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23/04/2014

Un espace de libre-échange transatlantique contre la démocratie ? Non !

Mais quelle est donc la position du Président de la République française sur le traité de libre-échange transatlantique ? L'homme qui était aujourd'hui à Carmaux pour un hommage à Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914, souhaitait peut-être se redonner un visage d'homme de gauche. Mais dans son discours, j'ai retenu les propos suivants (à partir de 17'24 sur la vidéo de l'Elysée) " ... alors à ceux-là, je réponds tout simplement, nous avons été élus, j'ai été élu pour redresser la France, pour la hisser au plus haut niveau de la compétition économique mondiale, pour la rendre plus forte, plus créatrice d'emplois, plus solidaire, plus juste, voilà ma mission, voilà notre ambition, c'est difficile mais si cela n'avait pas été difficile nous ne serions pas là pour diriger les affaires du pays ...".

Sur ce traité, François Hollande déclarait à Washington en février dernier aux côtés de son alter ego US que "les Etats-Unis et l'Union européenne ont tout intérêt à aller vite pour le conclure, sous peine de voir les crispations et les peurs prendre le dessus". Mais combien de fois le Président Hollande ou ses ministres ont-ils pris le temps d'expliquer aux français les enjeux de ce traité ? Jamais cette négociation entamée par la Commission européenne en juillet 2013 n'est évoquée dans les discours ou dans les interviews. Eh non, la discrétion est de mise !

Alors de quoi s'agit-il réellement ?

Grand-Marche-Transatlantique_Illustration.jpg

Les Etats-Unis et la Commission européenne font le constat que le commerce entre les deux rives de l'atlantique est entravé par trop de normes, trop de freins, trop de règles et trop d'aléas démocratiques. Tout cela n'est pas bon pour le business ! Or, le business c'est de la croissance du PIB, et la croissance du PIB c'est l'espoir de voir le chômage reculer. CQFD ! Et notre François national qui cherche désespérément des remèdes à la crise économique qui assombrit l'horizon de la France ne fera pas le difficile. Allez, top là Barack !

Mais l'élection du Parlement européen qui aura lieu le 25 mai tombe mal, car c'est un moment dont vont profiter les formations politiques hostiles à ce traité pour le mettre sur la table. Et le mandat de la Commission européenne qui a jusqu'en octobre 2014 pour aboutir à un accord risque d'être un peu court ... les citoyens de l'Europe vont mettre des faits derrière un acronyme, TAFTA ou TTIP, et dire Non à ce hold-up démocratique.

Réduire les freins au commerce transatlantique, cela aura un premier impact sur notre alimentation, et c'est un domaine où les français sont plutôt pointilleux. Or, les géants d'industrie agro-alimentaire US ont déjà annoncé qu'il n'y aurait pas de traité si par exemple les réglementations contre les OGM n'étaient pas assouplies. L'Europe interdit aujourd'hui que l'on désinfecte les poulets avec du chlore, mais uniquement avec de l'eau, or la chaîne de restauration rapide KFC (Kentucky Fried Chicken) pèse de tout son poids pour infléchir cette réglementation. Idem pour l'interdiction européenne des béta-agonistes comme le chlorhydrate de ractopamine. La ractopamine est un médicament utilisé pour gonfler la teneur en viande maigre chez les porcs et les bovins, et la filière porcine américaine estime que l'interdiction européenne constitue une distorsion à la libre concurrence.

L'exemplarité européenne en matière de réduction des émissions de CO2 est aussi visée, car les représentants des transporteurs aériens américains refusent de payer pour les émissions de leurs avions qui entrent dans le cadre système d'échange de quotas d'émission de CO2.

