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01/11/2013

Ecotaxe : il y a quelque chose de pourri au sommet de l'Etat français ...

Tout part d'une initiative responsable dans la foulée du Grenelle de l'Environnement, à savoir de réduire fortement le transport de marchandises par camions et de le déplacer vers d'autres modes de transport plus écologiques : le rail, les voies fluviales et la mer. Nos voisins européens ont montré le chemin, des dispositifs d'écotaxe existent et ils sont associés à de véritables politiques publiques de report modal.

Mais le cadre réglementaire et opérationnel qui a donné naissance au dispositif d'écotaxe en France peine désormais à retrouver ses parents ... Interrogés sur l'écotaxe, Nathalie Kosciusko-Morizet, Thierry Mariani, Valérie Pécresse, François Barouin, Dominique Bussereau et Jean-Louis Borloo lui-même semblent avoir effacé de leur mémoire tout ce qui a permis à ce dispositif de voir le jour.

Un article de Médiapart, publié le jeudi 31 octobre, dévoile les mécanismes qui ont été mis en oeuvre depuis plus de deux ans. Premier mécanisme fortement controversé aujourd'hui, celui du partenariat public-privé (PPP). La Cour des Comptes ne manque jamais de souligner le coût ruineux des PPP pour les comptes de l'Etat ou des collectivités locales, mais celui-ci est la poule aux oeufs d'or pour le consortium constitué à 70% par l'italien Autostrade. Et une première dans l'histoire de notre République, une entité privée serait chargée de percevoir l'impôt ! Mieux, elle pourrait commander aux services des douanes de recouvrer les impayés ...

Comment des hauts fonctionnaires, biberonnés depuis Sciences-PO et l'ENA aux principes de l'intérêt général, de la démocratie et de la responsabilité de l'Etat, peuvent-ils dériver ainsi ? Ce sont les mêmes qui ont fréquenté les fauteuils de la Cour des Comptes ou du Conseil d'Etat, les postes de management dans des entreprises publiques, mais aussi des sièges au sein de conseils d'administration d'entreprises où l'Etat est actionnaire minoritaire ; bref, un cercle d'individus serviles qui savent plier face aux intérêts de quelques grands corps de l'Etat ou simplement à la demande de quelques amis bien placés :=(

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Et à l'arrivée, le dispositif de la taxation des poids lourds, totalement dévoyé, se heurte à une hostilité citoyenne toute naturelle. L'écotaxe est une nouvelle taxe qui pèse surtout sur des entrepreneurs locaux, ceux-ci n'ayant pas l'alternative du rail ou du fleuve pour livrer leurs marchandises sur des circuits de proximité, alors que les entreprises de transport longue distance sur les autoroutes payantes en sont exonérées. Et le fruit de l'écotaxe ne va pas au ferroutage, pour lequel l'article de Médiapart décrit le naufrage de Géodis, la filiale de la SNCF. Non, les produits de l'écotaxe vont permettre de rénover des axes ... routiers ! Comme la mise en 2x2 voies de la RN164 en Bretagne ...

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Le gouvernement Ayrault doit donc ANNULER le dispositif de l'écotaxe tel qu'il a été mis au point dans l'opacité et dans l'intérêt de quelques-uns, il doit dénoncer le PPP avec le consortium Ecomouv et il doit repartir d'une page blanche. Et j'ai deux propositions à faire, et à mener en parallèle : mettre au budget 2014 des investissements ambitieux en faveur du ferroutage, du transport fluvial et des alternatives à la route (comme les dirigeables gros porteurs d'Arnaud Montebourg ;-), et taxer les poids lourds qui empruntent les autoroutes concédées. Là, pas besoin de portique ou de dispositif GPS, les sociétés d'autoroute ont déjà tout ce qu'il faut pour faire payer les poids lourds aux kilomètres parcourus, et indifféremment selon la nationalité des camions.

13/10/2013

Automobile propre, l'Etat français ne fait plus le poids :=(

Par le passé, l'Etat a conduit des politiques industrielles ambitieuses, mais il était aux commandes ! Sans l'Etat, la France ne disposerait pas d'un parc nucléaire (sic) qui lui assure son indépendance énergétique, la France ne disposerait pas de lignes à grande vitesse et de TGV qui renforcent l'attractivité économique du territoire, ne verrait pas les ventes d'Airbus compenser le déficit de notre balance commerciale, ne ferait pas de la France l'un des principaux acteurs mondiaux de l'aérospatial avec son lanceur Ariane en Guyane, etc. Et c'est certainement inscrit dans la culture industrielle de notre pays, l'Etat jour un rôle majeur dans les politiques d'innovation, de recherche et de développement industriel.

Mais les règles imposées par la commission européenne ont lié les mains des gouvernements successifs de la France ; les aides directes de l'Etat sont désormais interdites, au risque de fausser la concurrence mondiale. Et il s'y ajoute la crise financière et économique, qui depuis 2007 a vu la France privilégier une politique d'austérité budgétaire.

