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01/08/2014

Roi de la République française, on remet ça ...

Ça y est, la campagne pour l'élection du prochain roi de la République française est lancée, quoiqu'elle l'était déjà depuis le 7 mai 2012, mais les médias vont multiplier les enquêtes d'opinion et les sondages en vue de l'échéance de 2017.

Le dernier sondage Ifop pour l'hebdomadaire Marianne annonce déjà les deux finalistes pour le palais de l’Élysée : Marine (26%) et Nicolas (25%). L'institut de sondage a tenté plusieurs combinaisons parmi les prétendants du Parti Socialiste (François Hollande à 17%, Manuel Valls à 17% et Arnaud Montebourg à 10%), mais rien n'y fait, les français veulent zapper !

Donc, le roi est [bientôt] mort et le peuple criera "vive le roi !". Mais à quoi sert-il ce roi de la République ? Et pourquoi voter ? D'un côté le gouvernement prend systématiquement ses consignes auprès des grands lobbies intellectuels (oui, c'est faire beaucoup d'honneur à BHL), des organisations financières internationales, des institutions européennes et des capitaines d'industrie (aéronautique, armement, énergie, environnement, ...), et de l'autre le Parlement est asservi à l'exécutif. Il faut en effet regretter la 3ème République où des députés comme Aristide Briand ou Jean Jaurès faisaient bouger les majorités par leurs discours.

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C'est à Charles de Gaulle que nous devons ce régime absolutiste où tous les pouvoirs sont détenus par une seule personne, mais c'est depuis Nicolas 1er que la désignation de ce monarque républicain est devenu le jeu de télé-réalité le plus médiatique ; ses budgets de campagne en témoignent ... Un seul Président de la 5ème République échappe à mon avis à cette caricature, c'est Jacques Chirac ; la perruque poudrée ne lui convient pas du tout.

Et si pour 2017 nous passerons une fois de plus à côté du débat d'idées, c'est le spectre d'une élection de Marine Le Pen qui va faire le buzz. Sur les thématiques économiques, financières, sociales, institutionnelles ou encore environnementales, il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Et même dans les domaines de la sécurité ou de la justice, les rouages de l’État sont assez verrouillés, et Madame Le Pen aurait bien du mal à bouleverser les pratiques pendant les 5 ans de son mandat. Par contre, dans les deux domaines ou le Président de la République est totalement autonome, à savoir la défense nationale et les relations extérieures, il y a de vrais risques. Avec Marine Le Pen à l’Élysée, les relations de la France avec le reste du monde pourraient s'assombrir, et surtout avec les nations pauvres dont les citoyens voient la France comme un Eldorado. Et puis elle aurait le pouvoir de lancer un missile nucléaire ! Car pour Marine Le Pen, le modèle historique n'est pas Catherine de Médicis, mais plutôt Jeanne d'Arc.

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Sachant qu'un Président de la République ne sert pas à grand chose, autrement qu'à commenter l'actualité, et que son élection tous les 5 ans coûte très cher aux contribuables qui en même temps sont détournés des enjeux essentiels pour la nation, pourquoi ne pas remettre à la tête de l’État un vrai roi ?

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Personnellement, ma préférence va à la 6ème République où la souveraineté populaire serait réellement respectée ; mais il faudra pour cela une nouvelle révolution.

12:52 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

31/07/2014

Cent ans plus tard, Jaurès incarne le courage qui fait tellement défaut en politique aujourd'hui

A l'instant de sa mort, Jean Jaurès était encore obnubilé par l'imminence de la guerre qui allait déchirer l’Europe ; un illuminé assassina Jean Jaurès ce soir du 31 juillet 1914 alors qu'il dinait avec ses amis et qu'il luttait avec ses armes d'intellectuel pour faire entendre raison aux austro-hongrois, aux russes, aux serbes et aux allemands. A la tribune de l'Assemblée nationale, dans les colonnes de son journal l'Humanité ou encore au travers des réseaux européens de l'Internationale socialiste, Jean Jaurès voulait que la paix soit déclarée entre les nations du vieux continent, parce qu'il savait bien que ce sont les ouvriers de toutes ces nations qui feraient bientôt de la chair à canon. Son fils Paul sera tué au combat dans l'Aisne en juin 1918 à 21 ans ; Jaurès est assassiné deux fois.

