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05/10/2014

Yves Cochet, l'inlassable militant du développement soutenable

Yves Cochet a été député écologiste de 2002 à 2011, puis député européen jusqu'en 2014. Il est l'un des fondateurs des Verts en 1984, et il reste au sein du parti écologiste un militant très fertile sur les questions de démographie, de ressources naturelles, d'économie et de finances. Son passage dans le gouvernement Jospin de 2001 à 2002, au ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement, n'en a pas fait un homme politique du rang ; il multiplie bien au contraire les messages d'alerte sur l'inadéquation de notre développement moderne avec la finitude de notre planète. Yves Cochet navigue entre gravité et ironie, et il conserve ainsi le recul nécessaire sur des situations trop souvent désespérantes.

Dans cette interview donnée au site d'information Hexagones, Yves Cochet dresse un état des lieux critique sur EELV et sur ses dirigeants, mais il n'en perd pas pour autant son énergie de lanceur d'alerte. Je n'ai rien à ajouter ou à retirer de cet entretien, Yves Cochet résume ainsi des dizaines de notes que j'ai rédigé sur ce blog.

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Europe Écologie Les Verts est dans une mauvaise passe ?

Yves Cochet : On a été plus fort c’est sûr. La mauvaise passe est en externe, car la France traverse une présidence (…) qui nous semble néfaste pour la prospérité de nos concitoyens. En interne, c’est aussi le cas. Avec la présidentielle de 2012, il y a eu un score minable. Il y a moins de confiance et d’enthousiasme qu’avec Dany [Cohn-Bendit] il y a cinq ans. Dans les années 1997-2002, nous entrions au gouvernement pour la première fois et on amenait de la spontanéité, de la jeunesse. Aujourd’hui, il y a plus de calcul de trajectoire que d’enthousiasme collectif.

Où se trouvent les espoirs pour votre parti ?

Ce sont plutôt les événements extérieurs, hélas, dramatiques d’ordre sociaux, financiers, écologiques qui pourront fouetter la vivacité intellectuelle et politique d’Europe Écologie. Ça redonnerait le courage d’avoir des propositions solidaires et radicales intéressant une large part de la population qui se sent démunie et sans repères. D’ailleurs, cette population se dit que les discours PS et UMP c’est la même chose et que nous, c’est presque la même chose. On a un côté résigné et conformiste. Il faut des forces critiques. Critique, comme je peux l’être en tant qu’objecteur de croissance. Messieurs Hollande et Valls ne jurent que par la croissance qui ne vient jamais. Pas pour des raisons politiques, mais pour des raisons objectives qu’ils ne comprennent pas. C’est pareil à EELV où une partie de nos leaders est trop conformiste sur l’analyse politique et économique.

Comment agissez-vous ?

On essaie de mener des idées plus critiques et réalistes avec des motions, des textes, des interpellations. Mais l’inertie est trop forte... C’est un événement extérieur, un rendez-vous dramatique de l’histoire qui fera que les écologistes auront leur heure de vérité et leur épreuve du feu ! Ça permettra à Europe Écologie Les Verts de devenir un parti mature.

Mais les rendez-vous dramatiques de l’histoire, des ouvriers et des employés en vivent au quotidien. La CGT quand elle veut les défendre dit « on veut plus de production ! ». Elle ne prend pas votre versant qui est de penser le modèle sans croissance... Pourquoi ce basculement dans les discours n’arrive pas ?

Il faut toujours essayer de parvenir à un consensus par des discours, des livres, des textes, des idées, des débats. Par la magie du verbe peut-on dire. Mais ça ne suffit pas ! Ce sont aussi les événements réels, l’économie réelle, la nature et ses cycles, son dérèglement qui font que les populations et les forces comme la CGT pourront changer d’état d’esprit. La CGT reste sur un modèle productiviste, de croissance avec lequel on pourrait réduire les déficits de la sécurité sociale, créer des emplois et réduire le chômage. Bref, un rêve qui a eu lieu dans les Trente Glorieuses entre 1945 et 1975, mais qui ne reviendra plus jamais. (…) Ce qui fera tomber le capitalisme, ce n’est pas la lutte des classes, c’est la géologie ! Mais quand je parle avec ceux de la CGT, on me regarde avec des yeux ronds ! C’est précisément parce qu’il y a des ressources non renouvelables que le capitalisme va s’effondrer. Ce ne sera pas à cause de la guerre que se font les capitalistes ni grâce à une lutte des classes qui s’essouffle en Europe comme partout.

