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30/03/2013

Faut-il renoncer aux fondamentaux du développement humain ?

L'actualité délivre régulièrement des informations sur l'éducation (par exemple la réforme des rythmes scolaires), sur la recherche (par exemple sur les énergies renouvelables), sur l'économie (par exemple le crédit d'impôt compétitivité emploi) ou encore sur le social (par exemple l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites), mais sans jamais faire le lien entre ces thématiques indissociables les unes des autres.

Or, le développement d'une société humaine suit [à mon avis] le cycle ci-dessous :

Cycle

Aucune de ces quatre phases ne peut être occultée ou négligée, car la phase suivante en dépend totalement. Il n'y a pas de recherche publique ou d'innovation dans les entreprises si une société ne dispose pas de gens correctement formés, et sans aller nécessairement dans l'élitisme scientifique. L'économie ne peut pas se développer sans brevet, sans technologie et sans ingénierie nouvelle. Le progrès social ne peut se financer que via une économie fortement redistributive ; et sans faire de la croissance économique une nécessité, il y a par exemple des gains de productivité qui pourraient se traduire directement en gains sociaux, par exemple au travers du temps de travail. Enfin, on ne peut pas former des enfants et des adultes s'ils n'ont pas un toit, un moyen de transport et de quoi vivre décemment.

Tout cela peut sembler basique, voire primaire, mais il me paraît important d'échapper au fractionnement de l'actualité et aux clivages sociaux, économiques et politiques qui sont si futiles. En même temps, l'image de ce cycle en quatre phases sert aussi de système d'alarme. Par exemple, qui s'inquiète aujourd'hui que le gouvernement n'ait plus de ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage (depuis que Thierry Repentin a pris le portefeuille des affaires européennes suite au départ de Jérôme Cahuzac) ? Qui s'inquiète que les chercheurs français, pourtant si prolifiques, déposent si peu de brevets ?

Mais l'image de ce cycle vertueux permet aussi d'anticiper les conséquences du ralentissement de l'économie, lui-même lié à la raréfaction (ou à la cherté) des matières premières. Ce gouvernement, tout comme le précédent, place tous ses espoirs dans la compétivité de notre économie. Mais faire un cadeau de 20 Md€ aux entreprises va-t-il alimenter tout le cycle ou créer une distorsion ? N'aurait-il pas été préférable de couper la poire en quatre ? Affecter 5 Md€ pour le logement ou pour la protection sociale, 5 Md€ pour l'école ou pour la formation professionnelle, 5 Md€ pour la recherche publique et enfin 5 Md€ pour l'aide aux entreprises, ne serait-ce pas une répartition plus efficace à long terme ?

Alors que Nicolas Sarkozy alimentait sciemment les clivages, jusqu'à en faire une stratégie de pouvoir, son successeur à l'Elysée les alimentent inconsciemment. Parents d'élèves, enseignants, chercheurs, salariés, retraités, entrepreneurs, fonctionnaires et tous les groupes socio-professionnels se retrouvent en conflit indirect les uns envers les autres, chacun craignant que la rigueur budgétaire ne les touche directement.

Mais la situation macro-économique exige aussi de l'imagination et de l'audace. Augmenter les impôts d'un côté et réduire des dépenses publiques de l'autre, ça ne suffit plus. Il ne faut plus se contenter de bouger le modèle dans un sens ou dans un autre, il faut carrément en changer ! La richesse produite en France annuellement est désormais de 2.000 milliards d'euros, et ce chiffre ne devrait plus beaucoup évoluer à croissance nulle. Il y a ceux, comme N. Sarkozy et F. Hollande, qui veulent arracher par tous les moyens des points de croissance, et il y en a d'autres, plus discrets comme Pierre Rabhi, qui militent pour une sobriété heureuse.

Cliquer sur l'image pour voir la vidéo de François Hollande face à David Pujadas sur France2 ou celle de Pierre Rabhi dans "les clés du paradigme" sur France5 ; les deux émissions sont passées cette semaine à la télé, mais chacun appréciera les espoirs qui en résultent. 

