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21/11/2013

Europe Ecologie Les Verts : le soutien au gouvernement divise !

Ils ont pourtant signé la même motion d'orientation stratégique pour le Congrès d'Europe Ecologie Les Verts, à savoir "Pour un Cap Ecologiste" la motion qui est arrivée en tête samedi dernier avec 36% des suffrages, mais ils viennent quelques jours après de diverger sur le projet de loi de finance pour 2014. A l'Assemblée Nationale, le député EELV Eric Alauzet a défendu le PLF2014 en ponctuant son intervention par quelques satisfécits sur la future réforme fiscale présentée par le Premier Ministre, sur la fiscalité écologique ou encore sur la TVA réduite pour le logement social. Au Sénat, c'est le Président du groupe écologiste Jean-Vincent Placé qui a expliqué les motifs qui conduisent les sénateurs écologistes à ne pas voter le volet recettes du PLF2014. Dans ses explications : une austérité de gauche qui atrophie les recettes fiscales, le crédit d'impôt compétitivité-emploi attribué sans condition, une économie sociale-libérale obsolète et dangereuse. 

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Cette divergence entre députés et sénateurs écologistes, tout au moins celle des orateurs au nom de leur groupe politique, fait écho au débat qui traverse actuellement le parti EELV. Le premier tour du Congrès national s'est déroulé dans chaque région le 16 novembre dernier, sept motions d'orientation étant soumises au vote des adhérents, et c'est à Caen le 30 novembre prochain que se jouera le second tour. Entre temps, les tractations vont bon train pour constituer des alliances et faire émerger un rassemblement majoritaire au Conseil Fédéral d'Europe Ecologie Les Verts.

Les deux logiques qui s'affrontent sont d'une part "que quand un convoi va dans le mur, c'est dans la cabine de pilotage qu'est la meilleure place pour changer de trajectoire", et d'autre part "que c'est le système qui nous assène qu'un convoi va droit dans le mur qu'il faut remplacer". Soit nous changeons de système, soit nous restons dans le système ; mais en sachant aussi que ceux qui sont bien installés dans ce système n'ont pas vraiment envie d'en changer ...

Or, ce qui a toujours caractérisé l'évolution de l'être humain depuis la préhistoire, c'est l'amélioration continue de la qualité de vie. Aujourd'hui, cet axe de progrès collectif est occulté au profit de la sainte croissance économique qui ne profite qu'à quelques-uns. Alors des murs, toutes les populations de la terre en rencontrent sans cesse, et les politiques publiques consuméristes culpabilisent ces populations que ces murs attirent inlassablement. De la santé publique à l'emploi en passant par le logement et la pollution, ceux qui se plaignent sont forcément responsables ; il faut donc qu'ils fassent des efforts !

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"Le changement c'est maintenant", voilà certainement le slogan qui rend aujourd'hui le Président Hollande et son gouvernement aussi impopulaires. Car si l'Etat n'est pas à un ou deux ans près, il y a des millions de Français qui peuvent voir leur vie basculer en un an ou deux. Idem pour notre environnement qui fera payer aux générations futures les gaspillages, les destructions et les pollutions que nous générons.

Afin de poursuivre cette réflexion, je vous invite à consulter le dossier du site Reporterre intitulé "Le débat de l'écologie politique", et sa série d'interviews "A quoi EELV sert-il ?". Avec Paul Ariès, Jean-Claude Guillebaud, etc.  

plf2014,eric alauzet,jean-vincent placé

20/11/2013

Intercommunalité, les Français veulent qu'on leur en parle !

Le 96ème Congrès des Maires de France se tient cette semaine à Paris, et les relations entre les communes et leur intercommunalité alimentent les prises de parole, les débats et les revendications des associations d'élus locaux.

L'Association des Communautés de France (AdCF) a commandé un sondage à l'IFOP sur la perception qu'ont les citoyens de l'intercommunalité. Les résultats sont contrastés, mais les citoyens perçoivent assez bien les enjeux qui se profilent pour les années à venir ; ils mesurent et approuvent les avancées en matière de cohérence, de solidarité et de flexibilité vis à vis des évolutions rapides des territoires, mais ils craignent et désapprouvent la complexification du "bloc communal", la hausse prévisible de la fiscalité ainsi que la distance qui va se créer entre leurs élus et eux.

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Dans cette logique-là, ils sont 95% des sondés à souhaiter que les grands projets et que les domaines de compétence de l'intercommunalité soient placés au cœur des débats et des programmes des candidats aux élections municipales. Ils sont aussi 93% à souhaiter que les candidats à la présidence de l'intercommunalité se déclarent clairement avant les municipales.