Pourquoi la géologie ?

Plus vous produisez, plus vous produisez du malheur ! L’analyse matérielle des richesses réelles est claire. Quatre-vingts pour cent de ce que l’on consomme vient du sous-sol. Ce n’est pas renouvelable. Les matériaux, les minéraux, les métaux, les énergies fossiles ne sont pas renouvelables. Il y en aura de moins en moins et ça coûtera de plus en plus cher de les extraire. Le gain de productivité sera de plus en plus négatif. Ce n’est plus seulement gratter le sol irakien pour avoir du pétrole. Il faut aller en Alaska, en Arctique, en mer profonde. Cela coûte beaucoup plus cher. C’est donc une analyse géologique de l’économie et de la politique que je fais. Il faut consommer moins et vivre mieux. Comme disent les décroissants : « Moins de bien et plus de lien ! » Si vous expliquez ça à un ouvrier dans une usine de voitures et à la CGT, il risque de répondre : « d’accord ! Toi tu n’es pas au SMIC. Moi je dois acheter un nouveau frigo et ma voiture a 15 ans... » Il y a donc une question de redistribution. Les riches sont trop riches et les pauvres trop pauvres. Au-delà, il faut un nouveau modèle économique et social qui sera celui de la modération consumériste et productive et celui du partage dans un monde fini et où les ressources sont épuisables. Il faut redistribuer un gâteau qui ne croît plus, qui va se rétracter. C’est beaucoup plus difficile !

Qui peut l'entendre ?

Ni Strauss-Kahn ni Hollande ne savent mener une politique économique en termes de récession. Or c’est la période qui nous caractérise. On ne s’en sortira pas par des politiques de relance. Le Keynésianisme est mort ! Il faut discuter longuement, y comprit à l’intérieur d’Europe Écologie Les Verts, car certains croient à la croissance verte. Yannick Jadot, mon bon ami, croit aux voitures électriques : quelle illusion ! J’essaie d’expliquer ça à nos amis de la CGT, des communistes, du Front de Gauche, mais ils ne comprennent pas. Pour eux, tout se passe entre les humains. Tant qu’il y a accord entre humains, ça marcherait. Mais, il manque la nature. Elle ne négocie pas ! Pas de négociation avec le taux de CO2 dans l’atmosphère. Il faut juste diminuer les gaz à effet de serre. Vous le faites ou vous allez crever ! Ce langage de vérité on est quelques-uns à le porter à EELV, mais si on ne le porte pas aux yeux de tous les citoyens – en montrant une alternative positive – alors on ira dans un élan vers le pire qui est l’illusion hollandaise actuelle.

Mais ce discours-là fait peur dans son premier volet. Comment voulez-vous percer dans les couches les plus populaires pour qu’elles s’approprient votre modèle écologiste ?

Il faut prendre deux idées qui tendent à devenir majoritaires chez EELV : le revenu de base et le partage du travail. Ça ne peut qu’intéresser ! Le revenu de base donne un matelas social inconditionnel. Huit cents euros par mois quelque soit ta condition ! Ce n’est pas le mot d’ordre de nos leaders actuels quand j’entends Messieurs Placé et de Rugy et Madame Pompili. Ça devrait même intéresser ceux de la CGT ! Les lois sur le partage du temps de travail ont été le meilleur moment du gouvernement Jospin. Les lois Aubry ont créé 350 000 emplois au bout de trois ans selon la CFDT. Il faut passer de cinq jours de travail en 35 h à quatre jours en 28 h. Ce serait très bon d’un point de vue écologique et d’un point de vue social.

C'est à dire ?

