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26/12/2012

L'obsolescence programmée des produits high-tech : industriels coupables et consommateurs complices !

Les produits high-tech que sont les consoles de jeux, les tablettes tactiles et les smartphones feront moins l'objet de cadeaux de Noël en 2012, leur prix devenant un frein à l'achat en période de crise. Néanmoins, ces produits sont possédés par presque tous les Français qui continuent de les consommer avec gourmandise.

Les Amis de la Terre publient ce mois-ci un excellent rapport sur l'obsolescence programmée de ces produits électroniques. Malgré des engagements officiels, les industriels du secteur des NTIC continuent de vendre des produits dont la durée de vie est volontairement limitée. Et pour atteindre cet objectif, ils ont plusieurs cordes à leur arc : l'obsolescence commerciale (cf. le téléphone à 1€ avec l'abonnement télécom), l'obsolescence technique (cf. batteries scellées dans l'appareil et limitant donc la vie de ce dernier à celle de la batterie) et l'obsolescence logicielle (cf. systèmes d'exploitation qui contraignent l'utilisation des applications et des jeux).

Mais ce rapport met aussi l'accent sur l'empreinte écologique réelle de ces produits. Si les industriels vantent des produits "écologiques" dans leur consommation quotidienne, ils oublient d'évoquer l'impact environnemental sur tout le cycle de vie de ces produits. L'ensemble du cycle de vie du nouvel iPhone 5 d'Apple correspond à une émission de 75 Kg de gaz à effet de serre contre 55 Kg pour l'iPhone 4S ! Mais ces appareils sont surtout de très gros consommateurs de métaux et de minéraux qui se raréfient sur la planète ... Ou alors, notre bonne conscience occidentale se satisfait que l'extraction du lithium en Amérique Latine entre en conflit avec la protection des ressources en eau. Idem pour l'exploitation des terres rares qui nécessite de poser un voile sur nos exigences sociales et environnementales, et ainsi inciter la Chine à augmenter ses exportations ...

En France, la consommation énergétique des produits high-tech est évaluée à 13,5% du total de la consommation électrique, soit 5% des émissions de gaz à effet de serre ! Nous sommes loin de l'image vertueuse de ces équipements nomades dont la taille fait croire que nous économisons de l'énergie. Autre chiffre remarquable de ce rapport, le nombre de téléphones portables récupérés par rapport au nombre de téléphones vendus chaque année : plus de 20 millions de portables vendus chaque année, et moins d'un million de téléphones collectés en DEEE ! Et avec des difficultés immenses pour recycler des appareils pour lesquels les industriels ne veulent pas dévoiler leurs secrets de fabrication.

Le but n'est pas de se défaire de tous ces équipements qui révolutionnent réellement le quotidien de millions de personnes, mais tout simplement d'acheter de façon responsable.

08/12/2012

Le marché européen des quotas de CO2 au bout du rouleau

Le renoncement d'Arcelor-Mital à l'appel à projets européen UCLOS est fondé sur le fait que le prix de la tonne de CO2 sur le marché des quotas européens s'est effondré. Le système communautaire d'échange de quota d'émission (Sceqe) a été ouvert en 2005 ; il permet aux entreprises qui émettent moins de CO2 que prévu de vendre ces quotas de CO2 non émis à des entreprises qui dépassent leur quota annuel.

Le premier handicap de ce système d'échange, c'est que les 27 Etats membres de l'Union Européenne sont un peu trop généreux envers les entreprises européennes. Un exemple, la France a négocié en 2010 pour que le site ARCELOR ATLANTIQUE ET LORRAINE de Florange, après avoir annoncé la prolongation de son activité au moins jusqu’en 2012, se voie attribuer 800.000 tonnes de CO2 supplémentaires par an. Évidemment, les quotas de CO2 non émis depuis que les hauts fournaux sont à l'arrêt pourront être revendus par Arcelor Mital :=(

Le second handicap est que ce système ne dépasse pas les frontières de l'Union Européenne, créant une fois de plus un frein pour le secteur industriel européen. Et c'est la négociation en cours pour intégrer le transport aérien au Sceqe qui en démontre les limites. Les compagnies aériennes américaines ou chinoises refusent de devoir payer des quota de CO2 pour compenser leurs propres émissions, et les USA comme la Chine menacent l'Europe de représailles ...

Mais la crise économique qui nous frappe depuis quelques années a conduit à une réduction des activités industrielles ... Nous produisons moins d'acier, nous raffinons moins de pétrole et nous construisons moins de voitures ! Et au final, toutes ces entreprises restent avec des quota de CO2 sur les bras, et le prix de la tonne de C02 s'effondre ... Il y a l'équivalent de presque neuf mois de quotas qui inonde ce marché !

tonne_de_CO2.jpg

La tonne de CO2 est actuellement autour de 7 euros alors qu'elle devrait tourner autour de 28 euros pour que les industriels investissent dans la sobriété carbone. Là, les entreprises bénéficient de véritables "permis de polluer" ...

