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09/05/2014

La liberté totale de commercer, jusqu'où ? Et dans quelle Europe ?

Les députés européens écologistes José Bové et Yannick Jadot ont diffusé le 6 mai dernier un communiqué de presse sur l'accord de libre-échange en cours de finalisation entre la commission européenne et le gouvernement canadien :

 

« Depuis six mois que le Premier Ministre Harper et le Président de la Commission Barroso annoncent la fin des négociations, on va peut-être bientôt savoir quel en est le contenu!

Mais nous savons malheureusement que l'opacité entretenue jusqu'ici n'annonce rien de très positif et que cet accord se veut un "brouillon" du traité transatlantique. Il semble que sur les marchés publics, la santé, les services publics, l’interdiction de l’importation de sables bitumineux ou encore l’agriculture, l’accord privilégie les intérêts des grands groupes à celui des citoyens.

De même, le droit des investisseurs est scandaleusement renforcé: ainsi, tout investisseur mécontent d’une nouvelle législation, locale, régionale, nationale ou européenne pourra-t-il attaquer devant un tribunal arbitral pour demander des compensations financières pour les bénéfices non réalisés.

Les députés Europe Écologie se sont battus contre cet accord de libre-échange avec le Canada, comme ils le font contre celui avec les États-Unis. Nous défendons des règles commerciales qui protègent la santé, l'environnement, les droits sociaux et les libertés, favorisent les PME au lieu de les conditionner aux intérêts privés. 

Dans quelques mois, le texte final de l’accord sera disponible et nous n’hésiterons pas à en informer les citoyens pour préparer avec eux la riposte.  Comme pour ACTA, le Parlement européen pourra le rejeter. Si ses nouveaux élus le décident! »

 

C'est en octobre 2013 que la commission européenne donnait les premiers contenus de cet accord de libre-échange entre l'Union Européenne et le Canada (cf. communiqué de presse). Car en dehors de quelques élites, comme ici sur la photographie le président de la commission José Manuel Barroso et le Premier ministre canadien Stephen Harper, ces accods se discutent dans le plus grand des secrets, dans une opacité qui annihile tout contrôle démocratique des engagements à venir.

Barroso_Harper_Accord_UE_Canada.JPG

Le commerce est un sujet qui suscite les réflexions politiques et philosophiques depuis des siècles, et Jean-Jacques Rousseau y a consacré de nombreux chapitres de son traité "De l'esprit des lois" au milieu du 18ème siècle ; encore aujourd'hui ils font référence !

L'une des premières vertus du commerce est d'apporter la paix, Jean-Jacques Rousseau l'explique fort bien et la construction européenne en est un formidable exemple. Mais le commerce qui bénéficie aux Etats ne profite pas toujours à leurs citoyens :

 

« Mais, si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particuliers. Nous voyons que, dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales : les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font, ou s’y donnent pour de l’argent.

L’esprit de commerce produit, dans les hommes, un certain sentiment de justice exacte, opposé d’un côté au brigandage, et de l’autre à ces vertus morales qui font qu’on ne discute pas toujours ses intérêts avec rigidité et qu’on peut les négliger pour ceux des autres. »

L'esprit des lois - Livre XX - Chapitre II - De l'esprit du commerce

 

Jean-Jacques Rousseau étend son propos aux monopoles d'Etat, aux droits de douane, aux conflits d'intérêts, au crédit bancaire, à la balance commerciale import/export et sur autant de sujets qui les rendent d'une actualité remarquable. Analyser les accords de libre-échange en cours de négociation avec le Canada comme avec les Etats-Unis à l'aune de l'Esprit des lois est un exercice enrichissant ; les pratiques n'ont pas changé depuis l'antiquité, mais le monde a changé ; il y a quelques siècles, un monarque pouvait imposer ses lois aux commerçants du monde entier, aujourd'hui ce sont des multinationales apatrides qui dictent leurs exigences à des Etats soumis.

OMC_Libre_Echange.jpg

Mais plus fondamentale est la question de nos libertés, et en l'occurrence ici de notre liberté démocratique de fixer des normes et des règles garantes de l'intérêt général. Car si le commerce au sein d'un même Etat profite souvent aux citoyens de cet Etat, et c'est l'objectif visé par le commerce en circuits courts ou par l'économie circulaire, le commerce international bénéficie à quelques firmes dont la croissance est consubstantielle à leur vie. 

 

« La liberté du commerce n’est pas une faculté accordée aux négociants de faire ce qu’ils veulent ; ce serait bien plutôt sa servitude. Ce qui gêne le commerçant ne gêne pas pour cela le commerce. C’est dans les pays de la liberté que le négociant trouve des contradictions sans nombre ; et il n’est jamais moins croisé par les lois, que dans les pays de la servitude.