Quatre jours, c’est très important pour le gain écologique. On économise énormément d’énergie fossile. Il y a 70 milliards d’euros par an d’importation essentiellement en gaz et pétrole. C’est l’occasion de gagner 8 % simplement en passant d’une semaine de cinq à quatre jours. En partageant le temps de travail, vous offrez des postes qui se libèrent dans la mesure où d’autres travaillent moins. À l’époque, on disait « Travailler moins pour travailler tous ! » On peut imaginer entre 600 et 800 000 nouveaux postes de travail à remplir. Le problème, c’est que nos leaders sont essentiellement des parlementaires qui parlent des propositions du gouvernement qui sont loin des préoccupations du parti. Le parti n’est pas assez autonome par rapport aux parlementaires. Il est trop manipulé, trop dirigé par les parlementaires. Le parti devrait remettre sur la scène politique des propositions très positives intéressant les classes défavorisées comme le revenu de base et le partage du travail. Le constat est accablant, la solution est radicale, mais positive.

Positif, c’est aussi le cas avec le revenu de base ?

C’est une vieille idée aussi qui n’est pas propre aux écologistes, mais elle a été reprise au sein même de notre mouvement. C’est l’idée que tout être humain vivant dans une société est aussi digne de vivre qu’un autre et qu’il doit donc avoir les moyens minimums de se vêtir de se chauffer. Le revenu de base serait une somme qui ne créerait aucune bureaucratie supplémentaire dans la mesure où il est inconditionnel. C’est un chèque que Bercy donnerait à chaque habitant de la France, quel que soit son statut social économique et financier. Même Liliane Bettencourt aurait son revenu de base sauf qu’à partir de 1,3 ou 1,5 SMIC tout serait repris par la fiscalité. Il faut que ce soit évidemment les plus déshérités de nos concitoyens qui profitent de ce revenu. Ce serait un matelas qui éviterait l’angoisse du chômage et de l’exclusion. Tout ceci, c’est une très forte mesure sociale que nous soutenons. Il y aussi le Basic Income European Network (BIEN) qui promeut cette idée et sa mise en œuvre. Évidemment, c’est un peu loin des préoccupations syndicales et économiques des politiciens actuels. Mais c’est une mesure de pacification sociale et de solidarité basique qui devrait être au centre de nos propositions pour 2017..

Est-ce que sur le terrain, EE-LV n’aurait pas plus sa place dans les combats syndicaux avec pour objectif de mener un combat vert et rouge...

On a bien souvent manifesté avec les syndicats et d’autres formations politiques sur des combats communs. On le voit avec les sans-papiers, l’immigration, les questions de guerre et de paix...

Mais pas les questions sociales en France ?

Aussi ! Mais on n’est pas très nombreux, à peu près 10 000. C’est une question plus d’opportunités et de disponibilités que de mauvaises volontés de notre part. On essaie le plus possible d’être présents, même si nous n’avons pas de syncrétisme rouge-vert où se mélangerait la tradition socialiste, communiste, de la CGT avec l’émergence de l’écologie politique...

Le soir des élections européennes, Jean-Luc Mélenchon disait que l’idée qui l’avait emporté était celle que l’ennemi était l’étranger plutôt que le monde de la finance. Vous pensez pouvoir inverser cette tendance ?

Comme disait notre ami Karl Marx : « Les idées sont des idées fortes. » Elles ne résident pas seulement dans le cerveau. Elles conduisent des comportements individuels et collectifs. On le voit avec l’Islam ou l’islamisme radical. Quitte à choquer, c’est une forme de contradiction avec l’Occident faite d’un autre modèle du monde. Ce n’est pas le matérialisme consumériste ou l’hédonisme occidental. Même chose avec le communisme avec ses messages d’espoir partant du constat dramatique de la situation ouvrière. Ça ne marche plus, car le modèle de l’URSS s’est effondré et le reste est dictature. Mais c’est du devoir de l’écologie politique de proposer un constat radical et réaliste. Il faut des propositions qui donnent de l’espoir. Cela pourra réveiller la société. Mais je crois que ce sera plus à la suite d’un événement historique aléatoire plutôt qu’un volontarisme d’Europe Écologie. Mais ce que j’attends de mon parti, c’est qu’il se détache de l’influence gouvernementale et des parlementaires qui sont trop importants. Le parti doit avoir une parole plus radicale et d’espoir

