répondu que tout serait calqué sur le Leclerc Drive devenu charte architecturale du lieu.

Le maire de Canet, Claude Revel, s'est inquiété pour les eaux pluviales. Sa commune ne subissait pas d'inondation avant que n'existe la ZAC de la Salamane, et elle a été plusieurs fois inondée via le ruisseau qui vient de la Salamane depuis deux ou trois ans. Selon Jean-Louis Rio, le directeur des services techniques de la CCC, ce n'est pas la Salamane qui en est la cause, mais c'est le réseau pluvial qui a été créé pour la Salamane qui collecte désormais des eaux qui viennent d'autres éléments extérieurs à la zone. En gros, il n'a pas osé dire qu'avant il y avait des terres agricoles qui absorbaient les eaux de pluies ruisselant de l'amont, et de l'A75 par exemple, mais que depuis qu'un fossé ceinture complètement la Salamane et bien les eaux de pluie empruntent ce nouvel itinéraire. C'est incroyable d'apprendre que le dossier loi sur l'eau de cette ZAC a été élaboré pour évacuer les seules eaux de pluie de la ZAC elle-même, mais en s'abstrayant totalement des ruissellements issus des espaces autour de la ZAC ...

Je ressors de cette réunion avec la déception de voir cet enthousiasme unanime de tous mes collègues, engouement verbalement exprimé par certains ou acquiescement muet pour tous les autres. En tous cas, personne pour dire qu'un tel projet va faire de ce triangle Canet-Brignac-Clermont un pôle commercial qui va entraîner toujours plus de pression démographique. Le maire de Brignac, Henri Jurquet, ne s'est pas exprimé, mais il a présenté récemment avec Jean-Claude Lacroix le projet d'extension de l'autre côte de la RD2 ; c'est dire que les élus créent là un monstre urbanistique et paysager qui finira par totalement leur échapper, ou plutôt à leurs successeurs.

Je note par ailleurs que la station service de la future aire de service est bien dérisoire, et que les espaces commerciaux de l'aire de service seront rapidement engorgés l'été quand les touristes s'arrêteront pour faire le plein. Les deux giratoires de l'A75 et leurs voies d'entrée depuis l'autoroute sont aussi des points critiques, voire accidentogènes, mais c'est comme pour les eaux de pluie, rien n'existe en dehors de la Salamane ...

Pour l'exécutif intercommunal, c'est la rente fiscale qui motive ce projet. Et le volet "emplois" présenté par le Président Lacroix est une blague, une très mauvaise blague. Ces commerces en bord d'A75 vont employer des salariés à temps partiel, et avec un fort taux d'emploi le week-end et les jours de congé. On le voit à Odysséum à Montpellier : les allées sont vides les jours de semaine et elles fourmillent de monde le samedi et les jours de congé. De plus, le boom des achats sur Internet rend ces espaces commerciaux de moins en moins fréquentés, et nous aurons peut-être là dans 20 ans une hideuse friche commerciale qui ne rapportera plus un centime de fiscalité. Aucune autre alternative ne semble exister pour créer de l'emploi, ni dans l'artisanat et ni en agriculture. Un artisan de Pézenas m'a fait part du refus qui lui a été opposé pour s'installer à la Salamane, et il va donc étendre son activité sur Béziers. Or, n'y a-t-il pas de place pour plusieurs artisans qui travaillent dans le même domaine dans la perspective d'une croissance prévue des activités de construction ? Ce monsieur qui m'a contacté installe des fenêtres, des portes et des volets en bois, en PVC et en aluminium, mais il serait concurrent direct de l'entreprise Normand sur la Salamane. Il pouvait créer 5 emplois à temps plein sur Clermont l'Hérault tout en donnant à son activité un espace plus adapté à ses nouveaux marchés. Mais on préfère ouvrir une sandwicherie qui emploiera des salariés précaires tous les midis de la semaine et le week-end. Pas cool :=(

14/05/2016

Un prochain Conseil de développement pour le Clermontais ?

Il faut savoir prendre un peu de hauteur pour échapper au bruit du quotidien ...