L’Angleterre défend de faire sortir ses laines ; elle veut que le charbon soit transporté par mer dans la capitale ; elle ne permet point la sortie de ses chevaux, s’ils ne sont coupés ; les vaisseaux de ses colonies qui commercent en Europe doivent mouiller en Angleterre. Elle gêne le négociant ; mais c’est en faveur du commerce. »

L'esprit des lois - Livre XX - Chapitre XII - De la liberté du commerce

 

Dans ces accords de libre-échange, les firmes internationales voudront s'affranchir de toutes les contraintes locales pour étendre leur marché. Et le dogme de la croissance économique qui omnubile nos dirigeants les fait signer aveuglément des accords qui nous asserviront. Pour quelques points de PIB et pour quelques milliers d'emplois précaires, et donc pour des indicateurs que les gouvernants pourront épingler à leur boutonnière, notre qualité de vie et notre liberté sont abandonnés pour des discours officiels stériles.

Le 25 mai, à l'occasion de l'élection de nos députés au Parlement européen, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Je veux dire par-là que ce n'est pas l'Europe qu'il faut vilipender, mais l'usage que nous en faisons. Je suis partisan d'une Europe institutionnellement plus forte, pour qu'elle pèse dans les débats internationaux avec les USA, avec la Chine ou encore avec la Russie, et nous voyons dans la crise ukrainienne comme l'Europe est ridiculisée. Mais les peuples européens doivent pouvoir imposer leurs valeurs au travers de projets politiques respectueux de leur culture et de notre histoire commune. Le 25 mai, il faut dire Oui à l'Europe, mais Oui à une autre Europe, et en tous cas pas à celle des nationalistes, des populistes, des conservateurs ou des sociaux-libéraux qui n'ont en réalité aucune ambition pour l'Europe.

02/05/2014

Elections européennes : Meeting Europe Ecologie le 6 mai à Montpellier. Soyons nombreux !

Ce mardi à Montpellier se tiendra le principal meeting de la campagne des européennes pour Europe Ecologie, en présence de la tête de liste José Bové et d'autres personnalités remarquables.

Chacun peut constater le silence médiatique sur ce scrutin pourtant majeur, les "partis de gouvernement" misant sur une très forte abstention pour atténuer le risque d'une vague bleue marine. Mais ce n'est pas en faisant l'autruche que l'on fait face aux difficultés conjoncturelles et structurelles, c'est au contraire en faisant débat.

josé bové,européennes,europe écologie

Pour ceux qui viennent du Coeur d'Hérault et qui veulent covoiturer, merci de laisser un commentaire sur le blog ou de m'envoyer un mail.

27/04/2014

Valls et Hollande abdiquent sur le terrain des valeurs

Je critiquais récemment dans une note la participation ostentatoire du Président de la République au traditionnel dîner du CRIF, rituel institué depuis 2008 par le Président Sarkozy. Le gouvernement a dévoilé ces derniers jours son plan anti-djihad, afin de dissuader des citoyens français d'aller sur des terrains de guerres islamistes, mais aussi pour les sanctionner à leur retour pour risque terroriste. Et ce week-end, c'est le Premier ministre qui représente la France place Saint-Pierre à Rome pour les canonisations de deux papes. La communication à la tête de l'Etat semble focalisée sur les faits religieux, donnant ainsi aux cultes une place étonnante dans notre République laïque.

Valls_a_Rome.JPG

Au début du 20ème siècle, ce sont les valeurs de la République qui galvanisaient les mobilisations, depuis le coeur des institutions jusqu'aux citoyens. C'est l'école qui a été le principal vecteur de cet élan républicain, mais la loi de 1905 a aussi fortement marqué cette époque très riche en mouvements sociaux. La guerre civile espagnole entre 1936 et 1939, opposant les républicains loyalistes aux nationalistes de Franco, voit par exemple se constituer des Brigades internationales, avec des milliers de volontaires venant de dizaines de pays.

Aujourd'hui, et à la veille du scrutin du 25 mai, c'est l'Europe qui devrait susciter des initiatives et des discours mobilisateurs autour des valeurs de liberté, d'égalité, de démocratie, de respect de la dignité humaine, des droits de l'homme ou encore de l'Etat de droit. François Hollande et Manuel Valls devraient remettre sans cesse sur le métier leur ouvrage de promotion des valeurs de l'Europe. Car l'Europe, c'est un projet et un processus qui rassemble un demi-million d'habitants de 28 nations !

Alors pourquoi les hommes qui sont à la tête de notre Etat préfèrent-ils que les projecteurs se braquent sur les religions ? Les religions ont toute leur place dans notre République laïque, et l'Etat doit aider les citoyens à pratiquer leur culte, mais sans pour autant faire plus de place aux religions qu'aux valeurs de la République et de l'Europe. Mais peut-être n'y croient-ils plus eux-mêmes ? Leur attention est en effet plus attirée vers la mondialisation, la croissance économique, le capitalisme financier et tous ces dogmes de l'argent roi.

C'est l'une des leçons des dernières municipales, les citoyens ayant rejeté les incantations médiatiques et les discours politiques superficiels pour réclamer plus de proximité citoyenne et plus d'éthique. Il faut souhaiter que cette aspiration démocratique se poursuive à l'occasion des scrutins à venir et qu'elle permette enfin de renverser cette aristocratie politique constituée d'énarques et de barons locaux.