20:32 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yves cochet

04/10/2014

Fonctionnaire, le bouc émissaire d'un Etat qui part à vau-l'eau

La fonction publique emploie aujourd'hui 5,5 millions de personnes. Il y en a 2,6 millions dans la fonction publique d’État, 1,1 million dans la fonction publique hospitalière et 1,8 million dans la fonction publique territoriale. Mais tous ces salariés ne sont pas fonctionnaires, c'est à dire titulaires, ils ne le sont qu'à 70% dans les services de l’État, à 75% dans les hôpitaux et les centres médico-sociaux et enfin à 80% dans les collectivités territoriales. Il y a donc un peu plus de 4 millions de fonctionnaires dont le statut fait l'objet de multiples attaques politiques, la dernière étant celle de Nicolas Sarkozy qui propose que le recrutement des fonctionnaires se fasse sur la base d'un contrat de travail de 5 ans.

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Et les fonctionnaires sont très souvent stigmatisés, essentiellement sur leur "emploi à vie" et sur toutes les exceptions associées à leur statut. Le jeu politique y trouve là une rhétorique facile, mais chacun sait que rien ne bougera. Les fonctionnaires sont d'excellents adeptes du consumérisme et ils contribuent massivement à l'économie nationale (la masse salariale représente 10 à 12% du PIB) ; ils obtiennent facilement des crédits, ils voyagent, ils sont avec les retraités les principaux acheteurs de voitures neuves françaises, ils ont plus de temps que beaucoup d'autres salariés pour des activités de loisir, etc. Vouloir fragiliser ce socle de 4 à 5 millions de consommateurs serait suicidaire pour tout gouvernement [conformiste], et les propos tenus par les uns et par les autres ne sont que de la gesticulation politicienne.

Néanmoins, la fonction publique mériterait un Grenelle. Oui, il y a trop de fonctionnaires. Non, le statut des fonctionnaires ne doit pas être sacrifié sur l'autel du libéralisme économique.

Pourquoi y a-t-il des fonctionnaires ? Et pourquoi ont-ils un statut qui leur octroie des droits comme la durée illimitée de leur engagement, mais aussi des devoirs comme l'obéissance hiérarchique, le secret professionnel, l'obligation de réserve ou encore le principe d'exclusivité professionnelle, le tout donnant un aspect très militaire ? De nombreux fonctionnaires sont par ailleurs "dépositaires de l'autorité publique", et ce n'est pas une médaille en chocolat !

Ci-après quelques missions exercées par les fonctionnaires : le contrôle sanitaire des restaurants, le contrôle des entreprises vis à vis du code du travail, la délivrance de cartes grises et de permis de conduire, la gestion des listes électorales, la délivrance des actes d'état-civil, la délivrance d'arrêtés d'urbanisme, l'achat public en conformité avec le code des marchés publics, l'agrément et le contrôle d'assistances maternelles, l'agrément et le contrôle de familles d’accueil, le calcul et le recouvrement des taxes et des impôts, etc. Je n'ai pas cité tous les métiers de l'hôpital, ni ceux de la police, de la justice, des douanes, de l'armée ou encore de l'éducation nationale, dont la tutelle publique n'est mise en doute par personne, mais tous ces exemples témoignent de l'énorme responsabilité qui repose sur ces fonctionnaires. Si demain ces fonctionnaires sont remplacés par des contractuels pour 5 ans, alors cette précarisation sera aussi synonyme de dégradation du service public. Et si l'entrée dans ces services publics n'est plus conditionnée par l'obtention d'un concours, alors pourront y passer quelques années des personnes peu scrupuleuses ou des personnes manipulées.

Je suis moi-même fonctionnaire territorial, et je travaille avec des personnes pleinement investies dans leur mission de service public. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais le système actuel est assez imperméable aux tricheurs et aux autres opportunistes.

Mais il n'est pas possible de sanctuariser ainsi la fonction publique et de ne pas se poser la question de son efficience, c'est à dire du service rendu au public en rapport avec les contributions payées par le public. Et c'est là où viennent les comparaisons avec nos voisins européens ; l'Allemagne a deux fois moins de fonctionnaires, mais elle n'est pas sous-administrée. Il y a en France 90 emplois publics pour 1000 habitants, c'est 40 au Japon et 50 en Allemagne, mais c'est 160 pour 1000 en Norvège et au Danemark. La comparaison historique est aussi employée. Ainsi, depuis 15 ans, la fonction publique française emploie un million de personnes en plus (4,4 millions en 1998 contre 5,5 millions en 2011).