Ce bruit, c'est aujourd'hui à Clermont l'Hérault qu'il bruisse. Et la question n'est pas de l'ordre du fait divers ou de la propagation de rumeurs, mais elle concerne tous les habitants du Clermontais tant notre relation à cette ville-centre est forte. C'est à Clermont l'Hérault que la plupart de nos enfants vont au collège puis au lycée. L'activité culturelle du Clermontais est indissociable de l'activité du théâtre Le Sillon et du cinéma Alain Resnais. Sur le plan commercial, de son marché du mercredi à ses magasins en ville et jusqu'aux Tanes Basses, tous les clermontais fréquentent régulièrement les rues de Clermont l'Hérault. Et je peux citer le centre aquatique, sa plage sur le Salagou, ses offres de loisirs, son hôpital local et sa maison médicale de garde. Bref, Clermont l'Hérault est le cœur battant de notre territoire du Clermontais. Aussi, tout ce qui bloque comme tout ce qui dynamise les politiques publiques de cette commune ne peuvent pas laisser indifférent.

Personnellement, je ne m'intéresse pas du tout à ce que les uns disent sur les autres, aux pratiques des uns comme des autres et à toutes les arrière-pensées personnelles qui nuisent d'ailleurs à l'intérêt général. Par contre, j'attends de Clermont l'Hérault et de ses élus, et de ses nombreux élus qui siègent dans l'assemblée communautaire, de prendre toute leur place, et en responsabilité, dans les orientations de développement et d'aménagement du Clermontais.

Bureau_CCC.jpg

Car depuis la première séance du Conseil communautaire au printemps 2014, la situation est bloquée. Le maire de Clermont l'Hérault n'y a pas la place correspondant à celle de sa ville dans le rayonnement territorial de l'EPCI, et les 12 autres conseillers communautaires de Clermont l'Hérault y sont très divisés ; les conseils communautaires sont même parfois l'occasion de prolonger les débats de leur conseil municipal ...

Je ne m’immisce pas dans le fonctionnement ni dans l'organisation de l'équipe municipale de Clermont l'Hérault, mais j'espère qu'elle pourra prochainement jouer le rôle moteur que nous pouvons attendre d'elle à l'échelle du Clermontais. L'attractivité économique de la Salamane, le développement d'un pôle commercial significatif en Cœur d'Hérault, l'aménagement du Salagou ou encore le rayonnement culturel de la ville-centre sont autant de thématiques sur lesquelles Clermont l'Hérault ne peut pas être écarté.

Mais il ne faut pas attendre, et il ne faut surtout pas prendre les forces vives du territoire en otage. Les associations, les clubs sportifs, les commerçants, les entrepreneurs, les professionnels de la santé et de l'aide à la personne, les agriculteurs constituent des ressources encore ignorées. Or, quand un colloque ou un atelier est organisé sur le territoire, et je participe à nombre d'entre eux, les participants issus de ces milieux citoyens, associatifs ou professionnels nous font toujours plein de propositions et manifestent un réel dynamisme. Pendant ce temps-là, les élus sont aux abonnés absents :=(

Il existe pourtant une issue, c'est le Conseil de développement ! La loi NOTRe (pour une nouvelle organisation territoriale de la République) d'août 2015 impose aux EPCI de plus de 20.000 habitants de mettre en place un Conseil de développement (cf. article 88 de la loi). La loi en fixe la composition : « Il est composé de représentants des milieux économiques, sociaux, culturels, éducatifs, scientifiques, environnementaux et associatifs du périmètre de l'établissement public ». Sur ses missions, la loi précise que  « Le conseil de développement est consulté sur l'élaboration du projet de territoire, sur les documents de prospective et de planification résultant de ce projet, ainsi que sur la conception et l'évaluation des politiques locales de promotion du développement durable du périmètre de l'établissement public de coopération intercommunale.  Il peut donner son avis ou être consulté sur toute autre question relative à ce périmètre ». Et sur son articulation avec le Conseil communautaire :  « Le conseil de développement établit un rapport d'activité, qui est examiné et débattu par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ».