Hollande_maintient_le_cap.jpg    Pierre_rabhi.jpg

04/02/2013

Une députée socialiste de l'Hérault se dit favorable aux gaz de schiste et à une fracturation hydraulique "propre" ...

Elle s'appelle Anne-Yvonne Le Dain, elle est directrice d'un département de recherche à Agropolis à Montpellier. Au Conseil Régional du Languedoc-Roussillon où elle est élue depuis 2004, elle est en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche. Élue en juin dernier à l'Assemblée Nationale, elle se consacre là aussi à des thématiques scientifiques. Bref, cette élue socialiste croit dur comme fer dans la science comme axe de progrès économique et social. Dans le même profil, on trouve aussi l'Héraultais Claude Allègre ...

Dans Midi Libre, Madame la députée fait le choix des énergies carbonnées au lieu des énergies renouvelables. Elle ajoute qu'une technique de fracturation hydraulique "propre" est envisageable. Mais elle mise aussi sur la réforme du code minier, permettant ainsi de donner la propriété du sous-sol à celui qui possède la surface (particulier, société, collectivité locale, ...), et non plus à l'Etat comme c'est le cas en France aujourd'hui. L'idée peu glorieuse pour cette élue de gauche est que les propriétaires seraient ainsi "appâtés" par les profits à réaliser.

Un puits de gaz de schiste a un impact paysager néfaste, et il a une durée de vie très limitée.

anne-yvonne le dain,gaz de schiste,fracturation hydraulique propre,code minier

   Et la multiplicité des puits, inhérente à ce type de ressource, laissera aux générations futures d'innombrables conduites dans notre sous-sol ...

Mais c'est peut-être le projet régional Aqua Domitia qui amènera du Rhône les millions de mètres-cubes d'eau nécessaires pour fracturer la roche à très haute pression. Et quid des eaux usées polluées ?

  

anne-yvonne le dain,gaz de schiste,fracturation hydraulique propre,code minier

Non, madame Le Dain, tous nos efforts collectifs doivent d'abord se focaliser sur les économies d'énergie et sur les performances des équipements électriques. Thierry Salomon (cf. négaWatt), qui est déjà intervenu plusieurs fois dans des séminaires organisés par le Conseil Régional, vous expliquerait Madame la députée que nous pouvons ainsi réduire de 45% nos besoins en énergie, et à partir de là faire le choix de notre mix énergétique futur : moins de nucléaire, moins de ressources fossiles (pétrole, gaz et charbon), plus de renouvelables (hydroélectricité, éolien, solaire, biomasse, géothermie, ...), etc.

Plutôt que de rêver d'importer chez nous le modèle américain, la députée de l'Hérault devrait plutôt se mobiliser pour la transition énergétique. Mais sa prise de position "politiquement arriérée" me fait craindre le pire quand l'acte III de la décentralisation donnera prochainement aux Régions le leadership sur les compétences mises en oeuvre par les collectivités locales.

29/01/2013

Après l'ère des dinosaures [industriels], voici celle des organismes agiles ...

Avec la seconde révolution industrielle, sont apparus des sites industriels gigantesques. Dans la métallurgie, la construction automobile, l'aéronautique,  la construction et l'entretien du matériel ferroviaire, les chantiers navals et bien d'autres secteurs très productifs, ce sont des sites industriels qui peuvent employer des milliers d'ouvriers. Ce sont eux nos dinosaures modernes !

Mais alors que depuis la préhistoire l'homme s'est toujours adapté aux évolutions de son environnement, aux découvertes techniques et qu'il a toujours fait preuve de créativité, d'audace et d'envie d'innover, ces dinosaures industriels n'ont jamais évolué. Et les uns après les autres, qu'il s'agisse des mines de charbon, des hauts fourneaux, des usines automobiles, des chantiers navals, ... ces sites disparaîssent. A chaque fois les ouvriers luttent contre ces inévitables fermetures, mais en vain.

