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25/08/2013

Municipales 2014 : pouvoirs ou projets ?

Fin juillet, j'intitulais déjà une note sur la "politique de pouvoir ou de projet", constatant le statu quo dans lequel les gouvernants savaient se draper, totalement imperméables aux urgences du monde. Mais le niveau local n'échappe pas à la règle ... Cette rentrée va voir bon nombre de caciques justifier leur candidature pour 2014, au nom de la continuité, de la responsabilité et donc de l'intérêt général.

Prenons l'exemple de Montpellier où depuis des mois quatre personnalités socialistes rivalisent pour obtenir l'investiture aux prochaines municipales. Quels projets les distinguent ? Quelles ambitions nouvelles veulent-ils incarner pour la ville comme pour la future métropole ? On n'en sait trop rien, seules comptent pour l'instant les rivalités de personnes ... A leur décharge, il faut quand même préciser que la presse se focalise principalement sur cet aspect de la pré-campagne, occultant peut-être des volets de leur candidature qui pourraient plus utilement éclairer les citoyens.

Alors qu'attendre de façon générale de cette future échéance électorale ? Déjà que les futurs élus soient les garants de certaines réalités, comme le cadre de vie et le lien social. Il faut aussi qu'ils maintiennent la bonne santé budgétaire de la commune sans ignorer les investissements nécessaires. Tout cela nécessite de la disponibilité et de la responsabilité. Mais déjà plus rares sont les candidats qui s'aventurent sur un projet d'urbanisation de leur commune, surtout dans les plus petites d'entre elles ; c'est un sujet qui fait polémique entre ceux qui veulent voir grandir leur commune et ceux qui défendent la prudence, entre ceux qui veulent des lotissements qui s'étalent et ceux qui veulent densifier les coeurs de ville, mais aussi entre ceux qui veulent attirer des entreprises et ceux qui préfèrent laisser ça à leurs voisins. Mais une campagne électorale n'est-elle pas le moment idéal pour en débattre ?

Quant au développement économique de la commune, à l'attractivité des zones d'activité et aux secteurs à privilégier, c'est un domaine que les élus locaux préfèrent souvent déléguer aux filières professionnelles et à leurs représentants (chambres consulaires, syndicats professionnels, ...). Et ça donne des surprises comme la ZAC de la Salamane à Clermont l'Hérault, zone d'activité ciblée sur le secteur de la logistique que personne n'avait anticipé.

Il y a une notion que j'ai apprise dans ma carrière professionnelle, c'est celle de la qualité des processus de production qui évite d'avoir à contrôler la qualité des produits commercialisés. Par exemple, quand on construit des voitures, ce n'est pas la peine de contrôler chaque voiture qui sort des chaînes de montage si le processus de fabrication a été totalement validé. Alors en est-il de même en matière de gestion des collectivités locales ? Est-ce qu'en choisissant la meilleure équipe municipale les électeurs peuvent s'affranchir de valider les projets qu'ils auraient dans leurs cartons ? En gros, de bons élus ne sauraient avoir que de bons projets ... Mais si les processus de production industrielle reposent principalement sur des tâches répétitives pilotées électroniquement (ordinateurs, robots, automates, ...), les processus de gestion des affaires d'une collectivité sont beaucoup plus soumis à des aléas du quotidien.

Aussi, on ne peut pas juger a priori des capacités d'une future équipe municipale sans connaître ses projets. C'est ainsi qu'il n'est pas exigé la même capacité à un équipage qui va faire des ronds dans l'eau de celui d'un voilier qui va faire le tour du monde ...

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Et puis une élection est un moment de respiration démocratique qui ne peut se réduire à la désignation d'un chef, au moins dans l'idéal démocratique qui nous vient de la Grèce antique. Mais la démocratie n'est pas un concept révolutionnaire ; la démocratie garantit des droits et elle impose des devoirs, plutôt dans une perspective conservatrice. Rien ne s'oppose par contre à ce que des initiatives voient le jour en parallèle, et je crois même que le changement de modèle de société ne passera que par des projets locaux portés par des personnes militantes.

24/08/2013

Avec Jean-Claude Guillebaud, une note d'espérance avant la rentrée !

Le temps libre que nous accordent les congés me permet de lire, et je tenais à partager ici mes notes de lecture du dernier livre de Jean-Claude Guillebaud.

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Tout d'abord, j'apprécie depuis longtemps les articles de Jean-Claude Guillebaud ; journaliste, écrivain mais aussi éditeur, cet intellectuel me fournit souvent la satisfaction de trouver un écho à mes propres interrogations. Et avec cet ouvrage, c'est le sous-titre qui donne le fil conducteur : l'espérance. C'est ce moteur qu'il a croisé dans les années 80 au Liban quand les populations bombardées sortaient de leurs abris après les dernières salves pour réparer les dégâts. Et Guillebaud d'illustrer cette espérance sans cesse renouvelée par la remarque de Saint-Exupéry : "L'avenir, tu n'as pas à le prévoir mais à le permettre".