Mais cette aspiration citoyenne, "constitutionnellement" naturelle, aura du mal à être satisfaite d'ici mars 2014, tant les habitudes du cénacle des maires conduit plutôt vers la confidentialité des débats, voire à un certain corporatisme des premiers magistrats des communes membres de l'EPCI.

Et légalement, la nouvelle loi sur les conseillers communautaires "élus au suffrage universel direct" n'a pas prévu de période électorale et de dispositif électoral spécifiquement dédiés aux intercommunalités. Maintenant, rien n'empêche un collectif citoyen ou un mouvement politique d'interroger tous les candidats aux municipales pour qu'ils s'expriment sur les grands chantiers intercommunaux pour le mandat à venir. La presse joue aussi un rôle majeur dans l'information de la population, et un média comme Radio Pays d'Hérault ne manque jamais de questionner et de susciter des déclarations publiques de la classe politique.

Par ailleurs, les exécutifs intercommunaux sortants mettent actuellement en chantier des démarches très structurantes pour l'avenir de notre territoire ; il s'agit des plans locaux d'urbanisme (PLU), du schéma de cohérence territoriale (SCOT), du plan climat énergie du territoire (PCET), de la charte de Pays du Cœur d'Hérault, etc. Ces démarches induisent de la concertation, elles s'appuient sur des échanges participatifs avec la population, et elles constituent ainsi une forme de "programme consensuel" pour le prochain mandat des élus intercommunaux. Or, les contenus de ces projets intercommunaux proviennent pour la plupart de bureaux d'étude et des services intercommunaux, ils échappent ainsi à une élaboration et à une confrontation véritablement démocratique.

Les communes du Cœur d'Hérault sont encore suffisamment "libres de s'administrer", et l'élection des élus locaux en mars 2014 donnera l'occasion pour tous les citoyens d'interpeller les candidats sur des projets intercommunaux. Mais qu'en est-il pour les grandes agglomérations, les communautés urbaines et les métropoles ? Là, le citoyen aura bien du mal à influencer les politiques publiques de l'EPCI, surtout s'il est domicilié dans une petite commune située dans le périmètre de la zone urbaine ...

C'est cette polémique sur la supracommunalité qui est débattue au Congrès des maires, et qui verra son issue se dessiner au cours du prochain mandat. La logique voudrait par exemple que les conseillers communautaires soient élus en 2020 au suffrage universel direct, mais dans un scrutin indépendant de celui des communes. Ça semble évident pour les métropoles, mais plus contestable sur les territoires ruraux.

10/11/2013

Comment sortir du cycle infernal de la consommation ?

Quel que soit l'âge, le sexe, la nationalité, le métier et la culture, nous sommes tous désormais et en priorité des consommateurs. Et les publicitaires comme les agences de communication ciblent tous azimuts pour que les populations achètent des marchandises et des services. Et aujourd'hui, pour les grands de ce monde, je pense aux principales fortunes mondiales qui reposent justement sur le commerce, tout ralentissement de la consommation mondiale est un signal d'alarme à traiter en urgence.

Il y a cinquante ans, c'est la production qui était au coeur de notre économie, nationale comme mondiale. Et la place d'une entreprise comme Renault en témoigne, avec la célèbre formule d'un député gaulliste "Quand Renault éternue, la France s'enrhume". Mais la production agricole, la pêche, la sidérurgie et toutes les industries manufacturières occupaient la très grande majorité des actifs jusque dans les années 70. Et à l'époque, notre pays savait surmonter les crises, voire les guerres, car il disposait d'un appareil productif qui était mobilisable.

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Aujourd'hui, notre économie repose de plus en plus sur son offre de services et les citoyens consomment ces services (banque, assurance, restauration, tourisme, télécom, aides à domicile, ...), mais aussi des produits importés de toute la planète. Cette économie de la consommation est donc très sensible aux crises ! Et quand on nous répète que c'est grâce à la construction européenne qu'il n'y a plus de guerre en Europe, c'est une mystification ; il n'y a plus de guerre parce que ceux qui tirent les profits du commerce européen ne veulent pas que la consommation baisse. Nous devons consommer de l'essence, de l'eau, de l'électricité, du multimédia, des produits bancaires (avec intérêts ou agios), de l'alimentaire de grande surface, des loisirs, ... Et si nous montrons quelques signes de faiblesse, alors le crédit bancaire est là pour nous donner une petite bouffée d'oxygène. Le patron de la banque centrale européenne (BCE) ne vient-il pas de baisser une nouvelle fois les taux d'intérêts européens ? La BCE prête désormais à 0,25%, un taux qui favorise la consommation comme aux Etats-Unis (0,25%) ou encore au Japon (0,1%). A l'inverse, les fameux BRICS prêtent à des taux bien plus élevés : 6% en Chine, 8,25% en Russie et 9,5% au Brésil !

