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16/06/2014

Fuir les communicants pour se nourrir d'une information brute

Voilà une note qui peut sembler atypique, mais qui permet de comprendre pourquoi ce blog dans un monde où la communication éclipse l'information. L'information est une ressource, comme l'eau et l'air, et elle nous nourrit. Chacun peut prendre connaissance de l'information à son rythme, sur une étendue très variable de sources et pour des motifs aussi variés qu'apprendre, se divertir ou réfléchir.

La communication fait de la promotion, et elle nous atteint le plus souvent sous un angle biaisé. Quand un constructeur automobile sort un nouveau modèle, c'est une source d'informations. Mais vendre ce modèle passe par une communication qui adapte un message donné à une cible commerciale. Je prends cet exemple parce que les communicants ont souvent été des publicitaires, et puis leurs techniques ont atteint d'autres domaines. Le premier d'entre eux est la politique, et Jacques Séguéla en est l'archétype.

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Le drame, c'est que la politique était jusqu'à la fin du 20ème siècle une affaire d'idéologies. Et même si des erreurs ont été commises, les citoyens savaient pourquoi ils allaient voter. Aujourd'hui, chacun sait que Manuel Valls a été nommé premier ministre parce que sa maîtrise des outils et des techniques de communication pouvait redorer la cote de popularité du Président Hollande.

Mais le réflexe de communiquer plutôt que d'informer est assez naturel, il vise à convaincre, à séduire et à promouvoir un point de vue. Quand un enfant présente son bulletin de notes à ses parents, il ne le donne pas pour qu'ils le lisent, il sait pointer les éléments les plus favorables du document tout en apportant des informations qui n'y figurent pas formellement.

Je digresse, mais c'est une illustration innocente de ce que nous préférons de plus en plus souvent consommer de la communication plutôt que de faire l'effort de chercher l'information. Les chaînes d'information en continu tablent sur ce format, elles distillent leurs messages aux publics du moment pour servir des intérêts très peu visibles (politiques, économiques, financiers, ...). Tout l'inverse d'un Médiapart !

Alors faut-il voir en son médecin, son banquier, son patron et même ses proches des manipulateurs d'une information souvent rébarbative ? Non, parce que tous ceux-là communiquent souvent de façon inconsciente, comme tout le monde, mais de temps en temps il faut savoir débrancher pour aller se perdre dans des musiques d'il y a trente ans, dévorer des livres qui informent, suivre son imagination devant une bonne toile ou simplement contempler ce qui nous entoure.

L'adage dit que la curiosité est un vilain défaut, je trouve au contraire que c'est un formidable moteur pour découvrir autre chose que ce qu'on veut nous imposer. Attention quand même à ne pas gratter trop fort, car on peut vite devenir un Julien Coupat et donner des boutons à toutes nos autorités ...

14/06/2014

SNCF : l'Etat comme les syndicats sont des boutiquiers

Que veut l’État avec cette loi qu'il présente à l'Assemblée Nationale ce mardi 17 juin ? Réunir la SNCF et RFF dans une holding qui devra gérer l'énorme dette de ses deux filiales (33.7 Md€ pour RFF et 7,4 Md€ pour la SNCF). L'idée est d'avoir une gouvernance commune pour deux structures spécialisées : SNCF Réseau qui se substitue à RFF avec ses 50.000 cheminots et SNCF mobilité qui se substitue à l'actuelle SNCF avec ses 200 000 salariés.

Pour les syndicats, c'est l'acte II de la séparation entre les infrastructures et le roulant, l'acte I en 1997 n'étant lui aussi guidé à l'époque que par une vision comptable : faire disparaître la dette de la SNCF de l'endettement total de l’État. Les syndicats restent par ailleurs opposés à l'ouverture à la concurrence du réseau ferré, et ils militent au contraire pour un retour à avant 1997, avec une unique compagnie publique pour gérer le réseau, les gares, le matériel roulant et la clientèle.

L'accident de Brétigny-sur-Orge en juillet 2013 (7 morts et de nombreux blessés) est accablant pour l’État, la SNCF ayant en charge l'entretien des voies qui sont propriétés de RFF. Le cas des nouveaux TER dont la largeur est incompatible avec l'écartement des quais (plus d'un millier de quais seront à raboter) est encore une illustration d'une gouvernance déplorable entre la SNCF et RFF. Un seul motif pour tous ces points noirs, les rôles respectifs de RFF et de la SNCF n'ont jamais fait l'objet d'une stratégie de long terme, et seules les questions financières guident les orientations de l’État.