D'autres structures intercommunales ont déjà mis en place une telle structure, telle la Métropole de Montpellier qui a installé son Conseil de développement en mars 2015. Composé de 250 membres, ce CoDe3M est présidé par Katia Vidic, entrepreneuse montpelliéraine de 34 ans, cofondatrice de NELIS et membre actif de l'écosystème French Tech. Ce Conseil de développement intervient sur les thématiques suivantes (six piliers établis par les élus de la métropole) : 1. Santé, 2. Numérique, 3. Mobilité et transports, 4. Développement économique, tourisme et industrie, 5. Agro-écologie et alimentation, 6. Culture, patrimoine et université. L'agglomération de Hérault Méditerranée est dotée d'un Conseil de développement de 50 membres depuis 2003. Mais le Pays de l'Or, Béziers Méditerranée, Thau Agglo et d'autres structures intercommunales autour de nous ont déjà installé ces structures de démocratie participative.

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Je crois beaucoup à la synergie qui peut naître de ce croisement entre élus et forces vives d'un territoire ; les uns ont toujours besoin des autres, et tous les habitants du territoire de l'EPCI ne peuvent qu'y être gagnants. Et cela permet surtout de sortir des bagarres de clochers pour s'attacher au développement de tout un territoire. Je mesure bien qu'il s'agit là d'un contre-pouvoir et que les élus s'y engageront à reculons, mais il faut aussi changer nos mentalités.

04/05/2016

SCOT du Coeur d'Hérault, la démarche qui ne laisse plus les élus indifférents

Il remonte à loin ce premier rendez-vous du SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale) du Coeur d'Hérault, c'était le 12 mai 2012 au domaine des trois-fontaines, et il réunissait des élus de 34 communes (sur 49) des intercommunalités du Clermontais et de la Vallée de l'Hérault (ce n'est que tout récemment que le Lodévois-Larzac a voté son entrée dans le SCoT). Quatre ans déjà, et pourtant du quasi-sur-place dans la démarche. C'est surtout le Président Villaret et les fonctionnaires du Pays Cœur d'Hérault qui ont été à la manœuvre, réglant toutes les questions de déclaration administrative, les relations avec tous les partenaires publics et lançant toutes les études préalables (diagnostic et prospective commerciale avec la CCI, les mobilités, les paysages, le foncier agricole, volet climat-énergie, ...). Du côté des élus, c'était plutôt « Attendons de voir ... ». Et puis sont venus se greffer dans le calendrier les élections municipales de 2014, les élections départementales de 2015, mais aussi la loi NOTRe et des décrets d'application de la loi Alur. Le SCoT devait être approuvé au 1er janvier 2017, et le calendrier a été rallongé jusqu'en ... 2020 !

Après la loi SRU en 2000 (qui a créé les SCoT), et le Grenelle de l'environnement en 2007 (qui renforce son rôle prescriptif), la loi Alur a maintenu la généralisation à compter du 1er janvier 2017 à tout l'hexagone du principe d'une urbanisation limitée en l'absence de SCoT ; cela signifie qu'à partir du 1er janvier 2017, c'est le préfet du département qui décidera si une commune peut étendre son urbanisation ou si une intercommunalité peut développer ses espaces commerciaux. Mais dans l'Hérault, il y a d'autres SCoT qui non seulement sont applicables depuis des années (et cela nous isole vis à vis du préfet), mais qui sont des outils d'aménagement très concurrentiels ! La Métropole de Montpellier et le Pays de Lunel ont un SCoT depuis 2006, ces deux EPCI n'ont mis que quatre ans à l'élaborer et ils sont actuellement en révision. Le Pays de l'Or a lui aussi un SCoT approuvé depuis 2006, lui aussi en révision, mais qui avait mis 6 ans à être élaboré. Le Bitterrois et le Bassin de Thau ont des SCoT approuvés plus récemment, respectivement en 2013 et en 2014, qu'ils avaient mis plus longtemps à élaborer, respectivement 10 et 9 ans, et celui du Bittérois est en révision. Quant au SCoT du Grand Pic Saint-Loup qui avait été approuvé fin 2012, après 8 années d'élaboration, il a été déféré au tribunal administratif par le préfet en 2013 puis annulé en 2014. C'est important de faire cet état des lieux départemental car le SCoT est un outil d'aménagement qui peut s'avérer long à produire, mais qui est précieux d'un point de vue opérationnel.

