Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

11/09/2013

Hervé Kempf a préféré la liberté au joug du capitalisme financier

Journalise au quotidien Le Monde pendant 15 ans, Hervé Kempf se heurtait de plus en plus à l'hostilité de sa rédaction. D'un côté le journaliste pourfendait le système économique mondialisé qui ignore totalement les exigences environnementales, et de l'autre la direction du journal avait comme souci majeur de produire des contenus en phase avec l'opinion dominante. Et c'est en l'occurrence sur le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes que les relations entre le journaliste et son journal se sont dégradées.

Journal_Le_Monde.jpg

Hervé Kempf poursuivra désormais son métier de journaliste au sein du site Web écologiste Reporterre où il trouvera un environnement plus conforme à ses engagements. Ce changement de média est analogue à l'aventure d'Edwy Plenel avec Médiapart, qui a lui-même quitté Le Monde en 2005 ; certainement le besoin de s'affranchir des pressions que font peser sur la presse traditionnelle des actionnaires plus sensibles à la stabilité de leur monde qu'au rôle démocratique de la presse.

Dans l'interview qu'il a donnée au journal Libération, Hervé Kempf précise que l'écologie met nécessairement en cause le système économique, son productivisme prédateur des ressources naturelles, sa logique consumériste qui privilégie l'accumulation de biens et à un enrichissement sans complexe de quelques uns au détriment du plus grand nombre. Le quotidien Le Monde a bien changé, et il faut depuis quelques années le lire avec le prisme de ses riches propriétaires : Pierre Bergé (mécène et entrepreneur de l'industrie du luxe), Xavier Niel (10ème fortune de France) et Matthieu Pigasse (patron de la banque Lazard).

01/09/2013

Lybie, Mali, Syrie, ... quelle est la place de la France ?

Je suis assez fondamentalement hostile aux expéditions militaires, car derrière de louables desseins il y a toujours des intérêts particuliers, qu'ils soient géostratégiques, industriels, commerciaux ou financiers. Les coalitions occidentales qui sont allé en Irak et en Afghanistan cachaient bien mal les enjeux pétroliers, sous couvert d'aller y implanter la démocratie.

Historiquement, les nations limitaient leurs interventions extérieures aux pays avec qui elles ont des accords de coopération ou d'assistance. C'est ainsi que ni la France ni la Grande-Bretagne n'ont réagi à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en 1938, mais les accords avec la Pologne les feront entrer en guerre après l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939.

Or, les nations occidentales multiplient désormais leurs interventions dans des conflits internes, au prétexte de la violation des droits de l'homme. Mais je l'ai déjà expliqué lors de l'opération française au Mali, ces mêmes nations occidentales sont largement responsables des situations dramatiques qui déclenchent leurs interventions armées. Au Mali, et en Afrique Sahélienne en général, les Touaregs sont instrumentalisés de tous côtés en même temps que les populations sont spoliées des richesses de leur sous-sol. Il n'est pas étonnant dans ce contexte que le salafisme y trouve un terrain favorable pour son développement.

Aujourd'hui, tous les médias sont braqués sur la Syrie. Et les images de civils décimés par des gaz toxiques produisent le même élan compassionnel que les images de Bengazi en 2011, pilonnée par les chars de Kadhafi, que les habitants de Tombouctou sous le joug de groupes islamistes ou encore que le massacre de Srebrenica en juillet 1995, sous les yeux de 400 casques bleus Néerlandais totalement impuissants.

Mais pourquoi la France s'implique-t-elle autant sur ces terrains extérieurs ? Une seule raison le justifie, la France est l'un des quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU, et elle en est l'un des cinq membres permanents avec la Chine, la Russie, les USA et le Royaume-Uni. Le discours de François Hollande devant les Nations unies le 25 septembre 2012 est éloquent : "Siéger au Conseil de sécurité, ce n’est pas jouir d’un privilège au nom de l’histoire. Pas davantage satisfaire une ambition liée à la puissance économique. Siéger au Conseil de sécurité, c’est prendre l’engagement d’agir pour la paix dans le monde."

logo_ONU.jpg

C'est donc comme "gendarme du monde" que la France se positionne dans tous ces conflits, et ses prises de position lui assurent son rang. Et donc finalement, la question n'est pas d'être d'accord ou non avec une intervention militaire en Syrie, mais plus généralement sur le rôle que joue la France sur la scène internationale.