L'Europe occupe une place importante dans cet ouvrage. Et Guillebaud revient sur l'histoire de l'Europe, tout d'abord la grande guerre de 14-18 qui a fait tomber tout ce que l'Europe avait donné comme espoirs depuis le 18ème siècle, mais aussi la chute du mur de Berlin qui sonne le glas du communisme (sartro-marxiste dans la France des années 60) en même temps que Mme Tatcher impose le libéralisme anglo-saxon que des Denis Kessler et Alain Minc ne cesseront de théoriser.

La construction Européenne suscite aussi de vives critiques chez celui qui avait dit NON à Maastricht et NON au traité de constitution européenne (TCE) ; cela fait maintenant un demi-siècle que les pères de l'Europe demandent aux peuples d'approuver leurs projets, reconnaissant eux-mêmes qu'ils étaient imparfaits, mais que l'étape suivante saurait faire mieux ... Guillebaud revendique pour la France les deux valeurs qui fondent le patriotisme, à savoir l'attachement à son pays et la défense de valeurs humanistes universelles ; et le projet européen le permet.

C'est en Asie que Guillebaud trouve aujourd'hui une véritable espérance dans l'avenir, ces villes comme Shanghaï, à une douzaine d'heures de vol de Paris, qui sont devenues le centre du Monde. Nous savons depuis un siècle que l'Europe n'est plus au coeur de notre planète, mais avec les contre-sens qu'empruntent aveuglément les européens, ce déplacement s'accélère.

En tous cas, même après les congés on peut trouver un week-end pour se plonger dans ce livre. A lire pour se nourrir avant l'hiver !

13/08/2013

La France est une République indivisible, mais multiple ...

C'est le 1er article de la constitution de la Vème République qui érige ce principe d'indivisibilité qui garantit une application uniforme de tous les citoyens sur l'ensemble du territoire national ; ces droits relèvent des caractères laïque, démocratique et social de la République. Mais force est de constater que l'Etat de droit ne s'applique pas, ou ne se fait pas respecter de la même façon où que l'on soit en France.

Je l'ai déjà souvent dit sur mon blog, les actes de décentralisation et les économies de bouts de chandelle de l'Etat ont contribué à donner aux collectivités territoriales une plus grande autonomie, voire à plus de charges publiques. En matière d'éducation (cf. rythmes scolaires), de sécurité (cf. polices municipales de plus en plus inscrites dans les schémas opérationnels de la gendarmerie), de justice (cf. maisons des droits), de solidarité (les Conseils généraux se sont totalement substitués aux anciennes Directions Départementales de l'Etat), de formation professionnelle et de développement économique (dévolus aux Conseils régionaux), ... l'indivibilité de la République fait place à un morcellement des droits.

Or, est-ce nouveau que des territoires soient plus dynamiques ou plus audacieux que d'autres ? Oui sur les axes que je viens de citer. A toutes les époques, et toujours sous l'impulsion des acteurs économiques, qu'ils fussent duc, baron, évèque ou grand patron, certains territoires ont connu un essor privilégié. Mais les droits des citoyens, et cela depuis 1789, ont toujours été un devoir de l'Etat républicain.

Car aujourd'hui, des territoires se distinguent par le dynamisme de leurs acteurs sociaux qui contribuent à instaurer des micro-sociétés ; des circuits courts, des monnaies locales, des structures participatives, de la production électrique locale, du partage d'équipements, ... créent du lien social en même temps que de l'activité économique dans le secteur de l'économie sociale et solidaire. C'est la course à l'imagination, à la coopération et à la transition ! Et c'est du même coup un éloignement avec la politique et avec les élus qui continuent de faire tourner le logiciel du 20ème siècle sans se rendre compte que toute la société aspire au changement.

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Quand la crise qui s'est installée depuis 2008 concrétise une décroissance quantitative de l'activité économique mondiale, quand le MEDEF revendique de vouloir détricoter les acquis sociaux qui datent du Conseil National de la Résistance, quand les marchés financiers et le capitalisme mondialisé continuent de creuser les inégalités et quand les Etats sont impuissants à se donner collectivement une orientation qui privilégie les hommes plutôt que les biens, alors ces inititatives locales sont comme des bouées jetées dans une mer démontée aux naufragés du modèle dominant.

Mais cette note très anthropocentrique ne me fait pas oublier l'état de la planète, et en relocalisant l'exercice des droits en même temps que se relocalise l'économie, je sollicite aussi un coup de frein à l'accroissement de notre empreinte écologique. Et pour le coup, ce sont les générations futures qui nous diront merci !

La République devra donc s'adapter à cette évolution de la société, être moins rigide dans l'expression de ses principes fondamentaux, reconnaître le droit à l'autonomie de collectifs citoyens et faciliter le développement de réseaux à l'échelle nationale. Sans renier totalement la démocratie représentative, il s'instaure petit à petit une démocratie participative qui se concrétise plus au travers de ses actions que de ses orientations politiques. En tous cas, voilà bien des raisons de retrouver de l'optimisme à quelques semaines de la rentrée ;-)