Une option envisagée pour rendre de nouveau le système incitatif, c'est de permettre aux entreprises d'épargner leur excédant de quotas en les bloquant plusieurs années pour les réutiliser ultérieurement. Mais la croissance sera-t-elle de retour ? En 2016 ? En 2019 ?

Le système pourrait aussi évoluer positivement à partir de 2O13. En effet, les quotas ne seront plus alloués gratuitement aux entreprises, mais ces dernières devront les acheter aux enchères.

18/11/2012

François Hollande en Pologne pour y promouvoir l'Europe du ... 20ème siècle :=(

C'est accompagné d'une vingtaine de chefs d'entreprises que François Hollande s'est rendu en Pologne en fin de semaine. Le Président de la République a évoqué la possibilité de coopération dans les domaines de l'énergie, l'eau, l'environnement, les infrastructures, le nucléaire et le secteur militaire. Les dirigeants de TOTAL, GDF/Suez, AREVA, EDF, Eurocopter, DCN, PSA, Alsom, ...) l'accompagnaient. Souhaitant " en terminer avec un certain nombre de clichés qui ont d'ailleurs fait beaucoup de mal ", dixit F. Hollande, le Chef de l'Etat français a déclaré que " Nous avons à la fois une base solide quant à la qualité des relations humaines (...) des industries qui sont complémentaires et nous avons la même volonté de préparer l'avenir, d'assurer la transition énergétique, d'être les plus innovants en matière de nouvelles technologies, et d'avoir les meilleures infrastructures. Tout cela peut donner à notre relation la dimension que je voulais lui accorder ".

Or, la Pologne cherche à diversifier ses sources d'énergie puisque le charbon représente aujourd'hui 95% de la filière électrique, quand l'électricité française est à 75% nucléaire. Et la Pologne est avec la France l'un des pays d'Europe au plus fort potentiel théorique en gaz de schiste (sic).

Et on retrouve, dans cet extrait de son discours devant les membres des deux chambres du Parlement polonais, toute la science du compromis que sait déployer François Hollande : " Nous devons être, sur la question de l'énergie, où nous avons nos débats -- j'imagine ici les mêmes qu'en France -- sur le nucléaire, sur le gaz, et sur tant d'autres choses. Mais faisons en sorte d'aller de l'avant, ensemble, sur la transition énergétique, sur le respect de l'environnement et sur la capacité de tirer de nos ressources tout le potentiel nécessaire ".

Et avec TOTAL et AREVA dans sa suite, il y a peu de chance que François Hollande soit venu faire la promotion du photovoltaïque, de l'éolien offshore ou encore de la géothermie profonde ... Et c'est là toute l'ambiguïté de la stratégie industrielle et commerciale de la France qui ne traduit pas du tout la volonté d'ancrer les énergies renouvelables dans l'économié européenne du 21ème siècle. Car en parlant de transition énergétique, le Président Hollande pense encore et toujours "nucléaire" ...

A l'occasion d'un déplacement récent en Chine, Angela Merkel a fermement défendu l'énergie solaire et elle s'est faite la porte-parole des industriels européens qui comptent saisir la justice européenne pour un dumping déloyal. Le commissaire européen au commerce devra néanmoins ouvrir une enquête pour d'un côté faire toute la lumière sur les aides généreuses de l'Etat chinois à ses propres entreprises, et d'un autre côté pour détailler les mesures de protection qu'impose la Chine aux sociétés étrangères. Accompagnée du patron d'EADS, la Chancellière allemande en a aussi profité pour inaugurer une usine Airbus.

Dans ces deux déplacements politico-commerciaux des dirigeants français et allemand, on retrouve une France arc-boutée sur ses vieilles industries qui sont confrontées à une concurrence internationale très forte, et une Allemagne qui va de l'avant pour conquérir des marchés où ses entreprises investissent énormément en recherche et innovation ! Mais si François Hollande a longuement parlé de l'histoire de l'Europe devant le Parlement polonais, avec un volet militaire franchement affirmé, Angela Merkel promeut l'Europe de demain ... Le dynamisme économique de l'Allemagne ne tient pas qu'à la "compétitivité-prix" de ses entreprises, la "compétitivité hors-prix" y est pour beaucoup.

Les élites politiques françaises restent empreintes du discours de Villepin en 2003 à l'ONU ; " Et c’est un vieux pays, la France, un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur ". Or, l'Europe est un acteur mondial de poids qui doit, et peut tirer vers le haut le développement durable de tous les continents ... Il faut d'urgence que d'autres politiques en soient les porteurs !