L'exemple de la fonction publique dans les communes est intéressant, surtout que les ténors de l'UMP comme du PS ne cessent de critiquer l'inflation de personnel. De nombreuses communes, autant sur la demande des usagers que par souci d'efficacité budgétaire, ont repris la gestion des services d'eau et d'assainissement en régie municipale ; et ce sont donc des agents publics supplémentaires. Il en va de même pour la sécurité publique où, devant le désengagement de l’État pour le déploiement de policiers et de gendarmes, les communes recrutent des policiers municipaux et des agents de surveillance de la voie publique (ASVP) ; c'est du personnel en plus et il s'y ajoute des coûts de fonctionnement. Tout récemment, la réforme des rythmes scolaires a transféré aux communes la responsabilité d'organiser les activités périscolaires ; cela a nécessité d'embaucher beaucoup de monde, et le plus souvent sur des emplois précaires.

Oui, c'est évident, il y a un nouveau modèle à créer pour l'exercice des services publics. Il faut des fonctionnaires avec un statut qui soit humainement protecteur et exigeant sur le plan de l'éthique, mais il faudrait qu'existe à côté un statut privé d'exercice de missions de service public. Dans une commune, l'agent qui passe des marchés publics a une responsabilité qui engage pénalement le maire ; il n'en est pas de même avec les agents qui entretiennent les espaces verts. L'agent (officier d’État-civil) qui délivre un acte de naissance ouvre des droits considérables à l'usager qui le reçoit, et il en est pénalement responsable. Les agents qui entretiennent les réseaux d'eau et d'assainissement ne sont pas soumis à ce même niveau d'exigence éthique. Et cette dichotomie esquissée pour les emplois municipaux se retrouve dans toutes les autres collectivités territoriales, mais aussi dans les hôpitaux et au sein des services de l’État.

Mais il n'y a pas que la responsabilité pécuniaire ou pénale pour constituer des catégories de salariés de la fonction publique, il y a aussi, en France, l'exercice d'une mission républicaine. Dans d'autres pays, les fonctionnaires sont au service d'un roi (ou d'une reine), ils peuvent aussi être au service d'un parti politique comme en Chine communiste, et ils peuvent aussi être au service d'un dieu comme dans ces pays où la loi religieuse s'impose. Dans beaucoup de pays où la corruption fait loi, les fonctionnaires sont au services de cartels, de mafias ou de gangs. En France, l'image du fonctionnaire est aussi celle des hussards noirs de la Républiques, ces instituteurs de la IIIème République investis d'une mission laïque d'instruire les jeunes filles et les jeunes garçons dans la France du début du XXème siècle. D'ailleurs, leur surnom donné par Charles Péguy vient de leur allure et de leur tenue quasi militaire.

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Il ne s'agit pas ici d'un appel à voter FO aux élections professionnelles du 4 décembre, mais je trouve cette affiche très parlante. Et le mérité en revient à cette centrale syndicale de salariés.

 

Et puis il ne faut pas oublier que les fonctionnaires ne travaillent pas pour s'enrichir ... Ils voient de plus en plus leur pouvoir d'achat reculer ; le point d'indice est gelé depuis l'été 2010, l'avancement de grade est attribué de façon parcimonieuse, les cotisations sociales augmentent régulièrement et la visibilité à long terme sur les finances de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL - qui couvre aussi les hospitaliers) est angoissante.

La polémique sur le jour de carence est très symptomatique du rôle de bouc émissaire que jouent les fonctionnaires, mais en constatant que seule une petite mesure est stigmatisée sans que personne n'évoque une réflexion plus profonde. Je tiens à préciser que dans le privé, plus des deux tiers des entreprises payent à leurs employés les 3 jours de carence imposés par la Sécurité sociale ! Par ailleurs, ce jour de carence est un frein dans l'accès aux soins plus qu'il n'est une porte ouverte aux abus d'arrêt de travail.