D'autres pays ont d'autres cultures industrielles, et ce sont les industriels eux-mêmes qui sont aux commandes avec un patriotisme chevillé au corps. Deux exemples qui ne surprendront personne : le Japon et l'Allemagne. Et c'est l'actualité des voitures à pile à combustible qui me donne le prétexte de cette note.

Toyota vient d'annoncer une voiture à pile à combustible commercialisée au Japon, aux Etats-Unis et en Europe d'ici ... 2015 ! Ce véhicule fonctionnant à l'hydrogène ne rejettera que de l'eau dans l'air, et il offrira une autonomie d'environ 700 km.

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La technologie est bien connue, mais le recours à l'hydrogène comme combustible a longtemps été diabolisé par certains ; c'est surtout la sécurité des réservoirs qui a été mise en doute. La pile à combustible est née au début du 19ème siècle, mais les lobbies pétroliers ont depuis réussi à en empêcher le développement.

En Allemagne, c'est un consortium d'industriels qui porte un projet de stations de distribution d'hydrogène pour véhicules à pile à combustible. 15 stations existent déjà et la flotte de voitures qui s'y approvisionne a déjà parcouru plus de 2 millions de kilomètres. Le consortium passe à la vitesse supérieure et cible un réseau de 100 stations d'ici 2017, puis de 400 stations dix ans plus tard.

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Les sociétés Air Liquide, BMW, Daimler, EnBW, Ford, GM/Opel, Hamburger Hochbahn, Honda, Hyundai, Intelligent Energy, Linde, Nissan, Shell, Siemens, Total, Toyota, Vattenfall Europe et Volkswagen portent ce projet dans le cadre de l'organisation nationale pour l'hydrogène et la technologie des piles à combustible en Allemagne. Et sans aucun financement public !

Honda commercialise d'ailleurs aux Etats-Unis et au Japon la FCX Clarity depuis 2008, mais en nombre très très limité vu son prix de fabrication. Mais ce véhicule démontre la faisabilité de la pile à combustible (cf. http://videos.tf1.fr/auto-moto/essai-bio-honda-fcx-clarit...).

Et où en est la France ? Récemment, et plus exactement le 12 septembre, le Président Hollande et son ministre du redressement productif Arnaud Montebourg ont présenté la Nouvelle France Industrielle et ses 34 projets porteurs d'innovation et de progrès économique pour notre pays (cf. PDF). Concernant le volet automobile, le gouvernement favorise la voiture pour tous consommant moins de litres de carburant aux 100 km, le développement d'un réseau de bornes de recharge électrique ainsi que l'autonomie et la puissance des batteries.

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"La France est une nation d’inventeurs, de pionniers, d’entrepreneurs, de capitaines d’industrie. À chaque fois qu’elle a traversé des épreuves elle a aussi trouvé la force de se réinventer. Aujourd’hui à nouveau, la France se réinvente." - François Hollande, 12 septembre 2013

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"Redonner le goût de l'industrie et de l'innovation, engager la bataille du Made in France, c'est d'abord croire en nous-mêmes. C'est poser un regard résolument optimiste sur les capacités de notre pays à se redresser." - Arnaud Montebourg

 

Ce ne sont pas les choix technologiques du gouvernement qui sont en cause, car la voiture électrique et la voiture à hydrogène ont chacune un marché et les deux sont complémentaires dans des contextes différents. Par contre, c'est la forme de l'engagement qui fait craindre que cette belle volonté affichée ne porte pas ses fruits ; l'Etat reste dans l'incantatoire. Ou sont les patrons français ? Pourquoi ne montent-ils pas à la tribune, pourquoi ne communiquent-ils pas ensemble pour inciter les Français à s'intéresser à leurs innovations ? Nous savons que l'Etat est impuissant, autrement la France verrait se développer un peu partout des stations de rechargement de batteries électriques ; idem pour les collectivités territoriales.

Alors qui ? Toyota ? Siemens ?

01/09/2013

La technologie qui rend con :=(

Elle passe maintenant depuis quelques temps à la télé, la publicité pour belote.com met en scène quatre personnes qui jouent à la belote, chacun sur leur ordinateur portable connecté en 3G à Internet, mais finalement tous les quatre à la même terrasse de café.

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Mais pourquoi ces quidams ne se mettent-ils pas autour de la même table avec de vraies cartes ? Déjà, ne serait-ce pas plus convivial ? Et surtout, que d'énergie économisée !

Les technologies WiFi et 3G sont gourmandes en électricité, mais le téléchargement d'un jeu sur Internet sollicite une multitude de noeuds sur la toile, et multiplié par le nombre d'usagers ça donne des dépenses abyssales d'électricité. Selon un centre d'études australien, le chargement d'un Go (giga-octet) consommerait 2 kWh, et cela constitue le débit mensuel moyen des forfaits de Smartphone. Et en bout de chaîne, il faut refroidir tous ces serveurs qui dégagent trop de chaleur, ce qui conduit les constructeurs de Datacenter à s'installer près du cercle arctique ...

La partie de cartes dans le film de Pagnol ne pourrait pas donner lieu à ce magnifique échange entre César et Maître Panisse si les pauvres avaient dû jouer chacun derrière un écran.

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