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14/04/2015

Encore Charlie ? Mais à l'expression surveillée ...

L'Assemblée nationale a ouvert ce lundi le débat parlementaire sur la loi Renseignement, mais le gouvernement ouvre là une dangereuse boîte de Pandore. Au départ, cette loi prend sa source dans la lutte contre le terrorisme et elle vise à donner aux services intérieurs de renseignement les moyens nécessaires pour assurer leurs missions ; en fait, il s'agit surtout de légaliser des pratiques officieuses. Mais sous couvert de lutter contre le terrorisme, cette loi étend le périmètre du renseignement à des domaines comme « les intérêts économiques industriels et scientifiques majeurs de la France », « la prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions » ou encore « la prévention des violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale ».

Est-ce que des militants qui protestent contre les dangers du nucléaire civil ou des lanceurs d'alerte qui dévoilent des dérives sanitaires portent atteinte « aux intérêts industriels de la France » ? Est-ce que des manifestants qui protestent dans la rue contre un projet comme l'aéroport Notre-Dame des Landes ou le barrage de Sivens sont considérés comme vecteurs de « violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale » ? Est-ce qu'une association royaliste qui présente un candidat à l'élection présidentielle porte « atteinte à la forme républicaine des institutions » ? Voilà quelques exemples qui illustrent la frontière ténue entre l'esprit de cette loi et les réalités de la France de 2015. Et tout cela est très loin du terrorisme qui justifie ce projet de loi.

Pour arriver à ces fins, les services de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) disposeront de moyens allant bien au-delà des sources de danger. En voulant imposer aux fournisseurs d'accès à Internet un programme qui analyse toutes les communications sur le Web pour en extraire des suspicions de délits ou de crimes, l’État met en œuvre une surveillance de masse. La « valise IMSI-Catcher » a aussi fait du bruit ces derniers jours ; il s'agit d'un faux relais de téléphonie mobile qui intercepte toutes les communications dans un rayon de 500 mètres. Cet outil est employé pour surveiller un individu suspect ou un groupe d'individus, mais tous les téléphones mobiles qui se situent dans le cercle d'investigation seront néanmoins interceptés et les informations récoltées seront finalement exploitées.

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Évidemment, les promoteurs de cette loi nous expliquent qu'elle est conjoncturelle ; le terrorisme qui frappe violemment toutes les nations nécessite de prendre des mesures à la hauteur des risques encourus.

Mais revenons un siècle en arrière ... En France et en Europe, à la fin du XIXème siècle, des mouvements anarchistes sèment la terreur. Refusant la médiation des partis politiques et souhaitant agir directement contre le pouvoir exorbitant de la classe bourgeoise et de l'aristocratie, des anarchistes s'engagent dans des actions violentes. Des bombes sont posées et des attentats sont commis ; le 24 juin 1894, le Président de la République Sadi Carnot est assassiné à Lyon par un anarchiste italien. Le phénomène gagne toute l'Europe, et il conduira au début du XXème siècle à la révolution en Russie ou au spartakisme en Allemagne. La Chambre des députés adopte trois lois de 1893 à 1894 ; elles seront ensuite appelées les « lois scélérates », car sous couvert de lutter contre le terrorisme elles ont offert un cadre légal pour s'attaquer à tous les contestataires. Jean Jaurès comme Léon Blum dénonceront ces lois qui invitent à la délation, qui incitent les services de police à engager des agents provocateurs, qui interdisent certains journaux et qui alimentent déjà des fichiers de « sympathisants ».

Or, ces lois scélérates ont vécu près d'un siècle ; elles n'ont été abrogées qu'en 1992 à l'occasion de la publication d'un nouveau code pénal. Pendant le XXème siècle, ces lois ont servi les services de police sous Vichy, elles ont servi aussi pendant la période de décolonisation ou en 1968 quand la France était confrontée à des violences remarquables.

Il est donc prévisible que la loi Renseignement qui est actuellement soumise au vote de l'Assemblée nationale ne sera pas abrogée quand le danger terroriste nourri par les extrémistes islamistes cessera. Un autre exemple historique est à prendre outre-Atlantique ; après les attentats du 11 septembre 2001, le Congrès des États-Unis a voté le Patriot Act qui sert aujourd'hui à surveiller tous les Américains. Edward Snowden est à ce sujet très éloquent ...

N'oublions pas non plus que depuis quelques années, l’État incite fortement les collectivités locales à se doter de caméras de vidéosurveillance. Ces dispositifs censés servir aux services de police judiciaire pour élucider des délits et des crimes vont désormais être mis à la disposition des autorités administratives. Le préfet peut ainsi habiliter un agent public à consulter ces images ou ces fichiers dans un but de renseignement ... en dehors de tout cadre judiciaire. Or, ce sont bien les juges qui sont les garants de nos libertés !

Et le plus significatif de cette période nouvelle de surveillance de masse, c'est que la promotion 2015/2016 de l'ENA a choisi de s'appeler « George Orwell » à cause des attentats des 7, 8 et 9 janvier. Mais sachant que celui qui est à l'initiative de (ou qui promulguera) cette loi est issu de la promotion « Voltaire », ça n'a rien de plus réconfortant :=(

28/03/2015

Le danger aérien est une menace sérieuse pour le nucléaire civil

Le crash de l'A320 de la compagnie allemande Germanwings a fait 150 victimes ; l'avion s'est écrasé sur un flanc de montagne du massif des Trois-Évêchés dans les Alpes de Haute-Provence. Les circonstances de ce drame commencent à être dévoilées, et la thèse retenue par les enquêteurs est que le copilote aurait volontairement précipité son avion sur ce massif montagneux.

