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19/03/2015

José Bové, le principe de précaution et la qualité alimentaire

Nous connaissons tous la réplique de Jean-Pierre Coffe, "C'est de la merde tout ça ...", lancée il y a déjà plus de 20 ans dans ses chroniques culinaires à l'antenne de Canal +, et c'est José Bové qui prend le relais ses derniers jours avec : “Boycottez ces produits, vous n’avez pas besoin de bouffer cette merde”.

Dans son dernier livre, « L'alimentation en otage » (aux éditions Autrement), José Bové s'attaque aux industries agroalimentaires qui nous font manger des produits dont la toxicité ou la qualité laissent à désirer. Ses combats contre la malbouffe ou contre les OGM témoignent de l'engagement passionné de José Bové, mais ici, le député européen écologiste s'en prend plus particulièrement aux M&M's et aux chewing-gums Hollywood qui contiennent du dioxyde de titane sous forme de nanoparticules (cf. article de Midi Libre).

Lots_of_m&m's.jpg

Ce dioxyde de titane possède la propriété de faire briller ou de blanchir les produits ; les produits qui en contiennent mentionnent l'élément E171 dans leur composition. Mais c'est le format "nanoparticule " qui pose problème car les molécules sont d'une taille plus petite que celle des cellules humaines. Ces nanoparticules traversent donc les organes, les muqueuses et les parois de notre organisme pour s'accumuler ici ou là. Ces accumulations définitives provoquent des inflammations localisées, des cancers ou encore des lésions neurologiques. Le dioxyde de titane est suspecté de provoquer des maladies neurodégénératives (Parkinson et Alzheimer) ainsi que le cancer du poumon.

Résultat de recherche d'images pour "Bové E171"

La France et l'Union européenne devraient réglementer prochainement l'utilisation de cette molécule, mais la société Mars fait du lobbying, mettant en balance le principe de précaution et les retombées économiques de la vente de ses produits. Le discours qui dénonce le principe de précaution comme étant un handicap pour la recherche revient systématiquement dans la bouche des industriels et des chantres de l'économie mondialisée.

Il est urgent que la santé publique soit prioritaire sur tous les intérêts financiers qui enrichissent quelques capitaines d'industrie, et la façon la plus simple est d'acheter ses produits alimentaires auprès de producteurs locaux. Des légumes, des fruits, de la viande ou des crustacés peuvent se trouver dans des circuits courts, via des AMAP ou sur nos marchés de village ou de quartier. Mais ça signifie qu'il faut changer les comportements d'achat, et sans attendre !

Et ça peut passer par le collège. Le Département accompagne d'un côté des structures d'éducation à l'environnement, par exemple pour la préservation de la biodiversité, et de l'autre il développe dans ses cuisines centrales des programmes de haute qualité alimentaire (HQA), alors marrions les deux démarches pour associer nos jeunes collégiens à des projets d'éducation alimentaire.

17/06/2014

Pour une autre Europe, mais vraiment une autre Europe !

Il y a des jours comme ça où le monde semble marcher sur la tête, et cette information découverte aujourd'hui continue de m'étonner : la Commission européenne attribue des subventions aux entreprises qui font de la recherche sur les gaz de schiste ! Le programme de recherche sur les technologies innovantes dispose d'un budget de 80 milliards d'euros pour la période 2014-2020, et un fonds de 113 millions d'euros serait destiné à aider les entreprises qui exploitent "proprement" les gaz de schiste ; 33 millions d'euros sont déjà engagés sur 2014.

Déjà, remarquons que les entreprises aidées ne sont pas dans le besoin. Il ne s'agit pas ici d'aider les pêcheurs de Sète ou le pastoralisme sur le Larzac, avec des bénéficiaires pour qui ces aides constituent un facteur de réussite indispensable. Non, il s'agit ici des grandes compagnies pétrolières internationales qui brassent des milliards d'euros ! Mais c'est justement comme ça qu'elles s'enrichissent, en multipliant les sources de recettes et en optimisant leurs dépenses. En tous cas, le budget européen est bien mal employé et ce n'est pas ce genre de gabegie qui contredira les suffrages du 25 mai dernier.