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"Je consomme, donc je suis", voilà comment le fameux doute méthodique de Descartes est réduit à néant. Car dans son "Cogito ergo sum", Descartes décrit un être pensant qui prouve jusqu'à l'existence de Dieu ; la pensée peut permettre de se rassurer sur sa propre existence, mais elle peut aussi faire adhérer à une idéologie collective. Or, l'homme moderne semble dépourvu de toute liberté de penser, il est devenu un simple consommateur matérialiste. Il ne faut pas oublier les propos de l'ancien patron de TF1, Patrick Le Lay : "Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau disponible". Cette phrase est abominable, mais elle résume très bien notre société productiviste et consumériste.

Mais imaginons que tout à coup la population prend conscience de la superficialité de ce modèle économique ! Allez, pas besoin d'acheter des cadeaux à Noël, pas besoin de changer de smartphone tous les ans, pas besoin de changer de voiture avant qu'elle ne soit vraiment usée, pas de week-end à Lisbonne avec easyJet, pas de week-end avec les enfants à eurodisney, plutôt un bon repas avec les copains à la maison que le Buffalo Gill, etc. Vous imaginez le cauchemar des patrons du CAC40 et du ministre de l'économie ? Non, justement, ils y pensent tous les jours et ils font tout ce qu'ils peuvent pour que nous puissions consommer à donf.

L'INSEE mesure régulièrement la consommation des ménages, et hormis quelques accidents de parcours dans les cinquante dernières années, la consommation des ménages a augmenté d'année en année, que ce soit pour les services ou pour les biens manufacturés :

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La consommation des ménages français est même le seul vecteur de croissance en ce moment, ni les exportations et ni l'investissement des entreprises sont en mesure de remplir les caisses de la nation.

Mais alors, comment en cette période de fort chômage qui nous vaut même une baisse de la note chez Standard & Poors la consommation des ménages français peut-elle encore croître ? Un article paru sur Slate.fr cet été a répondu partiellement avec l'invasion des "métiers à la con" ; l'idée sous-jacente étant que si la technologie pouvait nous permettre de ne travailler que 20 heures par semaine, le système valorise des métiers qui ne servent à rien afin que le modèle économique dominant ne s'effondre pas. Mais cette hypocrisie systémique engendre aussi beaucoup de mal-être au travail ! De plus en plus de salariés ne savent plus pourquoi ils travaillent, et pour qui. Derrière leurs tableaux Excel et leurs présentations Powerpoint, des centaines de milliers de salariés exercent des tâches qui ne sont plus en lien direct avec les consommateurs ou les clients. Tout devient virtuel, mais l'essentiel c'est quand même que les salariés restent des consommateurs !

Nos enfants ont-ils encore des métiers dans leurs rêves d'avenir ? Non, ils aspirent surtout à pouvoir consommer ; qu'importe l'emploi, même précaire s'il est bien rémunéré. Et cela conduit aussi beaucoup de jeunes des cités à vivre de petits trafics ... et il n'y a pas que les jeunes, on trouve cet appât du gain facile jusque dans certains services de l'Etat :=(

Or, le consumérisme est une quasi-religion et ses détracteurs sont des mécréants. Le mot "décroissance" est voué à la sainte inquisition. Pierre Rabhi s'en tire mieux avec sa "sobriété heureuse" ;-)

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Bon, mais on en sort comment ??? Certainement pas au travers de nos institutions toutes vouées au culte du consumérisme ... Et pas plus d'ailleurs avec une démocratie qui reproduit le même modèle de société, et cela de génération en génération. Alors la révolution ? Il y a longtemps que le mythe du grand soir s'est éteint, et si les sans-culottes de 1789 n'avaient rien à perdre, il n'en va pas de même de nos contemporains qui ont tous au moins un crédit sur les épaules et la maison de retraite d'un aïeul sur les bras ...

Je crois par contre beaucoup plus aux effets positifs de l'expérimentation, et ça commence sur tous nos territoires ruraux. Je fais sciemment cette distinction parce que les 40% de français qui vivent dans les 25 métropoles ou très grandes agglomérations françaises sont au coeur du système (elles produisent les deux tiers de la richesse nationale) ; l'excellent reportage de France 3 à la fin octobre, La France en face : la carte des fragilités sociales de Jean-Robert Viallet, réalisé à partir des études des géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé.

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Tous les espaces en bleu sur la carte ci-dessus sont des terrains d'expérimentation, pour des territoires en transition où une économie circulaire pourrait se développer. Les concepts sont bien documentés, des exemples existent et la réplication peut se faire sans limite. Mais il faut les bonnes personnes au bon moment et au bon endroit ...