SCOT_34.jpg

La loi Alur a aussi rendu obligatoire le passage aux Plans Locaux d'Urbanisme intercommunaux (PLUi). Elle permet aux EPCI d'y échapper, chacune des communes membres restant alors maître de ses propres documents d'urbanisme, mais le législateur a prévu de ne plus apporter aucun soutien financier aux collectivités locales ou à leur regroupement pour la révision de tous ces documents, en dehors des PLUi ; les élus se sont donc résignés à partager cette gouvernance de l'urbanisme, dans la perspective du SCoT et avec l'épée de Damoclès des PLUi. Sur le Clermontais, le plus mauvais des accueils avait été fait au SCoT et une fin de non recevoir définitive était adressée au PLUi, mais depuis quelques mois une approche plus pragmatique voit le jour.

Car sur le Clermontais, nos élus sont d'ardents défenseurs de l'autonomie locale. J'en veux pour preuve le sort qui a été fait au Programme Local de l'Habitat ; le PLH ne s'imposait pas au Clermontais car il n'est obligatoire que pour les communautés de communes compétentes en matière d'habitat et ayant au moins 30.000 habitants, deux conditions non réunies pour la CCC. Néanmoins, l'ancien Président Bernard Soto avait souhaité engager cette démarche PLH de façon volontaire, pour disposer d'une perspective partagée à l'échelle du Clermontais des besoins en logements, mais aussi d'une offre de logements sociaux conforme à la sociologie du territoire. Mais le porté à connaissance de l’État en matière de construction de logements sociaux à cinq ans a été le prétexte pour abandonner le PLH, même si une programmation plus harmonieuse avait été trouvée par les services de la Communauté de communes. Par contre, et même si le SCoT est moins opérationnel que le PLH en matière de logements sociaux, c'est un volet qui devra être travaillé d'ici 2020, surtout que nos voisins du Lodévois-Larzac et de la Vallée de l'Hérault sont en matière d'habitat beaucoup plus volontaires. Sur Paulhan, il n'y avait que 7,5% de logements sociaux en 2012, le PLH en vigueur à l'époque fixait la cible à 23% ; le retard sera à rattraper quand le SCoT sera approuvé, et toutes les communes du Clermontais seront alors mises au pied du mur.

La démarche SCoT engagée en 2012 a provoqué des réactions très différentes d'une communauté de communes à l'autre. Pour la Vallée de l'Hérault, dont le Président de l'EPCI Louis Villaret préside aussi le syndicat de développement du Pays Cœur d'Hérault, la priorité a été donnée au SCoT. Pour le Clermontais, c'est au contraire une réaction hostile qui a conduit la majorité des communes à élaborer ou à réviser leur PLU (Plan Local d'Urbanisme) afin de graver dans le marbre des dispositions locales sur lesquelles les édiles pensent que le SCoT ne pourra pas revenir ; 14 des 21 communes du Clermontais ont mis leur PLU en chantier. Pour le Lodévois-Larzac qui avait initialement refusé d'adhérer à la démarche SCoT, c'est le choix de réaliser un PLUi (Plan Local d'Urbanisme intercommunal) qui a été retenu, mais toutes les communes ne sont pas au diapason ; 13 conseils municipaux (sur 28) ont voté contre le transfert de la compétence PLU à la Communauté de communes, et c'est un assez mauvais présage pour l'aspect collaboratif exigé par la démarche ...

Alors, manque de pédagogie, repli sur soi des édiles ou absence de maturité politique ? Un peu de tout ça, avec pour conséquence que le Cœur d'Hérault va subir dans les années à venir une forte pression démographique (environ 1500 habitants de plus par an sur l'ensemble du territoire du Cœur d'Hérault) sans avoir les outils d'aménagement ad hoc , en même temps que ce sont nos voisins qui vont se révéler attractifs pour l'installation ou l'extension d'activités économiques. Une entreprise qui veut s'installer ou s’agrandir dans l'Hérault choisira un territoire qui lui donne de la visibilité à moyen terme, et ça vaut pour sa propre activité comme pour ses salariés qui doivent se loger, scolariser leurs enfants et avoir des services à la personne à proximité de chez eux. La cessation d'activité de l'Intermarché du Bosc (liquidation judiciaire prononcée par le Tribunal de commerce de Montpellier en février 2016) a révélé que ce commerce créé en 2009 sur la zone d'activités La Méridienne en bord d'A75 n'a connu que des exercices déficitaires ces 5 dernières années. Un tel échec ne peut que dissuader des entrepreneurs d'investir sur le Cœur d'Hérault, car ils n'y disposent pas d'une gouvernance économique cohérente et anticipatrice.