A qui la faute ? Il y a au moins trois motifs : 1. Ces sites industriels se prêtent assez mal à l'adaptation technologique ; 2. Leurs productions finissent par saturer le marché national ; 3. La mondialisation les concurrence durement. Le problème, c'est que les économistes et les politiques ne savent pas anticiper la mort programmée de ces dinosaures, et qu'ils entretiennent de façon démagogique l'espoir du maintien de l'activité.

A l'inverse, les petites structures s'adaptent beaucoup mieux, et cela depuis toujours. De l'agriculture familiale à l'artisanat en passant par les petites entités industrielles, il est plus facile de se former, de changer de pratiques et de s'adapter aux besoins du marché. Et ce qui est difficile à faire, de la part des collectivités locales, des filières professionnelles, des organismes de formation et des chambres consulaires, c'est d'entretenir et de développer un tissu de petites et moyennes entreprises, un réseau d'acteurs économiques collectivement performants.

Tout le 20ème siècle a promu la création de ces grands sites industriels, synonymes de productivité, de compétitivité et de plus-values financières. Et pour les Français (mais c'est vrai de Détroit à Liverpool en passant par Milan), l'espoir d'une vie professionnelle réussie passait par un emploi dans une de ces hyper-structures. Rentrer chez Thomson, Renault, Usinor ou Alcatel donnait un passeport professionnel à vie. Et toutes les collectivités locales s'arrachaient ces sites industriels pourvoyeurs d'emplois soi-disant pérennes ; Toyota à Valenciennes, Airbus à Toulouse, Michelin à clermont-Ferrand, Renault sur l'ile Seguin, ...

Au 21ème siècle, ces dinosaures auront disparus ou auront été délocalisés. Il est urgent de se donner les moyens pour que puissent se créer des structures en réseau (agilité à grande échelle) ou en grappes (synergies productives et commerciales), et cela nécessite surtout de changer d'état d'esprit. Prenons le cas de l'agriculture, où là aussi l'industrie agro-alimentaire perd ses grands sites de production (cf. l'exemple du Groupe Doux, jusqu'alors premier producteur européen de volailles) ; il faut éclater les sites de production et les structures de commercialisation pour constituer un ensemble homogène de l'extérieur, mais en constant mouvement à l'intérieur. Un producteur d'oeufs ou d'olives peut s'associer avec d'autres producteurs de la même filière ou d'autres filières pour constituer des offres à géométrie variable, adaptables. Mais pour ça, il faut que l'Etat et que les collectivités locales mettent en place le cadre qui sécurise tous ces acteurs économiques. C'est déjà le cas avec les pépinières, les couveuses ou autres incubateurs d'entreprises, mais ces outils sont encore trop limités.

Il y a plus de 65 millions d'années, à la fin du Crétacé, les dinosaures disparaissaient sous la conjonction de plusieurs évènements majeurs : chute d'un astéroïde, éruptions volcaniques, régressions marines et changement climatique. Leur disparition permet alors aux petits mammifères de se développer, l'homme apparaît plus tard vers 4 millions d'années.

Aujourd'hui, la disparition de nos dinosaures industriels peut permettre à une nouvelle économie de se développer, une économie humaine à la fois solidaire et innovante.

En suivant cette métaphore historique, l'idée de cette note est d'envisager un modèle économique où nous soyons moins prisonniers des gigantismes toujours difficiles à faire évoluer, et qui conduisent à une forme d'immobilisme intellectuel. A côté de ça, des structures plus petites sont plus adaptables aux aléas économiques et ils offrent de meilleures intégrations professionnelles. Évidemment, il y aura toujours de grands sites industriels, et la France n'en manquera pas, mais ce ne doit plus être l'idéal à atteindre. Et c'est justement toute la complexité que d'y trouver une alternative ...