Mais si l'Europe signe ce traité en pensant avoir écarté les risques sur les secteurs de la culture ou de l'alimentation, elle négligerait le fameux droit des investisseurs privés à poursuivre les Etats ou les institutions publiques pour les préjudices financiers que des lois ou des directives leurs causeraient. Et là les exemples se multiplient sans cesse. Un Etat qui prend des mesures pour lutter contre le tabagisme, et les industriels du tabac réclament des compensations financières (cf. Philipp Morris contre l'Uruguay et l'Australie). Mais les entreprises européennes ne sont pas en reste : compensations financières réclamées contre l'Egypte qui augmente le salaire minimum ou encore contre le Pérou qui limite les émissions toxiques. Le fournisseur d'électricité suédois Vattenfall réclame plusieurs milliards d'euros à l'Allemagne pour son plan de sortie du nucléaire civil.

Et ces litiges entre groupes industriels internationaux et Etats ne se jugent pas devant les tribunaux de l'Etat attaqué, non, cela se passe devant des tribunaux arbitraux internationaux comme le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) à Washington. Et on se souvient comment un tribunal arbitral a rendu un jugement si favorable à Bernard Tapie, au détriment de tous les contribuables français.

Les gains attendus sont dérisoires, de l'ordre du +0,01% à +0,05% de PIB par an. Et rien ne vaut que les citoyens abandonnent leur souveraineté démocratique à quelques intérêts financiers, car nous savons que les profits iront toujours dans les mêmes poches.

Il ne manque pas d'information sur ce traité, et il faut réellement que les citoyens en mesurent l'enjeu. Ci-après quelques publications à consulter :

logo_Sud_Ouest.JPG   TAFTA : pourquoi ce traité est-il en train de mettre le feu à l'Europe ?
Logo_le_Monde.JPG   Il pourrait changer la face de l'Europe : le traité transatlantique décodé
Europe_Ecologie_2014.JPG   Le traité de libre-échange transatlantique : la fin du projet européen ?

Les journaux, les magazines et de très nombreux sites Web informent sur ce traité. Il faut aussi interpeller les candidats aux européennes lors de leurs réunions publiques, car ils doivent prendre une position claire et nette sur ce traité.

Et le 25 mai 2014, disons non à ce traité et appelons à une autre Europe des citoyens !

22/04/2014

L'effet de causalité entre la consommation d'énergie et la croissance économique est prouvée, et elle n'est pas négligeable !

Gaël Giraud est directeur de recherche au CNRS, et avec son collègue Zeynep Kahraman ils ont démontré que l'énergie est un facteur de croissance économique essentiel, bien plus que le capital. Ci-après la formule qui fonde cette démonstration :

Formule_Giraud.JPG

L'évolution de la consommation d'énergie (NRJ) intervient à hauteur de 67% dans l'évolution du PIB (GDP en anglais). De même, l'évolution de l'efficacité énergétique (EFF) intervient pour 60% alors que celle du capital (K) n'intervient que pour 12% ! Ce modèle mathématique a été validé sur une quinzaine de pays de l'OCDE pour une période allant de 1970 à aujourd'hui.

Je vous invite à lire l'article de Mathieu Auzanneau sur son blog du journal Le Monde où il nous fait partager les découvertes de Gaël Giraud, mais aussi à regarder la vidéo YouTube d'une conférence que celui-ci a donné lors des ateliers du Shift le 6 mars 2014. A consommer (documents et vidéos) sans modération !

L'orthodoxie économiste relègue l'énergie au rang des facteurs annexes pour la mesure et pour l'anticipation du développement économique, lui préférant largement les facteurs "coût de production", "coût du travail", "flexibilité du marché du travail", etc. Or, les révolutions industrielles qui ont dynamisées le développement économique ont à chaque fois pour origine une transition énergétique : l'humanité est passée de la traction animale à la machine à vapeur, puis au charbon avant d'exploiter d'autres énergies fossiles que sont le pétrole et le gaz. La consommation d'énergie primaire n'a cessé de croître, et la richesse économique aussi.

Et c'est là le tournant de notre époque, car nous ne pouvons plus augmenter notre consommation d'énergies fossiles pour alimenter la croissance de la consommation et donc de l'économie. D'une part il n'y a plus suffisamment d'énergie fossile pour l'ensemble de la planète, et d'autre part les sources d'énergie fossile émettent des gaz à effet de serre qui accélèrent le réchauffement climatique. Nous sommes donc contraints à une nouvelle transition énergétique !