Alors la classe politique au pouvoir continuera encore longtemps de lancer des attaques, car pendant que l'on cible le statut des fonctionnaires, on ne parle pas de la relocalisation de l'économie ou de la création d'emplois. C'est l'arbre qui cache la forêt ... Et puis la classe moyenne inférieure qui est largement représentée au sein de la fonction publique se sera suffisamment faite tondre par les technocrates de Bercy pour ne pas se laisser anéantir par un gouvernement libéral (même social-libéral). Ce serait d'ailleurs un cadeau fait à une gauche moribonde que de s'attaquer aux fonctionnaires. Chiche !

01/10/2014

Candidat sur le 6ème canton de l'Hérault, je souhaite continuer à nourrir le débat politique local, pas à l'abandonner à l'abstention ou aux enchanteurs

Il faut sauver la gauche ! Tous les responsables socialistes en appellent à la responsabilité des formations de gauche pour que 2015 ne soit pas la suite de 2014. Six Conseils généraux sur dix sont gérés par une coalition de gauche et, dans un contexte socio-économique défavorable au gouvernement socialiste, les revers des municipales, des européennes et des sénatoriales devraient se poursuivre avec les élections départementales de mars 2015. Dans 6 mois !

Mais en 2015, une élection en cache une autre : les régionales de 2015. Aussi, une stratégie électorale pour des départementales de mars impactera la stratégie des régionales en décembre. Deux formations politiques ne pourront se rassembler pour les départementales que si elles font le même choix aux régionales, et là les stratégies restent à valider au sein des formations politiques.

L'autre facteur à prendre en compte, c'est la fusion des régions. Prenons le cas de notre région et de ses cinq départements, et où chaque formation pourra avoir une stratégie locale différente, l'élargissement à 13 départements du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées pour les régionales ne devra pas être parasité par des choix antagonistes au printemps.

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A priori, l'élection départementale devrait aussi être le premier tour des régionales, chaque formation portant son propre projet en mars et l'issue du scrutin permettant d'affiner la stratégie aux régionales. Pour les écologistes qui sont sortis il y a quelques mois du gouvernement de Manuel Valls et qui se sont présentés en listes autonomes aux sénatoriales, la stratégie aux départementales devraient encore être l'autonomie.

Se présenter en candidatures autonomes aux départementales permet d'avoir une photographie précise de l'électorat à six mois des régionales, et ça permettra de faire quelques économies en sondages. Par ailleurs, les électeurs ne comprendraient pas que deux formations qui sont rassemblées aux départementales s'opposent aux régionales ...

Mais au delà de ces réflexions stratégiques, il y a le fond des projets politiques. Le gouvernement vient de présenter un projet de loi de finance pour 2015 (PLF2015), et les projections pluriannuelles restent fondées sur des prévisions de croissance illusoires. Et le rabot est devenu l'unique réponse aux exigences budgétaire de la France au 21ème siècle ... Il n'y a aucune vision à long terme, aucun projet politique qui puisse susciter l'adhésion, juste des mesures conjoncturelles pour rassurer Bruxelles :=(

Et puis l'élection départementale de mars 2015 sera quand même exceptionnelle car l'avenir de cette collectivité territoriale se lit aujourd'hui dans une boule de cristal. Dans l'Hérault, il semblerait que la future métropole de Montpellier se substitue totalement au Département sur son territoire, à l'image du Département du Rhône et de Lyon (cf. déclaration de politique générale du Premier ministre devant la représentation nationale le 16/09/2014). En même temps, les routes départementales et les collèges seront transférés à la Région en 2017 ... Faire campagne pour un mandat de conseiller départemental dans un tel contexte constitue un joli exercice d'anticipation.

Pour que l'abstention ou pour que le vote fourre-tout du Front National ne sortent pas gagnants du scrutin de mars 2015, il faut l'aborder dans une démarche constructive, pédagogique et déterminée. Nos concitoyens en ont marre d'entendre les "on a pas le choix" ou "il n'y a pas d'alternative", et il faut bien au contraire avoir le courage de présenter une alternative crédible.

Je serai personnellement candidat sur le nouveau canton de Clermont l'Hérault. Je connais bien l'institution départementale et les services qu'elle apporte sur le territoire, je connais bien le territoire du canton, je mesure les incertitudes liées à la réforme territoriale qu'il faut surmonter et je souhaite aborder cette élection sans dogmatisme.

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