Aujourd'hui, les trois intercommunalités du Cœur d'Hérault se livrent à une concurrence néfaste, alors que l'intérêt général devrait les conduire à coordonner leurs ambitions respectives. Un futur pôle d'aménagement est en train de se constituer sur les communes de Gignac et de Saint-André-de-Sangonis, avec peut-être une fusion des communes pour devenir peut-être demain le chef-lieu d'une communauté d'agglomération du Cœur d'Hérault. Pour avoir ce nouveau statut de communauté d'agglomération, le territoire doit réunir plus de 50.000 habitants (le Cœur d'Hérault en compte déjà 75.000), et il doit avoir au moins une commune de plus de 15.000 habitants. Aujourd'hui, Saint-André-de-Sangonis et Gignac réunissent un peu moins de 12.000 habitants, mais elles pourraient atteindre le seuil de 15.000 d'ici quelques années en captant le flux démographique sur notre territoire.

A cet élan d'aménagement d'outre-Lergues, le Clermontais ne baisse pas la garde et les maires de Brignac, de Canet et de Clermont l'Hérault se sont accordés pour proposer un grand pôle économique autour de la ZAE de la Salamane. Les réunions se multiplient entre les trois édiles, sous la houlette de l'exécutif intercommunal, pour proposer que ce pôle figure clairement dans le projet de SCoT. La commune de Brignac est déjà engagée dans l'aménagement d'une surface équivalente à celle de la Salamane de l'autre côté de la RD2, et la commune de Canet participera aux aménagements de voirie indispensables pour la desserte de cette zone d'expansion commerciale. Et les élus du Clermontais n'oublient pas le volet "desserte", qui avait valu un avis défavorable de la CNAC en 2014 pour un projet commercial sur la Salamane (cf. avis), puisqu'ils projettent la mise en place d'une navette entre leurs trois communes (qui totalisent un peu moins de 13.000 habitants). Et c'est désormais dans une démarche de PLUi que s'envisage cet aménagement du Clermontais, avec un découpage du territoire en secteurs-clés (commercial et artisanal autour de Clermont l'Hérault, Brignac et Canet, touristique autour du Salagou, et viti-agricole sur le sud du territoire).

Territoires_du_Clermontais.jpg

La carte ci-dessus est une simple projection personnelle, mais il est remarquable que la communauté voisine de la Vallée de l'Hérault présente les mêmes découpages, avec un espace agricole sur tout l'est de son territoire, d'Aniane à St-Pargoire, un espace commercial autour de St-André de Sangonis et de Gignac, et un espace plus touristique vers St-Jean-de-Fos et St-Guilhem-le-désert, et les trois presque en vis à vis avec ceux du Clermontais. Il y a là à l'échelle du SCoT une articulation harmonieuse à élaborer.

Mais comment toutes ces prospectives d'aménagement (pour lesquelles nos élus se mobilisent) se confrontent-elles à une "concertation citoyenne" ? Les élus se sont fixés l'échéance de fin 2019 pour que soient arrêtés tous ces schémas et toutes ces démarches ; leur motivation est que les équipes municipales qui sortiront des élections de 2020 disposent d'un cadre réglementaire et opérationnel immédiatement disponible. L'intention est louable de la part d'élus locaux à l'intention de leurs successeurs, mais à quel moment les citoyens donnent-ils leur avis sur tout ça ? Les élections de 2020 ne sont-elles pas le meilleur moment pour expliquer des projets à la population, pour en débattre et pour les soumettre à leur vote ? Comment des citoyens qui se voient de plus en plus écartés des choix politiques majeurs apprécieraient-ils cette confiscation-là d'un grand débat sur l'aménagement du Cœur d'Hérault ? Alors oui, il y aura des enquêtes publiques, mais nous savons tous comment ces enquêtes sont menées et quel sort est donné à leurs conclusions. De toutes façons, au vu des délais d'élaboration sur les territoires voisins, il y a très peu de chances que le SCoT soit arrêté d'ici les élections de 2020. Alors il faut l'amener à un état d'avancement et de formalisation tel que les candidats pourraient le présenter et le défendre (ou le critiquer), et que les électeurs pourraient s'exprimer par leur bulletin de vote.