Mais la déraison d'un seul homme aux commandes d'un avion de ligne aurait pu conduire à un scénario encore plus dramatique. En effet, le secteur survolé par l'A320 ce jour-là compte quelques sites nucléaires, et on ne peut pas s'empêcher d'imaginer que le copilote aurait pu viser un autre endroit qu'une montagne pour réaliser son funeste dessein. Que se serait-il passé s'il avait choisi la centrale de Cruas ou celle du Tricastin comme cible ?

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Sur la carte ci-dessus, figure le vol de l'A320 qui était parti de Barcelone à 10h. C'est au-dessus de Toulon, une demi-heure plus tard, que le copilote prend seul les commandes de l'appareil et décide de le mettre en descente. Mais si le pilote était sorti quelques minutes plus tôt, le copilote aurait plus s'orienter plus à l'ouest dans le couloir rhodanien, et atteindre très rapidement les sites de centrales nucléaires.

Mais dès que le contrôle aérien a perdu tout contact avec l'avion, un Mirage 2000 a décollé de la base aérienne d'Orange pour aller à sa rencontre. Dans le cas présent, l'avion de chasse est arrivé sur site juste après le crash. Mais que ce serait-il passé si l'avion de ligne s'était orienté vers un site de centrale nucléaire ? Déjà, le Mirage 2000 aurait été beaucoup plus tôt en contact avec l'A320. Mais aurait-il du l'abattre avant qu'il ne touche sa cible ?

En tous cas, si les attentats du 11 septembre 2001 avaient déjà conduit les autorités de sureté nucléaire à s'interroger sur la capacité des enceintes des réacteurs à résister à la chute d'un avion de ligne, cet évènement dramatique de mercredi dernier devra susciter des études plus poussées. En effet, il n'existe aucune étude sérieuse, aucun test réel qui puisse nous garantir que les installations sont sans danger face à un tel risque. Et c'est un risque nouveau que les concepteurs des centrales n'ont jamais pris en compte, ni au moment de leur construction, ni depuis ; seuls les risques naturels font l'objet de procédures particulières.

Sachant cela, et notre parc nucléaire n'allant pas se réduire à moyen terme, il serait temps que les autorités cessent d'être hypocrites. Qu'elles abordent de façon transparente tous les dangers auxquels peuvent être soumises nos centrales nucléaires, et qu'elles présentent en face de chaque cas les conséquences attendues et les mesures préventives mises en œuvre. Nous l'avons constaté récemment, le survol des sites nucléaires par des drones n'est pas là pour rassurer les populations riveraines, ni le reste de la France.

19/03/2015

José Bové, le principe de précaution et la qualité alimentaire

Nous connaissons tous la réplique de Jean-Pierre Coffe, "C'est de la merde tout ça ...", lancée il y a déjà plus de 20 ans dans ses chroniques culinaires à l'antenne de Canal +, et c'est José Bové qui prend le relais ses derniers jours avec : “Boycottez ces produits, vous n’avez pas besoin de bouffer cette merde”.

Dans son dernier livre, « L'alimentation en otage » (aux éditions Autrement), José Bové s'attaque aux industries agroalimentaires qui nous font manger des produits dont la toxicité ou la qualité laissent à désirer. Ses combats contre la malbouffe ou contre les OGM témoignent de l'engagement passionné de José Bové, mais ici, le député européen écologiste s'en prend plus particulièrement aux M&M's et aux chewing-gums Hollywood qui contiennent du dioxyde de titane sous forme de nanoparticules (cf. article de Midi Libre).

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Ce dioxyde de titane possède la propriété de faire briller ou de blanchir les produits ; les produits qui en contiennent mentionnent l'élément E171 dans leur composition. Mais c'est le format "nanoparticule " qui pose problème car les molécules sont d'une taille plus petite que celle des cellules humaines. Ces nanoparticules traversent donc les organes, les muqueuses et les parois de notre organisme pour s'accumuler ici ou là. Ces accumulations définitives provoquent des inflammations localisées, des cancers ou encore des lésions neurologiques. Le dioxyde de titane est suspecté de provoquer des maladies neurodégénératives (Parkinson et Alzheimer) ainsi que le cancer du poumon.

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La France et l'Union européenne devraient réglementer prochainement l'utilisation de cette molécule, mais la société Mars fait du lobbying, mettant en balance le principe de précaution et les retombées économiques de la vente de ses produits. Le discours qui dénonce le principe de précaution comme étant un handicap pour la recherche revient systématiquement dans la bouche des industriels et des chantres de l'économie mondialisée.

Il est urgent que la santé publique soit prioritaire sur tous les intérêts financiers qui enrichissent quelques capitaines d'industrie, et la façon la plus simple est d'acheter ses produits alimentaires auprès de producteurs locaux. Des légumes, des fruits, de la viande ou des crustacés peuvent se trouver dans des circuits courts, via des AMAP ou sur nos marchés de village ou de quartier. Mais ça signifie qu'il faut changer les comportements d'achat, et sans attendre !

Et ça peut passer par le collège. Le Département accompagne d'un côté des structures d'éducation à l'environnement, par exemple pour la préservation de la biodiversité, et de l'autre il développe dans ses cuisines centrales des programmes de haute qualité alimentaire (HQA), alors marrions les deux démarches pour associer nos jeunes collégiens à des projets d'éducation alimentaire.