Je reste sur cette question un militant de la séparation très nette entre une structure publique responsable de l'infrastructure de transport ferroviaire d'un côté et des sociétés de transport ferroviaire de l'autre. Il faut sanctuariser RFF dans son statut de "gardien des rails", avec des moyens à la hauteur des enjeux liés aux modes de déplacement alternatifs à l'automobile et aux camions, et ouvrir la circulation ferroviaire à la concurrence. Et cela passe par une privatisation progressive de la SNCF, comme pour Air France en 2003. Une structure publique de gestion de réseau et des opérateurs privés empruntant ce réseau, nous connaissons cela avec RTE, avec la DGAC, avec les VNF, etc.

Entretenir et développer un réseau ferré répond à des logiques d'intérêt public, mais aussi à des intérêts privés ; mais les premiers doivent rester prioritaires sur les seconds ! Et c'est aussi un rendez-vous important pour l'Europe qui demande aux pays membres d'ouvrir leurs réseaux ferrés aux compagnies de transport européennes, pour le fret comme pour les voyageurs. Une structure publique à l'échelle européenne pour gérer le réseau ferré serait l'idéal, autant pour rapprocher les européens que pour lutter contre le réchauffement climatique.

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La carte ci-dessus dessine le réseau à grande vitesse européen, qui permet de relier un demi-milliard d'européens, mais il ne faut surtout pas oublier le réseau secondaire national. Et avant tout en zone rurale où les transports accentuent plus encore les fragilités sociales et économiques.

Hollande, rien ne va plus

« Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance », c'est ce que déclarait le candidat socialiste François Hollande au Bourget en janvier 2012. C'était un grand discours de campagne, et à l'époque il a certainement convaincu de nombreux électeurs de gauche à voir en François Hollande un futur Président qui allait changer le modèle dominant, mondialisé et fortement inégalitaire.

Laurence Boone est une brillante économiste de 45 ans dont le parcours professionnel est synonyme de finance internationale. Mme Boone était encore en poste à Londres, au sein de la Bank of America Merrill Lynch, quand le Président Hollande l'a appelé pour devenir à ses côtés conseillère à l'Elysée. Elle y sera l'ambassadrice des grandes banques mondiales, comme la Barclays où elle avait croisé Jean-Pierre Jouyet, lui aussi nouveau secrétaire général de l'Elysée. Madame Boone comme Monsieur Jouyet ont un nom et un visage, mais ils n'ont pas de parti, n'ont jamais été élus et ils ... gouvernent !

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François Hollande avait promis « le changement c'est maintenant », mais force est de constater qu'il est d'un conservatisme inébranlable. Derrière les promesses, comme celles sur la transition énergétique et le nucléaire, il y a la soumission à des groupes financiers et industriels internationaux. Leurs intérêts privés passent loin devant l'intérêt général.

Et ce cap est tellement irrationnel que l'on ne s'étonne même plus quand François Hollande nomme Jacques Toubon Défenseur des droits pour succéder à Dominique Baudis ... Jacques Toubon, c'est cet ancien Ministre de la justice de Jacques Chirac qui en 1996 avait envoyé un hélicoptère dans l'Himalaya pour rapatrier le procureur Laurent Davenas afin qu'il mette un terme aux poursuites judiciaires contre Xavière Tibéri. En 1981, Jacques Toubon s'était opposé à l'abolition de la peine de mort, mais aussi à la dépénalisation de l'homosexualité. Quelle mouche a donc piqué Hollande pour qu'il pense à cet ultra-conservateur de 73 ans pour défendre nos droits ???

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En tous cas, bien peu de ses électeurs de mai 2012 se retrouvent dans le Président qu'il incarne aujourd'hui. Pourquoi se fait-il le porte-parole du Medef en déclarant vendredi «  Il y a un moment où il faut savoir arrêter un mouvement et être conscient des intérêts de tous (…) A un moment, c’est le travail qui doit reprendre  » ... Pourquoi ne diligente-t-il pas plutôt une réunion de travail avec les syndicats pendant le week-end ? Idem pour les intermittents où là encore c'est le Medef qui semble s'exprimer dans la bouche de nos ministres ...

Le peuple finira certainement par dire STOP à cette pitoyable mise en scène, mais pour l'instant c'est Marine Le Pen qui représente ce front du refus :=(

Des pistes existent pourtant et je tenais à partager les quelques réflexions suivantes :

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   Edgar Morin :  « Les somnabules se rendorment »

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Alain Touraine : « Réinventons la politique »

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Edwy Plenel : « Notre responsabilité »