J'ajoute aussi que la croissance du PIB n'est pas l'indicateur adéquat pour mesurer l'évolution d'une société, et je lui préfère largement des indicateurs de développement humain (santé, logement, éducation, travail, solidarité, ...).

Le drame pour les écologistes est de devoir patauger dans cet océan de niaiseries politiques où les pactes de responsabilité et autres gains de productivité rivalisent de vacuité intellectuelle avec les analyses des organismes financiers mondiaux (FMI, agences de notation, banques centrales, ...). Au lieu d'avoir le courage politique de changer de paradigme, de donner le top départ pour une transition radicale de nos modèles énergétiques, technologiques et économiques, nos dirigeants envisagent l'avenir avec les modèles du passé ... Alors que la science admet qu'un modèle puisse en supplanter un autre, comme la physique quantique a expliqué des phénomènes que la mécanique newtonienne ne savait représenter, l'homo sapiens du 21ème siècle en est incapable. Essentiellement par fainéantise intellectuelle, mais aussi par conservatisme de classe. Une transition sociale sera donc nécessaire pour permettre aux autres transitions de survenir ...

L'intercommunalité au coeur de la réforme territoriale de Manuel Valls

Depuis l'annonce du Premier ministre sur sa réforme territoriale, il semble que tous ceux qui avançaient avec prudence sur ces questions se lâchent totalement. Evidemment, il faut ensuite séparer ce qui relève du rêve politique et de la réalité quotidienne des territoires.

Mais la trajectoire est désormais tracée, et les structures intercommunales vont jouer un rôle de plus en plus important. Au coeur de la réforme territoriale, les intercommunalités vont accroître leur territoire d'ici le 1er janvier 2018, sur la base des bassins de vie ou des Pays. Pour le Coeur d'Hérault par exemple, un futur pôle d'équilibre territorial et rural (PETR) réunira à terme les trois communautés de communes qui composent l'actuel Pays Coeur d'Hérault.

«Faire des cartes de France», d'Annette Messager, au musée d'Art moderne Lille-Métropole. REUTERS/Pascal Rossignol.

Et en remplacement des Départements, on évoque de plus en plus l'idée de "sénats départementaux" qui réuniraient les présidents des intercommunalités. Ainsi, le Département découpé en cantons serait remplacé par des intercommunalités réunies en un collège départemental.

La fin prévue des Conseils départementaux et de leurs cantons au profit des intercommunalités était déjà prévisible, tant le nombre de conseillers généraux qui président un EPCI s'est généralisé depuis quelques temps. Et ces élus à la double casquette ont souvent transféré vers leur intercommunalité des compétences jusqu'à présent départementales ; je pense par exemple aux CIAS (Centre Intercommunal d'Action Sociale) avec lesquels le Conseil général conventionne financièrement pour déléguer la mission de référent unique pour l'instruction des dossiers de RSA.

Un exemple récent illustre ce mouvement, c'est le Conseiller général du canton de Roujan, Francis Boutes, qui vient d'être élu président de la Communauté de communes des Avants-Monts du Centre Hérault et qui renonce immédiatement à son mandat départemental qu'il ne briguera pas non plus en mars 2015. Là, c'est l'effet tenaille de la réforme territoriale et du redécoupage des cantons.

Entre 2018 (nouvelle carte intercommunale) et 2021 (mort annoncée des Départements), il pourrait se passer trois années où les compétences et les moyens des uns seraient transférés aux autres. Et à côté de ça, les communes pourraient voir leur influence (et leurs dotations) diminuer encore plus quand les régions devraient prendre une plus grande dimension au 1er janvier 2017.

Pour les collectivités concernées, ainsi que pour leurs regroupements (EPCI, Syndicats mixtes), les années à venir sont à la fois fort enthousiasmantes pour le développement de leur territoire et pour l'exercice de leurs missions de service public, mais aussi assez anxiogènes tant la trajectoire ainsi dessinée leur échappe. Et les citoyens, on les consulte quand sur les modalités de cette réforme de leurs territoires ?