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05/07/2014

Réforme territoriale, la probable seule réforme de François Hollande d'ici 2017

C'est le Président Hollande lui-même qui a déterminé les 14 nouvelles régions du territoire métropolitain, et il a ainsi donné le top départ d'un processus parlementaire qui conduira le territoire de la République à une nouvelle organisation administrative. Mais en réalité, qui cette réforme territoriale intéresse-t-elle ?

Les citoyens ont de leur côté mille autres préoccupations : la prochaine rentrée scolaire, leur emploi, l'avenir de leurs enfants, le prix des produits alimentaires et de l'énergie, la tranquillité publique, leur accès aux soins, bref tout ce qui fait la qualité de la vie au quotidien. Dans un pays riche comme la France, cinquième puissance économique mondiale, ces sujets ne devraient pas être des problèmes, juste des arbitrages conjoncturels.

Mais c'est la réforme territoriale qui fera l'actualité du second semestre 2014, éclipsant plus de 5 millions de demandeurs d'emploi et une activité économique qui continue de stagner sur les fondamentaux du 20ème siècle. Alors la presse et les élites politiques y vont de leurs sondages ; ainsi, la fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées n'aurait pas la faveur des populations languedociennes ... Et l'attachement aux Conseils généraux seraient indéfectible ...

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Mais quels citoyens se soucient de savoir si les espaces naturels sensibles feront l'objet de politiques publiques départementales ou régionales ? Quels citoyens préfèrent que les services d'incendie (SDIS) soient départementaux plutôt que régionaux ? Et les routes, seront-elles mieux entretenues par la Région que par le Département ? Les collèges rejoignant les lycées dans le giron des régions seront-ils moins bien entretenus ? Il y a tellement de strates administratives que les citoyens ne savent pas toujours qui gère quoi ... Qui s'occupe des déchets par exemple ? Le Département définit le schéma départemental et le bloc communal s'occupe de l'opérationnel, entre commune, communauté de communes et syndicat mixte.

Quant aux fonctionnaires territoriaux qui seront au cœur de cette réforme, qu'en pensent-ils ? Tant que l'objectif est de rendre plus efficace le service public, les fonctionnaires ne s'inquiètent pas vraiment de la collectivité où ils seront affectés d'ici quelques années, leurs missions resteront toujours les mêmes. Mais si derrière cette réforme se cache un projet de réduction des effectifs, alors les politiques devront s'armer d'arguments plus convaincants.

Le Conseiller régional de Midi-Pyrénées Gérard Onesta, ex-député européen écologiste, a publié au mois de juin une analyse très détaillée : "L'impossible réforme ?" (à télécharger au format PDF). Son expérience de vice-président du Parlement européen lui donne la vision globale requise pour ce type de réforme ; les comparaisons européennes sont éclairantes, mais les particularités françaises ne sont pas des anomalies.

Aujourd'hui, ce sont les élus locaux de tous bords qui allument des contre-feux sur cette réforme (cf. ses premiers pas au Sénat), car les structures locales actuelles sont autant de bastions en péril. Au bout du chemin, les citoyens verront peut-être des services publics pérennisés et les fonctionnaires auront certainement leurs missions confirmées, et seuls les élus devront rebattre les cartes d'un jeu électoral dont ils font une tempête dans un verre d'eau. N'oublions pas que dans notre démocratie représentative, ils ne sont que l'expression de la souveraineté populaire ; et quelque soit la configuration territoriale qui sera décidée, les citoyens auront toujours la primauté démocratique.

16:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

26/06/2014

Ecotaxe, après les bonnets rouges les ... bonnets d'âne

Ah oui, il ne faut plus dire écotaxe ... Ségolène Royal ne veut plus que l'écologie soit punitive et associer le préfixe "éco" à "taxe" suffirait déjà à plomber le projet. Voici donc le "péage de transit pour les poids lourds" ! On ne sait plus trop quel est l'objectif poursuivi, mais on sait que c'est une sacrée usine à gaz.

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Le gouvernement abandonne les portiques (ils serviront peut-être pour autre chose), et il décide de rentrer dans le capital de la société Ecomouv qui va percevoir une taxe pour certains camions qui circulent sur certaines routes gratuites selon une technologie qu'il reste à déployer. L'Etat en attend une recette annuelle d'un demi milliard d'euros qu'il souhaite investir dans des chantiers de transports, mais pas nécessairement des transports propres alternatifs comme le rail ; il peut s'agir par exemple de mettre une route nationale en double voies. L'argument massue de Ségolène Royal est que les camions abiment les routes sans avoir à payer leur entretien, contrairement aux autoroutes, et cette nouvelle fiscalité trouve là sa justification.