Mais surtout, quel message politique la commission nous adresse-t-elle ! Les gaz de schiste émettraient moins de C02 que d'autres ressources fossiles et la Commission va même jusqu'à parler de contribution à la transition énergétique de l'Union européenne. Les besoins en eau et les dégâts environnementaux sont passés sous silence, de même pour les dégagements de méthane, un gaz qui a une contribution au réchauffement climatique nettement supérieure au CO2.

Jose_Bove_PE.jpg

Je mesure combien le bon score de José Bové sur le Cœur d'Hérault le 25 mai dernier est encore loin de répondre à ces errements politiques, mais je sais qu'en élisant José Bové au Parlement européen nous avons un député qui défendra un autre projet de société, qui se battra dans toute l'Europe contre ces atteintes irréversibles à notre environnement et qui viendra ici sur le terrain pour relayer les propositions qu'il défend à Strasbourg.

23/11/2013

Gaz de schiste, les scientifiques revendiquent leur droit d'expérimenter ...

Il tombe à pic ce rapport de l'Académie des Sciences, car on associe toujours l'image du progrès à la recherche scientifique. Et même sans avoir encore rien cherché, la parole scientifique reste écoutée. Pire, elle permet de légitimer la parole politique ... Rappelons-nous de l'accident de Tchernobyl fin avril 1986 et de ce fameux nuage radioactif. Nous savons aujourd'hui que les émanations radioactives ont traversé la France dans les premiers jours de mai 1986, les seules régions épargnées étant la Bretagne, le Languedoc et celles qui bordent les Pyrénées. Mais à l'époque, c'est le Professeur Pierre Pellerin, professeur à la faculté de médecine de Paris Descartes et patron du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), qui annonçait au journal télévisé que personne n'était menacé. Derrière ces propos, le ministre de l'Environnement Alain Carignon s'affranchit de prendre une quelconque mesure de prévention. Pire, le ministre de l'Agriculture François Guillaume déclare dans la foulée que le territoire français a été totalement épargné à cause de son éloignement, et donc que les produits agricoles français ne posaient aucun problème d'hygiène publique.

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C'est dans le quotidien Les Echos que j'ai trouvé cet article sur l'avis formulé par le comité de prospective en énergie (CPE) de l'Académie des Sciences. Et si les experts scientifiques qui composent ce comité ou qui ont été audités répètent que la ressource est en abondance sous nos pieds mais qu'il faut trouver la technologie la plus propre possible pour l'extraire, l'article s'achève sur la notion de "risque raisonné", notion très largement argumentée dans l'avis du comité.

De leur point de vue de scientifique, on peut éviter l'apparition d'un risque en prenant toutes les précautions nécessaires ; mais le risque-zéro n'existe pas et il faut donc accepter de prendre des risques appréhendés ... Sauf que la vie ne se déroule pas en blouse blanche dans un laboratoire aseptisé, il faut aussi prendre en compte des défauts comme la cupidité, l'égoïsme et tout ce qui fait que des intérêts particuliers viennent parasiter la perfection d'un procédé scientifique.

Mais sachant que la France dispose d'importantes ressources en gaz de schiste, enfin imaginons que ce soit vrai, personne ne peut occulter de les exploiter un jour. Les énergies fossiles sont indispensables dans notre vie ; elles ne servent pas qu'à nous chauffer ou à nous déplacer, elles sont aussi utilisées dans l'industrie pour produire des médicaments comme des objets de tous les jours. Par contre, la technologie de fracturation hydraulique entre les mains de compagnies qui se fichent totalement des territoires exploités, c'est totalement irrecevable.

12 Juillet 2012 - Les principaux gisements.jpg

Dans le cadre du débat national sur la transition énergétique, en juillet 2013, une réunion s'est tenue sur le thème des gaz de schiste. Le rapport s'achève sur deux conclusions : une évaluation sérieuse de l'impact économique est nécessaire pour dissiper "le mirage" du gaz de schiste, et des prévisions avec hypothèses haute et basse permettront de fournir des éléments de réponse (création d'emplois minimum, nombre de puits minimum, impact sur les prix maximum, ...) sans avoir besoin d'explorer.

Alors n'en déplaise à tous les trop pressés qui estiment que "l'environnement, ça commence à bien faire", les Français ne sont pas prêts à sacrifier leur patrimoine naturel pour que quelques dirigeants de grandes sociétés pétrolières s'en mettent plein les poches.