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Jean Jaurès aura milité toute sa vie pour l'égalité, pour la justice, pour le progrès social, pour la laïcité, bref pour tout ce qui fonde notre pacte républicain. Il y a un siècle, des hommes politiques comme Jean Jaurès se battaient pour leurs idéaux. De l'affaire Dreyfus à la loi de séparation de l’État et de l'église en passant par l'épisode boulangiste, ils sont nombreux à s'être affrontés brillamment : Georges Clemenceau, Anatole France, Léon Blum, Pierre Waldeck-Rousseau, Aristide Briand, Jules Ferry, etc.

C'est la vigueur de leurs combats politiques et la pugnacité de leurs prises de position ainsi que leur courage qui ont marqué cette partie de la IIIème République, et il est juste que leur nom perdure dans l'histoire au travers des bâtiments ou des lieux publics qui leur rendent hommage. Aujourd'hui, les hommes (ou les femmes) politiques ne ressemblent en rien à ces personnalités d'il y a un siècle. Ils n'ont plus d'idéal, ils gèrent les affaires courantes avec des airs toujours compassionnels et ils ne s'intéressent qu'à l'élection suivante. Et qui irait baptiser une école "Jacques Chirac", une bibliothèque "Lionel Jospin" ou une place "Nicolas Sarkozy" ? D'ailleurs, on leur préfère souvent "Coluche", "Yannick Noah" ou encore "Nelson Mandela" ... La dépouille de Jean Jaurès a été transférée au Panthéon en 1924, ce monument parisien où la patrie reconnaissante glorifie ses grands Hommes, et où le plus contemporain de ces panthéonisés est Jean Monnet (mort en 1979) ; mais quel autre contemporain mériterait cet honneur aujourd'hui ?

L'anniversaire de l'assassinat de Jean Jaurès permet de souligner comment le combat des idées a été abandonné par les intellectuels et par les politiques, au profit de l'émotion et de la démagogie. Et on ne vote même plus pour des idées, pour des valeurs, pour des principes ou pour des projets, on vote pour des personnalités sympathiques, enthousiasmantes, réconfortantes ou tout simplement "normales". Notre classe politique est la plus conformiste de toute l'histoire de France, elle puise ses propositions dans les cours de l'ENA ou dans l'expérience récente des pays occidentaux. Plus personne ne remet en cause le modèle économique dominant ou les comportements sociaux modernes, mais nos dirigeants citent le Canada, la Suède, l'Italie ou l'Allemagne pour promouvoir une réforme de l’État, un pacte avec le patronat ou une réforme du droit du travail.

Il y a un siècle, les journaux s'arrachaient pour y lire les arguments des Dreyfusards (Charles Péguy, Léon Blum, Émile Zola, ...) et des antidreyfusards (Charles Maurras, Paul Valéry, ...). Aujourd'hui, Bernard-Henri Lévy et Dieudonné se donnent en spectacle pour faire de l'audience et pour peser sur des gouvernants aux yeux rivés sur leurs courbes de popularité. Les polémiques sur le mariage pour tous, sur la réforme territoriale ou encore sur la dette publique sont-elles au niveau des débats d'il y a cent ans ? Et on le constate aussi dans le rayonnement de la France dans le monde. Oui, la France il y a cent ans était un empire colonial, mais les intellectuels français (philosophes, scientifiques, médecins, écrivains, peintres, ...) étaient connus sur tous les continents.

Mais qui se battrait pour une idée aujourd'hui ? Victor Hugo s'est battu pour la République (contre la monarchie), pour l'école gratuite, pour la laïcité ou encore contre la peine de mort. "Il n'y a rien de plus puissant qu'une idée dont le moment est venu" disait-il, mais faudrait-il encore que des idées nouvelles viennent dans le débat public.

22:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean jaurès

30/07/2014

Accès aux soins et prévention, points noirs du système de santé français

Le débat parlementaire sur le projet de loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2014 (PLFRSS) a été une bataille de chiffres, mais pas les chiffres évaluant la santé des français, non, exclusivement des données comptables pour combler le déficit récurrent du régime général de la sécurité sociale (cf. dossier de presse). Des recettes nouvelles d'un côté, des dépenses à la baisse de l'autre et le tout derrière le fameux pacte de responsabilité et de solidarité :=(

Or, à rester sur des moyennes nationales et sur des analyses globales, le gouvernement néglige les français qui ont les plus grandes difficultés à accéder aux soins. 15% des français renoncent à se faire soigner ! Il y a la difficulté de plus en plus fréquente pour trouver un médecin généraliste, un spécialiste ou encore pour se rendre dans un hôpital, mais les disparités sociales et territoriales sont les principaux facteurs d'inégalité. A 35 ans, un ouvrier a une espérance de vie de 6,3 ans inférieure à celle d'un cadre. Et l'espérance de vie d'un homme est de 77 ans en Ile-de-France contre 73 ans dans le Nord-Pas-de-Calais. La politique de santé en France devrait prendre en compte des facteurs comme l'âge, le sexe, le milieu social, le bassin de vie ou encore les comportements (sédentarité, tabac, ...) pour établir des stratégies à la carte.

Ainsi, on compte en France 61,5% de fumeurs chez les chômeurs sans diplôme, contre 33,6% chez les diplômés (bac, université). Parmi les actifs, les ouvriers(47%) fument d'avantage que les employés (36,3%) et les cadres (24,6%) - Cf. étude INPES de 2010. La prévention est par ailleurs le parent pauvre des politiques de santé publique, et elle se cantonne trop souvent à des slogans comme "manger 5 fruits et légumes par jour" ou "Manger Bouger". Et si la sécurité sociale prenait en charge des cours de danse, des abonnements à la piscine ou encore des consultations de diététiciens ou de nutritionniste ? Eh non, il y a un business de la médecine qui privilégie les prises en charge médicales lourdes (actes hospitaliers) ou longues (suivi médicamenteux).

Difficultés pour se former, pour trouver un emploi, pour trouver un logement ou encore pour accéder aux soins, la France se scinde de plus en plus en deux blocs : d'un côté les territoires urbains autour des métropoles régionales qui focalisent l'attractivité économique, et de l'autre les territoires ruraux où les liens sociaux se délitent. Peut-être verrons-nous demain des bidonvilles se créer autour des métropoles ... Sur la carte ci-dessous les zones métropolitaines en blanc et les zones rurales en bleu illustrent les indicateurs de fragilité sociale :

La_france_en_face_fragilites_sociales.JPG
Cf. reportage de France 3, La France en face : la carte des fragilités sociales de Jean-Robert Viallet, réalisé à partir des études des géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé.

L’état central technocratique semble dépassé (c'est plus aimable qu'incompétent), et la réforme territoriale engagée par le Président de la République va transférer aux Régions la responsabilité de la qualité de vie de tous leurs citoyens. Sur le papier, c'est un challenge enthousiasmant. Mais la pratique politique des élus locaux, depuis les conseils municipaux jusqu'aux conseils régionaux, est loin de répondre à ces exigences d'intérêt général. Les régions françaises n'ont pas la culture politique des régions espagnoles ou allemandes, nos élus restent les champions du saupoudrage et du clientélisme.

L'issue viendra peut-être de territoires en transition, l'exemplarité pouvant susciter des prises de conscience collective. Mais cela signifie aussi de rompre avec le modèle consumériste qui concentre des activités économiques de production et de commercialisation ainsi que des comportements sociaux dans les métropoles ; les territoires ruraux ont là une réelle opportunité d'emprunter d'autres modèles.