Au sein du Conseil de sécurité, la France ajoute sa voix et ses armées au maintien de l'équilibre du monde, ce que le Président de la République nomme "la paix dans le monde". Cette paix consiste surtout à laisser le modèle économique dominant, mondialisé et mortifère, se développer sans contrainte. Et ce que je contexte personnellement ici, c'est que la France, celle des Lumières et de la charte des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ne porte pas une autre ambition pour le monde. Dans ce dossier syrien, nous sommes là, lamentablement dépendants des décisions des américains et des britanniques, illustrant plus encore ce jeu du "je te tiens par la barbichette ..." où nous ne sommes que des pions entre les mains de financiers internationaux. Déjà en 1991, l'opération "Tempête du désert" conduite par une coalition internationale, dont la France, pour libérer le Koweit de l'armée irakienne avait été financée par les pays du Golf. Et en Syrie aujourd'hui, ce sont le Qatar et l'Arabie Saoudite qui financent l'Armée Syrienne Libre (ASL) et qui militent donc pour une intervention occidentale. Les bourses mondiales n'étaient-elles pas dans le rouge en début de semaine, au moment où Paris, Londres et Washington annonçaient des frappes punitives, les investisseurs se réfugiant sur l'or et le pétrole ? Les images des civils gazés à Damas se superposent à des cours de bourse, mais comme dans toutes les guerres ...

25/08/2013

Municipales 2014 : pouvoirs ou projets ?

Fin juillet, j'intitulais déjà une note sur la "politique de pouvoir ou de projet", constatant le statu quo dans lequel les gouvernants savaient se draper, totalement imperméables aux urgences du monde. Mais le niveau local n'échappe pas à la règle ... Cette rentrée va voir bon nombre de caciques justifier leur candidature pour 2014, au nom de la continuité, de la responsabilité et donc de l'intérêt général.

Prenons l'exemple de Montpellier où depuis des mois quatre personnalités socialistes rivalisent pour obtenir l'investiture aux prochaines municipales. Quels projets les distinguent ? Quelles ambitions nouvelles veulent-ils incarner pour la ville comme pour la future métropole ? On n'en sait trop rien, seules comptent pour l'instant les rivalités de personnes ... A leur décharge, il faut quand même préciser que la presse se focalise principalement sur cet aspect de la pré-campagne, occultant peut-être des volets de leur candidature qui pourraient plus utilement éclairer les citoyens.

Alors qu'attendre de façon générale de cette future échéance électorale ? Déjà que les futurs élus soient les garants de certaines réalités, comme le cadre de vie et le lien social. Il faut aussi qu'ils maintiennent la bonne santé budgétaire de la commune sans ignorer les investissements nécessaires. Tout cela nécessite de la disponibilité et de la responsabilité. Mais déjà plus rares sont les candidats qui s'aventurent sur un projet d'urbanisation de leur commune, surtout dans les plus petites d'entre elles ; c'est un sujet qui fait polémique entre ceux qui veulent voir grandir leur commune et ceux qui défendent la prudence, entre ceux qui veulent des lotissements qui s'étalent et ceux qui veulent densifier les coeurs de ville, mais aussi entre ceux qui veulent attirer des entreprises et ceux qui préfèrent laisser ça à leurs voisins. Mais une campagne électorale n'est-elle pas le moment idéal pour en débattre ?

Quant au développement économique de la commune, à l'attractivité des zones d'activité et aux secteurs à privilégier, c'est un domaine que les élus locaux préfèrent souvent déléguer aux filières professionnelles et à leurs représentants (chambres consulaires, syndicats professionnels, ...). Et ça donne des surprises comme la ZAC de la Salamane à Clermont l'Hérault, zone d'activité ciblée sur le secteur de la logistique que personne n'avait anticipé.

Il y a une notion que j'ai apprise dans ma carrière professionnelle, c'est celle de la qualité des processus de production qui évite d'avoir à contrôler la qualité des produits commercialisés. Par exemple, quand on construit des voitures, ce n'est pas la peine de contrôler chaque voiture qui sort des chaînes de montage si le processus de fabrication a été totalement validé. Alors en est-il de même en matière de gestion des collectivités locales ? Est-ce qu'en choisissant la meilleure équipe municipale les électeurs peuvent s'affranchir de valider les projets qu'ils auraient dans leurs cartons ? En gros, de bons élus ne sauraient avoir que de bons projets ... Mais si les processus de production industrielle reposent principalement sur des tâches répétitives pilotées électroniquement (ordinateurs, robots, automates, ...), les processus de gestion des affaires d'une collectivité sont beaucoup plus soumis à des aléas du quotidien.

Aussi, on ne peut pas juger a priori des capacités d'une future équipe municipale sans connaître ses projets. C'est ainsi qu'il n'est pas exigé la même capacité à un équipage qui va faire des ronds dans l'eau de celui d'un voilier qui va faire le tour du monde ...

democratie.jpg

Et puis une élection est un moment de respiration démocratique qui ne peut se réduire à la désignation d'un chef, au moins dans l'idéal démocratique qui nous vient de la Grèce antique. Mais la démocratie n'est pas un concept révolutionnaire ; la démocratie garantit des droits et elle impose des devoirs, plutôt dans une perspective conservatrice. Rien ne s'oppose par contre à ce que des initiatives voient le jour en parallèle, et je crois même que le changement de modèle de société ne passera que par des projets locaux portés par des personnes militantes.