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13/10/2013

Automobile propre, l'Etat français ne fait plus le poids :=(

Par le passé, l'Etat a conduit des politiques industrielles ambitieuses, mais il était aux commandes ! Sans l'Etat, la France ne disposerait pas d'un parc nucléaire (sic) qui lui assure son indépendance énergétique, la France ne disposerait pas de lignes à grande vitesse et de TGV qui renforcent l'attractivité économique du territoire, ne verrait pas les ventes d'Airbus compenser le déficit de notre balance commerciale, ne ferait pas de la France l'un des principaux acteurs mondiaux de l'aérospatial avec son lanceur Ariane en Guyane, etc. Et c'est certainement inscrit dans la culture industrielle de notre pays, l'Etat jour un rôle majeur dans les politiques d'innovation, de recherche et de développement industriel.

Mais les règles imposées par la commission européenne ont lié les mains des gouvernements successifs de la France ; les aides directes de l'Etat sont désormais interdites, au risque de fausser la concurrence mondiale. Et il s'y ajoute la crise financière et économique, qui depuis 2007 a vu la France privilégier une politique d'austérité budgétaire.

D'autres pays ont d'autres cultures industrielles, et ce sont les industriels eux-mêmes qui sont aux commandes avec un patriotisme chevillé au corps. Deux exemples qui ne surprendront personne : le Japon et l'Allemagne. Et c'est l'actualité des voitures à pile à combustible qui me donne le prétexte de cette note.

Toyota vient d'annoncer une voiture à pile à combustible commercialisée au Japon, aux Etats-Unis et en Europe d'ici ... 2015 ! Ce véhicule fonctionnant à l'hydrogène ne rejettera que de l'eau dans l'air, et il offrira une autonomie d'environ 700 km.

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La technologie est bien connue, mais le recours à l'hydrogène comme combustible a longtemps été diabolisé par certains ; c'est surtout la sécurité des réservoirs qui a été mise en doute. La pile à combustible est née au début du 19ème siècle, mais les lobbies pétroliers ont depuis réussi à en empêcher le développement.

En Allemagne, c'est un consortium d'industriels qui porte un projet de stations de distribution d'hydrogène pour véhicules à pile à combustible. 15 stations existent déjà et la flotte de voitures qui s'y approvisionne a déjà parcouru plus de 2 millions de kilomètres. Le consortium passe à la vitesse supérieure et cible un réseau de 100 stations d'ici 2017, puis de 400 stations dix ans plus tard.

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Les sociétés Air Liquide, BMW, Daimler, EnBW, Ford, GM/Opel, Hamburger Hochbahn, Honda, Hyundai, Intelligent Energy, Linde, Nissan, Shell, Siemens, Total, Toyota, Vattenfall Europe et Volkswagen portent ce projet dans le cadre de l'organisation nationale pour l'hydrogène et la technologie des piles à combustible en Allemagne. Et sans aucun financement public !

Honda commercialise d'ailleurs aux Etats-Unis et au Japon la FCX Clarity depuis 2008, mais en nombre très très limité vu son prix de fabrication. Mais ce véhicule démontre la faisabilité de la pile à combustible (cf. http://videos.tf1.fr/auto-moto/essai-bio-honda-fcx-clarit...).

Et où en est la France ? Récemment, et plus exactement le 12 septembre, le Président Hollande et son ministre du redressement productif Arnaud Montebourg ont présenté la Nouvelle France Industrielle et ses 34 projets porteurs d'innovation et de progrès économique pour notre pays (cf. PDF). Concernant le volet automobile, le gouvernement favorise la voiture pour tous consommant moins de litres de carburant aux 100 km, le développement d'un réseau de bornes de recharge électrique ainsi que l'autonomie et la puissance des batteries.

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"La France est une nation d’inventeurs, de pionniers, d’entrepreneurs, de capitaines d’industrie. À chaque fois qu’elle a traversé des épreuves elle a aussi trouvé la force de se réinventer. Aujourd’hui à nouveau, la France se réinvente." - François Hollande, 12 septembre 2013

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"Redonner le goût de l'industrie et de l'innovation, engager la bataille du Made in France, c'est d'abord croire en nous-mêmes. C'est poser un regard résolument optimiste sur les capacités de notre pays à se redresser." - Arnaud Montebourg

 

Ce ne sont pas les choix technologiques du gouvernement qui sont en cause, car la voiture électrique et la voiture à hydrogène ont chacune un marché et les deux sont complémentaires dans des contextes différents. Par contre, c'est la forme de l'engagement qui fait craindre que cette belle volonté affichée ne porte pas ses fruits ; l'Etat reste dans l'incantatoire. Ou sont les patrons français ? Pourquoi ne montent-ils pas à la tribune, pourquoi ne communiquent-ils pas ensemble pour inciter les Français à s'intéresser à leurs innovations ? Nous savons que l'Etat est impuissant, autrement la France verrait se développer un peu partout des stations de rechargement de batteries électriques ; idem pour les collectivités territoriales.

Alors qui ? Toyota ? Siemens ?

01/09/2013

La technologie qui rend con :=(

Elle passe maintenant depuis quelques temps à la télé, la publicité pour belote.com met en scène quatre personnes qui jouent à la belote, chacun sur leur ordinateur portable connecté en 3G à Internet, mais finalement tous les quatre à la même terrasse de café.