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Bref, nous sommes très très loin de ce qu'une fiscalité écologique peut poursuivre comme objectif en matière de transport. Une telle fiscalité ne devrait avoir qu'une seule cible : contraindre les usagers des transports individuels et/ou polluants à privilégier des transports collectifs et/ou propres quand ils sont disponibles, la recette de cette fiscalité servant à améliorer l'offre de transports collectifs et/ou propres. Ainsi, là où il y a de multiples avenues et voies rapides qui se congestionnent systématiquement aux heures de pointe, les pouvoirs publics créent des réseaux de transports en commun et ils appliquent un malus aux premiers pour proposer un bonus aux seconds. De même, là où il y a des autoroutes où les camions cheminent en file indienne, cul à cul, il faut mettre en place une offre de ferroutage et taxer le transport routier pour orienter le fret vers le rail.

La stratégie est pourtant simple. Et elle n'est pas compliquée à expliquer. Il faut présenter de façon exhaustive tous les points noirs du transport actuel, et mettre en regard des chantiers de transport alternatif. Quand l'offre est présente, il faut jouer sur cette fiscalité pour faire changer le comportement des usagers de la route. Et si l'Etat doit fixer le cap, il doit déléguer aux régions la mise en oeuvre de cette fiscalité ecologique. Chaque région a ses spécificités en matière de transports et chaque région peut apporter des réponses spécifiques dans un cadre général imposé par la loi.

Mais là, avec ces projets fiscaux définis au sommet de l'Etat et mis en oeuvre par ce même Etat, la réalité du terrain fait apparaître des disparités régionales au dernier moment. Comme avec les bonnets rouge ... Bon, Ségolène hérite elle du bonnet d'âne ; en attendant le(la) prochain(e) ministre de l'Ecologie ;-)

21/06/2014

Dieudonné-Valls, l'information éclipsée par deux super-communicants

L'actualité de l'hiver dernier a été occupée par le prosélytisme de l'humoriste Dieudonné, mais sa part d'audience dans les médias est surtout le fait de son principal "sparring-partner", à savoir le ministre de l'intérieur de l'époque, Manuel Valls. Le premier dénonce un système, une classe médiatico-politique entre les mains du sionisme, et le second défend l'ordre républicain même si cela doit empiéter sur les libertés individuelles.

Les courbes d'audience de Dieudonné sur le Web témoignent de impressionnante accélération de l'intérêt qui lui a été porté cet hiver :

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Cette courbe présente 10 années de fréquentation sur le Web de pages consacrées à Dieudonné. Si quelques évènements lui permettent de monter à 5 ou 10 points d'audience, c'est en décembre 2013 qu'il grimpe à 100 !

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La courbe ci-dessus s'échelonne sur 12 mois et montre bien que sitôt terminée la phase d'hyper-médiatisation du conflit Valls-Dieuonné, même quelques évènements résiduels ne suffisent pas pour que Dieudonné suscite à lui seul une fréquentation paroxystique sur le Web.

Dieudonné excelle dans la provocation et tout lui est prétexte pour communiquer. Mieux, il appelle ses admirateurs à remplir ses salles de spectacle, non pas pour faire des entrées payantes (ça c'est du off), mais pour effrayer le système. Plus les salles seront pleines à craquer et plus les élites trembleront. En face, Valls multiplie les attaques, et sur tous les plans (judiciaires, administratifs, fiscaux, médiatiques, ...). Il prend publiquement la défense des juifs de France qu'il qualifie quand même comme l'avant-garde de la République et de nos valeurs (le 19 mars 2014 lors d'une manifestation au Trocadéro en mémoire de l'assassinat par Mohamed Merah de trois enfants et d'un adulte juifs devant une école confessionnelle de Toulouse).

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Alors pourquoi je reviens sur ce duel que rien ne mérite de rejouer ? Parce que ce sujet illustre une précédente note sur la différence entre information et communication. Le cas Dieudonné a été instrumentalisé à la veille d'élections qui s'annonçaient très défavorables pour le pouvoir en place, et nous avons été les témoins, et trop souvent les victimes d'une guerre de communicants. Cela nous oblige à une plus grande vigilance intellectuelle face aux "affaires" que les politiques ou les médias nous jettent en pâture. Elles ne sont trop souvent que l'écume des vagues ...

Quand les médias et les politiques s'occuperont-ils des problèmes simples qui touchent tout le monde ? Quel modèle économique pour que le chômage baisse enfin, fortement et durablement ? Comment permettre à chacun de se soigner, de se loger, de s'alimenter, de se déplacer, de tisser des liens sociaux, de transmettre à ses enfants autre chose que les valeurs du modèle dominant, d'avoir accès à un air et à une eau propre, etc ? Ce sont toutes ces choses-là qui préoccupent les français, et les citoyens constatent que leurs élus ne font rien, et pire qu'ils ne proposent rien de crédible.

Ces jours-ci, c'est la coupe du monde de football qui fera l'objet d'une communication à outrance ; il ne nous est même pas épargné de voir le Président de la République assister aux matchs de l'équipe de France dans les salons de l’Élisée.

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