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Mais pourquoi ces quidams ne se mettent-ils pas autour de la même table avec de vraies cartes ? Déjà, ne serait-ce pas plus convivial ? Et surtout, que d'énergie économisée !

Les technologies WiFi et 3G sont gourmandes en électricité, mais le téléchargement d'un jeu sur Internet sollicite une multitude de noeuds sur la toile, et multiplié par le nombre d'usagers ça donne des dépenses abyssales d'électricité. Selon un centre d'études australien, le chargement d'un Go (giga-octet) consommerait 2 kWh, et cela constitue le débit mensuel moyen des forfaits de Smartphone. Et en bout de chaîne, il faut refroidir tous ces serveurs qui dégagent trop de chaleur, ce qui conduit les constructeurs de Datacenter à s'installer près du cercle arctique ...

La partie de cartes dans le film de Pagnol ne pourrait pas donner lieu à ce magnifique échange entre César et Maître Panisse si les pauvres avaient dû jouer chacun derrière un écran.

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30/03/2013

Faut-il renoncer aux fondamentaux du développement humain ?

L'actualité délivre régulièrement des informations sur l'éducation (par exemple la réforme des rythmes scolaires), sur la recherche (par exemple sur les énergies renouvelables), sur l'économie (par exemple le crédit d'impôt compétitivité emploi) ou encore sur le social (par exemple l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites), mais sans jamais faire le lien entre ces thématiques indissociables les unes des autres.

Or, le développement d'une société humaine suit [à mon avis] le cycle ci-dessous :

Cycle

Aucune de ces quatre phases ne peut être occultée ou négligée, car la phase suivante en dépend totalement. Il n'y a pas de recherche publique ou d'innovation dans les entreprises si une société ne dispose pas de gens correctement formés, et sans aller nécessairement dans l'élitisme scientifique. L'économie ne peut pas se développer sans brevet, sans technologie et sans ingénierie nouvelle. Le progrès social ne peut se financer que via une économie fortement redistributive ; et sans faire de la croissance économique une nécessité, il y a par exemple des gains de productivité qui pourraient se traduire directement en gains sociaux, par exemple au travers du temps de travail. Enfin, on ne peut pas former des enfants et des adultes s'ils n'ont pas un toit, un moyen de transport et de quoi vivre décemment.

Tout cela peut sembler basique, voire primaire, mais il me paraît important d'échapper au fractionnement de l'actualité et aux clivages sociaux, économiques et politiques qui sont si futiles. En même temps, l'image de ce cycle en quatre phases sert aussi de système d'alarme. Par exemple, qui s'inquiète aujourd'hui que le gouvernement n'ait plus de ministre de la formation professionnelle et de l'apprentissage (depuis que Thierry Repentin a pris le portefeuille des affaires européennes suite au départ de Jérôme Cahuzac) ? Qui s'inquiète que les chercheurs français, pourtant si prolifiques, déposent si peu de brevets ?

Mais l'image de ce cycle vertueux permet aussi d'anticiper les conséquences du ralentissement de l'économie, lui-même lié à la raréfaction (ou à la cherté) des matières premières. Ce gouvernement, tout comme le précédent, place tous ses espoirs dans la compétivité de notre économie. Mais faire un cadeau de 20 Md€ aux entreprises va-t-il alimenter tout le cycle ou créer une distorsion ? N'aurait-il pas été préférable de couper la poire en quatre ? Affecter 5 Md€ pour le logement ou pour la protection sociale, 5 Md€ pour l'école ou pour la formation professionnelle, 5 Md€ pour la recherche publique et enfin 5 Md€ pour l'aide aux entreprises, ne serait-ce pas une répartition plus efficace à long terme ?

Alors que Nicolas Sarkozy alimentait sciemment les clivages, jusqu'à en faire une stratégie de pouvoir, son successeur à l'Elysée les alimentent inconsciemment. Parents d'élèves, enseignants, chercheurs, salariés, retraités, entrepreneurs, fonctionnaires et tous les groupes socio-professionnels se retrouvent en conflit indirect les uns envers les autres, chacun craignant que la rigueur budgétaire ne les touche directement.

Mais la situation macro-économique exige aussi de l'imagination et de l'audace. Augmenter les impôts d'un côté et réduire des dépenses publiques de l'autre, ça ne suffit plus. Il ne faut plus se contenter de bouger le modèle dans un sens ou dans un autre, il faut carrément en changer ! La richesse produite en France annuellement est désormais de 2.000 milliards d'euros, et ce chiffre ne devrait plus beaucoup évoluer à croissance nulle. Il y a ceux, comme N. Sarkozy et F. Hollande, qui veulent arracher par tous les moyens des points de croissance, et il y en a d'autres, plus discrets comme Pierre Rabhi, qui militent pour une sobriété heureuse.

Cliquer sur l'image pour voir la vidéo de François Hollande face à David Pujadas sur France2 ou celle de Pierre Rabhi dans "les clés du paradigme" sur France5 ; les deux émissions sont passées cette semaine à la télé, mais chacun appréciera les espoirs qui en résultent. 

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